Sixième sens
Par Petaramesh le dimanche 25 mai 2008, 13:54 - Râleries dualistes - Lien permanent
Je ne sais pas si vous avez déjà eu le plaisir de travailler avec des américons, au sein d'un groupe américon ?
Au début, ça surprend, et puis après, on ne s'y fait pas.
L'une des premières choses que l'on constate au bout de quelques e-mails et une paire de vidéoconférences est que ces animaux-là sont dotés d'un sixième sens : le sens de la hiérarchie.
De ce sens de la hiérarchie découle immédiatement un sens subordonné : le sens de la soumission.
Ces sens supplémentaires sont toutefois compensés par l'absence absolue d'un autre sens : le sens de l'humour, que l'on ne trouve même pas à l'état de traces. Sinon ça se saurait, mais le sens de l'humour n'a pu être trouvé que chez certains américons ayant effectué un long séjour en Europe. Et encore...
On voit que d'entrée de jeu on s'amuse bien, surtout par exemple si on est un français (doté du sens de l'humour, du sens de la relativité des choses, du sens de l'insubordination, du sens de la contestation, du sens de l'autonomie et du sens de la très mauvaise volonté quand on le fait chier), et que ce français est censé faire bosser sur du GNU/Linux des américons élevés aux farines de Windows.[1] À ce stade, le choc culturel devient immense.
En observant l'américon en situation réelle, on le découvre doté de plusieurs autres caractéristiques inédites :
- L'instinct de l'ouverture de parapluie.
- L'idiosyncrasie de si on n'a pas répondu à mon mail sous deux heures je renvoie le même avec toute la hiérarchie en copie jusqu'à G.W. Bush.
- Le réflexe de
je ne suis pas incompétent c'est les [salauds de] français qui ne m'aident pas assez
. - Le syndôme "Ayeaye Sir !" ou "syndôme des marines".
Car en effet l'américon moyen conçoit les relations dans l'entreprise sous une forme toute militaire faite d'obéissance servile aux ordres même (et surtout) les plus stupides,[2] de tirage de 40 centimètres de belle langue bien rose pour faire briller les semelles du senior management et d'ouverture de larges parapluies pour faire tomber les gouttes sur la tête d'autrui quand l'obéissance la plus servile aux ordres les plus stupides du senior management n'a pas abouti à un résultat susceptible d'improver ze shareholder value.
Il existe néanmoins une forme de joviale cordialité propre au cadre américon, cette joviale cordialité s'avérant à l'examen entièrement conventionnelle et factice, composée d'un ensemble de comportements qui seraient fortement conseillés s'ils n'étaient carrément obligatoires, comme le fait de faire des plaisanteries vaseuses absolument pas drôles mais toujours parfaitement politiquement correctes, de s'extasier aux mêmes venant du management (rire, sourire et bien-être obligatoires), de se tutoyer et de traiter avec l'affectueuse cordialité que l'on réserverait à son frère préféré dans le strict respect du sens de la hiérarchie ci-dessus mentionné, le moindre accroc à ce protocole étant bien évidemment sanctionné par un rappel infiniment brutal de qui est le senior manager et qui est le pauvre con.
Un bonheur vous dis-je !
On constate ensuite que ces caractéristiques sont dans leur ensemble fortement contagieuses au sein de toute filiale française de groupe américon, cet état de fait se manifestant sous forme du complexe de Dieu-le-Père : il est en effet extrêmement fréquent que le cadre français ordinaire, c'est-à-dire raisonnablement doté du sens du dépassement des délais, du sens du bordélisme, du sens de l'approximation, du sens de l'heure de la fin de la journée de boulot et de quelques restes de sens de l'humour se retrouve instantanéent transformé en version cravatée de Bernadette Soubirous dès qu'il a au téléphone un senior manager outre-atlantiste. On le voit alors aussitôt rectifier la position (même si ça ne se voit pas à travers les petits trous du téléphone, ça s'entend sans l'ombre d'un doute) et se montrer d'une soumission à faire pâlir d'envie un américon estampillé d'origine. Le plus étrange, c'est qu'il semblerait que l'animal (cadrus franchouillardus) y prenne un certain plaisir et que la pureté déférente de sa soumission internationale lui donne en contrepartie le sens aigü de son importance locale, tant le fait de transmettre la parole de Dieu en exigeant son absolu respect confère une autorité sacrée à la courroie de transmission, ce qui n'est pas le moindre des paradoxes, paradoxe toutefois observé depuis l'antiquité pour le plus grand bénéfice des prêtres de tous poils.
Ainsi, le cadre local de la société internationale peut-il en quelque sorte être assimilé à une forme d'aumonier militaire, sans le casque, mais avec la cravate, sans le goupillon, mais avec le téléphone.
Etonnant, non ?
