Les différents outils de protection anti-fascisme numérique, que l'on pourrait aussi appeler anti-HADOPI, ont pour objectif général de :

  • Permettre à un individu de contourner les filtres prétendant l'empêcher d'accéder à tel ou tel contenu (dissident chinois désireux de lire la presse occidentale...)
  • Empêcher les grands yeux et grandes oreilles de pouvoir espionner qui lit quoi, qui publie quoi, qui échange quels fichiers avec qui, et qui communique avec qui.

On entend donc là simplement mettre en pratique les articles XII et XIX de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme.

Les différents outils que l'on pourra mettre en oeuvre pour atteindre de tels objectifs utilisent généralement une combinaison de technologies de :

  • Chiffrement (cryptage) des échanges de données de manière à masquer la nature et le contenu des données échangées entre deux machines.
  • Contournement de filtres, généralement en faisant des détours pour atteindre un point inaccessible par le truchement d'un autre point, accessible : Changement de protocole, utilisation de proxies et de tunnels...
  • Anonymisation, en faisant transiter les requêtes par des chemins détournés (séries de proxies), généralement en combinaison avec le chiffrement en "couches", de manière à ce qu'on ne puisse déterminer ni ce que consulte un point "A", ni qui consulte un serveur "B".

L'usage de tous ces systèmes à un coût, qui s'exprime généralement en termes de débit, de performance, ou de délai de réponse. En utilisant ces systèmes, vous quitterez un peu l'ère du haut débit pour retrouver les bonnes vieilles sensations du surf avec le modem de grand-papa... et avec également la tranquillité d'esprit d'antan.

L'utilisation de certains de ces outils peut également comporter un risque, si vous configurez votre machine comme "noeud" ou "relais" d'un système anonyme accessible à autrui, car on pourra éventuellement dans ce cas vous reprocher l'utilisation faite à travers votre connexion (le fameux "défaut de sécurisation") prévu par HADOPI.[1]

N.B.: Cet article n'a pour ambition que de faire un rapide tour d'horizon de ces outils. Pour pouvoir les utiliser de manière efficace il est toujours indispensable d'en lire attentivement le manuel, et de comprendre la bonne mise en oeuvre, les faiblesses et les limites des outils que vous utilisez.

Voici maintenant quelques "grands classiques" des outils à votre disposition, sans débourser un centime ni sortir de chez vous :

Votre système d'exploitation

La chose à la base du reste étant la plate-forme que vous utilisez, vous vous abstiendrez évidemment de Windows, de ses virus, antivirus, chevaux de Troie, zombies et autres gouffres de sécurité, et vous utiliserez une version de votre choix de GNU/Linux ou *BSD, si, vous en êtes capable ! ;-)

Les différents outils décrits ci-dessous peuvent également être utilisés sous Windows, bien que ce ne soit guère sérieux...

Ensuite un bon navigateur

La brique suivante de votre sécurité numérique est un navigateur convenable et sécurisable. Pas d'Internet Explorer bien sûr, préférez Firefox.

Configurez Firefox pour vous demander systématiquement avant d'accepter un cookie, et quand il vous le demande, rejetez systématiquement les cookies de sites de publicité ou de statistiques, et pour les autres, autant que faire se peut, ne les acceptez que pour la durée de la session.

Protégeons un peu notre navigateur

Une fois votre Firefox installé, vous veillerez à lui installer les extensions utiles comme l'excellent tueur de publicité AdBlockPlus et le non moins utile tueur de scripts NoScript.

Rien qu'avec ça, vous gagnerez de la bande passante et éviterez bien des indiscrétions issues de votre propre machine.

Privoxy

Privoxy est un service proxy filtrant qui s'installe sur votre ordinateur, et vient s'intercaler entre votre navigateur Internet et les services que vous consultez. Il a pour objectif de bloquer ce que ces sites peuvent vous transmettre d'inutile ou potentiellement nuisible, de mettre certains cookies en quarantaine et de bloquer en sortie certaines indiscrétions de votre navigateur, en révélant plus sur lui, sur vous, ou sur votre machine, que vous ne le souhaiteriez.

