De l'incommunicabilité de la Chose Politique
Par Petaramesh le jeudi 17 avril 2008, 19:29 - Politique infiniment dualiste - Lien permanent
Parfois, je me sens bête.
Souvent, même.
Comme ce matin, tiens : perdu au milieu d'une meute d'Homo tertiaris surdiplomens, ça discutait de quelques nouvelles plus ou moins politiques, et après avoir évoqué les mérites comparés de la garde d'enfants à domicile (pour les ceusses qui ont les moyens)[1] comparée à la crèche municipale (pour les ceusses qui n'ont ni les moyens ni place en crèche pour leur nain, vu que les places en crèche sont aussi rares qu'un billet de 100 Euros sous les pas d'un chômeur, et qu'on tuerait presque pour en avoir une), ça a dérivé sur la privatisation des cantines scolaires.
Je me suis alors aperçu à mon grand ébaubissement que parmi mon entourage d'Homo tertiaris surdiplomens de gôôôôôche, aucun ne percevait l'ombre d'un problème dans la privatisation du service des cantines scolaires.
J'ai tout d'abord tenté, fort maladroitement, d'expliquer que le but d'un service public étant de fournir un service au public, tandis que celui d'une société privée étant uniquement de dégager un maximum de profit, on ne pouvait sans doute pas attendre la même attitude vis-à-vis du public (des gamins en l'occurrence) de la part d'agents de l'état (c'est nous !) ou de la commune fournissant un service, et de la part des employés plus ou moins précaires et interchangeables d'une société privée, dûment pressurés à fond dans le but de dégager le maximum de profit pour le minimum de dépense. J'osai aussi prétendre qu'un service public était mieux à même de se répartir en fonction des besoins des gens qu'en fonction de la rentabilité qu'on pouvait en attendre.
Là, j'ai constaté en face de moi une incompréhension aussi générale que muette, au point de m'être demandé si je m'étais exprimé en bas-moldave ou en code bash, un seul tertiaris surdiplomens osant toutefois émettre un sonore Euh... Comprends pas !
en roulant des yeux ronds ; il est vrai que plusieurs années de vie étasunienne n'ont pas du l'aider à comprendre ; déjà à propos des crèches il ne comprendait pas non plus, mais si un jour il se reproduit ne perdons pas espoir qu'il comprende soudain mieux.
Je pris alors douloureusement conscience que la simple tentative de soutenir qu'un service public qui ne fût pas privé pouvait être un truc bien faisait planer sur mon innocente tête le soupçon d'être éventuellement un communiste ou quelque chose d'aussi terrible.
Déstabilisé, je tentai toutefois sur le métier de remettre mon ouvrage, mais je réalisai bien vite dans un éclair de tardive lucidité, que mes interlocuteurs (de gôôôôche) avaient la Foi, la Foi véritable, et que leur credo viscéral suivant se résumait à la simple alternative :
- Service public = fonctionnaires = branleurs = obsolète, cher, inefficace, gaspillage, coûteux, cacaboudin.
- Entreprise privée = moderne = performant = efficacité, organisation, rapidité, économie, profit !
Je commençai alors à m'atteler à la tâche ardue de leur faire part d'une simple réflexion extrêmement basique pour être à la portée d'un cerveau surdiplomens :
- Un service public délivre quelque chose à l'ensemble de la population considérée comme en ayant majoritairement besoin, est financé par l'argent de la population, et n'a aucune raison de produire un profit, son unique objet étant de rendre un service.
- Un service privé délivre quelque chose à des clients en produisant un profit qui est sa seule raison d'être, ce profit étant une somme prise dans la poche de ceux qui le financent (la population) et qui ne profite ni à ceux qui bénéficient du service, ni à ceux qui le fournissent, mais à un tiers, l'actionnaire.
- En l'occurrence, privatiser un service public revient donc à détourner une partie de la somme servant à financer ce service pour le profit d'un tiers qui ne participe ni de la fourniture ni de la consommation du service, et qui n'occupe donc dans le circuit qu'une place de parasite de celui-ci.
Ergo, la privatisation de services publics ne peut profiter qu'aux parasites et en aucun cas aux bénéficiaires, qui n'auront probablement pas mieux, mais certainement pour plus cher (et moins bien réparti).
En fait, je ne fis que tenter de commencer de bafouiller le début de cette lumineuse explication, tandis que cheminait dans mon esprit la pleine prise de conscience de leur Foi en l'Entreprise (credo ! credo !) et de la vanité de ma tentative de conversion expresse.
Mes efforts étaient vains. Mon langage obscur.
Je renonçai donc et plongeai le nez dans ma tasse à café pendant que se discutaient sans moi les mérites comparés de Barak Obama et d'Hillary Clinton, tous deux de gôôôôche comme chacun sait.
