Ashram de Swâmi Petaramesh

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Mot clé - censure

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mardi 10 juin 2008

Cachez ce 'net qui ne peut pas nous voir !

Le Great Firewall of France à rendre la Chine jalouse, vous n'en aviez pas rêvé ? Pourtant Sarkozy et Fillon le font.

Via Yelrah chez les Suiveurs, cet article chez ContreInfo : Le gouvernement prépare une « Charte de l’Internet » d’inspiration Orwellienne :

« Le but du pouvoir exécutif français n’est pas de lutter efficacement contre la criminalité avec des mesures adéquates car nécessaires, appropriées et proportionnées. Il s’agit de contrôler par tous les moyens le seul média libre qui ne lui obéit pas. » déclare Christophe Espern, co-fondateur de la Quadrature du Net, ajoutant « Il y a quelque chose d’odieux à utiliser la lutte contre la pédopornographie comme alibi à Big Brother. Les services de police concernés ne demandent pas de telles mesures. Parler de "confiance en ligne" dans ce contexte relève de la Novlangue. »

...la suite est là-bas, et pour les sacs à vomi, navré, ça fait plus d'un an que je suis en rupture, adressez-vous à votre compagnie aérienne préférée.

C'est quoi déjà, la devise du Canard ? Ah oui : La liberté de la presse ne s'use que si l'on ne s'en sert pas.

Dans notre belle patrie des Droits de l'Homme (qui ferme sa gueule), ça fait bien longtemps qu'elle est usée jusqu'à la trame et qu'on voit à travers tous ces "patrons de presse" qui dînaient au Fouquet's avec Notre Petit Timonier pour fêter son investiture...[1]

Alors maintenant que la liberté de la presse ne fait plus peur à aucun ministre, c'est la liberté d'expression des citoyens qui pose le gros, le vilain problème. S'usera-t-elle si l'on persiste à s'en servir ?

Demandons-nous si nous devrons plaider "pédophile", "terroriste" ou plus simplement "coupable" le jour où ils viendront nous chercher, ou si ça sera beaucoup plus simple et qu'il ne faudra rien plaider du tout, puisque notre fournisseur d'accès ou d'hébergement nous aura fermé le robinet à conneries sur un simple coup de fil du préfet, et qu'on recevra ensuite par la poste une belle grosse amende administrative sans autre forme de ...procès.

Notes

[1] J'ai assisté l'autre soir à une fort édifiante conférence de Serge Halimi, qui nous détaillait par le menu la liste des invités à cette fameuse soirée, avec en commentaire la liste des titres de presse qu'ils possédaient ou dont ils détenaient le contrôle. Allez, ça devait faire un bon 85% de tout la "presse" qui se regarde, s'écoute ou se lit en France. La main du patron sur la muselière de la rédaction, coucouche-panier Rantanplan, bien sage ! Pour une fois un petit discours qui valait aussi bien qu'un gros dessin...

jeudi 28 février 2008

Apologie de mon cul !

...ou le réflexe répressif en action.

À écouter le Journal Mensongeovisé, on apprend quand même de ces trucs !

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mardi 27 février 2007

Tombé au champ d'honneur

J'ai appris, à mon retour des pistes de ski, un nouveau meurtre virtuel qui m'a profondément navré. De nouveau.

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vendredi 26 janvier 2007

Ni zizis ni nénés ni foufounes !

Delphine -  Photographie de Nicole Tran Ba Vang - 2003Je savais déjà ma copine Trub' ségoliste (et depuis, quand je la croise, je change de trottoir des fois que ça serait contagieux), je la découvre pornographe.

Une pornographe au royaume des petits Mickeys, où l'on n'a ni zizis ni nénés ni foufounes ! Décidément, le ségolisme conduit à toutes les dérives, toutes les perversions...

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samedi 25 novembre 2006

Délit de connerie

On s'enfonce un peu plus chaque jour.

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mardi 17 octobre 2006

Chef ! J'peux dire un truc ? Chef ? Cheeeeeffff ?

Garfieldd...
Petite Anglaise...
Bereno...

Next ? Next ??

