Ashram de Swâmi Petaramesh

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lundi 1 février 2010

Chez Paul, ou le foutage de gueule à ciel ouvert

Tiens, ça fait longtemps que je n'avais pas été voir chez Paul, enfin l'autre jour, j'avais essayé, mais leur serveur était en rade et disait des gros mots dès que je prétendais consulter les offres d'emploi.

Bon, je reconnais que prétendre trouver une offre d'emploi intéressante chez Paul, faut être un peu beaucoup énormément crétin, mais j'assume ma crétinitude. Je regarde. Des fois que... Sait-on jamais.

Déjà quand ils s'appelaient ANPE les bougres, j'avais bien remarqué que, l'emploi étant leur métier, ils ne faisaient pas très bien la différence entre un gardien de but et un gardien de prison, un administrateur de réseaux et un administrateur de biens, un ingénieur en sécurité informatique et un vigile de supermarché, mais bon, c'est des choses qui arrivent, leur boulot c'est l'emploi, c'est pas non plus comme s'ils devaient comprendre en quoi consistent les métiers pour lesquels il sont censés faire l'agence matrimoniale, hein...

Bon, du temps ayant passé sous les ponts, je regarde aujourd'hui, ben mon gars, ça reste comme avant.

Déjà tu repères l'offre ANPE, pardon, Paul Emploi à l'emploi exclusif des MAJUSCULES, probablement parce que Paul doit être le seul organisme de France à posséder des imprimantes à chaîne n'imprimant que les majuscules, chose que j'avais été fort esbaudi de remarquer il y a quelques années, si, si, on trouvait encore des imprimantes à chaîne dans les musées, et pour les courriers de l'ANPE.

Ben je ne sais pas comment ils impriment aujourd'hui, MAIS ILS MAJUSCULENT TOUJOURS.

Bon, après, j'ai fait l'effort de chercher mon "nouveau" code ROME, vu que chez Paul, on ne saurait te trouver un emploi que si on l'affuble auparavant d'un code numérique,[1] donc bon, je dois être "M1802" je pense...

Muni de ce code, je me lance alors audacieusement dans une recherche, si, d'après ce beau "M1802", et cette recherche de me ramener au hasard :

  • Des postes dont le descriptif n'a visiblement rien, mais alors rien, à voir avec un "M1802" ;
  • Des postes dont le descritptif ne permet vraiment pas de deviner s'il s'agit d'un "M1802", d'un dompteur de morpions ou d'un pyrograveur d'allumettes, ni d'ailleurs où se situe le poste, ni du type de contrat, ni de combien c'est payé, ni même de si c'est payé, quand on y réfléchit...
  • Un poste qui semble correspondre, en CDD de 2 mois dans une entreprise de "zéro à deux salariés", dont le salaire indicatif doit correspondre à celui d'un foutebôleur de l'équipe de France, doit y avoir comme une erreur à mon avis ;
  • Et un autre poste qui est apparemment dans l'informatique quoique certainement sous un autre code "Rome" que celui sous lequel il apparaît, en CDI à temps complet (paraît-il) avec un salaire exprimé en taux horaire dont rien ne permet de savoir s'il est brut, net, ou corrigé des variations saisonnières, mais je suppose dans tous les cas de figure au vu du chiffre, quelle que soit la monnaie dans lequel il est exprimé, qu'il ferait hurler de rire une femme de ménage ;
  • Plus quelques autres postes et formations situés en "Île de France" quand tu as demandé Montpellier, ce qui est farpaitement logique.

Une fois tous ces beaux emplois trouvés, tu constates alors qu'il est impossible de postuler directement ou de contacter les entreprises en question, mais que tu peux le faire seulement via une "télécandidature" par le truchement d'un "conseiller", télécandidature qui nécessite avant tout que tu saisisses ton petit numéro de chômeur pour accéder à ton dossier...

Ah t'es pas inscrit comme chômeur ? Bon, tant pis pour toi. Des boulots de cette qualité, c'est que pour les chômeurs, espèce de salopard qui voudrait retirer le pain de la bouche des chômeurs !

