Ashram de Swâmi Petaramesh

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dimanche 24 juin 2007

L'Ordre du Monde

En cette époque de fin des haricots[1] où il est plus que jamais de bon ton de prétendre que le clivage droite-gauche a vécu et n'est qu'un archaïsme de pacotille vaincu par la nécessaire modernité mondalisée du patati-patata qui n'est que poudre-aux-yeux, c'est ce commentaire d'Agnès chez elle qui me remet le nez sur un concept fondamental : celui de la nature profonde de la différence entre la droite et la gauche.

Pour les jeunes qui viennent d'arriver en ce monde et à qui télés et radios ne cessent de bourrer le mou de l'idée que tout ça c'est tout pareil et que c'est fondamentalement moins intéressant que de savoir qui va gagner la Star'Ac', tâchons de redéfinir en quelques mots la chose :

La Droite et la Gauche pour les Nuls...

Alors voilà, quiconque n'a pas le cerveau d'une amibe et regarde autour de lui constate de très profondes inégalités dans le sort respectif de nos frères humains : leur richesse ou leur pauvreté, leur obésité ou leur côtes saillantes, leur oisiveté ou leurs 30 heures de travail par jour, leur favella ou leur villa avec piscine...

A partir de ce constat de base, on trouve deux attitudes fondamentalement différentes :

(A) Les uns estiment que les choses sont ainsi de toute éternité et que l'on n'y peut rien changer.[2] C'est une attitude de fondamentale soumission à l'ordre existant des choses. La psychologie humaine veut que l'on finisse par trouver "excellentes" les choses qui sont ce qu'elles sont et auxquelles on ne peut rien changer, et qu'on les justifie a posteriori de raisons qui expliquent pourquoi elle sont ce qu'elles sont et très bien ainsi - la "volonté divine" en est le meilleur exemple. Comme disait De Funès : les riches, c'est fait pour être très-très riches, et les pauvres, très-très pauvres ![3].
A partir de là, l'être humain étant rassuré par ce qu'il connaît et inquiet de l'inconnu, il deviendra fondamentalement conservateur (des choses en l'état), et, puisqu'on ne peut ni ne doit rien changer au système (tellement invincible et plus fort que nous), et que toute tentative en ce sens ne pourrait aboutir qu'à un dangereux déséquilibre, il tentera d'obtenir pour lui-même et "les siens" la meilleure place possible au sein de ce système dans lequel il cherchera à grimper de manière purement individuelle.
Il se cramponnera comme l'arapède sur son rocher au peu qu'il aura pu amasser, en ayant toujours l'espoir de parvenir à force de travail à en obtenir un peu plus.[4]

Cet individu est de Droite. Il respecte les choses en l'état, la tradition, l'autorité, l'uniforme, l'"ordre juste" cher à Ségolène Royal, et ne remet rien en question. Il croit qu'il sera récompensé en fonction de son mérite, de ses capacités, de son travail, de son intelligence, de sa ruse ou de son arrivisme. Ou éventuellement de sa malhonnêteté.[5]

S'il tente d'améliorer un peu le sort des pauvres et des indigents, ce sera par charité chrétienne (ou d'une autre religion), mais surtout sans perdre de vue qu'au-delà de cet acte individuel de charité, chacun doit rester à sa place, les riches en haut, les autres en bas, et les vaches seront bien gardées. Chacun mérite son sort.

Si jamais ceux-ci font mine de se revêtir des oripeaux de "réformateurs", ne perdons pas de vue que leurs prétendues "réformes" auront toujours pour but de renforcer l'état du monde tel qu'il est déjà, de donner davantage de pouvoir et de richesses à ceux qui les ont déjà, et d'"améliorer" le fonctionnement des choses comme déjà elles fonctionnent.

Tout l'effort politique de l'homme de droite a pour but son propre intérêt individuel (et par là celui de ses pairs, qui poursuivent les mêmes objectifs de la même manière).


