BidetChiboum nous gratifie ce matin d'une intéressante réflexion sur les gens, imaginaires ou réels, qui lisent assidûment nos blogs en silence, animés d'intentions plus ou moins amicales...

À bloguer jour après jour, on se sent rapidement entouré d'un cercle plus ou moins vaste de copains et d'amis, de commentateurs fréquents ou occasionnels, dont on se sent plus ou moins proche, parfois extrêmement, certains que l'on lit également avec plaisir et chez qui l'on intervient aussi, petit univers dans lequel on évolue le plus souvent avec bonheur, faisant confiance à la nature humaine (!) et comptant sur quelques simples coups de pied au cul virtuels pour se débarrasser rapidement et définitivement des fâcheux qui s'incrusteraient désagréablement par trop.

On se sent chez soi, entre gens fréquentables, dans ce petit univers semi-privé dont la porte reste toujours ouverte sur l'extérieur et où l'entrée est libre - publique, donc - mais on se pense entouré de lecteurs fréquentables sinon toujours amicaux, et, plus on blogue depuis longtemps, plus on échange, plus se créent de connexions entre notre pseudonyme écrivant et notre être de chair. On s'ouvre, on échange sur tous sujets, politiques, philosophiques, spirituels, personnels, intimes. On ne devient pas transparent pour autant - cela ne saurait réellement exister - mais nos lecteurs en viennent à parfois connaître de près certains aspects de notre personnaité profonde auxquels même nos plus proches dans la vie physique n'ont pas accès, ou pas de manière aussi complète, en tout cas pas sous la même forme.

À moins d'être particulièrement paranoïaque ou de vraiment bien connaître l'âme humaine, ce qui revient souvent au même, on imagine rarement pouvoir être doté d'une cohorte plus ou moins nombreuse de lecteurs assidus autant que silencieux, qui viendraient avec une soif inextinguible s'abreuver quotidiennement de nos écrits dans le seul but de nourrir leur haine à notre encontre, et de recharger leur plume d'un fiel qu'ils iront ensuite répandre ailleurs, dans les tréfonds de leur blog ou dans les fils de commentaires d'autrui.

Quand on découvre ce genre de chose, généralement avec l'aide d'un(e) ami(e) qui sera tombé(e) dessus par hasard et qui aura eu la gentillesse de nous en informer, pas nous laisser mourir idiots ;-) on ne peut qu'en rester bouche bée.
Quoi, il y a donc des tordus qui nourrissent à l'encontre de notre petite et insignifiante personne une passion telle qu'ils doivent passer un temps considérable à nous lire, à remplir leurs petites fiches à notre propos, à planter des aiguilles dans des poupées à notre humble effigie, et à nous consacrer à notre insu des séries entières de billets pour nous exprimer aux uns ou aux autres leur indéfectible amour !

Étonnant, non ? comme disait l'ami Desproges...

Découvrant cela, on en vient à se demander si, en dehors de ces quelques puits de haine offrant tout de même une visibilité minimale, il n'en existerait pas encore d'autres, peut-être pires et encore moins visibles ?

Comme dirait presque l'autre : Maman ! J'ai peur !

Heureusement, quand notre connaissance préexistante de la nature humaine fait qu'une telle découverte ne nous bouleverse pas complètement ;-)) on prend la chose avec philosophie et on ne peut que se sentir en fin de compte attristé pour ces personnes que la haine dévore et qui dépensent tant de leur précieux temps de cerveau disponible à haïr, à jalouser, à voir partout la laideur plutôt que la beauté... Alors que la laideur, le monde en déborde déjà bien assez comme ça sans qu'il soit nécessaire d'en ajouter encore une couche.

Ma foi. Le billet de Chiboum m'a poussé à dévoiler cet intéressant phénomène dont je n'aurais sans doute pas parlé sans lui, mais, retournant à mes moutons, je me contenterai pour ce qui me concerne de l'aphorisme de Flaubert à ces pauvres gens dédiés :


Faites des grimaces dans mon dos tant que vous voulez, mon cul vous contemple.



Le titre et l'illustration de ce billet viennent de manière amusante en contrepoint de celui de La Louve (quoique j'avoue préférer mon illustration à la sienne ;-)