En plein accès de gentillesse, un Bisounours nucléaire typique saura se brouiller avec ses amis, blesser ses proches, se livrer à quelques joyeux autodafés et danser la carmagnole dans des mares de sang. Une fois qu'il ne sera plus entouré que d'une plaine de décombres fumants, le Bisounours nucléaire explosera ce qui l'auto-détruira en rasant ce qui pouvait encore l'être.

Une fois qu'il a été mis à feu, il est impossible de désamorcer un Bisounours nucléaire avant qu'il n'ait explosé : son cri de guerre est Vengeance ! Foksapète !
Les meilleurs artificiers se sont risqués à la tentative, mais aucun n'est jamais revenu.

La période à laquelle un Bisounours nucléaire est le plus instable, et donc susceptible d'un accès de gentillesse extrême, est après avoir été couvert de bisous (qu'il adore). La cessation subite du flux de bisous provoque une crise de manque bisounoursien aigu, et, si on lui présente alors toute autre chose qu'un bisou - les pschittologues-en-bisounoursitude appellent ceci un stroke - alors le bisounours prend le cadeau pour un coup de pied au cul de son détonateur, ce qui le met à feu (et à sang) aussitôt, et provoque un accès de gentillesse destructrice incontrôlable.

La caractéristique nucléaire de ce type de Bisounours le rend à la fois particulièrement contagieux et sensible à la contagion. Ainsi, quand une masse critique de Bisounours nucléaires est atteinte, l'instabilité d'un seul provoque immanquablement une réaction de gentillesse en chaîne, laquelle se détecte aisément aux premiers cris : Du sang !

En effet, le Bisounours nucléaire, ne supportant pas la vue du sang, se met dès la première goutte qu'il en voit ou seulement subodore, à en répandre des hectolitres, par pure solidarité dans la gentillesse.

Si l'on s'interroge sur l'ontogénèse et la philogénèse du Bisounours nucléaire, on constate tout simplement que ces petites créatures sont d'une gentillesse tellement extrême qu'elles ont pour habitus de ne penser qu'avec leurs boyaux, et jamais avec leur cerveau.

Enfin presque. L'observation indique qu'un Bisounours nucléaire en phase de désactivation est éventuellement capable de penser avec son cerveau, parfois même très bien, mais, et le "mais" est d'importance, tout stimulus parvenant au cerveau doit d'abord être examiné par les boyaux, afin d'être préalablement amplifié et déformé. Dès que le boyau se crispe, il transmet alors au cerveau un stimulus tellement déformé que celui-ci devient inexploitable, et le cerveau se met automatiquement hors-service, renvoyant le stimulus aux boyaux ainsi que la charge de la prise de décision et de l'action subséquente. On assiste alors au démarrage de la phase de gentillesse exponentielle, par un effet larsen qui se produit spontanément entre les boyaux et le cerveau de l'animal - lequel, désactivé, se livre seulement à une partie de ping-pong renvoyant les stimuli aux boyaux pour une nouvelle amplification jusqu'à ce que l'explosion de gentillesse se produise.

Les Bisounours nucléaires étant des créatures dotées d'une très forte capacité d'empathie, il suffit que l'un détecte la mise hors-service du cerveau d'un second pour qu'il mette automatiquement son propre cerveau hors-service et prête ses boyaux à la démonstration de gentillesse en cours. Et ce, même si le second bisounours ne faisait que passer dans le coin et n'avait rien à voir avec les tenants ou aboutissants de la gentillesse sus-citée.

Si l'on rassemble une masse critique de Bisounours nucléaires (très peu suffisent compte tenu de leur instabilité et de leur rayonnement en bisous), le déclenchement de la gentillesse en chaîne provoque une émission tellement puissante qu'elle transmute aussitôt les 80% d'humains ordinaires pensant eux aussi avec leurs boyaux en Bisounours nucléaires eux-mêmes, par fission induite de leur noyau. C'est alors que le phénomène de gentillesse en chaîne devient totalement incontrôlable.

