Extremely urgent !
Par Petaramesh le jeudi 18 septembre 2008, 12:18 - Râleries dualistes - Lien permanent
Je viens de croiser le mec d'UPS qui en a lâchement profité pour me remettre une enveloppe.
Sur l'enveloppe, pré-imprimé, en rouge : « EXTREMELY URGENT »
Des imprimées "Pas urgent, facteur prends ton temps.", y doivent pas en avoir.
Il n'en faut pas plus pour embrayer ma petite machine à penser et me rendre compte du désastre : dans l'univers professionnel, ce bel univers de l'Entreprise tant vanté par les cohortes du MEDEF et les trouducs de la fête J'aime ma boîte
, tout est désormais, et de plus en plus, et sans exception, « EXTREMELY URGENT ».
Tout ce qu'on te demande est pour avant-hier, mais pour le temps et les moyens, démerde-toi.
Il n'y a plus rien qui soit à faire quand t'as le temps
(le rare qui resterait ne serait jamais fait, puisque tu n'as plus jamais '"le temps") ni même à faire tranquillement, bien, en prenant le temps qu'il faut pour bien le faire, regarder l'oeuvre accomplie, te demander à quoi elle sert...
Dans les joyeux plateaux de bureaux du tertiaire, nous vivons sous l'esclavage des Gantt, des deadlines fantaisistes, de l'exploitation optimale des ressources, avec en bout de course toujours le même résultat : c'est pour avant-hier. Et à la fin, ni fait, ni à faire.
La "procédure" te dit que pour préparer un audit (putain de plaie des temps modernes, branlette inutile, incantation au vide), t'as un mois et demie ? Pas de problème, on te donne une semaine, entre un déménagement de l'entreprise et un voyage à l'étranger que tu devais préparer, mais c'est pas grave, tu pourras toujours le préparer dans l'avion...
Mais en attendant il te reste jusqu'à demain (selon la "procédure", encore 5 semaines...) pour montrer à l'audit comment qu'on a plein de belles et chouettes procédures et comment qu'on les respecte bien.
Surtout celles que t'as jamais vues de ta vie mais que t'as jusqu'à demain matin pour "mettre à jour" et apprendre par coeur.
Des centaines de pages de vide, mais très bien organisé. Du vide qui en jette, quoi !
La machine s'affolle, tourne dans le vide pour produire toujours plus de rien avec toujours moins de sens, mais toujours plus vite, plus vite ! Moins on sait pourquoi, plus faut le faire vite, sans doute pour éviter d'avoir le temps de se poser la question.
Et pour faire ce toujours plus de rien toujours plus vite, on licencie forcément toujours plus de monde : pour toujours plus de bénef !
Poser une fesse sur le muret pour écouter tranquillement le chant du petit ruisseau en regardant tourner lentement les ailes du moulin ? Pas même en rêve.
Pendant ce temps-là les bourses s'écroulent sous le poids de leur propre néant, comme on le savait déjà depuis belle lurette, mais défense de le dire à la télé.
Vers le néant, oui ! Mais à condition d'y aller vite ! Putain qu'est-ce qu'on fout, on devrait déjà y être !











Commentaires
Je ne suis pas sûre que ce soit très nouveau. La vieille blague de bureau l'atteste.
C'est la confrontation à l'absurdité des objectifs urgemment poursuivis qui donne envie de faire un pas de côté.
Et pourquoi le monsieur y roule en HD hein ? (sur le plat, seulement sur le plat).