Celui-ci sera, je l'espère, connu pour les siècles des siècles comme "Premier Axiome de Swâmi Petaramesh" :

La liberté d'expression des uns s'arrête où commence le droit de leur hiérarchie à préférer qu'ils ferment leur grande gueule.

D'où découle comme corollaire le "Premier Théorème de Swâmi Petaramesh" :

La liberté d'expression consiste à ne pas parler de choses qui fâchent en général, ni de son travail en particulier.

Ce matin à 9h10, Embruns annonçait l'existence du blog d'un flic, Thomas, intitulé "Que fait la police ?"

Ce même jour à 10h34, Maître Eolas relayait l'information dans son billet "Méta-Blogage", en se félicitant de l'existence d'un tel blog, mais en s'interrogeant toutefois : J'espère que le ministère de l'intérieur ne sera pas aussi frileux que d'autres et laissera faire ce fonctionnaire...

Ce même jour à 10h17 (A-t-il été encore plus rapide ? Ou y a-t-il l'effet d'un artefact de fuseau horaire de serveur ?), le flic Thomas décide de fermer son blog :

Face au succès relatif de ce blog. Un mois après, je décide une nouvelle fois de fermer. Je suis en attente d'une réponse officielle de l'administration et je ne veux pas commettre d'impairs. Ce blog a atteri sur des sites aussi divers que variés [...]

..et manifeste également quelques soucis d'être "plagié" (bien la première fois que je vois un blogueur se taire de peur d'être plagié...)

Du coup Maître Eolas culpabilise un max : Je dois porter la poisse. Mais non, rassurez-vous maître : S'il n'y a pas de gag de fuseau horaire là-dessous, Thomas l'a fermé avant que vous ne l'ouvriez !

Par coup de bol, j'avais la page du blog "Que fait la police ?" ouverte dans mon navigateur avant que celui-ci ne Dzzoïïïiingggg ! Schlack !, et je n'avais cependant pas encore eu le temps de la lire. J'ai donc pu aussitôt enfoncer le panic knob rouge et en faire une sauvegarde en l'état, incluant tous les billets du 7 septembre à ce jour.

...Et je note que le plus ancien des billets dont j'ai ainsi gardé la trace, daté du 7 septembre 2006, 10h17, était justement déjà intitulé Fermeture du Blog et disait :

A grands regrets, j'ai décidé de fermer temporairement mon blog afin de trouver une solution pour pouvoir diffuser mes écrits sans entrer en contradiction avec le devoir de réserve, que je dois respecter, malgré l'extrême modération de mes propos. Je précise que j'ai pris seul cette décision. Merci pour vos commentaires, et vos passages. Le site a vu plus de 3000 visiteurs en quelques mois.

Pour le billet de fermeture actuel, vous pouvez le consulter vous-même en ligne...


Addendum 18/10 00:19 : Tiens, j'apprends via Samantdi qu'il y en a une autre à qui son blog a pété dans la g...
Piting, bientôt les blogs, ça va faire plus de victimes que le phylloxéra...
Alors rappelez-vous bien : Ce n'est pas parce que Nissan commercialise une voiture (originalement) nommée "Micra blog" (par des marketoïdes de génie) qu'il faudrait en déduire hâtivement que de vils employés sont autorisés à ouvrir leur gueule revendicative[1] sur le wild-wild Internet qui n'est comme chacun sait qu'un repaire de pédonazis[2], de pirates informatiques et de méchants anargauchistes qui font rien qu'à désinformer le peuple à propos de la magnanime et généreuse bonhomie proverbiale des vertueuses sociétés qui les emploient.
Non.
Faut pas déconner, non plus !
C'est vrai, quoi.
A la fin.


Tout ça me rappelle à ma grande honte que j'ai un peu négligé la "Chaîne p0rn0graph1que" consacrée à Bereno, ces derniers jours. Mea maxima culpa. Voici donc...

Notes

[1] Cégétiste, même, si ça se trouve. Pas sûr, mais tout est possible, avec ces vermines de travailleurs...

[2] Oh ! Un point Godwin qui passe, tout seul, on dirait qu'il s'ennuie...