Notes
[1] Et en rapport avec le récent dégonflage des allocs familiales et le transfert d'une partie des sommes vers les heureux élus qui peuvent s'offrir une assistante maternelle, ce qui n'est en aucun cas envisageable quand tu es caissière à temps partiel chez Aurrouf...










Commentaires
C'est dur, quand on est sûr de la justesse de sa position, de voir que tout le monde ne comprend pas du premier coup. Mais en persévérant patiemment, on obtient parfois des résultats. Pour cela, on peut commencer par sortir de sa forteresse et essayer de trouver un langage commun. Service rendu, intérêt de la collectivité, efficacité économique et sociale, rareté des ressources, et même compétition et mise en concurrence. Même profit, qui est pour toi un mot obscène, pourrait être mis "à profit" dans ton explication. Maintenant une mission de service public peut très bien être confiée à une entreprise privée (pas forcément "capitaliste"), si elle est compétente, et doit l'être (à mon avis) si elle est plus compétente qu'un organisme d'Etat. Tu remarqueras que tous les régimes existants de socialisme autoritaire (sauf la Corée du Nord) arrivent à cette conclusion (à leur manière). Il peut arriver (ce n'est pas inconcevable) que l'entreprise privée investie d'une mission de service public respecte davantage les clients que l'organisme d'Etat les usagers. Pour les travailleurs c'est sans doute un peu différent (en France du moins - et il y a des raisons historiques à ça).
Enfin c'est ce que je pense.
Heu, là, t'aurais un exemple ?
Et on n'oubliera pas l'habile stratégie consistant à :
- priver le service public de moyens
- constater qu'il fonctionne (donc) moins bien voire mal
- en conclure qu'il faut privatiser
- épurer les pertes et dettes éventuelles avec l'argent collectif
- privatiser
Melchior, je te décerne à l'unanimité de notre Sainte-Église le prix Cyber-crampon 2008 avec les félicications enthousiastes du jury ! Bravo !
Ceci étant fait, fait étant ceci, je recours aux mesures extrêmes que je répugne tant à employer, mais que j'emploie cependant à de rares occasions avec délices.
C'est gentil d'être venu.
en 1914, une horde de gens, et même des socialistes de l'époque (l'époque ou socialiste signifiait à gauche), sont allés se battre la fleur au fusil pour le seul profit des marchand de canons.
L'échec des pacifistes tient en quelques mots: des années de propagande commencée dès le plus jeune âge.
Un exemple, du fin fond de la corrèze. Une dictée de cours élémentaire.
http://ticeblog.ycombe.net/dotclear...
En 1984, la droite (y compris le PS alors au pouvoir) commença une entreprise de propagande libérale à très grande échelle. «Vive la crise!» est le début visible de cette opération.
Entre les deux les états-unis ont inventé la manipulation de masse pour faire accepter l'entrée dans la première guerre mondiale. C'est la commission Creel, qualifiée par Normand Baillargeon de «grande expérience fondatrice de la propagande».
Tu viens de te heurter au résultat de 24 ans de propagande libérale.
Propaganda est un livre d'Edward Bernays, un ouvrage fondateur de ce type de propagande. C'est un livre qu'on peut lire en ligne, pour comprendre les ressorts de la manipulation du public; on peut aussi se contenter de la préface de Normand Baillargeon si on manque de temps.
Ici une video (lien direct) avec Normand Baillargeon parlant de Edward Bernays.
On peut écouter l'entretien de Daniel Mermet pour «là-bas» avec Normand Baillargeon sur ce meme sujet.
On peux relire le «petit cours d'autodéfense intellectuelle» de Normand Baillargeon et l'almanach critique des medias pour prendre un peu de recul.
Flûte, j'ai oublié de conseiller LQR comme livre sur la propagande en action dans la liste de liens.
C'est un phenomene malheureusement recurrent, j'ai remarque ca, chez l'homo tertiaris surdiplomens, que de confondre raisonnement logique et emotion. Faut croire que l'aspect en bulle fermee du tertiaris et du surdiplomens ne l'expose plus tres souvent a autre chose que de la propagande (metro-boulot-dodo, en bref et sans detours).
Meme les plus grands s'y perdent, ils pensent etre de goche parce qu'ils votent PS. "mieux que le parti unique, le liberalisme a invente l'alternance unique", comme dirait l'autre (dont j'ai malencontreusement oublie le nom)
Hum... je suis d'avis partagé.
Voilà bonne nuit ! :oD
Bon, en fait, tant que c'est une DSP ou un marché public, je crois qu'il existe vraiment des cas où il peut (je dis bien peut, il n'y a absolument rien d'automatique ni d'absolu) être préférable d'avoir des gens qui s'y connaissent pour rendre un bon service. (Je raisonne pas forcément pour les cantines scolaires, je prends d'autres services publics en compte.)
Pas pour décider de qui en bénéficiera, vu que là on retombe dans l'opportunité d'un service en fonction d'un bénéfice financier, qui ne devrait pas rentrer en compte en matière de service public.
