Mais maintenant, c'est mademoiselle Patâpatî qui entre en sixième, et ce soir, en bon vieux croûton attentionné, je me suis mis en devoir de vérifier que cette feignasse bordélique brave enfant (doit-on encore dire "enfant" à propos d'un objet adolescent mal identifié ? Je m'interroge...) avait bien mis tout ce qu'il fallait pour demain dans son cartoche.

Je suis alors tombé sur un sac pesant à tuer un âne mort, le genre de truc que tu tentes négligeamment de soulever sans guère y prendre garde, pis y bouge pas et tu te dis Oho ! J'ai pas pensé à mettre assez de jus de muscle !

Du coup, je l'ai ouvert pour vérifier que cette feignasse bordélique charmante adolescente n'avait pas laissé dedans tout son barda pour toute la semaine, mais juste ce qu'il lui faut pour demain, et, à ma grande stupéfaction, c'était parfait et je n'ai pas trouvé la moindre gomme surnuméraire, rien qui se pût ôter sans provoquer le courroux de la prof' de maths irascible...

Me revint alors en mémoire d'avoir entendu mes parents, à savoir ma mère (et également ma prof' d'anglais) et mon père (et accessoirement inspecteur d'académie du coin) râler moûltement sur ces cons de profs (mais dans un langage beaucoup plus châtié, quoi que porteur du même sens général) infoutus de s'organiser pour que les élèves puissent partager un bouquin pour deux et leur faisant acheter des cahiers de 200 pages et des grands classeurs de 3 kilos chaque en fin d'année à apporter intégralement à chaque cours (parce que chaque prof y porte sa matière au pinacle et il en a rien à fout' des autres matières qui servent à rien !), de ces cons d'éditeurs de manuels scolaires (mais dans un langage, etc.) pondant chacun pour sa matière un Larousse en dix volumes avec des planches en bois en guise de pages, et de ce con de département pas foutu de mettre des casiers dans les établissements...

Et voilà pourquoi votre fil-s-lle est muette se nique le dos pour la plus grande joie des kinésithérapeutes, chiropracteurs, kinésiologues, ostéopathes et autres charlatopathes.

Tout ça l'année où ce brave Giscard jouait à Devine qui vient dîner ce soir ? avec les franchaises et les franchais.

Enfin bref, ça faisait quand même un sacré paquet d'années que le poids du cartoche, chassé par les jupes des filles, avait sombré dans les ténèbres bienvenues de mon oubli en compagnie des autres souvenirs puissamment oubliables de ma pénible scolarité, mais là, le cartoche de Patâpatî : flashback ! [1]

Je larguai donc illico le cartoche incriminé (lui-même ultra-léger, et qui sera utra-craqué dans deux semaines vu le poids du savoir qui le gonfle, c'est marrant comme parfois, le savoir peut gonfler...) sur la balance, qui m'affiche un définitif : 7 Kg.

Je commence déjà mentalement à préparer toutes les douceurs dont je vais gratifier pas plus tard que demain le Principal du collège au téléphone, puis je fais quelques recherches sur Internet.

Où je constate qu'en 1995, une ministresse de l'éducation, une certaine Marie-Ségolène dont l'Histoire n'a guère retenu le nom, avait fait du poids du cartoche un combat et décrété par circulaire ministérielle (jamais abrogée depuis) que le poids du cartable ne devait en aucun cas excéder 10% du poids de son porteur, soit 4 Kg maxi dans le cas de ma puce.

Tu vois que l'homme aux rats déciderait de coller des radars automatiques à l'entrée des collèges ? Crac ! Ma Patâpatî de se prendre une prune direct avec retrait de points comptant dans la moyenne !

Bon, je vois sur le Nain Ternet qu'en 1995 toujours (Putain ! 13 ans !) un collège de Fécamp avait procédé à la pesée rituelle des cartoches sous la houlette de l'académie de Rouen avec pour résultat des classes de 6e, des cartoches d'en moyenne 7 Kg.

Le cartable de Patâpatî pesant 7 Kg pile-poil tout rond en 2008, on voit comme ce dossier aura trop vachement progressé en 13 ans et à quel point la circulaire de Marie-Ségolène aura été utile.

Quand tu penses que chaque sinistre de l'éducation vient avec sous le bras sa réformette destinée à le faire entrer au panthéon des Hommes Immortels[2] et à détruire encore un peu plus l'orthographe de nos chères feignasses têtes blondes, pour une fois qu'il y avait une idée à creuser (d'accord, c'est certainement pas Marie-Ségolène qui l'a eue toute seule, je vous le concède : ça se saurait) on voit à quel point l'affaire a été conduite avec tout le sérieux et la diligence qui s'imposaient.