Bon, chez Paul, euh, ce qui est bien, c'est que plus ça change, plus rien ne change...

Le foutage de gueule élevé au rang d'oeuvre d'art - et quand tu es inscrit, tu constates aussi l'art consommé qu'ils ont de te faire perdre ton temps à toutes sortes de sessions, réunions, et autres absurdités qui ont certes l'avantage de t'empêcher de passer tes journées à boire tes allocs, mais surtout la caractéristique première de ne jamais te donner la moindre chance de trouver le moindre emploi qui corresponde de près ou de loin à tes recherches ou tes qualifications.

Tiens, la dernière fois que j'étais chômiste, pour être sûrs que j'avais vraiment les qualifications que je prétendais avoir (des fois que, hein...), ces braves gens m'envoyèrent de force passer une journée à faire un "bilan" chez un sous-traitant privé - de daube mais pour qui le chômeur semblait être un gibier fort rentable - "bilan" qu'ils m'avaient vendu en m'expliquant à quel point son résultat leur permettrait de me proposer pile-poil le boulot exactement fait pour ma pomme... Enfin quand ils auraient reçu le résultat, c'est-à-dire 2 mois après que j'aie fait ledit "bilan", imaginez si mon impatience fut vive ! ...et quand ils me reconvoquèrent 2 mois plus tard ce fut pour me dire qu'ils avaient bien trace dans leur système informatique que j'avais effectivement fait ce "bilan" et obtenu d'excellents résultat, mais que le dossier de mes résultats détaillés s'était perdu et que donc ils n'avaient qu'une ligne de titre en MAJUSCULES dans leur système pour prouver que j'y étais bien allé et avais eu de bons résultats mais lesquels, mystère - mais que si je voulais refaire le bilan, on pouvait faire une demande, pas de problème... Mais que non, un budget formation, y'avait pas, et d'autant moins que mes supposés bons résultats montraient que je n'avais pas besoin de formation dans ma branche, que de toute manière le conseil général ne finançait pas, mais que si je voulais une formation de maître d'hôtel, par contre, ça pouvait se faire... Comment ? Je ne voulais pas "maître d'hôtel" ? Finalement ils me confièrent aux bons soins d'une "assoce" d'accompagnemment pour chômeurs dépressifs, qui avait l'avantage majeur que pendant que j'était censé être chez cette assoce, au moins, je n'étais plus convoqué chez Paul, ce qu'effectivement je trouvais déprimant.

Arghhhh...

Bon, chez Paul, on dirait que ça n'a pas trop chanché...

Notes

[1] Même que quand j'étais petit, à l'ANPE, ils avaient beaucoup de mal à me trouver du boulot, vu que le code ROME de mon boulot n'existait pas encore, et que dans ces conditions, hein, comment-veux-tu trouver un boulot qui n'a pas de code ?

vendredi 2 mai 2008

Outil de transformation sociale

(via Le(s) suiveur(s) des choses)

De la transformation sociale appliquée à ces feignasses de chômistes, par l'exemple.

Ou comment transformer un chômeur local en esclave délocalisé.

10000 roupies
(Site ANPE.fr "Espace candidats" / "Offres" d'emploi / recherche par n° d'"offre", "offre" n°637400L)

Si se sont glissés parmi mes honorables disciples quelques chômeurs-qui-se-lèvent tard profiteurs du système, je ne saurais trop leur conseiller de se sortir pour une fois les doigts du cul et de postuler séance tenante à cette offre alléchante plutôt que de continuer à glander sur Internet !

...et en plus, ça leur donnera même l'occasion de visiter l'ashram de Srî Aurobindo, que demande le peuple ?

vendredi 4 mai 2007

La raison du plus faible

...ou la raison pour laquelle j'ai mangé mon chapeau.

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jeudi 28 décembre 2006

Un fossé définitif

Un nécessaire sursaut de révolte, un mouvement d'indignation, une saine giclée de dégoût saisit notre Yéti, qui termine son article par :

[Je] constate qu'un fossé définitif s'est creusé entre eux et ma meute. Le but n'est plus de discuter, d'expliquer, de trouver je ne sais quel compromis...