Tout est une question de compétences locales... De priorité aussi. On revient un peu partout à des régies locales, à des intercommunalités, pour reprendre en interne des compétences qu'on a compris comment appliquer. Dans un premier temps, l'externalisation peut être une solution. Au cas par cas.
Enfin il me semble, mais je ne suis pas très sure de ce que je pense, parfois. Et aujourd'hui notamment, à part en matière d'OGM mais je ne reviendrai pas dessus, ça m'énerve et on m'a toujours déconseillé les énervants après 16h, pour bien dormir. Ou alors il faut aller dormir immédiatement après, donc j'y vais.
Bisous !
PS : vous saviez que le service public de cantine scolaire a toujours été un service public complètement facultatif ?
Ok propagande mais pourquoi y en a-t-il qui résistent encore au bout de 24 ans (au moins)?
Pourquoi est-elle aussi efficace sur la majorité?
Pourquoi tous ces discours sur le profit et la rentabilité au prix de sacrifices énormes sont-ils gobés par la majorité alors que c'est elle qui va les faire ces sacrifices, pas les décideurs?
Souvent je me sens comme le Guru d'ici, ils sont complètement sourds à nos arguments. Ici il est fortement question de privatiser la santé (Québec et Canada) sous prétexte qu'on manque de médecins et qu'il faut que le système soit plus efficace et rentable (oui, la santé est un secteur, comme l'éducation qui DOIT être rentable!). Où est la logique??? Un système privé crééra des médecins?
L'état providance est devenu un démon à abatre, la cause de tous nos maux. Que serions nous s'il n'existait pas, voir les joyeuses stats des USA sur la santé, la criminalité et la pauvreté...
Autre chose, et qui me fait très peur pour l'avenir : ce qui se passe en France actuellement ressemble à ce qui c'est passé ici il y a environ 20 ans et c'est pas triste (droit de grève réduit à sa plus simple expression, baisses généralisée des salaires, mises à la retraite anticipée de tous les fonctionnaires (éducation santé)). Les gens sont résignés, rien ne décole, même Kioto a été abandonné et personne ne réagit ! Il n'y a même plus un semblant de gôôôche et élections après élections se sont les conservateurs qui sont élus. Chacun ne cherche qu'à survivre et comme dirait Christine et à rembourser ses dettes.
En théorie le service public, c'est ce que la politique définit comme d'intérêt général devant être accessible à tous dans les mêmes conditions.
Il n'y aurait pas de téléphone ni de télévision dans les endroits les plus inaccessibles de France s'il n'y avait pas eu un jour une décision que ce devait être un service public.
La cantine scolaire doit-elle être un service public? Bonne question. Souvenons nous du "Mieux disant culturel!" dans les discours sur la privatisation de la télé pour bien assimiler que le privé ne rivalisera jamais que sur la question du profit. Le reste n'est que promesse qui n'engagent que ceux qui y croient.
L'intérêt des enfants le recommande: seul un service public peut focaliser ses objectifs sur la qualité des repas, un service privé délégataire n'y a aucun intérêt et ne le fera jamais. Ce n'est pas pour autant que toutes les cantines publiques le fond (de sauce). Il y a le service public géré comme le privé, pour des coûts minimaux, au nom de la sacro sainte limitation des impôts.
"Toutes choses égales par ailleurs" ton raisonnement est imparable : l'argent prélevé par le parasite est nécessairement détourné des clients et/ou des employés.
Mais les choses ne sont pas du tout "égales par ailleurs" entre d'un côté des entités éternelles, en situation monopolistique, et offrant des emplois à vie, et de l'autre des entités "mortelles", concurrentielles, et ayant la possibilité de réduire leurs effectifs.
L'homme étant ce qu'il est, il y a comme qui dirait intrinsèquement un écart de productivité, d'innovation et de motivation des acteurs entre les deux modèles.
La première question est alors de savoir si cet écart est supérieur à la part prélevée par le parasite : si oui, le service rendu au client/usager est au final meilleur et moins cher. Il me semble que la comparaison entre les économies capitalistes et les économies dirigées a largement répondu à cette question.
La deuxième question est de savoir si ce modèle qui pousse à l'innovation et à la productivité, et qui motive en partie par la menace et en partie en entrant dans une spirale productiviste, produit au final une société plus agréable à vivre. Cette question est plus ouverte.
Yves :
Bon, ben on n'est pas dans la merde... On n'a plus qu'à contre-propagander les nôtres, mais ça va mettre du temps pour faire une majorité - sauf bien sûr un bon cataclysme capable de donner le coup de pouce salutaire en commençant comme c'est fort probable par nous enfoncer bien plus profond et durablement dans la merde.
@Ga(i)elle :
Ga(i)elle ! Abjure ton hérésie !