(B) Les autres estiment que la société humaine telle qu'elle est, est fondamentalement injuste et imparfaite, et qu'elle doit être réformée en profondeur dans le but d'obtenir davantage de justice et d'égalité entre les hommes.
Ceux-ci ne sont pas attachés à l'ordre du monde tel qu'il est, et qu'ils trouvent détestable, et ne sauraient l'accepter en le justifiant d'une simple "volonté divine"... ou royale. Ils ne pensent pas que l'ordre du monde soit de toute éternité, ni qu'il ne doive toujours être soumis à la rapacité des puissants, ni qu'il ne puisse être changé, amélioré dans l'intérêt de tous les humains et pour plus de justice entre eux, et non pas dans le seul intérêt de quelques-uns - et donc, les réformes ou révolutions qu'ils prônent se feront toujours, inévitablement, au détriment des pouvoirs en place et des possédants, qui seront toujours, nécessairement, leurs adversaires et leurs ennemis - à moins qu'on ne parvienne un jour à un état qui gouverne réellement dans l'intérêt de tous (et sans passer par la case défense des intérêts primordiaux des déjà-possédants), mais ça ne s'est encore jamais vu.
Ceux-ci n'estiment pas que la répartition actuelle des richesse et des pouvoirs soit juste, et ne respectent pas l'ordre, parce que l'ordre n'est rien d'autre que le maintien des choses telles qu'elles sont.[6]
Ceux-ci n'estiment pas que la répartition actuelle des richesses et des pouvoirs reflète en quoi que ce soit les mérites respectifs des uns et des autres, et remettent même éventuellement en question toute notion d'un tel "mérite".
Ceux-ci font leur l'article premier de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen :

Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits.
Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.

...Voire ne voient aucun fondement à établir des "distinctions sociales", mais seulement à oeuvrer dans l'intérêt de tous.

Ces gens-là, ma brave dame, ne respectent rien, et pas davantage l'ordre établi que les curés ou les fumeuses raisons au nom desquelles une infime minorité d'humains parfumés à la panse rebondie en exploite une écrasante majorité d'autres aux côtes saillantes qui sentent la sueur.

Et ceux-là se moquent également de la charité, fût-elle ou non chrétienne, à laquelle ils préfèrent la solidarité entre tous.[7]

Ces individus sont de Gauche, qu'ils se définissent comme réformateurs ou comme révolutionnaires, ce qui constitue un autre distingo.

Voilà. Vous voyez que c'était pas bien compliqué.

Et maintenant, vous savez pourquoi celui qui vous dit que la droite, la gauche, tout ça c'est fini, c'est dépassé, c'est du passé, c'est archaïque, faut être moderne est un prestidigitateur qui tente de vous entuber en faisant disparaître le problème sous son chapeau. Serez-vous assez bête pour le croire ?

Et puis, si vous avez tout bien tout compris, même pas besoin d'insister pour vous expliquer qui, dans notre aéropage politico-médiatique, n'est pas de gauche...

Trop facile !

Notes

[1] Se dit aussi : Kâli-Yuga

[2] Actuellement sur vos écrans : La Mondialisation Mondiale du Monde

[3] La folie des grandeurs

[4] Qu'il en ait ou non besoin, là n'est pas la question...

[5] « Derrière chaque grande fortune il y a un grand crime. » - Balzac

[6] Et la "justice" des hommes n'est rien d'autre que la codification de la sauvegarde de cet ordre par la force.

[7] Vous savez, ça veut dire payer pour ces feignasses de chômeurs, ces poids-morts de vieux, et ces inutiles de handicapés, pour qui la droite extrême connaît des solutions plus radicales et plus économiques... que l'Histoire a déjà testées pour nous.

vendredi 4 mai 2007

Dernière manif avant mutation

La dernière manif' du siècle... Et peut-être de tous les autres, Inch'Adolf...