C'est hélas bien cela. Un fossé dé-fi-ni-tif. Un fossé définitif qu'ont creusé les fumiers, et laissé creusé les collaborateurs qui, soit y trouvaient somme toute leur petit avantage, soit craignaient que lutter ou résister contre chacune des petites injustices de rien du tout qui, accumulées, finissent par faire une énorme injustice insupportable, ne risque de nuire en quoi que ce soit à leur petite tranquillié personnelle ou à leur situation au tableau d'avancement.

Tout cela, à la longue, finit par accoucher d'une société monstrueuse.

Dont une minorité de vampires suce le sang jour après jour, se gorgeant à se faire péter la panse.

Dont une écrasante majorité détourne courageusement le regard pendant ce temps, moutons tranquilles et repus dont s'occupe si bien le gentil berger. Surtout ne pas prêter attention au silence des agneaux, faire comme s'il n'existait pas. Le simple fait de savoir risquerait peut-être bien d'attirer sur nous cette foudre d'épouvante. Soyons les premiers à la tonte, les plus soumis au gentil berger, ainsi il nous aimera, et ce n'est pas nous qu'il enverra les premiers, quand le couteau du boucher fera son nécessaire passage. Sauver nos culs, nos panses rebondies et nos petits avantages.
Il n'y en a pas pour tout le monde ? Raison de plus de ne pas faire de vagues, tant qu'il en reste pour nous. Avec peut-être un peu de rab' même, sédatif judicieux de notre conscience morale.
Il est beaucoup moins grossier de roter son Champagne en public que de tendre la main.
Ca ne va pas si fort ? Ouais, d'accord, mais ça pourrait nettement être pire (La preuve : t'as vu Machin ? Il a dévissé la rampe avec sa femme et ses trois gosses...). Raison de plus de la boucler, pas de vagues.

Cachez ces sans-logis qui campent sous nos f'nêtres !

Je ne sais lesquels me dégoûtent le plus, du quarteron de vampires qui dirige le cirque, ou du troupeau de connards soumis qui dansent à leur suite, joyeux lemmings repus. Et qui surtout, vous comprenez ma brave dame, n'a pas le temps de s'intéresser à ces choses. Moi ma brave dame, je ne fais pas de politique ! Mais vous conviendrez avec moi qu'un minimum d'ordre est nécessaire, et qu'il convient donc de nettoyer les trottoirs de nos villes de ces loqueteux qui les encombrent et vis-à-vis desquels on se sent si peu en sécurité. Ces gens-là nous détrousseraient ! Et en plus, ils puent ! Se lavent-ils seulement ?
La société va péter dans 20 ans ? Ouf ! je prends ma retraite dans 10 ! (Mes enfants se démerderont... Après tout, leurs ancètres se sont bien démerdés, non ?)

Comme disait Dumas père, finalement J'aime mieux les méchants que les imbéciles car au moins, ils se reposent...

Et vient un beau jour où, comme le note si justement le Yéti, on ne peut plus que constater qu'un fossé définitif s'est creusé entre eux et ma meute, que quoi qu'il advienne, on est incapable de ne pas voir, de ne pas penser, que la dose d'anesthésique télévisuel quotidien de 20 heures et de 21 heures ne produit plus aucun effet, que notre cerveau ne tolère plus cette ingestion toxique. Qu'il repère l'odeur caractéristique du mensonge dans les trois premiers mots prononcés par l'expert sociologue qui fait l'ouverture du Soir 3 de son discours sarkozyste d'une grande neutralité (avant que la chaîne n'offre 5 secondes de plan fixe à la couverture de son dernier "bouquin").

Comme dit le Yéti, Le but n'est plus de discuter, d'expliquer, de trouver je ne sais quel compromis... Il n'y en a pas. Il n'y en a plus aucun de possible. le désaccord est tellement fondamental qu'il n'est plus soluble dans aucune forme de compromis, de demi-mesure ni de négociation.