Ensuite nous brûlerons ton corps impur pour le salut de ton âme !
>
Ouf ! Tu viens de l'échapper belle ! 20 ans de camp de rééducation politique par le travail devraient suffire.
@Mali :
C'est Dabbeulyou qui va être content...
>
Faudrait juste projeter Sicko de Michael Moore aux citoyens canadiens pour leur donner quelques éléments de réflexion...
@Yogi :
Et qu'en est-il si on met dans la balance les conditions de travail et la qualité de vie des employés qui fournissent le service ?
Vaut-il mieux des fonctionnaires bien traités et pas stressés (pourquoi faudrait-il nécessairement travailler sous le stress et la pression ?) bénéficiant des avantages qu vont avec, ou des employés précaires, jetables d'un secteur privé qui utilise pour ce type de poste des gens payés et traités à coups de pompe dans le cul sans aucunes garanties ni "avantages" ?
La "productivité maximale" au détriment de ceux qui produisent est-elle une fin en soi ? Moins cher, mais à quel prix, et qui doit le payer ?
Un ballon de foot fabriqué par des enfants en asie peut être largement "moins cher" et éventuellement de "meilleure qualité". Est-ce donc alors la solution à défendre au nom du dieu consommateur-roi ?
>
Je pense que cet argument est largement faussé dans la mesure où les deux n'ont jamais pu être comparés en grandeur réelle et à égalité de situations de départ.
Si l'exemple d'"économie dirigée" qui te vient à l'esprit est celui de l'ex-URSS comparée par exemple aux USA, tu noteras que le niveau d'industrialisation de la Russie, de ce qui devint l'URSS, et de ce qui devint le bloc "occidental" étaient sans comparaison avant la révolution d'octobre. Une Russie globablement très pauvre et très rurale face à un bloc ayant déjà accompli la révolution industrielle depuis un demi-siècle.
Tu ajoutes à ça le fait que l'organisation sociale et politique d'un des blocs en présence n'a pas subi de transformation majeure tandis que l'autre a du traverser une révolution, rapidement suivie d'une guerre mondiale faisant des millions de morts - avec un front sur son territoire - aussitôt suivie d'une guerre froide ininterrompue qui a duré jusqu'à sa chute. Ce bloc s'est crispé face un un nombre d'ennemis que l'on doit bien reconnaître remarquablement nombreux et puissants, ce qui n'aide jamais une société à se développer dans un sens pacifique et une économie "civile". tu ajoutes à ça un bon gros méchant dictateur, crispation dans la dictature, économie entièrement dirigée vers l'approvisonnement militaire - économie de guerre pendant 70 ans ! et une population qui a un peu tardé à voir venir les lendemains qui chantent et dont on peu donc "un peu" comprendre le manque de motivation, non ?
Je repose donc la question : les deux principes ont-ils jamais été comparés à situation égale ?
Ça me fait toujours un peu rire quand j'entends de bons "libéraux" gloser sur l'économie difficile et la "dictature" de Cuba : une crotte de mouche mouillée dans la rade d'un géant hostile subissant un embargo économique et politique de fer pendant un demi-siècle, et on s'imaginerait qu'il ait pu en ressortir une économie florissante et un état gentillet ? Le seul truc incroyable là-dedans, c'est qu'ils aient pu tenir si longtemps, pas que ce ne soit pas devenu le paradis socialiste sur terre...
@Swâmi :
"Et qu'en est-il si on met dans la balance les conditions de travail et la qualité de vie" : oui c'est bien ma question de savoir quel type de société est le plus agréable à vivre.
"au nom du dieu consommateur-roi" : tout de suite les grands mots. Personne dans la salle n'a acheté un truc moins cher plutôt que le même truc plus cher ? L'intérêt individuel suffit bien à amener cette dérive.
"comparaison des économies" : on peut étendre à tout le bloc de l'Est, à la Chine et à bien d'autres … il est clair que les situations individuelles de départ sont toujours différentes, mais la fin est toujours la même pour (feu) les économies dirigées.
Mais plus près de nous, et même en France, si tu as vécu de l'intérieur des entités monopolistiques avec emploi à vie d'un côté et des entités en concurrence et emploi variable de l'autre, il n'y a pas photo sur qui produit mieux pour moins cher. Pas de reproche là dedans, c'est purement mécanique, ne serait-ce que parce que dans le cas concurrentiel des solutions différentes sont essayées en parallèle par différents acteurs.
Alors les libéraux te diront que la part du parasite c'est bien peu cher payé pour le surcroît d'efficacité. Mais "l'efficacité" est-elle bonne, c'est une autre question.
L'homme étant ce qu'il est, il y a comme qui dirait intrinsèquement un écart de productivité, d'innovation et de motivation des acteurs entre les deux modèles.
La motivation pour le privé, c'est le profit maximum. à court terme. Même si c'est au prix de la santé des gens. Après moi le déluge. Raison pour laquelle il est essentiel qu'un service public s'occupe de ce qui est vital.