Dans cette sombre époque de plagiat et de perte de tous les repères moraux qui faisaient jadis la fierté de notre belle nation, c'est bien évidemment sans la moindre vergogne que je l'ai rippée de chez Grabugette à qui je n'ai rien demandé et que je n'ai même pas remerciée, et je me demande bien pourquoi je l'aurais fait. D'ailleurs. Ça m'a bien plu, j'ai pas pu résister, J'ai pas vraiment essayé non plus d'ailleurs, ben hé oh ! Non mais quoi, y'a tout de même pas de quoi en faire un fromage !

De toute manière, la dernière vergogne qui me restait, je l'ai prêtée à un anarchiste qui ne me l'a jamais rendue. Poil au sphincter.



Alors par pitié, si vous voulez éviter de voir ça dans la rue lundi, ne commettez pas l'erreur de porter une bourgeoise déguisée en bolchévique d'opérette à l'Élysée dimanche.

Ou peut-être que si.

Ou pas.

A moins que.

Va savoir...

À bas ! À bas ! Les manifestations !


Addendum 23:25 : A propos d'art et d'artisme... Hier au bureau avec mes 39 de fièvre, à l'heure du café, je feuilletais bave aux lèvres le catalogue des "nuits de Fourvière" de l'été à venir... et je m'exclamai soudain Oh putain, j'irais bien tous les soirs !

- Y'a qui qui passe ? Me fait un de mes jeunes collègues surdiplômés...
- Eh bien, y'a...Sylvie Guillem[1]... Lou Reed... Laurie Anderson... Patty Smith...
- Euh ouais mais y'a qui de connu ? Qu'il me fait, l'autre...

- Y'a qui de connu ??!!? Tu connais pas Lou Reed ?
- C'est qui Lourine ?

(Il y a des moments où l'on éprouve une sensation de grande solitude...)

- Euh c'est un truc de vieux... Ça date d'il y a plus de trente ans... que je lui fais. Pis y'a Marilyn Manson, sinon...
- Y joue dans le cimetière ?

Notes

[1] Coucou Grabugette !

mercredi 24 janvier 2007

Travaux forcés

(via Soumission sociale)

Au programme de Little Brother : rétablir les travaux forcés. Enfin, pour les pauvres...

Délit de pauvreté

Parce que l'idée fondamentale de Monsieur Sarkozy, c'est qu'un pauvre qui survit d'un minimum social de misère (et c'est bien le cas de le dire !) est un vil profiteur assisté du système.

Tandis que bien sûr, un riche qui ne travaille pas n'est en aucun cas un exploiteur du travail d'autrui. Non, c'est un riche.
Comme un con pauvre, c'est un pauvre con ; un con riche, c'est un riche. Et bien là, pareil.
C'est les Forces Vives de la Nation. C'est un riche parce que papa ou maman était riche, peut-être, mais ce n'est en aucun cas un parasite. Même s'il n'a jamais levé le petit doigt de sa vie que pour engueuler son banquier et son gestionnaire de patrimoine quand ça ne rapporte pas assez, avant d'aller se faire un petit parcours de golf. On ne dit pas exploiteur, on dit investisseur. Ces fameux investisseurs dans le cul desquels la Bourse plante quotidiennement le thermomètre. Qu'un investisseur tousse parce qu'il ne tond pas assez de laine bien chaude sur ton dos, et c'est tout le pays qui s'effrite.

On n'avait pas aboli les privilèges, déjà ?

Comment ? Moi (pauvre) con ? Moi très con ? Ah bon...

Sinon, bien sûr, dans notre pays, il existe une chose qui s'appelle le SMIC. Ce qui veut dire qu'on ne peut en aucun cas faire travailler quelqu'un pour moins que le SMIC.[1]

240px-Sarcosuchus_skull.JPGMais notre Sarcosuchus Imperator veut l'abolir, le SMIC. Puisqu'il veut désormais infliger aux pauvres le travail obligatoire (S.T.O.) non pas en échange d'un SMIC, mais en échange d'un minimum social. D'un RMI, quoi. Donc le projet de Monsieur Sarkozy consiste à mettre le SMIC au Rémi. Bieeeeenn.

