C'est une histoire authentique. Certains détails ont été légèrement modifiés pour des raisons compréhensibles.
Ce soir, elle lui raconte une histoire de bureau. De ces histoires que d'habitude il écoute d'une fesse distraite, parce que les histoires du bureau, ça ne le passionne pas vraiment. Il s'en fout comme de l'an quarante. Qu'est-ce qu'il en a à faire, des pièces automobiles, de la nouvelle gamme d'essuie-glaces qui essuie mieux, du visuel de l'emballage, de Machin qui est sur le "terrain" et qu'il n'a jamais rencontré et ne recontrera jamais, et à qui il est arrivé telle histoire avec l'acheteur de chez Chose ? De Machine qu'était pas là aujourd'hui parce que son gamin a la varicelle et que la nounou n'a pas voulu le prendre, et que ça va foutre la merde pour la présentation de demain ?
Qu'est-ce que ça peut lui faire, le stand du salon Tartempion, le Chef toujours largué, ou la présentation des nouvelles optiques de phares à ce séminaire avec les constructeurs (T'as vu la plaquette du château ? La piscine, superbe, malheureusement, on n'a pas pu en profiter, avec les réunions...). S'il y a vraiment un truc qui l'ennuie profondément, ce sont toutes les petites histoires de bureau. Celles que l'on écoute par pure politesse quand celle qui rentre du travail a envie de raconter sa journée, mais qui ne t'évoquent rien, parce que cela parle de gens que tu ne connais pas, de sujets qui ne t'intéressent pas, que ce sont de simples anecdotes sans grande profondeur, des histoires anodines de la vie quotidienne, de la vie de bureau. Y'a vraiment rien à en tirer. Le néant.
Ce soir elle commence :
- Tu sais, Roseline ?
- Euh, oui ?
- J'ai passé l'après-midi en réunion avec lui.