L'éducation, la santé, la justice, la police, l'évaluation des produits dangereux doivent être du domaine réservé au service public.
@Yves : Et les cantines scolaires, ça entre dans la manipulation de produits dangereux ;-) ?
@Yogi :
Bien sûr. Moi-même pour commencer. Et quand tu achètes un produit, tu ne connais pas grand-chose de son pedigree en dehors de son prix et de l'éventuel "made in...". Dans certains cas tu peux te douter, dans d'autres tu te fies à un label-Machin pour te donner bonne conscience, ou pas.
Il m'est encore arrivé il y a quelque temps d'acheter dans un supermarché un café "de marque ordinaire" après avoir examiné le mini-rayon de café "commerce équitable" et de me dire en regardant les étiquettes qu'ils "abusaient vraiment" ...alors que c'est plus probablement les autres qui abusaient dans l'autre sens...
Nous ne sommes pas des saints - moi pas en tout cas, je suis d'une affligeante banalité un caddie à la main - et l'intérêt personnel multiplié par le nombre des individus produit exactement ça : la jungle du "libéralisme" ou chacun vise son propre intérêt, autrement dit exploiter le travail des autres au meilleur prix.
D'où la nécessité d'un état pour réguler tout ça, dans l'intérêt de tous et d'une manière aussi équitable que possible, sans tenir compte d'aucun intérêt particulier, contrairement à mon-cul-qui-fait-ses-courses...
Maintenant, tant qu'il y a état, on hisse seulement le problème d'un cran, puisque cet état va défendre son propre intérêt (théoriquement celui de sa population) contre les populations des autres...
Mais si l'état est dirigé par un gouvernement dont l'alpha et l'oméga sont le libéralisme économique et la concurrence non faussée, ces termes ne sont que de piètres cache-sexes pour désigner l'abdication complète du politique devant la puissance financière, la loi du plus fort autrement dit, et ce qui reste alors de l'état ne sert plus qu'à une chose : à garantir la jouissance non troublée de la domination du fort économiquement sur le faible économiquement, justifier cette domination par la loi, la défendre au besoin par la force.
Et l'état devient alors l'ennemi direct du peuple qu'il est censé représenter et défendre, situation exacte où nous nous trouvons actuellement.
@Yogi :
C'est sûr, tu prends des esclaves, par exemple, et tu produis mieux pour moins cher. Si tu as un doute sur la motivation, tu chopes une fois par semaine celui dont la production a été la plus faible en quantité et celui dont la production a été la plus faible en qualité, et tu les donnes tous les deux à bouffer aux lions, et aussi bien la qualité que la productivité de ton usine seront imbattables pour un coût défiant toute concurrence !
Malheureusement ça a été interdit... Sûrement à cause des communistes, des syndicalistes, et de tous ces ennemis de la modernité et de la compétitivité de nos entreprises.
@Swâmi : "D'où la nécessité d'un état pour réguler tout ça" : Mais si cet état est confronté à d'autres états, et que son gouvernement à lui prône un système amenant productivité, innovation et motivation moindres, il est mal barré. Et cet état, voulant pourtant le bien de son peuple, verra fuir tous les pousseurs de caddie, car hélas on ne remplit pas un caddie avec de l'équité et des principes.
"avec des esclaves tu produis mieux pour moins cher" : Absolument. Et le fait qu'il n'y ait plus guère d'esclaves aux US est la meilleure preuve que le libéralisme peut être encadré.
Et les cantines scolaires, ça entre dans la manipulation de produits dangereux ;-) ?
De la santé. Une nourriture saine est nécessaire à une bonne santé. Dans le logique du privé et hamburger-frites tous les jours, c'est moins cher.
@Yves : Etrange ... une Trabant c'est moins cher qu'une Béhème et pourtant c'est celle-ci qui était produite à l'Ouest.
Swami, je trouve ca moche d'avoir banni melchior (si c'est bien ce que ton premier post veut dire).
Je sais bien que tu es chez toi mais il ne faisait "que" ne pas etre d'accord avec toi, et apporter quelques arguments dans ce but. Ce que fait Yogi aussi par exemple, et votre discussion est plutot interessante par ailleurs. Tout ca pour dire que ce n'est pas faire preuve de beaucoup d'ouverture d'esprit que de bannir un contradicteur pourtant pas aggressif
@Yogi :
Ce raisonnement est le début de la pente savonneuse qui conduit nécessairement à l'abandon de toute équité et de tout principe, dès lors que tout ce qui nuit en quoi que ce soit au remplissage de caddie devient l'ennemi. Si tu peux abandonner un principe d'équité pour ce motif, on ne voit pas bien ce qui t'empêchera d'abandonner le suivant...
