Heureusement que je suis fort occupé ces jours-ci, parce que chaque information qui tombe sur nos télescripteurs mériterait sa bonne giclée de bile amère, mais que finalement, pisser dans un violon, c'est quand même plus rigolo.
Mieux vaut en rire, en rire, en riiiiiiireuh !
Comme quand j'entends que le gouvernement, soucieux de boucher le trou de la sécu après avoir offert 15 milliards d'Euros à l'Élite et aux Bien-Nantis envisagerait maintenant d'instaurer des cotisations sociales sur les... indemnités de licenciement !
Aha ! Aha ! Haha ! Hohoho ! Hihi !
Les indemnités de licenciement, c'est pas con, fallait y penser, avec toutes ces sociétés qui délocalisent à tout berzingue vers l'Empire du Milieu, taxer les indemnités de licenciement, c'est sûr, y'a un sacré créneau ! Surtout si ces fumiers de chômeurs fraudeurs qui ne se lèveront même plus tôt ont le front de tomber malades et d'espérer se faire soigner !
C'est pour ça que Notre Désormais-Calife a annoncé, la même semaine, qu'il fallait d'urgence dépénaliser la délinquance financière, c'est vrai quoi, y'en a marre de voir des gens très bien convoqués pour se faire infliger de sordides tracasseries administratives dans le petit bureau au mobilier vétuste de fer peint et de formica d'un quelconque petit juge jaloux qui n'est même pas membre du Rotary et qui ne passe même pas ses vacances sur un yacht long comme ma bite obligeamment prêté par un copain... Et le lendemain, donc, d'annoncer dans la foulée qu'il fallait lancer d'urgence une grande campagne de contrôle de tous ces salauds de pauvres chômeurs dont au moins les 9/10e sont des fraudeurs éhontés paresseux fossoyeurs de la France qui Gagne, foi de présentateur de journal télévisé !
D'ailleurs, hier soir, durant le journal télévisé de 20h de France 2 du Ministère de la Vérité, Mâ Anandaramesh se saisit soudain de la zapette et transforme d'un coup de bouton magique un écran de jolies formes qui bougent en fenêtre morte grisâtre et tristounette en s'exclamant, dégoûtée : J'en peux vraiment plus de cette propagande éhontée, ce n'est plus supportable !
Ce n'est pas moi qui aurait été la contredire...
Aujourd'hui, on entend aussi que nos chers préfets (quand j'étais gosse à peine plus grand que Srî Minîshiva, mon voisin du dessous, le fils du sous-préfet qui puait des pieds comme pas permis [a-t-il, par la suite, épousé Dame Laflote ?] au point que toute sa chambre en était une infection, et qui était également le numéro 2 de la bande, à qui le numéro 1, votre serviteur, a fait faire des conneries à faire frémir le thé de la sous-préfète si jamais elle avait su... mais je digresse sans but ni raison...) Nos chers préfets, donc, se voient convoqués dare-dare au ministère tel le Papon moyen pour se faire souffler dans les bronches de n'avoir pas atteint les quotas d'immigrés à jeter dehors d'urgence avec ou sans armes et bagages.
Parce que notre ci-devant Grand Vizir a décidé d'un trait de plume sur le papier que d'ici la fin de l'année il faudrait avoir viré manu militari au moins 25.000 bougnoules, pardon, honorables ressortissants étrangers qui seront poliment invités à quitter le territoire français et ensuite fort civilement reconduits à la frontière des fois qu'ils ne trouveraient pas la sortie tout seuls.
25.000. C'est un chiffre, ça. Ça sonne rond. 25.000. Pourquoi pas 30.000 ? Ou 20.000 ? Ou 21.357 ? Parce que 25.000 c'est le chiffre qui est sorti du chapeau du lapin d'un sous-chef de cabinet lors d'une réunion de braine-storminge où l'on cherchait à motiver l'électeur chafouin à sortir de chez lui pour mettre dans une urne (quelle coutume ridicule !) le petit papier portant le patronyme à la consonnance assez peu "de souche" de notre Comte des Carpates et régions avoisinantes.