Post Scriptum : J'ai toujours été fasciné par cette remarquable capacité de l'esprit humain à considérer comme intrinsèquement et véritablement supérieur le premier trou du cul venu (et qui en porte les stigmates non équivoques) dès lors que le groupe concerné définit ce trou du cul comme supérieur. De même, on constate généralement la même aptitude surnaturelle à considérer comme légitime et respectable toute autorité ou corps constitué reconnus comme tels par le groupe.
Ces admirables caractéristiques de l'esprit sont les plus prisées dans le monde merveilleux de l'entreprise et sont les principales - en fait, les seules - dont les tests psychologiques sophistiqués des cabinets de recrutement visent à déterminer la présence et le degré.
Sur ces plans, nos grands-frères d'outre-Atlantique sont incontestablement les champions du monde, ce qui explique la fascination qu'ils nous inspirent et l'admiration jalouse que nous leur portons.
Notes
[1] Se souvenir du proverbe : Un serveur Windows peut être administré par un abruti. C'est d'ailleurs généralement le cas.
[2] L'idée du Chef est géniale (par construction), je suis d'accord avec le Chef (par religion), l'idée idiote de mon subordonné est une idée idiote de mon subordonné (Dieu merci, il ne la gardera pas longtemps dès qu'il aura dûment pris conscience de son idiotie naturelle), l'idée géniale de mon subordonné est mon idée géniale.










Commentaires
Je rebondis sur ton addendumpostscriptural (le reste je ne sais pas, jamais bossé avec des américons et quelque chose me dit que c'est pas près d'arriver !) : les frenchies ont tout de même une "fâcheuse" tendance à remettre en cause le bien-fondé du salaire, de la place voire de la supériorité dudit supérieur... Non ? Ou alors j'ai épousé et je côtoie des exceptions ?
J'irais même plus loin, parfois ils savent aussi reconnaître quand la place (etc.) est méritée (sur certains points). Si, si, tu ne rêves pas, ça ressemble fort à de l'esprit critique. M'en vais faire un signalement, moi ! Zont sûrement pas voté comme il fallait.
En parlant de ça je dois aller voter à l'école du coin parce que l'umpiste qu'a pas été élu maire mais tout de même conseiller municipal a lâchement abandonné son siège de conseiller général (ben oui, l'en avait trop au final !). Il pleut, il fait humidement frisquet, pas un temps à mettre une marmotte dehors... Grrmmblbmmbl... Bande de cumulards à la con.
Comme j'ai pas envie que sa remplaçante lui succède (je l'ai croisé au débat pour les municipales : une femme un brin vulgaire bien qu'habillée comme les pires ex connaissances catho de mes parents. Une vraie décomplexée. Brrrr...) je vais me bouger le cul et traîner ma flemme de dimanche pluvieux jusque là_bas... Mais comme je vais pas voter utile (pas fou non ?) ça va pas servir à grand chose pour qu'elle passe pas :o)
Je reconnais bien là un milieu que j'ai fréquenté il y a quelques année, à cela près que c'était une version danoise de l'américon.
Version ô combien désagréable car extrêmement disciplinée, rigide et "rectiligne" (pas trouvé d'autre mot) dans tous ces aspects, sauf si vous avez le malheur de lui lâcher quelques litres de bière entre la mains, auquel cas cette espèce danoise se montre totalement sans contrôle...
Et encore, le genre d'américons que tu décris là ne sont pas de ceux qui imposent leur foutue religion de "born again" au bureau :-}
J'imagine bien le collaborateur français devant se plier à la prière chaque matin, main dans la main avec ses chefs dans cette fameuse jovialité fervente... Et PAN dans sa laïcité :-}
Je crois que c'est aussi très "humain" comme attitude, la déférence. Le grand-père met des majuscules partout quand il parle des préfets, des directeurs de services, des responsables de machin, des présidents de truc. C'est comme une particule mentale.
Bien sûr, dans le même élan, il affichera le plus parfait mépris pour la grande masse de ceux qui n'ont pas de titre à majuscule, même s'ils sont dotés de qualités humaines, morales ou intellectuelles des plus estimables...
Et vlan dans les generalisations... T'est-il venu a l'esprit que ces differences d'attitude n'etaient absolument pas generalisables (le grand-pere de Monolecte, les habitants de Berkeley ou de toute la Californie du Nord) ? En plus elles sont basees sur des differences culturelles, tous les francais qui rencontrent des americains reagissent de la meme facon (moi y compris, au debut), et bien, c'est tout, on a pas la meme facon de s'adresser aux gens, de construire nos relations amicales ou professionelles, voila. Tu ne montres pas beaucoup d'ouverture d'esprit. Si c'etait avec une autre culture, tu serais beaucoup plus tolerant je pense, mais la, bouh, c'est les americons serviles !
Va falloir que je vérifie la nationalité de mes chefs et de certains collègues.....