>
N'y a-t-il pas comme une contradiction dans les termes ? Le libéralisme étant la doctrine politique qui veut que rien ne s'oppose au (ni n'encadre le) libre fonctionnement du capitalisme...
On peut éventuellement (ou en tout cas on pouvait, quand il était "local" et que la force d'un état lui était supérieure) encadrer le capitalisme en lui opposant une force contraire, permanente et déterminée : "les luttes". On ne peut pas "encadrer le libéralisme" ; on ne peut qu'y mettre un terme.
@Matthieu :
Sans doute. C'est l'une des vilenies que l'Histoire oubliera contre moi mais qui entâche affreusement mon karma et me vaudra une renaissance sous forme de supporter de foot sarkozyste.
>
Ben voilà, tu as tout dit. Je ne vais pas gloser contre un absent, et Melchior n'est certainement ni plus bête ni plus méchant qu'un autre, loin de là.
Toutefois la qualité d'un blog tient largement à l'atmosphère de ses fils de commentaires, probablement plus importants que les billets eux-mêmes, et la présence récurrente d'un éternel "poil-à-gratter" a quelque chose de déplaisant, en tout cas pour moi, et il se trouve comme tu dis que "je suis chez moi".
Les commentaires de Melchior finissaient à la longue par me fatiguer et me faire à chaque fois un effet analogue au grincement d'une craie sur un tableau noir. Je crois avoir fait preuve d'une certaine patience (je ne t'infligerai pas la lecture de mois d'historique des fils de commentaires de ce modeste ashram) en commençant par indiquer que ce lieu n'était pas celui de la provoc systématique en réaction à chaque billet, puis en laissant entendre qu'une absence ne serait pas très mal perçue, puis en me montrant au fil du temps un peu plus direct et nettement moins poli en invitant à aller voir ailleurs si j'y suis avec de moins en moins d'ambiguité...
Rappelons qu'un blog n'est pas intrinsèquement un "lieu public" mais avant tout "chez quelqu'un", et quand tu es dans le salon de quelqu'un et que ton hôte te salue bien bas et te dit au revoir de manière répétée, la courtoisie impose de se retirer au risque de finir par se voir raccompagné à la porte avec une certaine fermeté.
Là nous en étions au "je pars mais je reviens mais je repars, pas la peine, je suis déjà parti", j'ai fini par juger nécessaire de mettre moi même un terme à ce petit jeu en refermant la porte.
>
Yogi exprime son opinion ; il n'y a aucune provocation dans son attitude ni aucun systématisme dans la contradiction qu'il apporte, ni recherche de la contradiction pour le plaisir de la contradiction. Je n'ai donc aucun reproche à faire à l'attitude parfaitement civile de Yogi qui est le bienvenu à donner son avis et participer au débat s'il le souhaite. Il y a une différence fondamentale entre "contredire quand on n'est pas d'accord et qu'on a réellement quelque chose à dire" et "contredire systématiquement par principe pour faire suer le monde"...
@Yogi : "le fait qu'il n'y ait plus guère d'esclaves aux US" : près de 28 millions de personnes "éligibles" aux tickets d'alimentation, en voilà des citoyens "libres" et éclairés !
Ou d'une conduite collective des affaires qui ne permettrait à aucun intérêt particulier de primer sur l'intérêt de tous.
Comment alors ne pas être immédiatement étiqueté "communiste" ou quelquechose d'aussi terrible ? ;o)
@Christine :
Je vois mal comment dans l'état actuel de la société une telle "conduite collective" pourrait être obtenue sans être imposée par une "autorité supérieure représentant l'intérêt général", autorité que l'on appelle couramment "l'état"...
@YR :
Oui, comment ? ;-))
@Yves : Etrange ... une Trabant c'est moins cher qu'une Béhème et pourtant c'est celle-ci qui était produite à l'Ouest.
C'est assez difficile à affirmer. La trabant, comme les véhicules en europe de l'est, représentait plusieurs mois du salaire moyen. Elle était accessible, mais représentait quand même un gros effort financier pour qui voulait s'en offrir une.
Cela dit, les loyers représentaient assez peu en RDA lorsque j'y suis allé apprendre à jouer au skat. C'est vraiment difficile de vouloir comparer les prix directement quand la répartition des dépenses est très différente.
@ YR, 25:
Quand ces gens-là nous "traitent", comme disent les enfants, c'est signe qu'on est sur la bonne voie. C'est même comme ça que je me suis intéressée à Bourdieu.
Quand ils se sont tous rués sur lui pour en dire pis que pendre, je me suis dit allons voir ça de plus près. Et c'était une bonne intuition. Même une fois mort, ils ont refusé de l'embaumer, c'est dire...
A propos de l', n'oublions pas que c'est une espèce animale nuisible, dominatrice, et à fort instinct grégaire malgré son individualité exacerbée. Il est la démonstration que malgré un certain niveau d'études, on peut être complètement con.