Je tombe enfin sur le site du Sinistère sur le texte d'une conférence de presse de notre sinistre actuel, de droite tout comme la précédemment citée et dont l'Histoire ne retiendra pas davantage le nom, et là, enfin, ça commence sérieux : c'est du lourd ! [3]

On parle du poids du cartable depuis 30 ans et depuis 30 ans, on ne cesse d'allonger la liste des bonnes raisons de ne rien faire et celle des promesses sans lendemain.

Ah ben ouais. Sans blague ? En voilà un qu'a pas les yeux dans son cartable !

Pendant ce temps, les élèves continuent de porter des cartables qui sont de plus en plus lourds. Les pesées réalisées la semaine dernière par la F.C.P.E. indiquent un poids moyen de 8 kg , soit environ 20 % du poids de l'enfant.

Ah, depuis 1995, on a quand même réussi à l'alourdir d'un kilo ! Ne perdons pas espoir ! (Du coup Patapatî a du bol, si on y réfléchit...)

Ça continue tout aussi martialement :

Je veux sortir de l'incantation pour aborder le poids du cartable de manière très pragmatique.

Plus de Hare Kartosh ! Hare Kartosh, des actes ! Enfin !

Continuons :

je vais lancer un concours dans les écoles professionnelles pour la conception d'un cartable léger, solide, et offrant de solides qualités ergonomiques. J'ai décidé de doter ce concours de 25 000 euros et si un véritable projet industriel se dessine.

Déjà, je ne sais pas pourquoi, un sourire en coin se dessine sur mon swâmique visage. Je ricanerais presque.

Cela peut aussi passer par l'utilisation de nouveaux supports qui évite d'amener son manuel papier à l'école tels que la visio-projection des cours ou l'utilisation de tableaux blancs numériques.

À l'horizon 2054, donc...

je souhaite expérimenter, auprès d'une cinquantaine de classes, l'utilisation du manuel numérique. Sur un seul support de 300 grammes environ, chaque élève pourra disposer de l'ensemble des manuels d'une seule classe d'âge.

Continuons dans les conneries... Euh, à l'horizon 2096, veux-je dire.

Je souhaite que les départements généralisent aussi, lorsque c'est possible, l'usage des casiers fermés.

Ah oui ! Parce que, dans la classe de Patâpatî, l'était supposé y avoir des casiers. Même que l'achat d'un cadenas figurait sur la liste des fournitures scolaires ! Même que je suis allé chez Auchiant un midi rien que pour en acheter un, de cadenas !

Sauf que, Patâpatî dixit : Le premier jour, la maîtresse elle a dit (faudra que je lui apprenne à dire : "la prof'") qu'y y'avait pas assez de casiers pour tout le monde alors qu'on allait prendre un casier pour deux quand on aurait formé des groupes de deux alors on a pas mis les cadenas et elle a dit qu'on les mettrait le deuxième jour quand on aurait formé les groupes... Mais le deuxième jour y'avait plus les casiers parce qu'on croit qu'un autre prof (moins con ? plus malhonnête ?) y les a déménagés pour les prendre pour sa classe mais on sait pas lequel... (tu parles).

Et voilà comment mademoiselle Patâpatî a un beau cadenas, pas de casier pour mettre autour, et un cartoche de 7 kg à se trimballer sur le dos tous les jours dans le métro plus quinze minutes de marche, aller, retour.

Je finis de lire la belle conférence de notre sinistre de l'éducation. Je relis sa date : 24 octobre 2007.

Nous venons de faire la rentrée 2008. Putain ! Il est où le machin numérique qui déchire sa race ? [4]

Bouffons.

Notes

[1] Christine je te hais : je ne peux plus foutre une majuscule après un ":" sans être envahi d'un inconfortable sentiment de culpabilité.

[2] Devaquet, si tu savais, ta réfôôôôôormeuh, ta réfôôôôôôrmeuh ! Devaquet, si tu savais, ta réfôôôrme où on s'la met !

[3] Pis en plus y'a (au moins) une faute dans le texte du sinistre de l'éducation. Grand concours : trouvez la phote !

[4] Eh, vous avez vu les filles ? J'ai même pas parlé d'informatique ! Ni de sexe, hélas.