On est peu de choses... De bonnes choses
Par Petaramesh le vendredi 20 novembre 2009, 13:52 - Non-dualité tout court - Lien permanent
Il y avait un type que j'ai considérablement haï pendant considérablement longtemps à cause des conséquences désastreuses qu'il avait causées dans mon existence.[1] Le mètre-étalon du trou du cul. L'archétype. Le parangon de la troudeballitude. En version néfaste.
Notes
[1] Avec l'aide d'une bonne dose de myopie de ma part.
Je l'a considérablement haï jusqu'à ce que le temps fasse son office et que bien des téralitres ayant coulé sous les ponts, il ne finisse par sombrer sous la chappe bienfaitrice de l'oubli. Aussi n'y pensais-je plus.
Mais ce n'est que ce matin sous la douche que j'ai cessé de le haïr.
Car en effet sous la douche je pensais à mon p'tit bonhomme, Srî Minîshiva, en m'émerveillant encore de son existence, et méditais sur le fait que si quoi que ce soit dans ma propre vie avait été différent, antérieurement à sa conception, eh bien ce spermatozoïde-là n'aurait jamais rencontré cet ovule-là ce jour-là et à cet endroit-là, et pas de Srî Minîshiva. Un autre peut-être, mais pas çui-là.
Damned ! Comment imaginer une chose pareille ?
Aussi ai-je soudain considéré que tout ce qui avait précédé cet instant dans mon existence était tant pur bienfait que pure nécessité, oui, jusques et y compris l'autre tronche de cake et ses conséquences à première vue délétères. OK, ça va, y fallait donc que cela arrivât, je ne lui en veux plus.
Remarquez, je suis un peu ballot, ce n'est pourtant pas faute de connaître la parabole de la jument trouvée que je n'avais pas réalisé ça plus tôt, moi qui vous parle et dois la vie à un accident d'alpinisme...
Car si la première femme de mon père n'avait pas dévissé bêtement de 300 mètres dans les Drus,[1] et si celui-ci n'était pas parti dépayser son chagrin en Afrique noire, eh bien vous ne liriez pas ces mots en ce moment.
De même que si ma mère n'était pas partie noyer son chagrin en Afrique noire peu après, venant de rompre avec son Jules, antillais, déserteur, qu'elle avait planqué durant une bonne partie de la guerre d'Algérie car il refusait fort et clair d'aller porter les armes contre ses frères colonisés... La guerre finie et les flics ne guettant plus à la porte leur histoire foira. Ma (pas encore) mère voulut alors aller comprendre en Afrique pourquoi diantre son ex-Jules haïssait tant les Blancs, qu'est-ce que les Blancs avaient donc pu faire de si épouvantable, et pourquoi un ministère de l'identité nationale[2] était-il chose si méprisable ? Elle alla donc se rendre compte sur place, dans les colonies, et je dois donc indirectement l'existence au traumatisme infligé par la colonisation à un antillais inconnu, et à la guerre d'Algérie qui laissa mitonner tout cela à feux doux dans une mansarde sous les toîts surveillée par la police.
Je dois même la vie, si on y pense, à un jeune médecin ambitieux, premier époux de ma mère, qui refusa l'enfant qu'elle portait, lequel n'entrait pas dans ses projets de début de carrière, et l'envoya vertement se faire voir chez un collègue "compréhensif" d'avant l'ère Simone Veil, et se démerder avec les conséquences. Ce qui valut à ma génitrice un premier voyage de noces assez sanguinolent en place arrière d'une moto conduite par un jeune médecin aussi désinvolte que plein d'avenir.[3] Comme elle ne le lui pardonna jamais, elle le quitta peu de temps après, ce qui lui permit un beau jour de rencontrer, puis de quitter, un antillais, ce nouveau choc de particules l'expédiant jusqu'en Afrique.
