Je pensais avoir tout vu de la puissance virile de l'enculage artisanal, mes bien chers frères, mes bien chères soeurs, mais je peux aujourd'hui vous révéler que celui qui ne s'est fait enculer que par un plombier arménien n'a rien vu tant qu'il n'a pas goûté aux joies de l'enculage par un électricien français ! Surtout si celui-ci est également accompagné de quelques plombiers aussi, parce que ce genre de chose, ça ne s'improvise pas.

Or donc, gentilshommes et damoiselles, il importe que je vous plante le décor de la maison close dans laquelle se déroula l'enculage d'anthologie de ce jour, à savoir mon nouvel et fort prolétaire ashram.

Car vous n'êtes pas sans savoir que je me séparai récemment, et que, séparation égalant paupérisation, et la sainteté ne nourrissant pas son homme, je m'en allai me loger pour une somme en rapport avec mon voeu de frugalité chez les authentiques prolétaires, pas comme tous ces faux intellectuels de la gauche-caviar qui passent à la télé, non mais !

Or donc, quand je visitai ce qui allait devenir mon nouvel ashram, il était fort heureusement en travaux, car il tenait quand même pas mal assez du taudis.

Le brave clerc qui me le fit visiter m'apprit que oui, la cuisine allait être "refaite", les murs de la salle de bains et des ouazingues également, et que du parquet allait être posé dans les chambres - las, en guise de parquet, une Rousse connoisseuse m'apprit depuis que je m'étais fait enculer, et que le traître de parquet n'était que du bois en papier, chose dont j'ignorais que cela existât.

Par contre le brave clerc fut intraitable sur les tapisseries merdeuses, m'informant que "la déco" était mon affaire et que même si le papier jadis peint de la chambre de mademoiselle Patâpatî était une merde infâme, ce serait pour mes pieds de me débrouiller avec. Heureusement que depuis je parvins à le faire remplacer au black pour une somme relativement raisonnable, par un brave désireux de travailler plus pour gagner plus.

Devant ma désolation à la vue des convecteurs électriques antédiluviens et crasseux qui me laissaient présager une note électrique homérique, le bougre de clerc se gaussa, et m'informa que tant que ça marche on ne change pas.

Fort heureusement toutefois, le peintre qui sévissait pour le compte de la régie à des heures fort tardives et avec l'aide de madame son épouse et la visite occasionnelle de mademoiselle sa fille pour apporter un petit thermos de café s'aperçut que le précédent locataire, probablement un prolétaire impécunieux dans l'incapacité de s'acquitter du coût de la fée électricité, avait débranché tous les putains de convecteurs et les avait juste vaguement reposés en partant sans aller jusqu'à en brancher les fils, et qu'un probable séjour prolongé aux tréfonds d'un cul de basse fosse les avait rendu inaptes à toute utilisation.
Le clerc m'informa donc, à ma grande joie, que tous les convecteurs seraient remplacés par du neuf.

Je tressaillis de bonheur.

Las ! Ma joie fut de courte durée quand je vis les convecteurs neufs que le peintre avait installés : il avait pris les grille-pains merdeux les moins chers de la place, des machins tout aussi goulus et inefficaces que les précédents, mais neufs. De la merde neuve, quoi.
Le brave homme m'informa qu'il avait agi ainsi sur ordre exprès de la régie, car pour du locatif on remet la même chose et on met le moins cher.
Il est en effet normal que le prolétaire désargenté mais cependant désireux de ne point se geler les cahouètes se tape la consommation maximale d'électricité possible pour avoir encore froid cependant et pleurer à chaudes larmes en recevant la facture de madame EDF.

Si les convecteurs étaient pourris, le tableau électrique, les prises et interrupteurs de la baraque semblaient irréprochables, c'était déjà ça de pris - parce que dans les locations, mon bon monsieur...