Parce que forcément, un travail d'intérêt général, c'est pas un travail normal. Faut pas le payer normalement, puisqu'il est d'intérêt général. Bien infâmant pour les pauvres cons, de bosser sans être correctement payés, mais dans l'intérêt général. Je verrais même bien une condamnation, non ? T'es pauvre, t'es con,[2] on te condamne à bosser comme un con pour trois queues de topinambours. Ça, ça serait une belle et vraie mesure de droite, pour redresser le pays, bordel ! [3]

Alors ça va être quoi, ce travail d'intérêt général, dis ? Tondre les pelouses de la mairie ? Vider les poubelles ? Ah, ça nous fait des éboueurs ou des jardiniers au Rémi, plus au SMIC, alors. Qui serait assez con pour payer des salariés au SMIC, quand un travailleur d'intérêt général peut le faire pour un Rémi ?

Tiendrait-on compte des compétences du feignant profiteur assisté, pour ce travail d'intérêt général ? Y'en a peut-etre qui pourraient faire, je ne sais pas moi... Profs d'informatique par exemple ? C'est d'intérêt général, ça, prof, non ? Ou employé de mairie peut-être ? De la sécu ? C'est d'intérêt général aussi, ça, et on dit même qu'il y a des chômeurs profiteurs assistés qui savent lire (et même écrire, et bien remplir les demandes d'allocs, même !). Ça ferait des super assistantes sociales, ça, tiens ! Connaîssent toutes les ficelles pour bien profiter du système, ces salauds de pauvres[4] assistés ! Un métier d'intérêt général ça, encore un. Y'a qu'à chercher, y'en a plein !

Encore plus fort : il suffira bientôt à un employeur de refuser l'embauche d'un salarié pour faire aussitôt de celui-ci un assisté qui devra, la semaine suivante, occuper le même poste dans la même boîte non plus en tant que salarié mais en tant que travailleur forcé du Reich. Et parions qu'il y aura très vite un accord par lequel le Reich fournira gratuitement ou à très vil prix de tels travailleurs au Grandes Entreprises qui en auront grand besoin pour leurs travaux d'intérêt général (construire des routes, poser des rails, casser des cailloux...)

Y'a pas, le programme de l'UMP, c'est rien que des lendemains qui chantent...

Bon, faut que je vous laisse, faut que j'aille tailler les rosiers en bas de la préfecture...

Notes

[1] Comment ? Moi (pauvre) con ? Moi très con ? Encore ? Ah bon...

[2] Car si tu n'étais pas con (et feignant), bien sûr, tu ne serais pas pauvre ! (thèse droitière n° 1). Et si t'es con et pauvre c'est bien fait pour tes pieds (thèse droitière n° 2). Exploiter ta connerie de pauvre est donc dans l'ordre (darwinien) des choses (thèse droitière n° 3).

[3] On trouve peut-être quelques feignasses de chômeurs assistés qui prétendent qu'ils préféreraient un vrai travail payé d'un vrai salaire, mais si on commençait à écouter et à croire ces gens-là...

[4] La traversée de Paris, Claude Autant-Lara, 1956, Grandgil (Jean Gabin).

mardi 3 octobre 2006

Suppôts du Grand Kapital

Pas les Royal !Il se trouve encore quelques naïfs pour croire que le Parti Socialiste[1] est "de gauche", et, comme j'en ai un peu marre d'expliquer à chaque fois oralement, je vais le faire ici, une fois pour toutes.

(Disclaimer : Je n'ai pas fait Sciences-Po, je suis un gros nigaud.)

Dans toute société humaine, il existe un pouvoir, un principe central d'où découle tout le reste et auquel tout le reste obéit. La nature de ce pouvoir central détermine le type de société dans lequel on se trouve.

Sous l'ancien régime, nous avions une monarchie absolue. Tout pouvoir découlait du roi. Le roi possédait tout, l'ensemble des richesses du pays lui appartenait. Il les répartissait comme bon lui semblait : Le pouvoir économique était donc soumis au pouvoir politique.