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jeudi 5 octobre 2006

le retour de la p0rn0graph1e

Quand, au mois de janvier dernier, le proviseur Garfieldd avait été révoqué[1] pour avoir tenu un blog, sous l'accusation fantaisiste de "pornographie", la blogosphère avait immédiatement réagi par différentes initiatives de soutien.

Parmi ces initiatives, celle de Kozlika de créer la Chaîne p0rn0graphique, à laquelle de nombreux blogs ont participé en republiant chacun, chaque jour, un billet extrait de l'archive du blog de Garfieldd, dans le double but de montrer l'innocence du contenu de celui-ci, d'une part, et d'affirmer haut et fort d'autre part que la liberté d'expression ne se négocie pas, et que dans une société qui tend de plus en plus à vouloir la rogner pour la remplacer par une pensée unique consensuelle cuisinée par les principaux média aux ordres des puissances financières qui les contrôlent, la liberté d'expression est un droit que l'on prend, et non une permission qu'on demande.

Aujourd'hui, une dizaine de mois plus tard, la p0rn0graph1e est de retour, dans le sens d'obscénité qu'a ce mot : Le Monolecte nous apprend que Bereno, un Inspecteur du Travail qui tenait un blog, s'est vu contraint de le fermer brutalement sans autre forme de procès, à la suite d'un ultimatum de son ministère de tutelle.

Le blog de Bereno nous montrait, avec neutralité et réserve, en respectant l'anonymat des protagonistes, le quotidien d'un Inspecteur du Travail du beau pays de France, et, à travers ses yeux, la réalité du monde du travail dans notre pays.

Une réalité qui, sans doute, dérange le ministère, tant il ne faut pas que certaines choses soient dites... Le corps des Inspecteurs du Travail n'a pas vraiment bonne presse sous ce gouvernement UMPo-MEDEFien.

Alors, silence dans les rangs ! On ne veut voir qu'une seule tête, et certainement pas celle de la liberté d'expression, non, plutôt celle du devoir de réserve, ancien concept pour exprimer de manière moderne : Ferme ta gueule, boucle-la, et tais-toi !.

Le déni du droit à l'expression, l'ultimatum exigeant le silence, la voilà bien, l'obscénité, la voilà bien, la p0rn0graph1e...

D'où me vient très logiquement l'idée de reprendre l'initiative de Kozlika[2] pour Garfieldd, et, allant dans le même sens que l'initiative irrepressible.info d'Amnesty International, de rendre irrepressible ce que nous pouvons aujourd'hui sauver du blog de Bereno, dont :

  • Un certain nombre de billets ont déjà été mis en ligne ici
  • D'autres peuvent être récupérés en explorant le cache de Google
  • D'autres enfin seront peut-être un jour disponibles sur la Wayback Machine, laquelle n'a toutefois intégré aucune mise à jour depuis début avril 2005...

Pour reprendre, quasi mot-pour-mot, les instructions de Kozlika en la matière, je demande donc à chaque volontaire participant de reproduire chaque jour, sur son propre blog, l'un des billets de Bereno :

  1. Rendez-vous sur l'un des sites archivant tout ou partie du Blog de Bereno, exacer.be ou cache de Google
  2. Choisissez un billet, publiez-le (billet complet) sur votre blog.
  3. N'oubliez pas de mentionner son auteur, la date et le titre.
  4. Informez vos lecteurs que vous participez à une initiative de soutien à Bereno.
  5. Envoyez-le en trackback sur l'Ashram de Swâmi Petaramesh dans le "billet p0rn0graph1que''" du jour de votre publication, ou dans le dernier billet disponible. Si vous ne pouvez pas faire de trackback depuis votre plate-forme signalez votre parution dans les commentaires.
  6. Poursuivez chaque jour jusqu'à avoir publié tout ce que vous avez en votre possession, provenant de l'archive du blog de Bereno.
  7. Passez la chaîne à cinq personnes.

Bonus : pour réaliser un Google bombing positif, choisissez comme titre de votre billet d'associer plusieurs mots de la liste suivante : Bereno - Inspecteur du Travail - censuré - blog - blogueur.