J'emménageai donc finalement, et commençai par brancher ma machine à laver neuve, car qui dit séparation dit fortes dépenses électroménagères qui font tant pour la défense du P.I.B face à la crise, et aussitôt après l'avoir branchée, fier du travail accompli, je commis la grave erreur de poser une main sur la machine, l'autre sur l'évier en inox.

La décharge électrique que je reçus aussitôt me satellisa presque et manqua m'envoyer dans un monde meilleur.

Je réalisai dans l'instant que la prise de terre était certainement bien moins à la masse qu'un électeur de l'U.M.P., et aussi traîtresse qu'un élu socialiste.

C'est encore tout électrisé que je rédigeai aussitôt un mail comminatoire au clerc, et, ne sachant pas encore la cause, mais désireux qu'en cas de besoin un électricien vînt sans que bourse délier me fallut, j'informai le clerc que ma presque mort était de sa responsabilité légale et que si ma complète mort devait survenir du fait de son installation électrique de merde, il goûterait sans tarder à la paille des cachots.

L'instant suivant, je démontai la putain de prise et m'aperçus que ce farceur de peintre, qui avait démonté toutes les prises de la cuisine pour retapisser, n'avait cependant rebranché aucun des fils de terre, pensant sans doute que le fil vert et jaune c'était pour faire joli.
Il me fallut bien 20 minutes pour rebrancher toutes les terres de la pièce, les vérifier au multimètre, et faire le tour de la baraque pour m'apercevoir qu'à mon grand dam, à l'exception de la salle de bains où le fil de terre était présent mais non branché (ben ouais, le peintre était passé par là aussi), toutes les autres prise "avec terre" de la bicoque avaient certes la bistouquette, mais point de fil de terre du tout.

Je me le tins pour dit, seules cuisine et salle de bains avaient des fils de terre que j'avais dûment rebranchés.

Nous étions un dimanche.

Je projetais d'appeler dès le lundi matin le clerc pour l'informer que son envoi d'un électricien n'était plus nécessaire, mais le lundi à la première heure ce fut lui qui me tira du lit d'un péremptoire je vous envoie un électricien dès demain matin !

J'eus beau l'informer que cela ne me paraîssait plus nécessaire, il avait du prendre fort au sérieux la paille humide des cachots, et n'en démordit pas. L'électricien viendrait donc s'assurer que tout était conforme.

Je lui dis : Brave homme, tandis que vous y êtes, n'auriez-vous pas aussi un plombier ? Le mitigeur de la cuisine fuit sous l'évier faute d'un joint à 10 centimes, les robinets d'eau des machines à laver sont nazes, et le bidule de la tirette qui active la douche est absent !

Il m'informa que si fait, et qu'un plombier accompagnerait l'électricien.

Le lendemain, je fus réveillé à l'heure du bourrel par une cohorte de quatre électriciens et deux plombiers, plus un sous-chef, plus un chef, troupe dont l'écrasante supériorité numérique me sidéra.

Cette troupe prit possession des lieux.

Mon dialogue avec les plombiers fut :

- Y'a les robinets d'eau des machines à laver à changer !
- Très bien, on va les changer !
- Y'a un joint à 10 centimes à remettre sous le mitigeur !
- Très bien, on va le changer !
- Non c'est pas la peine, y faut juste remettre un joint !
- On fait pas ça, on va le changer !
- Y manque le bouton de la tirette pour la douche !
- Très bien, on va changer tout le bloc !
- Euh y manque juste le petit bouton qui se visse...
- On a pas ça ! On change tout ! Et puis on va changer la vidange de la baignoire aussi tant qu'on y est !
- Mais euh...
- C'est plus sûr ! Et on va changer la douchette et le flexible aussi.
- Mais euh ! Le peintre a déjà mis une douchette et un flexible neufs !
- Ouais, mais c'est de la merde, on va les changer ! ...Et le robinet d'eau des toilettes ?
- Il va bien, merci.
- Ouais, on ferait mieux de le changer. Marcel ! Tu changes aussi le robinet des toilettes !

