Boîtakons, quand tu nous tiens !
Par Petaramesh le vendredi 25 avril 2008, 00:04 - Politique infiniment dualiste - Lien permanent
Après avoir regardé une émission un peu niaise bien que présentant un certain intérêt historique à propos de Mai 68 sur la seule chaîne regardable de la boîtakons, j'ai éteint celle-ci juste avant le début d'un débat "sur 68", pour ne pas avoir à me farcir le duo de comiques July et Glucksmann fils : même l'endurance d'un Guru a ses limites, il faudra que je pense à me réincarner en fakir si je veux tenter ce genre d'exploit...
Je ne l'ai pas éteinte assez vite toutefois pour échapper, au milieu d'une série de questions façon micro-trottoir à de plus ou moins illustres inconnus, à la soudaine apparition de la trombine du célèbre philosophe Lionel Agacinski, plus connu sous le nom d'ermite du phare des baleines, et dont la célèbre maxime mon programme n'est pas de gauche
est restée gravée dans toutes les mémoires après avoir été récompensée comme il se doit.
Que disait donc alors l'Homo Premierministrus Socialistus Decolorens ?
Eh bien, ce Grand Révolutionnaire Déchu, qui fut quand même trotskyste dans son enfance politique, nous raconte comme ça benoîtement qu'il faut toujours savoir garder une capacité de révolte
[1] mais que dans nos sociétés il devait s'agir naturellement d'une révolte tamisée
, c'est-à-dire évidemment respectueuse de la démocratie
et des institutions.
Je suis encore bouche bée devant tant de lucidité jointe à une fibre révolutionnaire aussi formidablement trempée quoique... tamisée, bien sûr.
Eh les gens et les filles, si on allait se faire une petite révolution bien tamisée, bien proprette et bien polie en ne jetant surtout aucun mégot par terre, en ne salissant pas les murs, en respectant la propriété d'autrui et en prenant bien soin de ne pas déranger ceux qui bossent...
Ça vous branche ?
Ah mince... J'avais oublié : je peux pas, il faut avoir sa carte du parti S. !
...Ben flûte alors, va falloir que je me trouve une autre révolution...
Notes
[1] Je ne peux pas vous le faire avec le son hélas, mais on sentait dans son ton toute la noble et vertueuse indignation de l'homme de gôôôôche face à la cruelle injustice du monde, un grand moment d'émotion !








Commentaires
Plutot que de regarder la boite a bétises, je t'invite à (re?)lire l'exxxellllent Ecologica d'André Gorz (qui s'est barré avant la fin mais quand même avant il a eu le temp de laisser quelques tres plaisantes analyses).
Vénérable Vénéré,
Je crois que Jospin a dit exactement : " Mon programme n'est pas socialiste ". Simple précision, qui ne change rien au fond…
On tamise, on garde le son, on jette le grain...
Mais il arrive que le grain jeté...germe. Quant au son, c'est, paraît-il, un excellent
laxatiffacilitateur du transit intestinal. Ca explique peut-être la rapidité avec laquelle L.J. a été évacué?Avec les yeux qu'il avait à l'époque, ce sont les ergots de seigle ,qu'il devait garder...
Une révolte respectueuse, c'est vrai que c'est pas mal ! Il s'est claqué une méninge pour celle là, dis-donc. Ou alors, il visualise la révolte comme on le fait en corée ou au japon : un brassard un peu caché et hop, tout le monde au boulot quand même... (Et je me fais à l'instant la reflexion que le vocabulaire d'entreprise ou d'usine pour parler de la gouvernance de la france vient de plus en plus naturellement... )
"une petite révolution bien tamisée" : comment des gens peuvent se révolter quand ils sont complétement désinformés, quand ils ont une peur panique de perdre leur boulot, quand ils sont déjà fliqués pour tout (alcool, tabac, voiture, etc.) ? Je doute...
"Révolte tamisée", j'aime beaucoup. Nulle image de tamis, mais celle d'une ambiance.... propice.
"Respectueuse de la démocratie". Mais n'est-ce pas ce que devrait être toute révolte, respectueuse d'une vraie démocratie ?
@Christine : Mais non voyons ! Une révolte, c'est le peuple qui gueule (et plus si affinités) et le peuple qui se fâche, est-ce que c'est admissible dans une démocratie, franchement ? Est-ce qu'on lui demande son avis, au peuple, dans une démocratie, une fois qu'il a voté ?
Ah oui, on peut lui demander, y'a des instituts de sondages pour ça, et qui font ça très bien.
Mais le peuple qui oserait se fâcher contre ses "représentants" et prétendre qu'ils ne le satisfont pas, et dire des trucs malpolis de surcroît, c'est absolument anti-démocratique ! C'est absolument à proscrire !
Alors il faut tamiser tout ça !
C'est vrai quoi, le peuple est éventuellement autorisé à désigner quelques représentants d'opposition pour aller "se révolter de manière tamisée" à l'Assemblée Nationale, voire un ou deux syndicalistes pour aller négocier avec le MEDEF (sans oublier de bien se tamiser), mais de là à descendre dans la rue, c'est im-pen-sa-ble, baronne !
Ou alors seulement le premier mai, à condition que ce soit festif, joyeux, bon enfant et surtout, oui, surtout con-sen-suel.
Pour ceux à qui le premier mai ne suffirait pas, il y a aussi la fête de l'Huma.
C'est là bien ce qu'il fallait comprendre du message du Grand Homme.
C'est le moment de rappeler que si une dictature c'est "ferme ta gueule", une démocratie c'est "cause toujours".
Sans compter que quand "cause toujours" ne suffit plus, on l'a expérimenté, ils passent facilement à "ferme ta gueule".