(Comme je l'écrivais par ailleurs dans un commentaire chez Le Monolecte : Je me demande même s'il faudrait tenir compte de l'approbation ou de l'opposition éventuelle de l'auteur, dans une telle situation. Il possède bien évidemment le droit moral sur son oeuvre (je ne parle pas de "propriété intellectuelle"), mais d'un autre côté, il est patent qu'il subit des pressions qui lui ôtent sa liberté d'action et d'expression à ce propos... Si j'étais à sa place, je serais certainement heureux que mon blog soit "immortalisé" ainsi par un acte de résistance de tiers indépendants... Toutefois, Bereno, si tu nous lis... Ma "page contact" est ...)

Je passe cette chaîne aux cinq premiers commentateurs de ce billet.


Le Billet Pornographique du jour


Bref retour

par Carnet d'un inspecteur du travail

Mercredi 13 septembre 2006

Plus de dix ans d'ancienneté, plus de dix ans de bons et loyaux services. Monsieur Y a, semble-t-il, toujours donné satisfaction. Il a accepté, par le passé, d'occuper différents postes de travail dans l'entreprise selon les nécessités du moment.

Puis survient l'accident; une mauvaise chute dans l'entrepôt. Fracture du genou gauche. Cette blessure nécessite six mois d'arrêt de travail. Lors de la reprise, il est bien conscient que son genou est encore fragile et douloureux parfois, mais l'inactivité lui pèse et il insiste auprès de son médecin pour reprendre le travail. Malheureusement, au bout de quelques jours de travail, il est de nouveau contraint de s'arrêter, pour trois mois de plus.

Cette fois, en accord avec le médecin traitant et le médecin du travail il est décidé que la reprise s'effectuera dans le cadre d'un mi-temps thérapeutique mais pas sur le même poste, non cela semble trop risqué. Après une concertation entre le médecin du travail et le responsable de l'entreprise, monsieur Y aura en charge les livraisons à domicile.

Il est satisfait monsieur Y, ça lui plaît d'aller livrer les clients. Très vite cependant, il remarque que cette nouvelle fonction nécessite de sa part bien plus de responsabilités et de technicité que les tâches (essentiellement de la manutention) qu'il effectuait jusqu'alors. Tout naturellement, il sollicite un rendez-vous avec le patron pour discuter salaire et demander un avenant à son contrat de travail qui prendrait en compte son nouvel emploi.

Trois jours plus tard, il se présente dans le bureau du chef d'entreprise et lui exprime ses souhaits. Mais à peine a-t-il terminé de parler que le patron s'emporte en le tutoyant alors que jusqu'à présent le vouvoiement était de rigueur:

-"Pour qui tu te prends ? Tu es livreur et tu es suffisamment payé comme ça".

Il est abasourdi monsieur Y, il ne s'attendait pas à une telle réaction ! Le patron continue dans son élan:

-"Estime toi heureux que je te garde dans l'entreprise. Un chauffeur n'a pas d'heures et dorénavant tu travailleras tous les jours du lundi au samedi".

La moutarde lui monte au nez à monsieur Y. Il ressent ce tutoiement comme un mépris total envers sa personne. Au-delà du désaccord, c'est ce sentiment d'être traité comme un "moins que rien" qui le blesse profondément. Il est prêt à exploser mais il se contient.

-"Voila les clés du camion, pour les livraisons ne comptez plus sur moi." dit-il en déposant les clés sur le bureau et il se retire.

Il décide de reprendre son ancien poste. Il veillera à ne pas faire d'efforts trop violents pour préserver son genou blessé ...Mais le patron n'entend pas s'en laisser conter. Rapidement, il le rejoint dans l'entrepôt et le somme de passer par la pointeuse et de rentrer chez lui. Il insiste pas monsieur Y, il en a plus qu'assez, il obéit.

Le lendemain matin, il reçoit une lettre de l'employeur. Il la parcourt rapidement: mise à pied conservatoire à effet immédiat et convocation à un entretien préalable au licenciement pour faute grave.

