Incontrôlable
Par Petaramesh le dimanche 3 août 2008, 11:58 - Chienne de vie - Lien permanent
Hier soir, dans une ruelle étroite d'un village périgourdin, nous croisons un couple de vieux.
Comme à son habitude quand il n'est pas loin devant, Srî Minîshiva traîne loin derrière.
Le voilà soudain qui rapplique au galop, mort de rire, et, s'adressant à mademoiselle Patâpatî :
- Tu sais ce que je lui ai dit à la mémé ?
- ...Euh, non ?
- Je lui ai dit : « Salut mémé ! Ça farte ? »
Aujourd'hui, Srî Mninîshiva, notre indien cul-rouge, est puni consigné dans sa chambre pour toute la journée. Il a légèrement dépassé hier les bornes de la pyromanie et du mensonge éhonté.
Pyromane
Ça fait en effet quelque temps que sa période pyromane le travaille. À six ans !
Nous avons commencé, il y a une paire de mois, par retrouver une ou deux fois à la maison un briquet dans son lit. Dans son lit !
Puis, nous avons retrouvé quelques cigarettes éclatées sous son lit. Cet enfant a l'esprit curieux et expérimental : il voulait voir ce qu'il y avait à l'intérieur.
Puis, nous avons retrouvé quelques bouts de papier cramé derrière son lit, et un centimètre carré de moquette cramé aussi...
Il doit tenir ça de sa mère, qui avait légèrement foutu le feu aux meubles de la cuisine quand elle avait 8 ans.
Les réprimandes et gronderies féroces ne suffisant définitivement pas, je me suis dit qu'en père intelligent, j'allais, plutôt que de tout lui interdire, exiger qu'il ne fasse ses expériences pyrotechniques qu'en ma compagnie, et lui montrer les dangers du feu, lui apprendre qu'un enfant de 6 ans ne peut pas le maîtriser et que ça peut très vite mal tourner, le lycée au toît complètement détruit par un incendie juste en face de chez nous en fournissant un exemple parfait.
Je lui ai donc montré comment on pouvait allumer du feu avec une loupe et du soleil, ce qui l'a littéralement passionné - d'autant plus qu'il n'y arrive pas, contrairement à son magicien de père.
Mais la pyromanie infantile ne le lâche pas.
Depuis que nous sommes en vacances, il veut fumer des cigarettes (Niet !), m'allumer mes cigarettes (Niet !) et a récupéré l'autre jour un mégot pas éteint que je venais de jeter pour tirer une barre dessus (Beurk ! C'est bon !).
Il insiste également pour allumer le barbecue, mais encore Niet ! trop dangereux pour lui.
Hier après-midi toutefois, un record fut battu.
Rentrant de la piscine et cherchant à nous préparer le five o'clock tea, je m'aperçus que la boîte d'allumettes de ménage, quasi pleine, s'était volatilisée. Sachant instinctivement qui avait fait le coup : Minîshiva ! Qu'est-ce que tu as fait de la boîte d'allumettes ? Tu as joué avec ? Ça va chier des briques !
Minîshiva ne nia pas une seconde qu'il était l'auteur du larcin, mais prétendit benoîtement, lui qui a une mémoire d'éléphant, qu'il ne se souvenait plus où il avait mis la boîte d'allumettes ni ce qu'il avait bien pu faire avec.
Mon sang de père ne fit qu'un tour, et la énième connerie pyrotechnique certaine s'ajoutant à l'amnésie opportune tenant du foutage de gueule, Srî Minîshiva se prit une maxi fessée déculottée de force 6 sur l'échelle de Beaufort, une comme il n'en avait pas reçu depuis un sacré bout de temps, en guise de traitement express contre l'amnésie.
Une fois le cul suffisamment rougi, Minîshiva se souvenait parfaitement :
- Qu'il avait pris la boîte d'allumettes ;
- Qu'il en avait grillé une ou deux sur la terrasse ;
- Puis qu'il avait vidé la boîte dans une soucoupe sur la table de jardin ;
- Qu'il avait alors fait cramer la totalité des allumettes ;
- Puis qu'il avait cramé la boîte ;
- Et qu'enfin il avait balancé les cendres dans les branches de l'arbre avant de laver la soucoupe et de la remettre à sa place.
Je me mis alors en quête des restes du délit et exigeai de Minîshiva qu'il me montre où il avait jeté les cendres, et n'en trouvai, à ma grande surprise et malgré toutes mes recherches, pas la moindre trace. Point de débris d'allumettes, point de cendres. La table de jardin où avait soi-disant eu lieu le crime était nickel, la soucoupe était sèche, parfaitement propre et sans la moindre trace de brûlé, tout ceci ressemblant fort peu aux séquelles de l'activité de mon nain.