25.000. Y'a pas de raison particulière, sauf que le type a du penser qu'il serait bien vu s'il disait pile-poil "25.000 !". 20.000, c'eût été courir le risque de paraître manquer d'ambition ; 30.000 aurait peut-être paru vouloir péter plus haut que son sous-cheffariat. Alors va pour 25.000 !
Sans penser un instant que derrière chacune des unités composant ces 25.000 se cache (enfin, c'est pas qu'il se cache, c'est qu'on ne veut surtout pas le voir) un être humain avec son histoire, ses espoirs, ses craintes, ses rêves, dont le sang comme dit la chanson n'est pas moins rouge que le nôtre et dont les terreurs ne font pas moins peur.
Mais fixer un objectif chiffré de masse, c'est par définition faire l'impasse la plus totale sur les "problématiques individuelles", sur la moindre notion d'humanité. 25.000, il nous en faut 25.000. Et si par malheur celui qu'on vient chercher chez lui avec femme et mômes à 6 pétantes du mat' s'est méfié et a fait basket avant l'arrivée du fourgon, c'est pas grave, on pourra toujours se rabattre sur un autre, faut juste remplir le fourgon pour pouvoir remplir le centre de rétention pour pouvoir remplir l'avion pour faire le quota.
(France-Intox se désole que la masse de roumains et autres moldaves qui alimentaient bien la machine à foutre dehors soient maintenant beaucoup plus difficiles à expulser depuis qu'ils sont entrés dans l'Europe
. On se demande qui on va bien pouvoir virer, maintenant... On sent comme un regret dans la voix du présentateur, pour un peu, il s'excuserait...)
A une autre époque pas si lointaine il existait des camps qui avaient une capacité d'accueil et de traitement donnée, et des trains comportant un nombre de wagons donné, chacun d'un cubage précis, alimentaient ces camps en gens qui n'avaient pas vocation à rester peinards où ils étaient. Là aussi, bien des Hauts Commis de cet état ou de l'autre se firent tirer les oreilles si les wagons étaient trop pleins ou pas assez, c'est une question de bonne logistique, on est professionnels ou on ne l'est pas, que diable !
Au bout du compte, tout cela ne sont que de simples questions de bonne gestion administrative. Un coup de tampon, un coup de fourgon, que les statistiques soient bien tenues.
Du coup je rigole moins, parce que les désopilantes questions administratives, ça a toujours eu du mal à me remuer les zygomatiques. Mais c'est parce que je manque de sens de l'organisation.
Donc voilà, quoi. Heureusement que je suis très occupé, parce que j'aurais aussi pu pondre un billet sur les réunions de pontes de la Grande Distribution chez Monsieur le Ministre organisées à grand renforts de caméras pour annoncer que bon, les Marchands, vous allez être bien sages, vous allez bien baisser les prix d'une douzaine d'articles scolaires de première nécessité, hein, les modèles d'entrée de gamme en carton pas glacé, bien sûr, pas les pochettes avec Dora ou Spiderman dessus, hein, faut pas déconner non plus ! ...Et que cette annonce mirobolante est faite après que tous les parents de mômes de ma connaissance aient déjà terminé 90% de leurs achats de rentrée depuis 3 bonnes semaines...
Ah franchement, présenter un journal télévisé à notre époque, faut quand même de sacrées capacités à garder son sérieux, parce que ce ne sont pas les occasions de se pisser dessus de rire qui manquent !
Enfin, la bonne nouvelle, c'est que la T.V.A. "sociale" est enterrée... Euh, jusqu'aux municipales, je veux dire.
Pendant ce temps-là, Swâmi Petaramesh s'occupe comme un gros boeuf de travailleur plus qui croit en Dieu le foot, l'Église la Télé et les Institutions Euromillions à remonter son serveur, tiens, c'est au moins quelque chose même si c'est pas grand-chose, et Totorbis le portable est enfin retourné faire dodo depuis une paire de jours.
Et pendant que les préfets font de jolis camemberts sur les immigrés à raccompagner chez eux - j'espère qu'on leur offrira le camembert en souvenir de notre beau pays - Swâmi Petaramesh, pour rester dans l'air du temps, a également retapé en partie son générateur de jolis graphiques en couleurs. Je devrais peut-être postuler dans un ministère ?