Il se trouve encore quelques naïfs pour croire que le Parti Socialiste[1] est "de gauche", et, comme j'en ai un peu marre d'expliquer à chaque fois oralement, je vais le faire ici, une fois pour toutes.
(Disclaimer : Je n'ai pas fait Sciences-Po, je suis un gros nigaud.)
Dans toute société humaine, il existe un pouvoir, un principe central d'où découle tout le reste et auquel tout le reste obéit. La nature de ce pouvoir central détermine le type de société dans lequel on se trouve.
Sous l'ancien régime, nous avions une monarchie absolue. Tout pouvoir découlait du roi. Le roi possédait tout, l'ensemble des richesses du pays lui appartenait. Il les répartissait comme bon lui semblait : Le pouvoir économique était donc soumis au pouvoir politique.
La royauté a été balayée. La république a été instaurée. Le pouvoir politique a été transféré du roi, raccourci de 30 centimètres, au "peuple" à travers les représentants élus de celui-ci. De manière plus ou moins parfaite, plus ou moins imparfaite certes, mais en théorie du moins, la nature du pouvoir n'a pas changé, et l'ensemble des richesses de la nation, leur usage et leur répartition (l'économie, donc), dépendent toujours du pouvoir politique.
Traditionnellement, la droite se définit comme une position politique conservatrice, c'est-à-dire respectueuse et soutien du pouvoir en place, quel qu'il soit. La droite représente toujours les principaux bénéficiaires du régime[2], qui sont historiquement toujours très minoritaires, mais qui par on ne sait quelle aberration de la stupidité psychologie des peuples, parvient souvent à obtenir une majorité dans les urnes. Soulignons que la droite ne défend jamais les intérêts du plus grand nombre, seulement les intérêts du régime et de ses bénéficiaires. Elle trouve un soutien populaire dans la mesure où l'on arrive à persuader une portion suffisante du peuple que chacun, pris individuellement, soit bénéficie du système en place, soit a une chance de pouvoir se hisser au rang de ces bénéficiaires qu'il envie.
Traditionnellement, la gauche se définit comme une position politique humaniste, soucieuse de justice sociale c'est-à-dire de la défense et de la promotion des intérêts du plus grand nombre, et non pas de la défense du régime en place et de sa nomenklatura restreinte de bénéficiaires. De ce fait, la gauche est généralement soit réformiste, soit révolutionnaire, deux façons différentes de vouloir faire changer les choses, car les systèmes en place jusqu'ici n'ont encore jamais réellement fonctionné dans l'intéret du plus grand nombre. Il sont donc améliorables (du point de vue des réformistes), ou à renverser (du point de vue des révolutionnaires).
La droite chasse bien souvent sur les terres de la gauche pour tromper l'ennemi, surtout quand l'ennemi vote, aussi entend-on également la droite vanter du "progrès", de la "modernité" et des "réformes"... qui consistent toujours à donner davantage de pouvoir à ceux qui le détiennent déjà. On voit tout l'intérêt que le peuple peut avoir dans de telles réformes et de tels progrès...
Visant, par essence, la réforme dans l'intérêt du peuple (ou la révolution), la gauche ne peut en aucun cas se résigner au statu quo, ni au recul, ni à l'augmentation de la concentration des pouvoirs et des ressources dans les mains des happy few qui en détiennent déjà la plus grosse part.
Pourtant, nous vivons à l'ère du libéralisme économique. Joli mot que ce mot de libéralisme qui sonne comme liberté, mais qui est tout sauf la liberté. Le libéralisme économique, en effet, c'est la liberté de l'argent, et de lui-seul.[3]
Le libéralisme économique est en effet la doctrine qui soutient que rien ne doit entraver la liberté de l'argent, et que la politique, la réglementation, les lois nationales et internationales doivent être mis à son service, et non l'inverse.
Antérieurement, que ce soit sous l'ancien régime ou la république, le pouvoir politique avait la haute main sur le pouvoir économique et financier.
Le libéralisme économique est la doctrine qui affirme que le pouvoir politique doit se soumettre au pouvoir économique et financier. Partout, toujours et en toute chose.
Le libéralisme économique est donc la position politique qui consiste à affirmer que la réalité du pouvoir doit être détenue par ceux qui possèdent le pouvoir économique, c'est-à-dire l'argent.