On est pressurisé. C'est un fait. Pas que dans les entreprises. Le rythme imposé au travail s'accélère. Nous sommes moins nombreux pour exécuter la même tâche qu'il y a 30 ans. Partout. Le résultat en est, oui, une approximation réelle du travail effectué, il me semble, à tout niveau de la société. Je pensais, fut un temps, que mon grand âge était en question dans la faculté à suivre le rythme de ce monde plein de rebondissements, popopop.... ! Non, c'est général. C'est bien symptomatique. Quelquefois, je fantasme des chaînes, des esclaves, où les plus forts soutiennent les plus faibles, juste avant que ces derniers s'affaissent, définitivement..........
brasser du vide dans l'urgence...
enlever à ceux qui travaillent le plaisir de le faire en multipliant les tracasseries et les actes absurdes
éliminer les indésirables au système
séparer, stigmatiser
rétablir un machisme patriarcal de base afin de mieux contrôler les familles
en parlant de famille, bassiner le peuple avec les préceptes religieux de tous poils, car dans la catégorie contrôle des populations les religions sont quand même très très fortes
liste non exhausite
tout cela forme un cadre, celui de la société que l'on veut nous infliger
enfin qu'on voudrait bien nous infliger, ou qu'on aurait bien voulu, parce qu'avec ce qui se profile sur le plan économique, tout pourrait bien changer...
@Christine :
Certes ! L'exploitation industrielle de l'humain ne date pas d'hier, mais elle a atteint de nos jours un paroxysme où finit par se révéler sa véritable nature : le néant absolu, le vide total de sens, l'absence d'issue, juste quelque chose de profondément mortifère. Y'a qu'à voir la gueule de la pauvre planète...
Alors tu te dis qu'un jour tu finiras comme dans L'Armée des Ombres, avec pour épitaphe :
Accord interpro du 02.07.2008 :
48% des salariés déclarent travailler dans l'urgence - 53 % déclarent que le rythme de travail ne fonctionne QUE sur des demande immédiates. Selon l'EU-OSHA "un état de stress survient lorsqu'il y a déséquilibre entre la perception qu'une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu'elle a de ses propres ressources pour y faire face". Mais tout va bien, car malgré la demande des syndicat, la délégation patronale a refusé que l'accord mentionne explicitement que ce texte sera décliné dans les accords de branche...
Moralité, j'sais pas vous, mais moi, j'suis en état de stress permanent parce que oui, tout est pour avant-hier, et c'est pas près de changer parce que c'est pas demain que la responsabilité de l'employeur sera retenue dans les conflits tournant autour de la notion de stress !
Et pile poil au moment où Patrick laisse tomber le sps...
[désolée, ce comm est long]
@RdT :
Pas de problème, il reste plein de place en-dessous :-}
Bien que je comprenne ton post je ne partage pas son idée (à titre individuel, hein !). J'ai remarqué que je travaille toujours beaucoup mieux et plus intelligemment en situation d'urgence (concours, exams) et que mes élèves (que je dois pressurer...) ont la capacité de rassembler toutes leurs facultés intellectuelles lors des contrôles, aptitude dont ils ne font pas toujours montre en cours. Je crois que la compétence est liée à la rapidité dans bien des domaines et donc on est capable de restituer, d'élaborer rapidement lorsqu'on y a été entrainé.
Et toi, tu prend le temps de pondre un billet sur ton blog gratuit ???
Des métiers ou l'on prend le temps, ça existe encore. Et les pratiquer est particulièrement valorisant (je parle de morale, pas de fric). Je suis en train de pondre un truc qui aurai du être fait il y a un an. Et je prend du temps pour commenter ici...
Ça c'est en privé. Parce qu'en public, t'as beau être plus ou moins en free lance (ou en roue libre, tout dépend du point de vue...), face a tes collègues a la bourre, il faut aussi montrer que tu te speed, que t'as 40 items "TODO" dans ton agenda, et que t'es un mec super efficace, très demandé, tout ça...
En clair, même si t'es a la cool, montre que t'es a la bourre...
Comme c'est vrai...
Je n'ai rien qui ne soit "Top priority" de ma "todo list" depuis prêt de 2 ans.
En plus maintenant, on me demande de faire du reporting, de la doc, de la formation en plus de mon boulot normal de developpement, et tout ca sans y accorder un seul jour homme. Je dois toujours remplir des chiffrages fantaisites (je me fais traiter d'incompétent si je ne le fais pas), donc je suis toujours à la bourre... mais bon je m'en fout de plus en plus. Je regarde les autres petits hamsters tourner dans leur roues, et je prends mon temps. Quand il n'y a plus de respect pour le salarié, le salarié (moi) n'as plus de respect pour le reste de la structure.