Le problème est que, quand les dirigeants d'une société quelconque, par la combinaison de leur avidité, de leur rapacité, de leur stupidité et de leur incurie, laissent se creuser au sein de cette société un ravin entre les deux rives duquel il n'y a plus ni compromis ni discussion ni pommade possibles, on sait bien comment ça se termine : Choisis ton camp, camarade ! et toutes ces sortes de choses.

On finit par se retrouver dans une situation où il n'est plus du tout raisonnable de tenter de demeurer raisonnable. On y vient, on y vient...

Pendant ce temps-là, Actu => Chômage nous met le doigt sur les piteux mensonges de nos gouvernements : 4,45 millions de personnes inscrites comme demandeurs d'emploi à l'ANPE, dont plus de 2,3 millions sont invisibles : Ils n'apparaîssent pas dans les statistiques des "chômeurs" serinées par les radios-télés-journaux.
En 2006, pour la première fois, plus de 50% des chômeurs inscrits à l'ANPE sont invisibles. Ils n'étaient "que" 10% en 1982.
Et quand on parle de 4,45 millions de chômeurs, on ne parle évidemment que des dûment incrits à l'ANPE, hein ! De ceux qui ont dûment pointé au début du mois ! Pas des centaines de milliers de radiés pour un oui ou pour un non, ni de ceux qui, n'étant plus indemnisés, ont renoncé à continuer à pointer. Ni de ceux qui ont atterri dans la rue, sans plus d'adresse où recevoir leur convocation à l'entretien mensuel obligatoire faute duquel il seront aussitôt purgés des statistiques et de toute existence.
Ca nous ferait combien, si on ajoutait tout ? Ah, d'un seul coup, nos beaux experts-comptables ne savent plus compter...

Cette répulsion instinctive qu'inspirent les commerçants à ceux qui les approchent et qui savent, est une des très rares consolations qu'éprouvent d'être aussi miteux ceux qui ne vendent rien à personne.
- Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit.

Bonne et heureuse année 2007, au fait. On y arrive.

mardi 26 décembre 2006

Petit guide pour agir : Sollicitez vos relations !

C'est chez El Ryu que ça se passe : Un exemple pour tous les chômistes !

Sinon, la hotte de Big-Brother Noël, elle est chez rewriting.net. Le genre de chose que j'avais également évoquée il y a un certain temps...

Et puis encore... Deux ex-lycéennes anti-CPE vont être fichées au FNAEG (ADN).

Pour la libération des semences potagères ! ADN non conforme ? Je ne veux voir qu'une seule tête ! Je suis sûr que l'idée que des graines puissent être réglementaires ou non n'a jamais effleuré l'immense majorité de la population...

Joyeux Noël.

P.S. : Eh, Psssssttt ! Au fait, Ko est reviendue...

jeudi 28 septembre 2006

Journée de la louze

Il y a la journée de la femme, il y a la fête des pères, la fête des mères, la fête des secrétaires, la journée sans tabac, la journée sans voiture, la journée défense de marcher sur les petits myopathes aveugles, la journée-fériée mais travaillée-quand-même de Monsieur Raffarin pour offrir des brumisateurs aux vieux trop cuits l'été, la commémoration de la mort de Claude François, et l'université d'été de l'UMP où des blogueurs magnifiques louzent grave en se faisant podcastomiser par des pouffes à ''strap-on''-caméscope. C'est hard, oui, je sais, même dans les backrooms, normalement, on voit pas ça, mais à l'UMP, tout est possible.[1] Ce n'est pas comme dans le bus des députés communistes garé ce matin devant la mairie de Lyon pour défendre le droit au logement, là c'est pas pareil, il ne s'y passait pas grand-chose, et je n'y ai même pas vu le moindre blogueur, même pas l'homme qu'a vu l'homme qu'a vu le kanichokanichabouch qu'a vidé le squat de Cachan.