J'en vins donc tout doucement à me demander si, malgré la fessée dantesque et le cul rouge, le bougre n'était pas tout bonnement en train de me prendre pour un sapin de Noël...
Un éclair de génie me vînt :
- Minîshiva, et si je vais à ta cabane, est-ce que je ne vais pas y trouver la boîte d'allumettes ?
- ...Peut-être que oui... me fit le bougre, devant cette marque de divination paternelle.
- Très bien. Tu restes consigné au chalet, et quand nous sortirons tout-à-l'heure, nous passerons voir à ta cabane.
Le five o'clock tea se terminait, les préparatifs de sortie aussi, et je remarquai soudain que le Minîshiva consigné avait disparu.
Il n'était tout de même pas parti pour une expédition express de destruction de preuves ?
Nous sautâmes dans la voiture (puisque nous sortions) et fonçâmes jusqu'au parking voisin de la cabane. En arrivant à la cabane, je vis de loin Minîshiva occupé à jeter de toutes ses forces, le plus loin possible, des objets dans un champ.
- Qu'est-ce que tu jettes là, Minîshiva ?
- Euh, des pierres.
Je regardai à ses pieds et vis un demi-cercle de pierres, le demi-cercle manquant ayant certainement rejoint le champ en ordre dispersé et par la voie des airs.
- Qu'est-ce donc là, Minîshiva ? Ne serait-ce point un foyer que tu détruis ainsi ?
- En effet, père.
Examinant les restes, je constatai l'évidente présence d'un morceau de carton neuf, et de 4 ou 5 allumettes à moitié consumées, de 2 grammes de cendre, ceci toutefois ne faisant pas une boîte d'allumettes entière, bien loin de là.
- Et où donc est la boîte d'allumettes, Minîshiva ?
- Là père, je l'ai entièrement brûlée, s'obstina-t-il, me montrant les deux grammes de cendre comme prétendu cadavre d'une pleine boîte d'allumettes de ménage.
- Cette fois, Minîshiva, tu me prends vraiment pour un abribus ! lui fis-je, féroce, avant de le déculotter derechef et de lui administrer une fessée de force 8 sur l'échelle qui fait mal à la main paternelle.
Il persista, cul rouge, dans ses dénégations, et se vit informer qu'il serait embastillé au chalet pour toute la journée du lendemain.
Au moment du petit déjeûner ce matin, j'informai le bougre que l'après-midi pourrait se transformer en emprisonnement avec sursis si toutefois la mémoire lui revenait dans la matinée et s'il pouvait soudain retrouver les allumettes et la boîte manquante. Il affirme désormais que les allumettes sont cachées, mais brûlées, et qu'il devrait pouvoir les retrouver, mais que la boîte elle, est brûlée et dispersée.
Quant à mademoiselle Patâpatî, nous constatons avec surprise qu'elle fait une demi-tête de plus que les copines qui faisaient une demi-tête de plus qu'elle l'année dernière, et que celles qui semblaient plus "grandes" qu'elles ressemblent désormais à côté d'elle à des petites filles à côté d'une adote véritable. Les gens nous demandent étonnée si nous l'avons piquouzée à la vitamine Z.
De l'adote elle a tout, seins et poils compris, y compris le fait de trouver tout naze à commencer par ses parents, et de rouler le blanc des yeux au ciel dans une moue très réussie que je n'avais vu aussi bien exécutée jusque là que par sa grande soeur... à quinze ans. Et évidemment, elle passe le moins de temps possible avec nous à donner tous les signes d'un ferme emmmerdement, et tout le reste du temps nous ne la voyons pas, elle est avec ses copines à faire des trucs de filles... Et manifeste vis-à-vis de l'univers entier le souverain mépris de son adolescente majesté.
On ne s'ennuie jamais, avec des enfants.










Commentaires
Quelle clairvoyance de ta part ! Et quel suspense dans le récit ! Du grand Swâmi pas geek du tout, ça, merci ! :o) Et... bon courage.
(le mien il est pas forcé d'être pareil, hein ? C'est parce que le tien il a des gênes de touche à tout, c'est ça ? Non, je suis pas affolée...)
Ça craint sec, cette histoire de pyromanie... surtout que je ne vois pas trop comment tu vas pouvoir le réorienter vers des loisirs moins dangereux. Je vais regarder la donzelle de 5 ans et demi d'un autre œil! Elle est plus dans une période micrado (microbe à tendance adolescente), avec la moue boudeuse, les parents chiants, ce genre de trucs...
Bon courage... et bonnes vacances quand même! :-D
S'rait'y pas temps d'investir dans un extincteur ?
