Je traînais ce jourd'hui à midi mon caddie entre les rayons de cocagne de l'Auchiant du coin, pas seulement pour faire plaisir à la belle Ko en lui offrant le loisir de narquoiser gentiment sur ma piètre décroissance, mais également parce que j'ai ces derniers temps une vie un peu compliquée de père à mi-temps célibataire à mi-temps travailleur à plein temps dormeur à temps très très partiel qui me laisse peu le loisir de flâner la marguerite au lèvres en fin de matinée entre les étals bigarrés du marché bio du p'tit village de pas ici, et puis quand même à l'Auchiant ils ont aussi la bonne bière qui me faisait défaut et dont certaine Rousse m'a communiqué le coupable penchant, et doncques durant l'heure réglementaire de ma pause méridienne j'y cavalais ventre à terre au cul de mon Caddie en attendant la récompense d'un panini bien dégueu avalé sur le pouce à l'échoppe voisine.
Victorieux de l'épreuve j'entassai enfin mes emplettes sur le tapis de caisse et attendis tranquillement le tour de sortir ma carte bleue sans que le stress de l'exercice ne fit une seconde se départir mon visage du sourire enjôleur qui fait tant pour l'humidité de vos zones tropicales, mesdames et chères amies.
Or doncques, ne voilà-t-il pas qu'en l'échange de ma carte vide-compte (qu'ils auraient du, en bonne logique, appeler carte rouge, comme au foute), la souriante esclave de caisse me tendit au débotté un magnifique bon d'achat de 6 Euros à valoir sur une prochaine visite, me causant quasiment ainsi une éjaculation prolétarienne intra-calfouette du bonheur de voir le soin particulier que Monsieur Auchiant prend à m'aider à éponger la crise tout en épongeant mon compte.
Las ! Regardant mieux l'objet de ma liesse, je m'aperçus aussitôt qu'il y était clairement mentionné en caractères pas petits du tout que ce luxueux présent était valable uniquement le lundi 13 avril (à condition de faire au moins péter 50 Euros, passque faut quand même pas pousser pépère) et, faute d'avoir acheté ce jour précis des pantoufles de vair, il se transformerait en torchebal dès le lendemain matin.
Valable uniquement... Le lundi 13 avril... Euh le lundi 13 avril... Ah ! Le lundi de Pâques !
Ben ouais. Le lundi de Pâques.
Imaginez vous, mes biens chers frères, soeurs et disciples, l'insoutenable tristesse que représenterait, un lundi de Pâques, le parking désert d'un hypermarché ? Ses rayons délaissés d'où n'émanerait plus le moindre grincement de roulette de caddie, la moindre muzaque au mètre, le moindre cri joyeux d'enfant de prolétaire devant les 3 truc-choses pour le prix de 2, le moindre Jean Dupont portable à la main demandant à madame d'une voix de stentor s'il doit prendre du Cajoline ou si l'assoupliseur Auchiant qu'est moins cher le fait aussi bien parce que c'est quand même moins grave que pour du dentifrice chinois qu'on sait pas combien d'antigel y'a dedans ? La sombre capitulation d'un rideau de fer baissé, d'un Temple de la Consommation abandonné aux seuls vigiles et maîtres-chiens ?
Pendant que les clients qui n'en seraient plus profiteraient d'une journée de repos à passer avec leurs enfants, leurs maîtresses, leurs amants, un bon bouquin, à profiter gratuitement des premières journées réellement printanières qui pointent le bout de leurs pâquerettes après un long hiver ? Pendant que les caissières qui n'en seraient plus feraient de même ?
Blasphème ! Viendez tous à Auchiant le lundi de Pâques, que jamais au grand jamais le temple ne désemplisse, sinon, le ciel s'ouvrira, la terre se fendra et engloutira notre civilisation dans un gouffre qu'il n'y aura plus qu'à torcher de quelques stock-options avant de tirer le déluge.
Non, cela ne se peut. Cela ne sera pas toléré. Aussi Monsieur Auchiant, pleinement conscient de l'importance vitale de l'enjeu, est-il prêt à mettre une main fictive à sa profonde poche et à jeter quelques piécettes aux nécessiteux afin qu'aucun ne manque à la Grande Journée des Promos du lundi 13 avril, ci-devant de Pâques.
Au nom d'Hyper, du Fric, et du Saint-Caddie, Allah Kodbar !
Bon, j'vais me servir une de ces bières. Je l'ai bien méritée.