Et justement, il n'y a pas de journée de la louze. C'est là une grave injustice qu'il nous faut réparer.

C'est d'autant plus pire anormal que ça louze de partout. Tenez, rien qu'autour de vous, dans votre entourage immédiat, je suis sûr que vous avez un miroir.

Je propose donc, et j'ordonne, et j'exige, que désormais chaque 28 septembre soit la journée de la louze.

Cette journée consacrée à la célébration des loosers louzeurs magnifiques sera bien entendu fériée-à-la-sauce-Raffarin, et chacun se sentira tenu, par solidarité, de louzer une journée de salaire au bénéfice de son employeur[2], parce que si c'était au bénéfice des louzeurs, ça ne louzerait pas suffisamment, et donc, ça poserait problème.

Pourquoi le 28 septembre, me direz-vous ?

Eh bien, parce que c'est aujourd'hui, et que ce n'est quand même pas tous les jours qu'on apprend qu'on n'a plus qu'à se flinguer ;-)

BoulotJe me rendais donc ce matin, pieds nus, en chemise, la corde au cou, à la convocation de l'ANPE

J'avais grièvement les boules, parce que je déconne, comme ça, je fais mon mariole ci-dessus, mais cette histoire de chômage m'épuise moralement, et cette contrainte d'aller mensuellement justifier de ma chômitude me pèse plus lourd que joug sur épaule de boeuf. C'est donc la mort dans l'âme, pour ne pas dire au bord des larmes, que je me meus dans le métro peuplé de zombies translucides occupés à faire la gueule pour aller expliquer à la gentille demoiselle que je n'ai rien glandé ce mois-ci. Radiez ici, merci.

Car il ne suffit pas de chômer, encore faut-il s'en justifier, et ce, périodiquement.

Et je ne sais pas quelle pute de fée s'est penchée sur mon petit berceau pour me faire le don de pareille allergie à toute forme de contrainte, pire encore quand il s'agit de justifier ce que je suis, pourquoi je suis, ce que je fais, où vais-je, où cours-je et dans quel état j'erre.

Vous êtes qui vous, pour me demander ça ? De quel droit ?

La contrainte tombant sur moi est reçue par sa copine la phobie. En général, elles ne tardent pas à se crêper le chignon.

Oh que je hais ce devoir de me rendre chez la gentille damoiselle mettre ma misère à nu, car après tout le fait que je n'ai plus de travail n'autorise quiconque à ce viol de ma vie privée et de mon intimité, que je ressens si odieusement, et qui consiste à vouloir savoir le pourquoi du comment sans que je n'aie rien demandé à personne, pour me perpétuer la très modeste obole de 7 Euros par jour à l'heure où j'écris ces lignes,[3] somme un peu modique pour prendre ce viol de gaieté de coeur.

Bref, j'allais me demandant si j'essaierais encore de dire quelque chose, ou me contenterais de lui coller ceci sous le nez, à la gentille demoiselle, en guise de toute explication.

Mais quoi, je ne suis pas homme à reculer devant l'adversité, je m'y rends donc, haïkute en route.

Le pire voyez-vous, c'est que je n'ai même pas le loisir de pouvoir tout haïr en bloc, puisque la conseillère de l'ANPE qui s'occupe de mon cas est une charmante jeune femme que je sens sincèrement désireuse de m'aider... à prendre le chemin auquel tout le système veut me contraindre. Elle fait son boulot avec coeur. Sympa. Elle n'a rien d'une stakhanoviste de la radiation sauvage. Je la sais sensible et attentive à l'humain assis sur le siège en face d'elle, qui n'est pas simplement le chômeur n° 666666 à sortir d'urgence des statistiques.

Je n'ai rien contre la demoiselle, donc. En d'autres circonstances, peut-être aurait-elle pu devenir une amie, ou une relation agréable ? Là, dans le contexte, c'est bien sûr hors de question. Le pouvoir qu'elle a sur ma destinée (et celle de mes modestes 7 Euros par jour...) l'interdit.

J'arrive à l'heure, bien que j'aie tout fait pour être en retard, mais décidément, ce n'est pas le bon jour.