Cette observation nous met sur une piste intéressante : le fait de penser avec ses boyaux ne serait-il pas la source première de la Bisounoursitude nucléaire ?

Si en effet on prend un être humain anormal, un qui pense avec son cerveau, on constate qu'il utilise ses boyaux non pas afin de penser, mais afin de ressentir, et qu'il est capable d'utiliser les deux alternativement à bon escient en fonction du contexte, par exemple pour enrichir sa pensée de ses perceptions, ou pour corriger les perceptions erronées par un usage approprié de la pensée. Mais nous notons que c'est là un fonctionnement très minoritaire, et donc, anormal.

Si par contre nous prenons un humain ordinaire qui, ne s'étant jamais posé la question, pense avec ses boyaux parce que c'est comme ça qu'il a vu faire son voisin, on constate qu'il devient incapable de différencier pensée et sentiments, sentiments et perceptions, et que ses perceptions deviennent toute troublées par le surajout de sentiments qu'il prend pour des pensées, qu'il nourrit alors ses pensées d'un mélange complexe d'émotions et de perceptions faussées, et que, quand bien même il penserait juste, le faisant sur des bases fausses, il produira un comportement manifestement erroné, c'est-à-dire parfaitement normal.

L'humain fonctionnant ainsi sera donc sous l'emprise de l'émotion tant vantée par les publicitaires comme excellent outil pour nous faire acheter des choses dont nous n'avons manifestement aucun besoin, et comme il n'a jamais vraiment étudié l'étymologie de ce mot "ex-movere" ni lu Swâmi Prajnânpad, il ne verra aucun inconvénient à se retrouver hors de lui-même, ce qui en langage moderne se traduit par à côté de ses pompes.

Ainsi mentalement câblé, il se moque totalement de ce que sont les choses (par exemple : 22 grands nigauds courant derrière une baballe) mais s'intéresse uniquement à l'effet qu'elles lui font (le plus grand affrontement guerrier depuis les Thermopyles, dont dépend l'avenir du Monde). De même, "une proposition d'ordre général pouvant éventuellement créer un très léger préjudice psychologique à quelqu'un" deviendra "un meurtre de sang-froid commis par un tortionnaire barbare".

Dans une telle situation, l'Homo Bisounoursicus Nuclearis est incapable d'agir, puisqu'il ne produit aucune forme de pensée rationnelle, mais seulement de réagir du point de vue amusant d'en-dehors de lui-même, et donc généralement de surréagir, parce que c'est tellement plus drôle.

Ainsi on constate d'amusantes choses chez l'Homo Bisounoursicus Nuclearis, comme par exemple la capacité de tirer une grande baffe dans la gueule de l'automobiliste qui vient par miracle d'éviter d'écraser son gamin qui avait traversé en courant et sans regarder. L'automobiliste n'a pas écrasé, on pourrait lui en savoir gré, mais l'Homo Bisounoursicus Nuclearis, ayant eu l'émotion de cet écrasement possible, montrera la réaction parfaitement appropriée, à savoir tirer une grande baffe dans la gueule de l'automobiliste.

Ce type de comportement devient particulièrement plaisant en société, dès que l'on rassemble un groupe d'humains ordinaires parmi lesquels on aura pris soin de disséminer quelques Bisounours Nuclearis en tenue de camouflage. Remarquez, c'est encore plus drôle avec 2 groupes antagonistes comme des supporters de foot par exemple, ou ceux qui ont la cage du Feu et ceux qui ne l'ont pas, mais là, franchement, c'est trop facile.

Pour que la démonstration soit plus probante, il convient de prendre un seul groupe de préférence très uni et dont les membres se sont préalablement tous couverts de bisous et plus si affinités (ayant donc ainsi préparé les Bisounours sous camouflage à l'amusante phase de redescente explosive).

On introduira alors délicatement dans le mélange un tout petit grain de discorde atténuée, forme de vaccin ne produisant normalement aucune espèce de réaction notable, sauf en présence de la réaction de choc anaphylactique typique de la bisounoursitude.