Ben avec un père aussi manifestement fier des frasques de son fiston, aucune chance pour que ça change ;-)
Excellent le petit Srî Minishiva, excellent, je vois qu'avec cet adorable enfant on ne s'ennuie jamais!! Et y'a pas un marchand de Pétards à mèches, *mouarf*, dans ton petit village péri-gourdin, ça "corserait" le séjour ! Et l'odeur de la poudre, c'est excellent pour les pyromanes en herbe...!
Ce jeune Erostrate débutant pourra bientôt vous chanter:"Allumette, gentille allumette!...".
Plus sérieusement, j'ai pourtant un souvenir fort désagréable de deux petits neveux, devenus grands depuis, qui habitaient dans une ferme, près d'une grange à foin!
Un des deux, 10-11 ans à l'époque était depuis sa très petite enfance littéralement fasciné par le feu et un beau soir de juillet, sans qu'on ait jamais su pourquoi ni comment, la grange à foin a pris feu, à une telle vitesse, qu'il fut impossible même aux pompiers, plutôt rapides sur le coup, de l'éteindre!
Je me souviens que ce qui m'avait particulièrement frappé à cette époque,(j'habitais à une dizaine de kms et je fus rapidement sur les lieux!), c'est l'expression extatique du regard de ce garçon et l'air halluciné qu'il garda, jusqu'à ce que la dernière flammèche eut été éteinte!
Bien sur, rien ne prouva jamais, qu'il y ait eu une intervention humaine à l'origine de l'incendie,(il fut conclu à un court circuit!), mais un doute m'est toujours resté...!
Hum... un petit detour par disney studios à Marne la Vallée pour voir de près La tour infernale devrait peut être lui donner un peu de recul ... ou déclencher une vocation qui sait ?
Ben , bonne chance.
J'en ai eu 4 mais je m'aperçois que j'ai pas mal de chance et ça relativise quelques conneries du dernier qui entre en adolescence.
Ceci dit, la pyromanie n'a pas d'âge, moi c'est ma belle-mère, 75 balais, qui aime bien jouer avec le feu.
Tu me rappelles des souvenirs qui me font frémir, les allumettes sous le lit d'un petit machin de six ans, dans une chambre mansardée entièrement tapissée de lambris...
Ce n'était que le début d'un long et difficile combat. Je te souhaite bien du plaisir!
Les choses ont fini par se calmer, c'est à lui que j'ai confié ma maison en partant au Vietnam.
Ca me rappelle un petit gosse laissé à lui même dans la rue ou je vivais il y a presque 20 ans de ça : après s'être peint le corps comme un indien avec le maquillage de sa mère, il a trouvé très amusant de balancer par la fenêtre du premier des mouchoirs en papier déployés, allumés avec un briquet. ils s'enflammaient en tournoyant et retombaient sur les voitures... peu après la police est arrivée, appellée par une dame qui en avait pris un sur son couvre mis-en-plis en plastoc.
Une chose est sûre : ton minishiva ne manque pas de ressources, j'inventais beaucoup de choses gamine (et j'ai un cousin qui m'en aurait remontré), mais les plans qu'il t'a monté, chapeau bas ! :)
@ Alain Hubler, n°3 :
+1
Je dirais même plus, j'aurais montré comment on se sert d'un extincteur, ou comment fonctionne un extincteur... ou si ça ne fonctionne pas avec l'extincteur, avec de l'eau, ou une couverture ... ?
Ah, les lubies... Je crois que la solution serait peut-être de susciter d'autres lubies, moins dangereuses... non ?
C'est pas possible, vous êtes tous des anarchistes ! ;-)
Arf, ca me rappelle des souvenirs ce genre de conneries... les litres d'alcool à 90 ou d'ether que j'ai plus cramer dans des récipients plus ou moins adapté ou à même le carrelage de la cuisine, une extinction miraculeuse de départ de feu à la serpillère humide (cette fois la, le récipient était inadapté), tout ça à l'age de 7 ou 8 ans, sans que les parents ne s'en aperçoivent...
Ce qui m'a calmé, c'est la fois ou j'ai vraiment failli foutre le feu, avec un demi flacon d'éther mélangé à un demi flacon d'alcool (j'avais la démarche expérimentale, l'un cramait chaud, l'autre cramait avec de chouettes couleurs) quand j'ai commencé à voir des flammes hautes comme moi et chaude, et j'ai eu beaucoup de chance que ma mère, pourtant pas une tarée du ménage, ait serpilléré la veille et pas rangé le seau avec la serpillère.
Autrement, pour le minipyro, si tu connais des pompiers pro ou volontaire, essaye de le faire assister à un entraînement genre feu de palette, en étant assez près pour sentir le roussi...
Enfin, je dis ça, mais j'ai pas de gosse... Donc, bonne chance.
C'est quand je lis des choses comme ça que je me dis que mon ado de fils est d'un calme presque louche du haut de ses treize ans...