Je suis probablement dans l'une des situations qui peuvent me mettre le plus mal à l'aise au monde (avec aller faire la pute à un entretien d'embauche), envie de tout envoyer valser et de prendre la fuite tellement cela m'est intolérable. Et ça ne s'arrange pas : Au début, j'y allais sans presque y penser, à l'ANPE, voir ces braves gens qui me convoquaient une fois tous les 6 mois pour ne jamais rien me proposer, et seulement me dire qu'il n'y avait aucune ligne budgétaire pour aucune des formations complémentaires que j'aurais souhaité recevoir, de toute manière, un type surqualifié comme moi, est-ce bien raisonnable ? ...mais qui par contre s'acharnaient à vouloir me refiler à une société de coaching[4] ou à d'autres évaluations bizarres aux sigles cryptiques, je crois que l'ANPE aime encore plus les acronymes que l'armée et les services marketing réunis, je ne croyais pas que cela fût possible. Une fois, de guerre las, j'acceptai de me soumettre à une demi-journée d'une telle évaluation par un tiers-cabinet privé, dont l'ANPE s'empressa de perdre aussitôt le résultat, que je ne vis donc jamais. N'en reste que la ligne de résumé qui fut saisie dans mon dossier informatisé avant que le reste ne soit perdu, et qui dit en substance que je suis un Être Exceptionnel. Ouais. Mais depuis que notre Brave Gouvernement a décidé de mettre aux pas ces feignasses de chômeurs, la gentille demoiselle me convoque tous les mois, et je sais de moins en moins quoi lui dire, noyé sous cette culpabilité du chômeur qui n'a toujours pas trouvé de boulot...

Alors bon, aujourd'hui, v'là, c'est marre, je lui dis de but en blanc, à la gentille Sandrine (Sandrine, si tu me lis... ;-)) que ce mois-ci je n'ai rien trouvé parce que je n'ai rien cherché, et que je n'ai rien cherché parce que j'en suis incapable, et que j'en suis incapable parce que je suis comme qui dirait au bout de mon rouleau, et que je n'en dirai pas davantage parce que je ne peux avoir aucune confiance dans un organisme dont le rôle est ambigü en ce qu'il est à la fois, en théorie théorique, celui de m'aider, et pour autant, en pratique, surtout celui de me contrôler voire de me radier. Et que, pour quelque obscure raison, cela met très mal à l'aise les paranoïaques de mon espèce.
J'insiste bien sur le point que ceci n'a rien de personnel entre elle et moi, et que nous aurions pu aller contempler le coucher du soleil sur la mer ensemble en d'autres circonstances, mais que là, hein, ces maudites circonstances sont quand même contre nous.

Je vois le regard de la demoiselle s'embuer de compassion pour mon air de cocker dépressif, à l'expression aussi éperdue qu'un Doc Gynéco à qui l'on aurait dit un mot de plus de trois syllabes.

Elle me regarde. Je sens toute la pitié qui coule en elle et toute l'humiliation que cela déverse sur moi, damned.

Bien, me fait-elle d'une voix presque cassée par un possible sanglot. Je crois que je vais vous envoyer en Asie.

- Plaît-il ?

- Je crois que je ferais mieux de vous envoyer en Asie.

- En Asie ?

Les bases de mon entendement vacillent. L'espace d'un instant, je commence à me demander si l'on a entrepris la délocalisation des chômeurs.

Elle ouvre un tiroir, en sort une petite plaquette qu'elle fait glisser vers moi. J'y lis, en gros caractères Mieux dans sa peau - Mieux avec les autres, avec un visage stylisé de profil sur fond de ciel nuageux façon MS-Windows.

Dessous, le nom de l'organisme : Centre de Prévention de l'Isolement et du Suicide

Ah ben tiens, ça, ça te fout un choc. Surprise ! Je ne savais pas que j'en étais rendu là, comme disent nos amis québecois. 'tain, apprendre comme ça, par une brochure qu'on te tend avec une sincère commisération, que tu es au bord du suicide, limite, avec l'effet de surprise, c'est un coup à se tirer une balle ! ...Ou à se jeter dans le Rhône en sortant.