Certes, si le Directeur de l'Enseignement de certain pays d'Afrique, lors colonie française, n'avait pas un beau soir reçu un coup de fil l'informant qu'une jeune institutrice fraîchement débarquée était en carafe sur le tarmac d'un aérodrome de brousse parce que, oups, personne n'avait pensé au comité d'accueil, et si le bonhomme ne s'était pas dit dans ces conditions, j'ai plus qu'à aller la chercher moi-même, dites à mon chauffeur d'avancer la voiture !
, eh bien, vous ne liriez pas ces lignes.
Ce à quoi notre vie tient, tout de même... Une improbabilité qui s'ajoute à tant de milliers d'improbabilités antérieures. Un battement d'aile de papillon quelque part, un médecin un peu moins con, un piton un peu mieux enfoncé et les choses se seraient passées autrement. Mais justement, il était nécessaire qu'elles se passent ainsi et il est impossible qu'elles se soient passsées autrement.
Le conditionnel passé ne sert que comme support à la réflexion et à la méditation par l'évaluation de possibles qui n'en ont jamais réellement été.
La parabole de la jument ?
C'est un paysan très pauvre dans un coin perdu de l'Inde qui trouve un matin une jument dans son champ.
Ses voisins lui disent : Une jument apparaît dans ton champ ? Tu est béni des dieux !
Le paysan fait : Bof...
Un beau matin, la jument a disparu.
Ses voisins lui disent : Toi qui avais une jument pour labourer ton champ, maintenant tu n'as plus rien ! Quel sort cruel s'est abattu sur toi !
Le paysan fait : Bof...
Quelque temps après, la jument réapparaît, accompagnée d'un poulain.
Les voisins disent : Tu es vraiment un homme béni des dieux ! Tu avais déjà une jument, et maintenant, tu as aussi un poulain !
Le paysan fait : Bof..
La semaine suivante, le jeune fils du paysan qui tente de monter la jument, fait une mauvaise chute et, mal rabouté, se retrouve boîteux.
Les voisins disent : Quel grand malheur est sur toi ! Ton fils unique est estropié à vie ! Quelle malédiction amena cette jument dans ton champ !
Le paysan fait : Bof...
Quelque temps après, une guerre est déclarée. Le maharajah mobilise dans son armée tous les jeunes hommes valides, mais pas le boîteux.
Les voisins disent : Tu es vraiment le plus béni des hommes ! Vois, nos fils partent à la guerre et seront peut-être tués ! Seul ton fils reste à tes côtés pour t'aider !
Le paysan fait : Bof...
Etc.
Il n'y a vraiment rien qu'on puisse regretter ; nous ne connaissons jamais les conséquences à long terme des plus grands bonheurs ou des pires malheurs apparents. Et le moment présent avec tout ce qu'il a de bon ou d'encore meilleur (comme le billet de TGV dans ma poche) est tissé de tous les emmerdes, ratés, conneries et erreurs antérieures.
Tout comme les pires emmerdes du présent sont peut-être les germes des meilleures choses... Ou pas.
Notes
[1] Si on fait le total à ce jour, cette mort a permis 5 vies jusqu'ici, mais le total général sera long à venir, il faudra additionner tous les descendants des descendants des descendants de ces 5 vies jusqu'à l'extinction de la branche. Je n'ai aucune idée du nombre de vies en plus ou en moins liées aux morts des autres membres de la cordée...
[2] Rien que d'écrire ces deux mots, le clavier m'est gluant sous les doigts...
[3] Le Pr. Machin, cancérologue réputé, mourut d'un cancer il y a quelques années.










Commentaires
D'où le choix d'exercer un métier où on tente de maîtriser toutes les variables, de programmer, tout ça?
On se voit à la prochaine séance.
Ca fera deux euros. Vous pouvez payer en liquide.