@Amazone:
Tu t'imagines en période de bourre/exam 11 mois sur 12 ?
Je suis d'accord qu'un coup de bourre périodique peut bien se passer, mais pas quand c'est la facon de faire permanente...
On n'est pas obligés de travailler pour ces gens-là,
il suffit de savoir ce que l'on est prêt à perdre pour ne pas leur appartenir.
à propos des 'audit' (ISO blabla et autres..),
de toute façon, ils en ont rien à foutre que ce soit prêt ou pas,
ils sont juste là pour faire du pognon,
ils trouveront jamais que ça va bien ou pas,
ils veulent juste faire plaisir au patron et lui dire
ce qu'il voulait entendre,
il faudra bien qu'ils reviennent ramasser du pognon l'an prochain.
C’est ça le problème... si tout est «extrêmement urgent», alors plus rien n’est urgent ! Le but c'est d'établir des priorités... alors si tout à les même priorités (et en général «extrêmement urgent» ;-) )...alors ça ne sert plus à rien ! (Pareil en informatique avec la priorités pour les mails, ou aussi la Qualité de Service (QoS)...)
Et puis, c’est vrai que la «Qualité» (ISO, etc.)... c’est moche le tournant que ça a pris. À part le fait, il faut bien l’avouer, de devenir un peu plus facilement encore interchangeable. Le but de la «Qualité» c’était justement de plus avoir à courir (en autres). Alors si les procédures ne sont pas du tout appliquées, et qu’en plus il faut les apprendre par cœur avant l’«audit»... là, oui, c'est un beau gachis...
Mais bon, si les procédures étaient respectées... ils ne pourraient plus «mettre la pression» ! C'est bien un peu pour ça que la robotique ne prend son expansion. Un robot tu peux toujours lui mettre la pression, s’il manque quelque chose, si ce n'est pas comme il faut : il se met automatiquement en attente / arrêt. Tandis qu’un p'tit-nenfant, pour eux, c'est beaucoup plus «flexible» (ils peuvent lui mettre la pression, lui demander de se débrouiller avec ce qu'il a, etc.).
Des fois, je me dit que la «Qualité» a été inventé par ceux d’«en-bas» (consciencieux) qui voulaient pouvoir montrer la réalité (d’«en-bas») sous une forme compréhensible à ceux d’«en-haut». Et que ceux d’«en-haut» l’ont retourné contre ceux d’«en bas» : "ok... vous voulez jouer à ce jeu là... bah, vous aurez ça à faire en plus... sans rien changer à comme on faisait avant... ça vous apprendra...". Ou comment une bonne idée (au départ) tourne mal...
C'est déjà il y a un certain nombre d'années (quand la boîte où je bossais à l'époque a perdu en gros une année de travail à se mettre en conformité avec les normes ISO-9xxx-mécouilles) que j'ai découvert avec stupeur qu'un système qualité n'était en aucun cas fait pour garantir qu'on produise de la bonne qualité, mais au contraire qu'on produise une qualité stable, prévisible, contrôlable et documentée.
Autrement dit, si tu fabriques de la merde de manière régulière, prévue et documentée, tu es pile dans les clous d'une bonne "norme qualité", tandis que si tu fais des trucs top-parfaits mais que ce n'est pas documenté en procédures, tu es recalé aussi sec.
C'est plus récemment, et avec davantage de stupeur encore que j'ai découvert que la finalité première de tout ce bazar de documentation et de procédures n'a comme objectif central que la facile interchangeabilité des hommes. Il faut que tout soit procéduré et documenté pour que nul ne soit indispensable. Qu'aucun secret, coup de main, astuce ou quoi que ce soit ne demeure seulement dans les têtes. Le génie et l'improvisation sont proscrits, car il faut pouvoir remplacer n'importe qui au pied levé par tout professionnel supposé compétent de la même branche, lui filer les procédures, et qu'avec les procédures il puisse faire tout ce qu'il y a à faire en les exécutant servilement.
