Le doigt de Srî Minîshiva Aujourd'hui, Srî Mninîshiva, notre indien cul-rouge, est puni consigné dans sa chambre pour toute la journée. Il a légèrement dépassé hier les bornes de la pyromanie et du mensonge éhonté.

Pyromane

Ça fait en effet quelque temps que sa période pyromane le travaille. À six ans !

Nous avons commencé, il y a une paire de mois, par retrouver une ou deux fois à la maison un briquet dans son lit. Dans son lit !
Puis, nous avons retrouvé quelques cigarettes éclatées sous son lit. Cet enfant a l'esprit curieux et expérimental : il voulait voir ce qu'il y avait à l'intérieur.
Puis, nous avons retrouvé quelques bouts de papier cramé derrière son lit, et un centimètre carré de moquette cramé aussi...

Il doit tenir ça de sa mère, qui avait légèrement foutu le feu aux meubles de la cuisine quand elle avait 8 ans.

Les réprimandes et gronderies féroces ne suffisant définitivement pas, je me suis dit qu'en père intelligent, j'allais, plutôt que de tout lui interdire, exiger qu'il ne fasse ses expériences pyrotechniques qu'en ma compagnie, et lui montrer les dangers du feu, lui apprendre qu'un enfant de 6 ans ne peut pas le maîtriser et que ça peut très vite mal tourner, le lycée au toît complètement détruit par un incendie juste en face de chez nous en fournissant un exemple parfait.
Je lui ai donc montré comment on pouvait allumer du feu avec une loupe et du soleil, ce qui l'a littéralement passionné - d'autant plus qu'il n'y arrive pas, contrairement à son magicien de père.

Mais la pyromanie infantile ne le lâche pas.

Depuis que nous sommes en vacances, il veut fumer des cigarettes (Niet !), m'allumer mes cigarettes (Niet !) et a récupéré l'autre jour un mégot pas éteint que je venais de jeter pour tirer une barre dessus (Beurk ! C'est bon !).

Il insiste également pour allumer le barbecue, mais encore Niet ! trop dangereux pour lui.

Hier après-midi toutefois, un record fut battu.

Rentrant de la piscine et cherchant à nous préparer le five o'clock tea, je m'aperçus que la boîte d'allumettes de ménage, quasi pleine, s'était volatilisée. Sachant instinctivement qui avait fait le coup : Minîshiva ! Qu'est-ce que tu as fait de la boîte d'allumettes ? Tu as joué avec ? Ça va chier des briques !

Minîshiva ne nia pas une seconde qu'il était l'auteur du larcin, mais prétendit benoîtement, lui qui a une mémoire d'éléphant, qu'il ne se souvenait plus où il avait mis la boîte d'allumettes ni ce qu'il avait bien pu faire avec.

Mon sang de père ne fit qu'un tour, et la énième connerie pyrotechnique certaine s'ajoutant à l'amnésie opportune tenant du foutage de gueule, Srî Minîshiva se prit une maxi fessée déculottée de force 6 sur l'échelle de Beaufort, une comme il n'en avait pas reçu depuis un sacré bout de temps, en guise de traitement express contre l'amnésie.

Une fois le cul suffisamment rougi, Minîshiva se souvenait parfaitement :

- Qu'il avait pris la boîte d'allumettes ;
- Qu'il en avait grillé une ou deux sur la terrasse ;
- Puis qu'il avait vidé la boîte dans une soucoupe sur la table de jardin ;
- Qu'il avait alors fait cramer la totalité des allumettes ;
- Puis qu'il avait cramé la boîte ;
- Et qu'enfin il avait balancé les cendres dans les branches de l'arbre avant de laver la soucoupe et de la remettre à sa place.

Je me mis alors en quête des restes du délit et exigeai de Minîshiva qu'il me montre où il avait jeté les cendres, et n'en trouvai, à ma grande surprise et malgré toutes mes recherches, pas la moindre trace. Point de débris d'allumettes, point de cendres. La table de jardin où avait soi-disant eu lieu le crime était nickel, la soucoupe était sèche, parfaitement propre et sans la moindre trace de brûlé, tout ceci ressemblant fort peu aux séquelles de l'activité de mon nain.