La royauté a été balayée. La république a été instaurée. Le pouvoir politique a été transféré du roi, raccourci de 30 centimètres, au "peuple" à travers les représentants élus de celui-ci. De manière plus ou moins parfaite, plus ou moins imparfaite certes, mais en théorie du moins, la nature du pouvoir n'a pas changé, et l'ensemble des richesses de la nation, leur usage et leur répartition (l'économie, donc), dépendent toujours du pouvoir politique.

Traditionnellement, la droite se définit comme une position politique conservatrice, c'est-à-dire respectueuse et soutien du pouvoir en place, quel qu'il soit. La droite représente toujours les principaux bénéficiaires du régime[2], qui sont historiquement toujours très minoritaires, mais qui par on ne sait quelle aberration de la stupidité psychologie des peuples, parvient souvent à obtenir une majorité dans les urnes. Soulignons que la droite ne défend jamais les intérêts du plus grand nombre, seulement les intérêts du régime et de ses bénéficiaires. Elle trouve un soutien populaire dans la mesure où l'on arrive à persuader une portion suffisante du peuple que chacun, pris individuellement, soit bénéficie du système en place, soit a une chance de pouvoir se hisser au rang de ces bénéficiaires qu'il envie.

Traditionnellement, la gauche se définit comme une position politique humaniste, soucieuse de justice sociale c'est-à-dire de la défense et de la promotion des intérêts du plus grand nombre, et non pas de la défense du régime en place et de sa nomenklatura restreinte de bénéficiaires. De ce fait, la gauche est généralement soit réformiste, soit révolutionnaire, deux façons différentes de vouloir faire changer les choses, car les systèmes en place jusqu'ici n'ont encore jamais réellement fonctionné dans l'intéret du plus grand nombre. Il sont donc améliorables (du point de vue des réformistes), ou à renverser (du point de vue des révolutionnaires).

La DoublureLa droite chasse bien souvent sur les terres de la gauche pour tromper l'ennemi, surtout quand l'ennemi vote, aussi entend-on également la droite vanter du "progrès", de la "modernité" et des "réformes"... qui consistent toujours à donner davantage de pouvoir à ceux qui le détiennent déjà. On voit tout l'intérêt que le peuple peut avoir dans de telles réformes et de tels progrès...

Visant, par essence, la réforme dans l'intérêt du peuple (ou la révolution), la gauche ne peut en aucun cas se résigner au statu quo, ni au recul, ni à l'augmentation de la concentration des pouvoirs et des ressources dans les mains des happy few qui en détiennent déjà la plus grosse part.

Pourtant, nous vivons à l'ère du libéralisme économique. Joli mot que ce mot de libéralisme qui sonne comme liberté, mais qui est tout sauf la liberté. Le libéralisme économique, en effet, c'est la liberté de l'argent, et de lui-seul.[3]

Le libéralisme économique est en effet la doctrine qui soutient que rien ne doit entraver la liberté de l'argent, et que la politique, la réglementation, les lois nationales et internationales doivent être mis à son service, et non l'inverse.

Antérieurement, que ce soit sous l'ancien régime ou la république, le pouvoir politique avait la haute main sur le pouvoir économique et financier.
Le libéralisme économique est la doctrine qui affirme que le pouvoir politique doit se soumettre au pouvoir économique et financier. Partout, toujours et en toute chose.

Le libéralisme économique est donc la position politique qui consiste à affirmer que la réalité du pouvoir doit être détenue par ceux qui possèdent le pouvoir économique, c'est-à-dire l'argent.

Ce n'est donc plus l'argent (cette entité purement fictive, cette création humaine...) qui est au service de l'Homme, mais bien l'Homme qui passe au service de l'argent... Lequel argent ne sert que ceux qui le possèdent.