Tandis que ma mâchoire bée encore de saisissement, la belle m'explique que l'ASI est un truc qui a été mis en place afin d'aider les chômeurs irrécupérables à se flinguer, euh non, maintenant que j'y pense, j'ai compris ça sous le coup du choc, mais si ça se trouve, c'est peut-être bien le contraire, c'est peut-être pour ne pas se flinguer. Ou l'inverse, remarquez.
Bref, c'est un truc pour les chômeurs au bout du rouleau comme moi, mûrs pour l'entonnoir sur la tête, qu'on va envoyer se faire prendre en charge par des structures spécialisées vu que l'ANPE n'est pas outillée pour faire face à ces publics aux pathologies trop lourdes.
Nan je déconne.
M'enfin, c'est un peu ça quand même.

Donc, je le répouète, on t'envoie dans un orgasme organisme te faire prendre en charge par des psychologues ou psychiatres et autres aéronautes supra-coucouniditesques. Et voilà.

Phear.

Remarque, on ne te laisse pas le choix. La gentille demoiselle dit : De toute manière, je ne peux pas vous laisser comme ça sans rien faire ! je retiens par devers mes lèvres la question Mais pourquoi donc ?, tant je comprends que la jeune femme n'a d'autre choix que me radier, m'envoyer me faire coacher chez les Grecs, ou jivaroter chez les zinzins. A la réflexion, je préfère encore les zinzins. D'abord ça va mieux à mon teint, et, objectivement, ça doit être plus proche de la réalité.

J'espère tout de même qu'ils ne vont pas me lobotomiser. Ni me faire d'électrochocs. J'ai des doutes quant à la prise en charge du chômeur-zinzin. Les envoie-t-on dans des camps de covacances ?

Enfin, mu par l'idée que la zinzinification de mon dossier me dispense désormais de ma visite mensuelle à la charmante jeune femme qu'on-aurait-pu-s'entendre-mais-dans-d'autres-circonstances, j'accepte.

On remplit le dossier et je signe avec mon sang.

Me voici zinzinisé. Envoyé en Asie. Enfin, plutôt en ASI

Et moi qui, me croyant pourtant bien renseigné sur les aléas de la chômitude, n'avais jamais entendu parler de l'Asie ! C'est bien simple, je ne savais même pas que l'Asie existait ! L'Asie coule à mes oreilles ! [5]

Sandrine est toute heureuse d'avoir résolu mon (son ?) problème. On dirait qu'elle en a presque la larme au coin de l'oeil. Décidément, cette jeune femme est charmante. Je l'aime bien.


Epilogue : Peu de temps après être sorti de l'ANPE, sur mon vélo de location, je vais voir où se situe l'officine des jivarotiseurs de chômistes-au-bout-du-rouleau. C'est un truc au troisième étage dans l'arrière-cour d'un vieil immeuble d'une venelle obscure du vieux centre. J'espère que ce n'est pas une secte, bouh ! Pas loin du Rhône, d'ailleurs, ni de la Saône. Pratique, pour se débarrasser des corps...

Notes

[1] Après Doc Gynéco, bientôt, Rocco Siffredi exprimera aux foules en délires son soutien au Kanichabouch.

[2] Pour ceux qui ont la chance d'en avoir un...

[3] Ce qui me fait penser que je devrais être en cet instant même en train de remplir le dossier de renouvellement de ce traitement de prince, que je devais poster pour le 22 sans faute, merde, je suis en retard, il faut croire que la paperasse ne me motive guère.

[4] Que je hais ce mot ! Cet anglicisme à deux balles ! L'herbe était pas trop acide... Tout juste assez humide... Coachez-moi ! Coachez-moi! Coachez-moi-ha ! C'est le cri du chômeur qui supplie... Qu'on lui ouvre enfin les portes des allocationnnnss.... Allez vous faire coacher chez les Héllènes, tiens !