Il est la preuve que malgré un certain niveau d'études, on est toujours aussi vulnérable au slogan martelé 1000 fois, plus qu'au discours argumenté essayant de démontrer autre chose que le prêt-à-penser dont son cerveau moulé à la louche se nourrit quotidiennement.
Et fidèle à son maître, il ne mord pas la main qui le nourrit.
Je crois que si tu commences à évangéliser, c'est un long pèlerinage semé d'embûches qui t'attend. Mais après tout, l'intérêt n'est-il pas plus dans le voyage en lui-même que dans la destination ?
En parlant de privatisation des cantines scolaires, tu pense en particulier à Sodexho ? Non, pour les cantines, il n'y a rien de mieux que l'expérimention. Et de constater que quasiment systématique, dans les cantines scolaires qui ont été privatisés, la bouffe devient (au bout d'un certain temps, quelques mois) dégueulasse. Les élèves ne mangent à leur faim. Il y a plein de gâchis, etc. Et certains élèves essayent même d'aller manger à McDo !
Quand à l'alternative "service public-entreprise privée", je ne suis plus aussi catégorique. J'ai dissocié le "privé-public" de l'efficacité/compétence/productivité/etc. C'est-à-dire que ni le "public" n'est pas synonyme d'efficacité/etc. ni le "privé" n'est synonyme d'efficacité/etc.
Et à propos de l'efficacité/etc. du "public", il me semble que quand un gouvernement veut privatisé un service public qui est efficace/etc., très souvent il me semble, il commence par le désorganiser (pour le rendre inefficace) pour ensuite dire "vous voyez bien, ce n'est pas efficace/etc., il faut privatiser".
Et l'efficacité/organisation/etc. du "privé"... il y a de quoi rapidement déchanter. Il suffit de faire un peut d'intérim, pour se rendre compte que beaucoup d'entreprises (en France en tous cas) ne maîtrisent même pas le B.A.BA ... pour ne pas dire que beaucoup sont incompétentes. Et que, en France en tous cas, les entreprises s'en sortent en mettant la pression sur ses employés. C'est un peut ça la devise : "incompétence et autorité".
Et puis c'est aussi un peut comme les associations, il y a des associations qui sont extrêmement efficace/etc. et d'autres qui sont totalement incompétentes (avec aussi d'autres qui perdent leurs temps).
En fait, j'imagine que c'est propre à n'importe quelle organisation. Ça doit dépendre des ces statuts, de sont architecture interne, etc.
Mes convictions me poussent à défendre le nécessaire service public.
Education, eau, électricité, gaz, téléphone, poste, soins hospitaliers, transports, etc.
Bref, tout ce que le programme du CNR avait mis en place.
Maintenant, je crois qu'il n'est pas iconoclaste de se poser la question de l'efficacité de ces services publics, et de la manière de conserver cette efficacité.
Il est dans la nature humaine d'en faire le moins possible (et j'en suis le 1er exemple). Donc comment faire en sorte que les acteurs du service public soient motivés pour donner le meilleur d'eux mêmes, sans tomber dans les excès stressants du privé?
(bien sûr on me répondra que le salaire est un puissant motivateur; certes; mais je ne sais pas si c'est la solution miracle, cf le travail fantastique réalisé par les bénévoles)
La "réduction des dépenses" qui tape toujours en priorité sur justement ce qui est public contribue à rendre la tâche plus difficile...
Il serait impossible aujourd'hui de lancer un de ces grands plans qui nous ont donné le téléphone pour tous, ou le Minitel (quoiqu'on pense du succès de cette techno...), ou ces travaux routiers et ferroviaires qui ont contribué au désenclavement de certaines régions...
Un exemple simple est la Poste, là où il y a quelques années un courrier était distribué le jour même (dans la même ville) ou le lendemain (s'il fallait traverser la France) et où maintenant on ne peut plus savoir... même en payant des sommes exorbitantes pour des "services" spéciaux... qui devraient être la base!
Qui pourrait nous donner une vue claire et honnête du coût des services publics? Quoique là encore, est-ce pertinent, puisqu'on ne peut quantifier le bien-être apporté par ce service public...?
Enfin toujours est-il que ce que je peux lire ici ou là me conforte dans l'idée que finalement ce n'est pas si coûteux que ce que Zozo 1er (et pas mal de ses prédécesseurs) veut nous faire croire, et qu'un peu plus d'intelligence dans la répartition et le choix des priorités ferait des miracles.
Il semble qu'au niveau local une prise de conscience de la nécessité du service public se fasse jour.
Après tout, comment expliquer que des municipalités souhaitent récupérer -par exemple- la gestion de l'eau confiée jusque là à des groupes privés? Clairement, l'intérêt de ces groupes et celui de la population n'est pas le même...
Et puis, on voit bien aussi ces batailles pour conserver un bureau de poste, un hôpital de proximité, pour ne pas fermer une classe...