Déjà, avec Firefox, les extensions AdBlockPlus et NoScript, suivis de Privoxy, vous ne combattez pas encore le fascisme numérique ;-) mais vous améliorez énormément votre sécurité, votre discrétion, et vous empêchez, en grande partie, les sites de publicité, les sites de statistiques, et sites que vous consultez eux-mêmes, de vous bourrer de cookies et de tracer vos visites et vos activités d'une fois sur l'autre.

Passons maintenant aux choses plus sérieuses.

Le réseau chiffré TOR (routage en oignon)

Le système TOR est un réseau chiffré qui permet d'accéder à n'importe quel service / serveur Internet accessible en TCP, comme le Web par exemple, de manière anonyme et intraçable.

Avec TOR, quelqu'un qui surveille votre connexion ne peut voir ni quel serveurs vous consultez, ni ce que vous consultez (les transferts de données sont chiffrés), et le serveur que vous consultez lui-même (ou tout organisme le surveillant) ne peut pas déterminer qui le consulte (ni même depuis quel pays).[2]

Pour ce faire, TOR fait passer vos requêtes via une chaîne de serveurs-relais,[3] typiquement 3, aucun serveur relais ne pouvant connaître à la fois l'origine de la demande, sa destination, et son contenu.

Un organisme surveillant votre connexion peut voir uniquement que vous échangez des données avec un relais TOR, il ne peut connaître ni le contenu de ces données, ni leur destination finale.

TOR vous permettra typiquement de franchir tous les filtres bloquant l'accès à tel ou tel site web depuis votre pays, votre entreprise, etc, et vous accéderez le plus souvent au site concerné via un "relais de sortie" situé dans un pays étranger.

TOR permet également d'héberger des "services cachés", typiquement des sites web hébergés sur un relais Tor (non accessible par le web "ordinaire", uniquement via TOR), sans qu'on puisse déterminer quel est le relais TOR qui héberge un site caché donné.

L'inconvénient principal de TOR est sa lenteur et son faible débit.[4]

  • Il est particulièrement bien adapté à la consultation anonyme de sites web ou à l'utilisation anonyme de services TCP à faible débit.
  • Il est particulièrement mal adapté au transfert de gros fichiers, à la création de tunnels ou aux échanges Peer-to-peer.

Un réseau comme TOR ne peut fonctionner que parce qu'il existe des relais opérés par des volontaires aux 4 coins du monde, et tant ses performances que sa sécurité dépendent du nombre de relais disponibles - Environ 1800 actuellement.

Ne vous contentez pas d'être un utilisateur "client" : Si vous avez une connexion permanente (ADSL) et pouvez laisser votre machine allumée 24h/24, pensez à en faire un relais TOR et benéficiez ainsi à l'ensemble des utilisateurs du système !

N.B.: Si vous installez un relais TOR utilisable comme "point de sortie", alors votre machine pourra être retracée comme source de requêtes pour des sites divers, alors qu'elle ne fait que relayer les consultations anonymes de tiers. Il faut que vous en ayez conscience avant de configurer votre relais pour autoriser la sortie.
Par contre, si vous ne voulez pas avoir à gérer ce genre de "problème" éventuel, vous pouvez configurer un relais TOR n'autorisant pas la sortie, ainsi, vous augmenterez la bande passante globale et le nombre de chemins disponibles dans le réseau TOR, mais aucune requête en clair ne sortira jamais de votre machine pour sa destination finale, vous mettant à l'abri de toute éventuelle mise en cause du fait de tel ou tel usage.

Vous utiliserez TOR, en pratique, depuis votre navigateur Firefox équipé de l'extension Torbutton, et à travers Privoxy.

Le Réseau I2P

Je mentionne rapidement I2P, que je n'ai personnellement jamais utilisé, comme étant sur le principe un peu analogue à TOR, quoiqu'ayant fait des choix techniques à peu près systématiquement opposés ;-)

Contrairement à TOR, I2P est destiné à créer un réseau chiffré et anonyme dans le réseau et non pas à sortir sur le réseau. I2P ne sera donc pas typiquement utilisé pour accéder à des sites web, mais plutôt à d'autres machines I2P, faisant d'I2P un excellent support pour des échanges Peer-to-peer anonymes et chiffrés, invisibles et bien tranquillement à l'abri d'HADOPouIlle.