Il est désemparé monsieur Y à la lecture de ces mots. Il me téléphone, il veut savoir: "C'est une faute grave de demander une rémunération appropriée au travail fourni et un avenant au contrat de travail ? C'est une faute grave ça ?".

Notes

[1] Révocation sur laquelle le ministre est revenu par la suite, sous la pression, la transformant en une sanction beaucoup plus légère.

[2] Kozlika, tu me pardonneras certainement d'avoir dérivé ton idée...

mercredi 4 octobre 2006

Ferme ta gueule !

On dit que la différence entre le totalitarisme et la démocratie, c'est que le totalitarisme, c'est Ferme ta gueule !, tandis que la démocratie, c'est Cause toujours...

Bon, ben maintenant, il semble qu'on en soit finalement viendu à Ferme ta gueule !

Surtout si tu es inspecteur du travail. Raconter ce que tu vois tous les jours, ça ne se fait vraiment pas en MEDEFocratie... C'est un blasphème.

Update 19:31 : En allant chercher mademoiselle Patâpatî à la piscine, et en pensant à la "mésaventure" qui arrive à Bereno, ce vers me revenait en mémoire Ami, si tu tombes, un ami sort de l'ombre à ta place..

jeudi 1 juin 2006

Les trains qui arrivent à l'heure

Vous reprendrez bien encore un peu de métablogage ?

Dans son récent article "Redémarrage ?", Traou nous fait part des difficultés d'écriture sur son blog (notamment autocensure), et des questionnements qu'elle rencontre depuis qu'elle a appris que son blog a été lu par l'un de ses proches, qui est évidemment susceptible de continuer de le lire, à tout instant.
Savoir qu'un proche connaît notre blog, c'est un peu une épée de Damoclès permanente.

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mardi 23 mai 2006

Dîner de cons

Je ne parle pas aux cons, ça les instruit.
- Michel Audiard

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vendredi 20 janvier 2006

Lettre ouverte à Monsieur le Ministre de l'Education Nationale

Monsieur le Ministre de l'Education Nationale,

Je ne suis ni proviseur ni homosexuel, mais, tout comme une bonne moitié des utilisateurs d'Internet de ce pays, j'ai été profondément choqué et scandalisé d'apprendre la décision de révocation que vous avez prise à l'encontre d'un proviseur de lycée qui n'avait commis d'autre délit que de tenir, à titre personnel, un "blog", c'est-à-dire un journal intime sur Internet, relevant de sa vie privée et de sa liberté d'expression, blog dans lequel il tenait des propos relatifs tant à sa vie personnelle et à ses préférences sexuelles qu'à sa vie professionnelle.

Cette lettre étant ouverte, et par respect de l'identité de la personne concernée, vous me permettrez de désigner ici ce proviseur sous le pseudonyme de "capitaine Dreyfus"(*).

Que reprochent donc au capitaine Dreyfus les caciques de votre ministère qui ont décidé de l'arrêt de mort professionnelle de cet homme, arrêt que vous avez contresigné, ayant sans doute une confiance excessive dans le jugement et l'impartialité de vos subordonnés censeurs ?

Si j'en crois les éléments de cette décision qui ont été rapportés par la presse, on lui reproche essentiellement d'avoir tenu un blog dont le contenu était "pornographique".
Or, Monsieur le Ministre, l'une des caractéristiques de cet Internet que semblent si mal comprendre vos caciques moyennâgeux, est d'avoir bonne mémoire, et de permettre à chacun de se rendre compte par lui-même. Messieurs les censeurs déclarent ex cathedra "pornographique" un contenu qui leur déplaît derrière les portes closes de leur commission disciplinaire ? Pensent-ils leur appréciation souveraine, et imaginent-ils qu'elle ne sera pas remise en question ? Eh bien, rendons-nous compte par nous-mêmes.