Ce qui est absolument verboten, c'est de mettre en place un savoir-faire qui ne soit pas aussitôt documenté, et qui donnerait alors le moindre pouvoir à l'être humain qui en est le détenteur exclusif (ou à ceux qui le partagent).
Ça aide bien à délocaliser une usine à l'autre bout du monde du jour au lendemain, aussi. Suffit d'envoyer les machines, et les procédures, en laissant les mecs interchangeables sur le carreau.
Voilà à quoi sert un système qualité : à ôter tout pouvoir aux gens en les rendant interchangeables, remplaçables à loisir, en pressant tout le jus de leurs têtes dans des procédures mortes autant que faire se peut.
Et tant pis si ça prend du temps et coûte de l'argent : la jetabilité du personnel est bien pour importante encore pour l'Entreprise.
Il y a un documentaire sur "l'entreprise schizophrene" ou un titre proche, dans laquelle ils expliquent: "beaucoup de bénéfices n'est jamais assez". Il y a aussi la responsabilité des gérants de portefeuilles, qui demandent aux entreprises +15% de bénéfices chaque année, ce qui est intenable sur la durée.
l'ISO-9xxx-mécouilles plante méchamment du fait de l'avalanche de procédures. Vu le nombre elles sont inappliquées ou alors avec la plus extrême bêtise par vengeance, pour satisfaire à l'audit et non pour faire avancer le travail.
Par exemple, dans une entreprise ou j'ai bossé et ou la seule chose importante était que tous papelards imaginées par les cheffaillons qui avaient pondus les procédure devaient être mis dans une base documentaire, chacun mettait les modèles des documents dans la base. Comme ça l'ingénieur qualité était content et te lâchait la grappe.
Chaque cheffaillon se croit investi de la mission divine de pondre sa procédure. Ca prouve qu'il existe.
Comme par ailleurs une bonne moitié de ce qui est fait dans les entreprises ne sert srtictement à rien ni à personne !
Je comprends qu'on puisse penser et dire du mal de la «qualité»... Et il faut dire que c'est vrai, qu'en France, la «qualité», c'est un peu le grand n'importe quoi... pour une majorité, je crois.
Mais la «qualité», c'est un outil ! Des outils, en fait... Et il y en a des extrêmement puissants. Mais, malheureusement, c'est comme tous les outils... c'est l'usage qu'on en fait qu'on remarque au final. Si on utilise mal un outil, si on utilise un outil pour autre chose que ce qu'il a été conçu, si on utilise un outil pour libérer les gens, ou au contraire, si on utilise un outil pour asservir les gens... Qu'est-ce qu'on fait d'un outil en fait, pour résumer. On pourrait dire la même chose pour beaucoup de chose... L'ordinateur, Internet...
C'est la même chose que les normes, les standards, etc. De la compatibilité, de l'intercompatibilité... De pouvoir changer, ou s'échanger des choses (objets, pièces, informations, mesures, données...), ça a apporté les «germes» de la concurrence... Et maintenant que nous sommes dans un monde de concurrence extrême (sans foi, ni loi) et de mondialisation, on commence à regretter...
Mais je le répète, la «qualité» est un outil. Et je trouve que c'est dommage que, à cause de certains qui en font mauvais usage, de penser que c'est sûrement l'outil qui est mauvais (alors que c'est l'usage qui en est fait)...
Très, très appréciables tous ces commentaires, surtout le #14 et suivants. Avec des notions de qualité, procédure, transmission, outil, information, j'ai re-lu un article de fiction-réalité. Le futur a de l'avenir... Gulp !
Exactement ! y'a longtemps que j'ai découvert ça en ce qui me concerne, lorsque dans les années 90 la boite américaine pour laquelle je bossais, pouvait facilement licencier 400 ouvriers en une semaine, et devoir en rembaucher 500 l'année suivante... ces nouveaux employés n'étant bien évidemment pas ceux qui avaient été débauchés car entre temps ils s'étaient débrouillés pour trouver un autre job... d'où l'intérêt des procédures ISO... pour nous pôvres français, cette mécanique nous semblait vraiment incongrue, avec nos lois, délais de pré-avis de licenciement etc...