I2P a certainement tout autant que TOR besoin de relais et de noeuds permanents, puisque l'ensemble de ces réseaux ne repose que sur les collectifs de machines et de connexions qui les composent.

Le Réseau Freenet

Le réseau Freenet est encore autre chose, une grande idée : permettre le stockage semi-permanent et la redistribution de données de toutes sortes (fichiers de toutes natures, sites "fantômes virtuels") de manière anonyme, chiffrée, distribuée et complètement décentralisée, sans aucun site central ni répertoire central.

N'importe qui peut publier n'importe quel fichier sur Freenet, ce fichier sera stocké en "n" exemplaires chiffrés (cryptés) sur "n" noeuds du réseau définis aléatoirement, et chaque fichier sera d'autant plus distribué, répliqué et conservé sur le réseau qu'il sera beaucoup demandé.

L'idée de fond derrière Freenet est la déniabilité plausible : Chaque noeud du réseau est théoriquement capable de trouver et fournir n'importe quel fichier qui lui est demandé, mais chaque opérateur de noeud ignore ce qui est stocké sur sa machine, ne peut pas le déterminer, et peut nier être lui-même à l'origine de la présence de tel ou tel fichier sur sa machine ou sur le réseau dans son ensemble.

Freenet permet donc d'héberger des fichiers, mais également des "FreeSites" complets, qui sont des sites web statiques complets consultables avec votre navigateur + Freenet, mais qui ne sont hébergés "nulle part", c'est à dire en aucun lieu précisément déterminé ou déterminable, mais plutôt répliqués d'autant plus qu'ils sont consultés.

De même, Freenet possède des formes de forums de discussion anonymes et intraçables.

Comme les réseaux précédemment évoqués, Freenet dépend étroitement du nombre de "noeuds volontaires" dont il est composé, tant pour sa bande passante réseau que pour sa capacité de stockage (disque). Aidez !

Enfin les VPN

Je ne les évoquerai que brièvement, tant ils sont largement connus et utilisés dans le monde de l'entreprise. Un VPN (réseau privé virtuel) permet de créer un tunnel chiffré à travers Internet, par exemple pour connecter de manière sécurisée le réseau d'une succursale d'entreprise à celui de son siège, ou permettre le travail à domicile "comme si j'étais au bureau sur le réseau de la boîte", etc.

Les propriétés des VPN permettent également de les utiliser très facilement pour "ressortir sur Internet à n'importe quel endroit du globe" (et échapper à tout filtrage et à toute surveillance entre "ici" et "là-bas"), pour peu qu'il y ait "là-bas" une personne disposée à ouvrir un VPN avec vous.

On trouve de plus en plus de tels VPN disponibles comme services commerciaux (payants) pour vous permettre de faire "sortir" votre trafic réseau dans une région du monde plus "sûre" et moins surveillée que celle où vous vous trouvez physiquement, au nez et à la barbe de ceux qui voudraient vous espionner au niveau des tuyaux de votre F.A.I...

Bon allez, tiens, j'ai faim ! Ce sera tout pour le moment. Une autre fois on parlera d'autres trucs rigolos.

Notes

[1] D'un point de vue juridique, il serait sans doute amusant de tester devant un tribunal l'hypothèse que le fait de faire volontairement de sa machine un relais de réseau anonyme n'est pas un défaut de sécurisation...

[2] Ce qui fait que certains services qui basent leur langue de réponse sur votre provenance supposée risquent parfois de vous afficher des pages web dans des langues très inattendues ;-)

[3] Des machines opérées par des volontaires.

[4] Puisque chacune de vos requêtes traverse typiquement 3 machines supplémentaires et fait ainsi "le tour du monde" entre vous et le site que vous consultez, à l'aller comme au retour...