Le blog du capitaine Dreyfus, s'il a été mis hors-ligne voici déjà quelque temps, est toutefois conservé par des archives Internet où il reste consultable, notamment à cette adresse : http://web.archive.org/web/*/http://garfieldd.com

Je vous invite, Monsieur le Ministre, à visiter cette archive vous-même plutôt que de faire confiance à vos censeurs patentés, et à décider en votre âme et conscience si le contenu de ce blog était ou non "pornographique" et de nature à nuire à la moralité de notre belle jeunesse ou à la réputation de notre chère Education Nationale. Je suis persuadé que vous prendrez plaisir à le lire, et que vous y passerez sans doute davantage de temps que vous ne l'aviez prévu.

Monsieur Christian Nique, Recteur d'Académie, que son patronyme a peut-être rendu particulièrement allergique aux choses du sexe (il faut bien imaginer une raison aux choses inexplicables...), affirme (selon ce qui en est rapporté par la presse) :

"On le voit nu" parlant du capitaine Dreyfus. Pour autant que je sache d'après ce que j'en ai vu, cette nudité est limitée à une paire de fesses (attributs que vous possédez tout comme le capitaine Dreyfus et moi, Monsieur le Ministre) au second plan d'une image, et cette image ne peut en aucun cas être considérée comme pornographique. Cachez ces fesses que je ne saurais voir !

Et Monsieur Nique poursuit "...et il y a des photos d'hommes [sur son blog] qui sont sans équivoque."

Des photos d'hommes, Monsieur le Ministre ! La belle affaire !

Des photos d'hommes, mais lesquelles exactement ? Des photos d'hommes en maillot de bain, caleçon ou sous-vêtements. Voilà un crime d'une bien grande gravité, presque aussi dramatique que ce que nous livrent des affiches publicitaires en 4x3 à chaque coin de rue, ou notre bien chère télévision durant la demi-heure de pub qu'elle nous inflige tous les soirs entre la fin du J.T. et le début du film, à l'heure où, voyez-vous Monsieur le Ministre, les enfants ne sont pas encore couchés.

Des photos d'hommes donc ! Et "sans équivoque", selon Monsieur Nique.

Sans équivoque de quoi au juste ? Sans équivoque de la préférence homosexuelle du capitaine Dreyfus, car c'est bien là qu'est le fond de l'affaire, et c'est bien là que se trouve la seule explication d'une sanction aussi lourde que la révocation d'un chef d'établisemement.

Imaginons un instant que nous ayions eu là des photos de femmes, des photos de charme comme celles de certaines campagnes d'affichage qui ont acquis la célébrité en fleurissant les abribus de nos villes. Le capitaine Dreyfus eût-il été révoqué pour cela ? Vous savez aussi bien que moi que non. Peut-être Monsieur le Recteur Nique se serait-il fendu d'un coup de téléphone, ou aurait-il convoqué le capitaine Dreyfus pour lui signifier que, selon lui, la publication de telles images sur son site Internet semblait poser problème compte tenu de sa fonction de chef d'un établissement scolaire, et sans doute Monsieur le Recteur Nique lui aurait-il demandé de retirer les images jugées inappropriées.

On peut juger, comme je le fais, que même une telle demande aurait été une ingérence excessive et injustifée dans la vie privée du capitaine Dreyfus et son droit à la liberté d'expression. Mais quoi qu'il en soit, on peut être certain qu'aucune sanction sérieuse n'en aurait résulté.

Il se trouve, Monsieur le Ministre, que bien loin d'être un blog inconnu, ou visité seulement de quelques rares pervers ayant la bave aux lèvres, le blog du capitaine Dreyfus était largement connu, et largement apprécié, de centaines ou milliers de visiteurs réguliers, qui en appréciaient le ton et la justesse, l'intelligence et la finesse, et que parmi ces lecteurs réguliers, bien placés pour en juger, aucun n'a jamais rapporté avoir jugé ce site "pornographique" ou immoral en quoi que ce soit. Moi-même, bien que n'en étant pas un habitué, j'ai bien du y "atterrir" 2 ou 3 fois au hasard des liens en provenance d'autres sites, et m'y attarder un peu au moins une ou deux fois, simplement par plaisir de cette lecture. Et je n'y ai rien vu de répréhensible, rien d'autre que les réflexions d'un homme au quotidien, marquées de délicatesse et de sensibilité, et d'une grande passion pour son métier.