Je me tournai alors vers les électriciens :

- Euh y avait les fils de terre pas branchés dans les prises de la cuisine et de la salle de bains, mais je les ai rebranchés, ça va.
- Ouais, mais on va changer toutes les prises de la maison, c'est plus sûr !
- Mais elles sont impeccables les prises !
- Ouais, mais vous avez eu un problème, et comme on est électriciens, si vous avez un problème après, on est responsables ! Alors on va changer toutes les prises de la baraque, c'est plus sûr ! Et tous les interrupteurs aussi !
- Euh mais... Non, rien. Dites euh... Dans les autres pièces y'a des prises avec terre que y'a pas le fil de terre dedans. Vous pouvez me mettre la terre ? J'en ai besoin.
- Ah ouais mais ça on fait pas. Si y'a pas la terre on va mettre des prises sans plot de terre !
- Euh ouais, mais moi j'ai besoin de prises avec terre !
- Ouais, mais faut retirer des lignes à partir du tableau, et pour ça faut un devis et faut l'accord de la régie et c'est du boulot ! Et c'est de l'ancien, y'avait pas la terre donc y'a pas la terre !
- Ouais mais moi c'est la terre que je veux ! Si c'est pour me changer des trucs qui n'en ont pas besoin et pas me mettre les trucs dont j'ai besoin, je ne vois pas l'intérêt de vous laisser travailler...?
- Bon... On va faire une demande à la régie et dire qu'il faut tirer une ligne avec terre dans le salon pour votre ordinateur. Ça vous va ? Mais faut attendre la réponse, de toute manière on peut pas le faire aujourd'hui vu tout ce qu'il y a à changer !
- Euh à propos de tableau, l'autre fois quand j'ai pris la sauce, le différentiel de sécurité n'a pas disjoncté. Vous pourrriez le vérifier ?
- OK, on va le changer quand on reviendra pour la ligne avec terre. Et puis d'ailleurs, on va refaire tout le tableau électrique !
- Euh vous êtes sûr ? Il est très bien le tableau électrique ! Y'a peut-être le différentiel à vérifier et un dijo à rajouter pour la ligne avec terre, mais...
- Non, si on y touche, on va le changer ! De toute façon vous avez du Merlin et on met que du Legrand ! ...

Las ! Je quittai les lieux en les laissant oeuvrer à refaire toute l'électricité et la plomberie d'une baraque qui n'en avait nul besoin, sauf à changer deux robinets, un joint et une tirette, et peut être un jour si Dieu le Veult tirer une ligne avec terre.

En méditant sur la note pharaonique que la régie allait se prendre dans sa goule pour des travaux à 99,95% inutiles, comparativement au coût du retapissage de la piaule de ma môme qui m'avait été refusé, ou à l'achat de radiateurs électriques énergétiquement potables.

Je repassai dans l'après-midi (je n'avais pas encore entièrement emménagé) et dis au plombier qui regardait bosser les électriciens :

- Dites, y'avait un mitigeur sympa dans l'évier, vous m'avez mis des robinets toupourris !
- Ah ouais, mais c'est du locatif, c'est ça qu'on met dans tout l'immeuble.
- Euh mais y manquait juste un joint !
- Oui, mais on a tout changé.
- Dites, dans la baignoire y'avait un mitigeur, vous m'avez mis des robinets de merde !
- Ah ouais, mais c'est du locatif, c'est ça qu'on met dans tout l'immeuble.
- Dites, vous avez changé la douchette mais celle que vous avez mise est encore plus de merde que celle du peintre !
- Bon ben celle du peintre, on peut vous la laisser, vous aurez qu'à la remettre !
- Oui mais je ne veux pas ce flexible en plastique de merde ! Je veux un flexible en métal.
- Oui mais c'est du locatif... et c'est un flexible...
- J'en VEUX un en MÉTAL !
- On peut pas.
- Bon, je récupérerai le flexible en métal de mon ancien appart, et je leur laisserai votre flexible et votre douchette NEUFS de merde. Tiens.