Je croyais qu'ils étaient 100% français, mais depuis qu'on a été racheté par des allemands, ils doivent être devenus américons d'ho
nnrreur.Tout à fait ça,j'ai cotoyé une boite petrolière US en birmanie....
Même les gangs bickers sont hiériachisés dans le genre,moins la cravatte mais bon....
Heureusement, les amerlocains avec qui je bosse ne sont pas comme ca. J'ai meme rarement autant rigole dans un labo...
Bon, cela dit, ton billet nous laisse sur notre faim. On veut de l'anecdote, du Linux vs Fenetres, du parapluie perce, etc.
En plus, si tu regardes a l'echelle de la planete, tu verras surement les japonais ou les chinois plus formalistes encore et respectueux de l'autorite que les americains, alors que les italiens ou espagnols le sont peut-etre moins (je ne sais pas, c'est du 100% stereotypes), donc voila, ca te fait un gradient a l'echelle mondiale, les francais seraient plus ou moins au milieu, en quoi ca nous rend meilleur ou moins bien ? Et pour rebondir sur ce que dit blop, les rapports prof-etudiants sont 100 fois plus rigides et formelles en france qu'aux US, ce qui ne cadre pas trop avec ta description.
Tu as sûrement affaire, en effet, à une sous-variété dégénérée, peut-être le libéralus cadratus universalis?. Ma nièce (moins de 20 ans), qui a fait un séjour aux USA, plus précisément dans le Maine (ça existe?), m'a dit que ceux qu'elle a rencontrés ne ressemblaient pas du tout à l'archétype. Et qu'ils étaient vachement ouverts, sympa, et tout.
Quand Notre Saigneur a été élu, ses copains ont rigolé très franchement, et lui ont dit: "Maintenant tu vas savoir quel effet ça fait d'être assimilé de façon permanente à celui dont on ne veut pas prononcer le nom et pour qui on a pas voté!"
Sens de l'humour, absence de respect pour la hiérarchie, tu vois bien qu'il ne s'agit pas de la même espèce.
Marrant, moi lors de mon cours séjour aux USA j'ai rencontré quelques types assez contrastés...
Et je ne parle que de l'entreprise...
Beau billet, j'ai bien souri.
Mais, je rejoins jardin, t'as affaire à une sous-variété. D'ailleurs, y'en a d'autres là bas, des variétés qui manquent pas de sel. Une qui déteint sur les autres par exemple, c'est celle des fous de dieu, non seulement ils sont nombreux, mais en plus, ils sont virulents. J'ai entendu Susan george en parler une fois, elle mâchait pas ses mots.
ben tiens, L'amie Susan, elle vient de là bas, elle aussi. encore une variété différente, non? Une qui ne manque pas d'esprit critique en tout cas.
Ceci dit, Matthieu, si je peux me permettre, notre cher gourou ne généralise pas tant que ça. Il ne parle pas des américains, non, mais des américons, ça doit pas être exactement la même chose. Ne vois pas des généralisations là où il n'y a que des descriptions cliniques, tout de mêlme ! ... ;-) ...
...pis d'abord, je ne vois pas en quel honneur je devrais m'interdire de me montrer caricatural, excessif, et d'une complète mauvaise foi en cas de besoin ;-)
M'enfin, les corporate américons, je les ai bien pratiqués durant une dizaine d'années, ceux de la côte ouest, ceux de la côte est, et ceux du trou du cul du monde perdu entre les deux, et je peux vous garantir que cette caricature-là se rapproche assez bien d'une réalité statistiquement significative ;-)
Je t'approuve complètement,Swâmi, ça fait tellement de bien de se déchaîner un peu, sans considération pour les bonnes manières. Ca fait également du bien à ceux qui te lisent, même si j'ai eu l'air de bouder un peu mon plaisir.. Et je retiens le terme d'américons, pour le proposer à l'académie française dès que j'en ferai partie.
La haine de l'autre se nourrit de généralités à la con.
Mais non, Louison, s'agit pas de haine, juste de rigolade. On sait parfaitememt faire la difference entre un americon et un americain. On sait aussi qu'il existe des des francisque-cons, des anglicons, et on veut bien plagier Brassens en disant "La nationalite ne fait rien a l'affaire".
C'est drôle, parce que mon experience apres huit ans d'americonnerie c'est que ce genre de dérive est plus liée à la taille de l'organisation qu'à la nationalité. Les codeurs de base chez Dell sont bien comme tu les décris, mais pas ceux de nombreuses petites boites dans lesquelles j'ai bossé, alors que dans le genre sens de la hiérarchie et de la soumission, France Telecom, ils sont pas américons mais....
si tu crois que les ricains sont les rois du monde pour le sens de la hierarchie et de la soumission, je te conseille une petite collaboration avec des chinois...