J'entendais tout-à-l'heure à la radio (étant donné qu'un blog est un lieu de commentaire superflu des nouvelles données par les Grands Médias, je m'exécute avec plaisir - si j'ose dire, compte-tenu de l'objet de ce billet) que le Japon bat désormais une forme écologique de record avec plus de 30.000 suicides par an.
Seppuku a certes toujours été une grande spécialité locale, mais il convient de saluer comme il se mérite l'effort de 30.000 et quelques japonais chaque année pour réduire de manière drastique leur consommation d'énergie, leur émission de gaz à effet de serre et leur production de déchets ménagers.
Ceci étant dit, voilà un aperçu qui fait légèrement froid dans le dos du bonheur que peut générer une telle société ultra-moderne où la compétition et l'excellence sont érigés en vertus cardinales, et où la moindre déficience en ces domaines ne laisse guère d'autre porte de sortie que de se jeter sous le train... de la modernité.
D'ailleurs, ces suicides ferroviaires sont devenus chose tellement courante qu'un quarteron de psychologues et spécialistes du comportement a été formé dans le but de trouver un moyen de modérer les ardeurs submétroprécipitatoires du tokyoïte lambda, pour le plus grand soulagement des techniciens de surface de la RATP locale, qui font, il faut bien le reconnaître, un métier pas marrant.
Et nos behaviouristes ont sorti de leurs cartons une idée fort simple et ma foi fort intéressante : Garnir les gares et stations de métros de miroirs là où les désespérés ont pour habitude de crier Banzaï !
dans un dernier plongeon, en vertu de la théorie selon laquelle, pour un candidat au suicide, se voir dans le miroir à l'instant fatidique réveillerait une pulsion narcissique de nature à le dissuader de mettre séance tenante son projet à exécution.
Voilà qui est trouvé ! Comme dit le proverbe : Il n'y a pas de problème qui n'ait pas sa solution, surtout si elle est idiote !
Les données manquent encore pour juger de l'efficacité d'une telle mesure, mais une chose est toutefois certaine : les techniciens de surface sont déjà soulagés : Miroir, joli miroir, un coup de pschitt-vitres, un coup d'éponge, et les plus visqueuses des traces de sang pleines de bouts de boyaux s'effacent, avec une caresse.
Avant cette innovation, sur le béton brut, obligé, fallait passer le Kärcher pendant des heures. Mais ces derniers temps, le préposé au Kärcher est indisponible, retenu par d'autres obligations (chiens qui mordent, pêcheurs qui mordent, épouse qui mord, cheminots qui mordent, étudiants qui mordent, prisonniers déjà libres à aller libérer d'urgence aux colonies, déclarations d'amour à faire devant le congrès des Zétazunis, tribunaux à fermer pour éviter les erreurs judiciaires...), alors le coup du miroir, ben oué mon gars, ça c'est la solution à laquelle il fallait penser. Avec l'inventivité nippone, dans 6 mois les rames de métro auront le pschitt-pschitt vitres intégré avec deux grands balais d'essuie-glace sur les côtés pour essuyer les voies au passage.
Nous appelons de nos voeux le jour où notre société archaïque et sclérosée sur ses acquis sociaux d'un autre temps s'ouvrira enfin sur la modernité triomphante que nos amis d'outre-Asie aussi bien que nos amis d'outre-Atlantique donnent en réjouissant exemple quotidient à notre vieux contient envieux.