On constate alors, le Bisounours Nuclearis étant extrêmement gentil et doté d'une puissante capacité d'empathie, que celui-ci va présenter une réaction très violente au grain de discorde atténuée introduit. Par exemple, il se mettra à la place de la victime supposée (Empathie quand tu nous tiens !), projettera le point incroyable auquel cette victime pourrait être blessée si jamais elle le prenait de travers, et par un effet classique de permutation du sujet, le point auquel lui-même se trouverait atrocement blessé si on lui faisait, à lui, la même chose mais en pire.

Ceci provoquera aussitôt la fermeture du circuit cérébral de notre bisounours, et l'ouverture de son circuit boyautal, déclenchant alors sa première émission de gentillesse impitoyable focalisée sur le fauteur de trouble, car trouble il y aurait si jamais la victime supposée prenait mal, mais en pire, ce qu'on ne lui a pas dit, mais qu'on aurait pu.

Ce changement d'état subit de notre Bisounours est aussitôt détecté par tout autre Bisounours voisin, qui, détectant la détresse à la source de l'émission de gentillesse du premier, passera aussitôt en mode synchrone en déversant son flot de gentillesse impitoyable sur le fauteur de trouble initial, désormais coupable non seulement du malaise supposé de la victime supposée, mais également du malaise réel du premier Bisounours Nucléaire, et par voie de conséquence du malaise du second.

On voit que le fauteur de trouble a dès lors terriblement aggravé son cas en ne faisant rien, et que la réaction en chaîne est amorcée, mais le fauteur de trouble peut encore aggraver son cas bien davantage : en niant. Pire encore : en se gaussant.

En effet, si jamais le fauteur de trouble (également appelé "expérimentateur"), loin de battre sa coulpe et de reconnaître dans une belle auto-critique Polpotienne toute l'ampleur de son méfait et la honte qui lui échoit, si jamais cet expérimentateur se contente de nier benoîtement et de persister tranquillement, alors là c'est la fin du monde : car non seulement c'est un salaud (ce qu'on savait déjà), mais en plus il remet par sa seule dénégation de culpabilité en cause tout le bien fondé de la saine réaction de gentillesse binounoursienne. La non reconnaissance de sa vilenie remet désormais en cause les émotions de toute la bisounoursienne clique, et de plus, se montrant sans réaction d'émotion massive face à tout ce déferlement de gentillesse, l'expérimentateur donne la preuve de son inhumanité, de son inbisounoursitude, bref, se rend haïssable (en plus d'être lourd, ce qui veut dire difficile à e-mouvoir).

A ce stade, l'ensemble des bisounours en présence déclenchent leur détonateur à gentillesse suractivée.

On retrouve parfois l'expérimentateur pendu par les couilles à un croc de boucher, ou ses cendres parmi les restes d'un bûcher fumant. Quand on retrouve quelque chose.

Quant aux Bisounours Nucléaires, ils se sont auto-détruits dans l'explosion. On ne retrouve rien, si ce n'est des traces de bisous nucléaires imprimées sur le sol vitrifié.

La compréhension de cette thèse et sa mise en perspective historique tendent à démontrer la présence massive de Bisounours nucléaires depuis les débuts de l'humanité, et leur forte implication dans les kilotonnes de gentillesse déversée sur la planète durant de grandes fêtes telles que les guerres de religion, la Sainte Inquisition, les vendettas pluri-générationnelles, quelques grandes et belles guerres civiles ou non, la Shoah, le vote U.M.P., les massacres de Sabra et Chatila et quelques autres depuis, c'était juste l'entraînement, ainsi que dans le supportage sportif et la tout-ce-qu'on-veut-phobie, toujours basée sur l'identification aux (malheurs des) uns conduisant à la haine des autres et au déversement de tombereaux de gentillesse, tant il est normal que les justes massacrent les infidèles, les bons chrétiens les hérétiques, et les gentils les salauds.

Heureusement qu'on ne risque jamais de se retrouver à cours de gentillesse et de gentils, on s'ennuierait.