Je n'ai même pas encore eu droit à la moue boudeuse typiquement adolescente que tu décris pour mademoiselle Pâtapatî, alors que ma nièce du même âge l'a adopté comme mode de "communication" principal depuis quelques temps.
Je compatis gravement hein.. Reposantes tout de même ces vacances? ;-)
Ca me rappelle mon frère qui a fait cramer (un peu) le grenier, il était un petit peu plus vieux que Minishiva, comme quoi le feu ça attire.........
En tout cas tu as des vacances remuantes voire rebondissantes .….pas d'ennui avec Minishiva.....quelle énergie ce petit!
Faut p'être le canaliser avec une activité casse cou encadrée.....pas une via ferrata vers ton lieu de vacances? un stage de cirque?
@Marie : Je pense de plus en plus que pour le "canaliser" tout en lui permettant d'exprimer son énergie, il faudrait envisager de l'inscrire à l'Aïki-do ou au Kung-Fu ou à quelque chose du genre... Pas le judo, c'est chiant (et il n'a pas le gabarit "pièces jaunes" ;-), pas le karaté, trop violent...
Mais si le karaté c'est bien! ça cadre... ;-)
Sinon tu as la Capoeira, dans le genre dépense d'énergie c'est pas mal, et c'est plus ludique.
@ Swâmi et westmalle, dans le genre:"...pour le "canaliser" tout en lui permettant d'exprimer son énergie", vous avez aussi le "travailler plus pour gagner plus" autrement appelé "Arbeit macht frei", où là on gagne rien....enfin, avec Sarko non plus, mais on peut toujours rêver! Vàlà...!
Bon, ben la démache parentale est assez intéressante, mais je pense que tu n'es pas arrivé a bien expliquer les choses. La loupe, c'est magique mais ça n'explique pas pour autant les blessures graves, les morts et les accidents, les feux de forets et autres dégats pyromaniaques. Au passage, les pétards sont drôles mais mal manipules, coûtent parfois des doigts....Et de là à parler de pyrotechnie, c'est un pas un peu vite franchi également.
Je suis un mauvais exemple, je n'ai jamais mis le feu à un batiment (ouf, presque...) en jouant avec les allumettes et les bougies, mais j'ai effectivement fini artificier. Comme quoi, les bétises (jugulées) mènent à tout... :)
Voilà racontée avec humour une histoire pas drôle du tout, et les deux fessées (vous allez voir rappliquer avec leur bazooka certaines chasseuses de père indigne de ma connaissance) le prouvent.
Je suis de la campagne. Pour les enfants la noyade et l'incendie était les hantises numéro ex-aequo. La noyade car le gosse y passait, l'incendie car la ferme y passait, et parfois le gosse avec. La pire menace à faire à un ennemi était de dire : j'irai pas éteindre le feu chez lui !
Mon père, tout gosse, avait fait comme le vôtre. C'est devenu deux pages d'un livre.
Bon, je ne suis pas très fan-fan des spymachins, mais son truc, là, avec une telle insistance, ça va au-delà de la saine désobéissance et du mensonge des familles... Le mot "fascination", pour les pyromanes, est un mot juste. Je n'ai jamais été tenté par la chose, mais la vue d'un incendie est à la fois terrifiante et admirable.
@PMB :
Beh comm d'hab' : je les merde :-D
>
C'qu'y a de bien, avec les fils de commentaires des blogs, c'est que c'est des endroits où l'on n'embraye jamais à mauvais escient dans la surdramatisation express :-}
Et toc !
(Bah, tant que j'me fais pas bazooker)
Mon petit frère était un mordu du feu. Grave atteint. Les allumettes, l'allume gaz, les boutons de la gazinière, les différents solvants et autres inflammables de l'atelier paternel... tout cela le tentait au point qu'on a senti le roussi plus d'une fois.
Les culs rouges n'y faisaient rien, il recommençait régulièrement. L'histoire a duré quelques mois...
Jusqu'au jour où ma mère a trouvé le dessus de lit, les draps et une partie du matelas cramés. Décidant que c'en était assez et redoutant le pire, elle a pris sur le coup de la colère et de la peur une allumette qui traînait encore sous le lit, l'a allumée, et a mis le bras du bestiau de six ans au-dessus de la flamme jusqu'à ce qu'il se plaigne - et un peu au delà sans pour autant le marquer.
Ce fut l'occasion d'une homérique colère entre les parents mais jamais plus l'héritier n'a joué avec le feu...
Il a trouvé d'autres moyens de faire l'imbécile, cela va cependant sans dire ;D
Article tout à fait charmant, (comme beaucoup d'autres), et qui fait contre-champ au premier que j'ai découvert: "La seule chose dont je suis incapable".
Congratulations d'un vieux shnock d'informaticien au chomedu.