(Ce qui est plutôt cohérent pour une analyse de comptoir, à deux balles :-) )
Mouarf :-D
J'ai laissé considérablement plus à
monmes analyste(s), mais c'était il y a fort longtemps, des vieux Francs, avec l'inflation depuis ça doit faire à peu près deux balles, en effet ;-)Je me suis reconverti au Vedanta et à la sorcellerie, depuis.
je ne connaissais pas la parabole de la jument mais suis bien contente de savoir que longtemps avant moi d'autres bofs à répétitions sur la vie et ce qu'elle devient devinrent source d'enseignement. il apparait par contre que peu de monde au fond comprend la philosophie par le "bof". ceci dit je ne pense pas que les évènements soient liés, parce que dans le cas de ma vie ça donnerait quelque chose absolument taré comme analyse.
mon bof philosophique a moi est plutôt basé sur ce que je sais de ma capacité à utiliser une situation. et à ce que je sais les papillons n'ont rien à voir avec ça. :)
@Mina :
...donc probablement juste :-}
Bonjour,
De la stérilité de l'uchronie, donc.
A contrario, que penser de la fécondité de la prospective...
Bon week-end
Beau billet vôtre sainteté.
Il me ramène à ma propre expérience de choses ratées qui devaient arrivées pour que je puisse vivre les choses positives que je vis aujourd'hui.
Il ne faut pas néanmoins perdre de vue que bien que ballotés par le "destin" nous avons les moyens d'agir sur notre vie, ne serait-ce que par notre état d'esprit. Se sentir bien, être ouvert amène souvent de bénéfiques rencontres.
PS : J'ai moi aussi mon "celui que je hais considérablement". Peut être un jour deviendra-t'il "celui que je haïssais considérablement"... Mais il manque quelques teralitres sous les ponts me concernant...
La théorie du chaos nous dit que l'avenir n'est pas prévisible tout en restant déterminé. Et oui, la liberté est un leurre. C'est dur à admettre, je sais. Henri Laborit en parle très clairement par exemple dans la Colombe assassinée
Waouh ! ça n'est quand même pas de l'histoire banale mon ami :-) Certains scénaristes de comédies dramatiques n'arrivent que rarement à ce degré de 'sac de noeud', on ne les prendrait pas au sérieux.
En passant, y'a un truc bizarre dans ce post, y'a 2 fois des notes, dont la 1 à 2 endroits différents...
"Le fabuleux destin" du guru d'ses dames, c'est pas rien, dites voir ;-)
Bon, pas d'invitation à un voyage dans le temps alors... ;-)
C'est clair, les choses se sont passées d'une certaine façon pour arriver aux conséquences qu'on connait.
Si ça ce passe différemment, les conséquences seront... différentes.
Le danger des voyages dans le temps... ou pas ;-)
On appelle pas ça la justice divine ? celle à laquelle l'on ne comprend rien.....
Je découvre ce billet par hasard, venant d'un blog où je suis arrivée aussi par hasard et où j'ai lu les commentaires, petit bonheur supplémentaire...
J'ai souri tout le long de ma lecture ici et vraiment, je me suis nourrie.
Je retiens particulièrement le dernier paragraphe(on choisit ce qui fait son affaire...), il me parle, me lance en pleine figure ce que je digère mal depuis quelques mois... Une peine d'amour à 52 ans qui aurait pu ne pas être SI j'avais agi autrement, SI j'avais choisi de vivre autrement... et les dernières lignes:"Tout comme les pires emmerdes du présent sont peut-être les germes des meilleures choses... Ou pas.", me donnent froid dans le dos à cause des deux derniers mots, parce que je persiste à croire encore que j'ai pas tout perdu et que la vie me pardonnera ma connerie...
Désolée, j'ai pas de blog où venir vous balader et me découvrir...
ohoh,
t'as failli être le fils à Léon, donc !
Cher Petaramesh :) Je comprends mieux tes billets espacés.
Un grand merci pour la parabole du Bof.
C'est la sagesse paysanne...la plus instruite.
Amitiés. Et bien contente de ton retour.