[5] Bashung.

vendredi 23 juin 2006

La réflexion du matin

...Pourquoi, quand on crée son "espace candidat" sur le site ouèbe de l'ANPE, reçoit-on un e-mail intitulé Votre espace emploi est créé. ?

En bonne logique, cet e-mail ne devrait-il pas s'intituler Votre espace chômage est créé ? ?

Ben ouais, quoi. Parce que si quand on chôme, on se crée un "espace emploi", alors, en bonne logique, mon prochain (veinard d') employeur, je vais lui demander de me faire un contrat de chômage... Non ?

Post Scriptum : C'est d'ailleurs fou comme ce mot espace est employé à toutes les sauces et dilué jusqu'à la nausée depuis déjà un certain nombre d'années par tous ces publi-marketoïdes communiquants en mal d'imagination...
"Espace", ça fait aéré, vaste, ensoleillé, plein d'espoir, libre, jeune, fun, spatial même, tout ça...

Bientôt, celui qui s'abonnera sur un site porno, ça lui dira Votre espace branlette est créé !

vendredi 12 mai 2006

Avec Nous Peu d'Espoir

Pour celles et ceux qui l'auraient ratée, chez 'moiselle Rose, une très savoureuse et quasi entomologique série d'articles consacrés à ses joyeux démêlés avec l'ANPE.

Série qui commence par cet article : ANCE, Agence Nationale Contre l’Emploi (1/5)
Et se termine (provisoirement) par celui-là : ANPE - Définir ses atouts (3/4)

...Ça a tout pour devenir une série-culte...

Et ça me fait penser que je viens (encore) de recevoir une lettre ainsi libellée (Les imprimantes de l'ANPE ne possèdent que les majuscules dans la seule POLICE COURIER, et pas les accents, ça devait être moins cher que des imprimantes avec minuscules et accents ? De toute façon, c'est pour écrire à des chômeurs quasi-analphabètes, vaut mieux que ça soit écrit gros...) :

ALE LYON BLABLABLA
[...]
OBJET: ACTUALISATION DE VOTRE PROJET PERSONNALISE D'ACCES A L'EMPLOI
[...]
DEPUIS VOTRE INSCRIPTION, DES PROPOSITIONS VOUS ONT ETE FAITES ET VOUS AVEZ ENGAGE DES ACTIONS DANS LE CADRE DE VOTRE PROJET PERSONNALISE D'ACCES A L'EMPLOI.
AFIN DE FAIRE ENSEMBLE LE BILAN DE VOS DEMARCHES ET DE DEFINIR LES PROCHAINES ETAPES DE VOTRE PROJET PERSONNALISE D'ACCES A L'EMPLOI, JE VOUS INVITE A VOUS PRESENTER POUR UN NOUVEL ENTRETIEN A L'ADRESSE SUIVANTE :
[...]
A DEFAUT DE PRESENTATION, JE SERAI CONTRAINT(E) CONFORMEMENT A LA LOI, D'ANNULER VOTRE INSCRIPTION COMME DEMANDEUR D'EMPLOI.
[...]

...Toujours le petit mot gentil pour terminer, suivi de la laconique[1] pseudo-signature "LE DIRECTEUR D'AGENCE" imprimée par la belle imprimante-à-majuscules.

Dans le cadre de mon "projet personnalisé d'accès à l'emploi", je crois que je vais leur demander une formation xyloglotte à l'usage du Novlangue, administrée directement par les conseillers ANPE, ils maîtrisent tellement bien l'usage de cette admirable langue...

Notes

[1] ta mère. Oui, je sors...

vendredi 14 avril 2006

La râlerie du jour

Où Swâmi Petaramesh se retrouve tout bête, la bite à la main...

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dimanche 19 mars 2006

In Cauda Venenum

Avis de tempête, neige, grèle, blizzard et congères de 4 mètres sur tout le territoire métropolitain ! Tremblements de terre à prévoir, tsunami possible, réveil des puys d'Auvergne envisagé...

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