Ah certes, son métier, il en parlait aussi, et en des termes qui, loin de porter un quelconque préjudice à l'Education Nationale, lui faisaient largement honneur, car c'est un honneur pour l'Education Nationale de compter parmi ses membres des hommes de cette qualité.

Monsieur Paul Desneuf, directeur de l'encadrement à l'Education nationale, indique (selon ce qu'en rapporte la presse):

"ce monsieur précisait qu'il était proviseur de lycée dans une ville qui ne compte que deux lycées et 12.000 habitants. Des éléments qui font qu'il a été aisément identifié [...]"

Certes, le capitaine Dreyfus a été aisément identifié, et promptement sanctionné, mais il convient de remarquer qu'il tenait son blog sous le pseudonyme "Garfieldd", qu'il n'y mentionnait pas son nom, et ne mettait pas en cause qui que ce soit de manière nominative. Il parlait de son métier, de ses journées, des réflexions que cela lui inspirait, mais rien là-dedans n'était de nature diffamatoire envers une personne précisément nommée, ou de nature à nuire à l'image de l'Education Nationale.

Devrait-on exiger du capitaine Dreyfus qu'en plus d'écrire sous le couvert d'un pseudonyme, il doive entourer celui-ci d'un mystère impossible à percer ? On ne le peut évidemment pas.

Monsieur Paul Desneuf poursuit: "L'Education nationale a des devoirs envers les familles, un devoir d'éducation et des valeurs qui fondent la République, un contrat social envers ces familles"

Ces "valeurs qui fondent la République" interdisent-elles qu'un proviseur d'établissement scolaire soit homosexuel, ou interdisent-elles qu'il puisse publiquement le reconnaître et en faire état ?

Ou ces valeurs exigeraient-elle plutôt que l'on respecte la liberté d'expression d'un homme, que l'on respecte ses préférences sexuelles, que l'on respecte sa présomption d'innocence (à l'heure où la Commission Parlementaire d'enquête sur l'affaire d'Outreau révèle certaines dérives de l'état quand celui-ci se met à broyer des innocents), et avant tout, que l'on respecte les lois de la République, et notamment celle-ci :

"LOI n°83-634 du 13 juillet 1983 ; Loi portant droits et obligations des fonctionnaires. Loi dite loi Le Pors. "Chapitre II Garanties : La liberté d'opinion est garantie aux fonctionnaires. Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle, de leur âge, de leur patronyme, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race."

A l'heure où j'écris ces lignes, Monsieur le Ministre, une pétition de soutien au capitaine Dreyfus, lancée sur Internet à l'adresse http://www.petitiononline.com/Garf/petition.html, a déjà recueillli plus de 1700 signatures, parmi lesquelles des signatures de collègues ou subordonnés du capitaine Dreyfus, d'élèves, d'anciens élèves, de parents d'élèves, ou de simples internautes comme votre serviteur.

Tous demandent la levée immédiate de cette sanction homophobe, arbitraire, moyennâgeuse, infondée en droit, et qui fait fi de la vie privée d'un homme et de sa liberté d'expression.

Je vous le demande également.

Je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, en l'expression de ma considération distinguée.

Swâmi Petaramesh.

(*) Pour faciliter la vie des moteurs de recherche, et sans mentionner son nom, je précise qu'il s'agit bien évidemment de Monsieur le Proviseur du lycée technique Emile-Peytavin de Mende (Lozère)

P.S. La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.
(Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, Article 11)

Liens utiles:
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Vrakaskoob (un peu d'humour décapant dans un monde de brutes...)
Gilles de Robien (Histoire que Google s'en mèle...)
...et beaucoup, beaucoup d'autres... (plus de 240 sites recensés)
Tiens, même Jack Lang s'y met... Allez, vu que c'est pour la bonne cause, je retiens au bord de mes lèvres le commentaire caustique... Non, non, vous ne saurez pas ce que je pense de cette opportuniste manifestation de solidarité de notre très blogosphérique (parce que ça fait mode) ex-ministre que-la-kultur-c'est-lui ;-)