Le libéralisme économique est donc l'antithèse, la négation de la démocratie, en ce qu'il donne le pouvoir aux riches au lieu de le donner au peuple, en ce qu'il interdit au pouvoir issu des urnes d'exercer le moindre contrôle sur le pouvoir issu des banques.
En régime de libéralisme économique, un gouvernement est un capitaine de bateau qui n'a aucun droit de toucher à la barre, sauf pour obéir aux ordres des plus riches de ses passagers. A la rigueur, le capitaine a le droit de choisir la musique, mais c'est tout. Un Bush, représentant des intérêts de grandes compagnies pétrolières, par exemple.

Aucun parti politique qui soutient, approuve ou seulement tolère le libéralisme économique sans contrôle, c'est-à-dire le règne sans pitié ni limite du capital, ne peut être appelé démocratique.
Un régime où le politique est inféodé à un libéralisme économique capitaliste ne peut en aucun cas être considéré comme une démocratie, car le peuple n'a plus, ni directement ni indirectement, le pouvoir. Seulement celui de s'organiser avec les miettes que les pouvoirs d'argent ont la gentillesse de lui jeter.

Aucun parti politique qui approuve, ou seulement tolère, ou se résigne à cela ne peut être appelé démocratique. Et encore moins de gauche.

SorcièreOr le Parti Socialiste s'accomode depuis de nombreuses années de ce libéralisme économique. Le Parti Socialiste a, dans son ensemble et par la quasi-totalité de ses hauts dirigeants, soutenu le TCE, lequel TCE voulait consacrer le libéralisme économique comme doctrine centrale soutenant toute la politique européenne (ce qui est déjà le cas, mais n'a "au moins" pas valeur constitutionnelle). Le Parti Socialiste s'accomode pleinement de l'indépendance de la Banque Centrale Européenne, c'est-à-dire du fait que l'argent échappe au pouvoir du politique. Dans les faits, le Parti Socialiste a abandonné toute idée de combattre le libéralisme économique. Il l'a accepté. Depuis plus de vingt ans, au cas où vous n'auriez pas remarqué.

Accepter cela est souscrire au culte du Veau d'Or, Divinité Absolue, culte qui ne saurait être compatible avec le fait d'être de gauche.

Le Parti Socialiste limite ses ambitions politiques au "faire avec" : Faire avec le libéralisme économique à l'échelle Européenne, faire avec la mondialisation capitaliste, faire avec l'indépendance de la BCE. Nous sommes petits, ils sont gros, nous sommes peu, ils sont nombreux, nous sommes faibles, ils sont forts, nous sommes pauvres, ils sont riches, ainsi soit-il.

Ainsi, dans le meilleur des cas, le Parti Socialiste est-il le parti de la résignation, dans les pires des cas, il est celui de la soumission, ou de mots plus vilains encore.
Toute son ambition se limite aujourd'hui à limiter la casse au bénéfice des classes moyennes pour qui "ça ne casse encore pas trop", tant pis pour les autres, et laisser cahoter le système jusqu'à son ultime désintégration naturelle. Gérer la crise comme seul horizon.

Ce n'est pourtant pas parce que l'on a peu de chances de succès à court terme qu'il faut renoncer à se battre. Encore moins renoncer à dire ce qui est vrai.

C'est pourquoi, de mon point de vue, ne peut être considéré comme de gauche, et même, ne peut être appelé démocratique, qu'un mouvement politique contestant absolument la suprématie de l'économie sur la politique : Seul un parti résolument anti-libéral peut être un parti de gauche.[4]

Ce qui fait, effectivement, qu'il ne reste pas grand-monde.

Notes

[1] Illustrations de cet article honteusement pompées chez Tropicalboy. Il me pardonnera sûrement, puisque je le linke, et qu'il y a quand même là-bas de quoi se pisser dans le froc...

[2] Qu'on ne me sorte pas la Russie soviétique, merci. Les régimes totalitaires du bloc de l'Est n'étaient jamais qu'une forme étrange de droite-en-miroir.

[3] Le libéralisme économique est la doctrine qui stipule que, dans le poulailler, les poules sont libres... Et le renard aussi.

[4] Et d'autre part, le capitalisme étant aujourd'hui mondial, une réponse politique efficace ne peut également être que mondiale...