J'en vins donc tout doucement à me demander si, malgré la fessée dantesque et le cul rouge, le bougre n'était pas tout bonnement en train de me prendre pour un sapin de Noël...

Un éclair de génie me vînt :

- Minîshiva, et si je vais à ta cabane, est-ce que je ne vais pas y trouver la boîte d'allumettes ?
- ...Peut-être que oui... me fit le bougre, devant cette marque de divination paternelle.
- Très bien. Tu restes consigné au chalet, et quand nous sortirons tout-à-l'heure, nous passerons voir à ta cabane.

Le five o'clock tea se terminait, les préparatifs de sortie aussi, et je remarquai soudain que le Minîshiva consigné avait disparu.
Il n'était tout de même pas parti pour une expédition express de destruction de preuves ?

Nous sautâmes dans la voiture (puisque nous sortions) et fonçâmes jusqu'au parking voisin de la cabane. En arrivant à la cabane, je vis de loin Minîshiva occupé à jeter de toutes ses forces, le plus loin possible, des objets dans un champ.

- Qu'est-ce que tu jettes là, Minîshiva ?
- Euh, des pierres.

Je regardai à ses pieds et vis un demi-cercle de pierres, le demi-cercle manquant ayant certainement rejoint le champ en ordre dispersé et par la voie des airs.

- Qu'est-ce donc là, Minîshiva ? Ne serait-ce point un foyer que tu détruis ainsi ?
- En effet, père.

Examinant les restes, je constatai l'évidente présence d'un morceau de carton neuf, et de 4 ou 5 allumettes à moitié consumées, de 2 grammes de cendre, ceci toutefois ne faisant pas une boîte d'allumettes entière, bien loin de là.

- Et où donc est la boîte d'allumettes, Minîshiva ?
- Là père, je l'ai entièrement brûlée, s'obstina-t-il, me montrant les deux grammes de cendre comme prétendu cadavre d'une pleine boîte d'allumettes de ménage.
- Cette fois, Minîshiva, tu me prends vraiment pour un abribus ! lui fis-je, féroce, avant de le déculotter derechef et de lui administrer une fessée de force 8 sur l'échelle qui fait mal à la main paternelle.

Il persista, cul rouge, dans ses dénégations, et se vit informer qu'il serait embastillé au chalet pour toute la journée du lendemain.

Au moment du petit déjeûner ce matin, j'informai le bougre que l'après-midi pourrait se transformer en emprisonnement avec sursis si toutefois la mémoire lui revenait dans la matinée et s'il pouvait soudain retrouver les allumettes et la boîte manquante. Il affirme désormais que les allumettes sont cachées, mais brûlées, et qu'il devrait pouvoir les retrouver, mais que la boîte elle, est brûlée et dispersée.

Quant à mademoiselle Patâpatî, nous constatons avec surprise qu'elle fait une demi-tête de plus que les copines qui faisaient une demi-tête de plus qu'elle l'année dernière, et que celles qui semblaient plus "grandes" qu'elles ressemblent désormais à côté d'elle à des petites filles à côté d'une adote véritable. Les gens nous demandent étonnée si nous l'avons piquouzée à la vitamine Z.

De l'adote elle a tout, seins et poils compris, y compris le fait de trouver tout naze à commencer par ses parents, et de rouler le blanc des yeux au ciel dans une moue très réussie que je n'avais vu aussi bien exécutée jusque là que par sa grande soeur... à quinze ans. Et évidemment, elle passe le moins de temps possible avec nous à donner tous les signes d'un ferme emmmerdement, et tout le reste du temps nous ne la voyons pas, elle est avec ses copines à faire des trucs de filles... Et manifeste vis-à-vis de l'univers entier le souverain mépris de son adolescente majesté.

On ne s'ennuie jamais, avec des enfants.