Ce n'est donc plus l'argent (cette entité purement fictive, cette création humaine...) qui est au service de l'Homme, mais bien l'Homme qui passe au service de l'argent... Lequel argent ne sert que ceux qui le possèdent.
Le libéralisme économique est donc l'antithèse, la négation de la démocratie, en ce qu'il donne le pouvoir aux riches au lieu de le donner au peuple, en ce qu'il interdit au pouvoir issu des urnes d'exercer le moindre contrôle sur le pouvoir issu des banques.
En régime de libéralisme économique, un gouvernement est un capitaine de bateau qui n'a aucun droit de toucher à la barre, sauf pour obéir aux ordres des plus riches de ses passagers. A la rigueur, le capitaine a le droit de choisir la musique, mais c'est tout. Un Bush, représentant des intérêts de grandes compagnies pétrolières, par exemple.
Aucun parti politique qui soutient, approuve ou seulement tolère le libéralisme économique sans contrôle, c'est-à-dire le règne sans pitié ni limite du capital, ne peut être appelé démocratique.
Un régime où le politique est inféodé à un libéralisme économique capitaliste ne peut en aucun cas être considéré comme une démocratie, car le peuple n'a plus, ni directement ni indirectement, le pouvoir. Seulement celui de s'organiser avec les miettes que les pouvoirs d'argent ont la gentillesse de lui jeter.
Aucun parti politique qui approuve, ou seulement tolère, ou se résigne à cela ne peut être appelé démocratique. Et encore moins de gauche.
Or le Parti Socialiste s'accomode depuis de nombreuses années de ce libéralisme économique. Le Parti Socialiste a, dans son ensemble et par la quasi-totalité de ses hauts dirigeants, soutenu le TCE, lequel TCE voulait consacrer le libéralisme économique comme doctrine centrale soutenant toute la politique européenne (ce qui est déjà le cas, mais n'a "au moins" pas valeur constitutionnelle). Le Parti Socialiste s'accomode pleinement de l'indépendance de la Banque Centrale Européenne, c'est-à-dire du fait que l'argent échappe au pouvoir du politique. Dans les faits, le Parti Socialiste a abandonné toute idée de combattre le libéralisme économique. Il l'a accepté. Depuis plus de vingt ans, au cas où vous n'auriez pas remarqué.
Accepter cela est souscrire au culte du Veau d'Or, Divinité Absolue, culte qui ne saurait être compatible avec le fait d'être de gauche.
Le Parti Socialiste limite ses ambitions politiques au "faire avec" : Faire avec le libéralisme économique à l'échelle Européenne, faire avec la mondialisation capitaliste, faire avec l'indépendance de la BCE. Nous sommes petits, ils sont gros, nous sommes peu, ils sont nombreux, nous sommes faibles, ils sont forts, nous sommes pauvres, ils sont riches, ainsi soit-il.
Ainsi, dans le meilleur des cas, le Parti Socialiste est-il le parti de la résignation, dans les pires des cas, il est celui de la soumission, ou de mots plus vilains encore.
Toute son ambition se limite aujourd'hui à limiter la casse au bénéfice des classes moyennes pour qui "ça ne casse encore pas trop", tant pis pour les autres, et laisser cahoter le système jusqu'à son ultime désintégration naturelle. Gérer la crise comme seul horizon.
Ce n'est pourtant pas parce que l'on a peu de chances de succès à court terme qu'il faut renoncer à se battre. Encore moins renoncer à dire ce qui est vrai.
C'est pourquoi, de mon point de vue, ne peut être considéré comme de gauche, et même, ne peut être appelé démocratique, qu'un mouvement politique contestant absolument la suprématie de l'économie sur la politique : Seul un parti résolument anti-libéral peut être un parti de gauche.[4]
Ce qui fait, effectivement, qu'il ne reste pas grand-monde.
Notes
[1] Illustrations de cet article honteusement pompées chez Tropicalboy. Il me pardonnera sûrement, puisque je le linke, et qu'il y a quand même là-bas de quoi se pisser dans le froc...
[2] Qu'on ne me sorte pas la Russie soviétique, merci. Les régimes totalitaires du bloc de l'Est n'étaient jamais qu'une forme étrange de droite-en-miroir.
[3] Le libéralisme économique est la doctrine qui stipule que, dans le poulailler, les poules sont libres... Et le renard aussi.
[4] Et d'autre part, le capitalisme étant aujourd'hui mondial, une réponse politique efficace ne peut également être que mondiale...








