Police partout, euh... Police partout
, pour parodier un peu les Suiveurs....
Ce matin, la tribu médiatique est en effervescence, les ondes bruissent de leur digne révolte et de leur sainte colère.
Après l'interpellation pinochienne, pardon, sarkozienne, de Vittorio de Filippis, ex-directeur de Libération, voilà Edwy Plenel et Laurent Joffrin qui s'exclament d'une même voix, partageant en ce jour béni exactement le point de vue du Figaro, qui est exactement celui du propriétaire de La Croix.
Ça, c'est pas contre l'amende infligée au D.A.L. qu'on aurait recueilli une telle unanimité !
Mais que s'est-il donc passé pour susciter un tel élan d'indignation unanime des nos amis les médias, un consensus dont nul n'aurait osé rêver : eh bien, on s'en est pris à l'un des leurs, on a osé traiter l'une de leurs éminences comme un vulgaire malfaiteur.
À la plus belle mode de la Stasi, le monsieur a été interpellé aux aurores à son domicile, s'est vu menotter et traiter par les flics de pire que de la racaille
devant son propre fils (si on ne pouvait pas insulter les gens qu'on arrête, ce ne serait pas drôle...), puis emmené au dépôt où on l'aura fait foutre à poil par deux fois histoire de regarder s'il n'avait pas un stylo-bazooka planqué dans le trou du cul.
Tout ça pour une plainte en diffamation,
Certes, la chose, digne d'une dictature sud-américaine, a de quoi glacer, et on éprouvera toute la compassion du monde pour le monsieur (qui n'en est cependant pas mort ni n'a été tasérisé, ce sera pour la prochaine fois...) et surtout pour son gamin (qui n'est pas près d'oublier cette matinée) mais de quoi s'indigne-t-on au juste ?
Lors de l'arrestation encore plus musclée il y a quelques semaines des "9 de Tarnac", a-t-on entendu le même choeur de vierges effarouchées, le même tocsin d'alarme, la République en danger, de la part de nos admirés journalistes ?
Que non point, rien de tout ça. On a eu de la présomption de culpabilité à tous les étages des kiosques, de la lecture de communiqués de presse du sinistère de l'Intérieur, du traficotage d'interviews pour faire dire aux interviewés le contraire de ce qu'ils avaient dit, de l'admiration pour nos cadors de l'anti-terrorismes qui s'étaient montrés brillamment capables d'interpeller 9 anars dans une ferme sans tuer personne.
On a eu 9 personnes brutalement interpellées par l'anti-terrorisme, traitées comme terroristes (alors même que le délit qu'on leur attribuait sans élément ni preuve n'avait fait ni morts ni blessés et n'aurait pu en faire aucun), gardées à vue pendant 96 heures... Avant d'être relâchées, le ballon s'étant dégonflé, ben non les gars, on n'a rien à leur reprocher pour de bon, mais que ça leur serve de leçon !
Les 9 de Tarnac ont été interpellés (et étaient préalablement sous surveillance) pour le seul crime de délit d'opinion (ni UMP ni P.S., vous voyez, mon bon monsieur !), de manifestation, de mode de vie alternatif, et ce dans une soi-disant démocratie qui ose encore se prétendre "patrie des Droits de l'Homme".
Et quelle a été la réaction des "grands" médias, tous confondus ou presque ? Présomption de culpabilité, sensationnalisme à pas cher, non-vérification des faits, bricolage d'interview au montage, acceptation pure et sans nuance de la brutalité de la répression, parce qu'on agitait devant leur museau de boeaufs la muleta du terrorisme.
Bon, depuis que l'affaire s'est dégonflée, on en a certes un peu parlé, dans les média et les journaux. Mais où sont les grandes envolées lyriques des éditorialistes, les cris "Au fascisme !" de la presse nationale ? Nulle part.
Il aura fallu qu'on touche à l'un des leurs pour que la dure réalité des choses les atteigne enfin, avec leur courte vue qui ne voit guère plus loin que leur petit univers clos et le cul du politicien dans lequel ils ont le nez.
Eh bien oui, aujourd'hui, braves gens, la grande presse réalise comment peut se trouver traité, du jour au lendemain, n'importe quel citoyen de ce pays à qui l'on reproche quelque chose, quoi que cela puisse être, et sur qui on lâche des "forces de l'ordre" dont bien souvent le comportement n'a plus rien de républicain, car le bâton n'est pas au service du peuple, mais de la main qui le tient.
Et nous avons ce magnifique concert de cris d'effroi.
Moi, en un tel jour, je voudrais simplement, chaleureusement et sincèrement, remercier la juge qui a envoyé les flics quérir monsieur De Filippis comme un quidam normal, en oubliant sans doute, est-ce bête, de préciser avec doigté et les égards dûs à un grand homme !
Ben oui, alors les braves flics y sont allés, et l'ont serré comme un citoyen normal, un quidam lambda, l'ont menotté avec des menottes à usage populaire et ont regardé dans son trou de balle avec une lampe de poche pour trous de balles ordinaires.
La volière est saisie d'horreur.
On la comprend. Y'a des jours où, quand on est tout-à-fait ordinaire, on se ne sent pas franchement rassuré à la perspective de notre "justice" et de nos "forces de l'ordre".
Et puis quand même, qu'on ait pu prendre un ex-dirlo de Libé pour un gauchiste, ma brave dame ! Le traiter comme tel ! Mais depuis que July a renié Mao, on n'aurait jamais cru une telle chose possible !
