Argh. Désormais, je hais le plombier et ses robinets de merde les moins chers du made in China à chaque fois que je prends une douche.

La scène se passait entre Noël et le jour de l'an. Les bougres, outre la plomberie, remplacèrent toutes les prises et la moitié des interrupteurs, foutirent le camp, et je n'eus plus de nouvelle depuis.

L'autre semaine, la douce et chaude main d'une Rousse provoqua une violente, incontrôlable et geysérienne éjaculation de la robinetterie (neuve, de merde) de l'évier qui lui resta soudainement dans les mains. ll me fallut prêter main forte pour dompter les grandes eaux.

Quelques jours après, ça me refit le coup à l'envers, le tuyau versant débanda au point de s'enfoncer dans le fond du robinet parce qu'une rondelle s'était barrée. Il me fallut 20 minutes pour le ressortir et le remettre en position normale, ce que faisant je niquai grave le joint torique, pas d'autre moyen.

Je commençais à penser me rappeler à leur bon souvenir, quand je croisai l'autre jour par hasard le clerc. Après force salutations d'usage, je l'informai que j'étais sans nouvelles des électriciens, que d'ailleurs une prise qu'ils avaient changée ne marchait pas alors qu'elle marchait avant, et que j'attendais toujours ma ligne avec terre bordel.

Il me dit : très bien, je vais les rappeler, ils vous rappelleront ! Ils peuvent faire les travaux quand ? Vous pouvez les laisser chez vous en votre absence, y'a pas de problème, c'est des gens de toute confiance, d'ailleurs ils s'occupent de tout l'immeuble.

Aujourd'hui, la bande d'électriciens et de plombiers sauvages débarqua à mon humble ashram.

Je dis au plombier :

- Y'a le robinet de l'évier qui est naze, mais c'est juste un joint torique à changer et la rondelle pourrite à remettre.
- Ouais mais on n'en a pas. On va le changer.
- Mais il est neuf ! Vous l'avez changé le mois dernier !
- Ben on va le re-changer.
- Mais vous allez remettre la même merde ? Je veux un mitigeur, et pas un truc de merde qui sera recassé la semaine prochaine !
- Ben c'est ça qu'on met dans tout l'immeuble. J'ai que ça.
- Ouais mais je VEUX un mitigeur !
- Je vais téléphoner au patron... (Bip-bip ! Blablabla....) Le patron il a dit non parce que c'est du locatif et c'est que ça qu'on met !

Je vais aux électriciens (comme on va au coiffeur, ou au taureau...) :

- Alors vous allez me la mettre... Ma ligne avec terre ?
- Oui, avec 3 prises au bout et deux au milieu.
- Victoire !!! Et vous allez faire quoi d'autre ?
- Ben on va changer les 5 interrupteurs qui restent... Et puis on va refaire tout le tableau électrique.
- Bien, et dans le tableau électrique, vous allez me mettre des petits dijos, hein ? Pas des fusibles ?
- Ben si, on met des fusibles, c'est du locatif !
- Ah, alors dans le tableau électrique, vous allez refaire exactement ce qu'il y a déjà, alors ?
- Ben ouais, et on change que l'intérieur.
- Ah ! Donc il sera toujours aussi moche et pareil qu'avant quoi ?
- Ben ouais mais on met du Legrand, là c'est du Merlin !

Ce soir, après ma dure journée de labeur prolétaire, je rentre à l'ashram.

La première chose que je remarque, c'est qu'il caille dur. Le thermomètre me confirme qu'il fait seize degrés.

Je me dis : Ils ont du oublier de remettre le chauffage ! ...mais les chauffages sont tous allumés. Mais éteints.

Je vais au tableau électrique. Il y a deux beaux portes-fusibles Legrand marqués "Chauffage". Et aucun putain de fusible dedans.