C'est donc bien que *localement* l'intérêt du service public est une évidence bien comprise, ce qui n'est absolument pas le cas au niveau national
Il semble clair aussi que taxer peu ou prou les profits non liés au travail permettrait des rentrées d'argent qui financeraient pas mal de choses...
Désolé pour ce méli-mélo, au bureau je ne suis pas vraiment dans un environnement me permettant d'organiser une réflexion claire :-)
Le commentaire n°30 est arrivé pendant que je rédigeais le mien...
Même idée de base on dirait!
Cher Guru, je pense que tu as besoin d'un témoignage contradictoire, en l'occurence celui d'un humble serviteur. Si ça peut en aider certains à cerner ce qui se passe.
Officiant dans une cantine de maternelles pour le compte d'une grande ville, je peux t'assurer que la précarité de mon emploi serait d'égale mesure si (quand...serait plus approprié) les cantines étaient (ou seront) privées.
CDI temps partiel, cantines + garderies, sans contrat écrit (car amené à circuler dans diverses écoles, et à changer de mission en fonction des besoins de la Ville). Mes supérieurs sont suffisamment intelligents pour être au fait de notre précarité, et de ce fait appliquent des sanctions plutôt qu'un licenciement direct des accompagnateurs. Là est la souplesse.
Côté négatif, l'absence de moyens. Le budget périscolaire est le dernier voté, donc on fait avec les fonds de tiroirs de la Ville. 450€ à peu près de fournitures par an, pour 120 mioches. Je te laisse juge de l'immensité des fonds alloués à ces chères têtes blondes.
Quand on sait qu'un vélo sécurisé pour enfant de deux à quatre ans vaut 180€, autant dire que ça n'est pas avec nous qu'ils vont apprendre à rouler.
Deuxième point négatif, l'absence de formation concrète pour la plupart des animateurs vacataires. Par manque de moyens, et surtout par réduction de postes, l'on préfère des vacataires corvéables au besoin à du personnel expérimenté, qui lui aurait droit à un salaire décent, des congés payés, des arrêts maladie etc... (infâmie crient-ils de leurs bureaux, les décideurs d'en Haut).
Et avec ça, il faut être au fait des habitus des enfants, de leurs comportements, de leurs manières d'être et de se socialiser (car oui nous participons à la socialisation de l'enfant, étant les confidents privilégiés, et les premiers interlocuteurs des parents, avant même les enseignants ou les ATSEM).
D'où la difficulté pour la Ville de trouver des personnes opérationnels immédiatement (càd ayant un contact inné avec les personnes de moins d'un mètre). Et comme c'est la mode en plus de réduire les personnels en augmentant les risques ... Je me retrouve avec quinze enfants à moi tout seul, là où les parents ont du mal à en supporter deux.
Soyons clairs, je ne fais pas ça pour l'argent,je fais des études et ai une vie à part, mais tu as raison de souligner que l'argent sera encore moins bien redistribué si le service venait à devenir un bien de consommation quelconque.
Et même, j'irai jusqu'à dire qu'il est encore plus dangereux pour ceux qui travailleront dans le privé d'exercer ce métier. Car moi au moins, en cas de problème (ce qui arrive plus souvent qu'on ne le pense, les enfants étant de véritables bombes à retardement), j'ai tout un cortège de supérieurs pour me soutenir (pas tous, hein, quand on arrive aux gestionnaires le rapport s'inverse), ce qui ne se fera pas dans le privé. Le turnover sera bien plus grand, donc les salaires tirés vers le très-bas, la rotation étant un critère plus pregnant pour les comptables que la valeur sécurité de l'enfant.
Pour toutes ces raisons, je ne puis que te soutenir dans ta quête de conversion des masses. En espérant une amélioration de tout le bouzin, que les gens ouvrent les yeux sur leurs enfants, et qu'ils arrêtent de les voir comme des animaux faits par simple "envie" et dont on ne sait plus quoi faire une fois qu'ils sont là à brailler...
Bonne journée à tous.
Défendre le service public, c'est important. Arrêter de le dénigrer systématiquement, bien sûr. S'il n'est pas satisfaisant se demander pourquoi. La ruse qui consiste à le priver de moyens pour dauber sur lui et faire croire que privatisé il serait mieux (et moins cher! quelle blague) commence à être connue.
Il ne faut pas pour autant renoncer à être exigeant. Rappeler sans arrêt à nos décideurs (et quelquefois à certains fonctionnaires qui l'oublient) que "Service Public" veut dire "au service du public". Et que notre exigence, à long terme, leur évitera peut-être la privatisation.
@ Vince:
Oui, tu as complètement raison, les communes doivent à tout prix trouver une solution pour les animateurs qui prennent en charge les enfants à l'heure des repas. La précarité de leur statut induit une terrible instabilité au niveau des enfants, facteur d'insécurité aussi pour eux et de pagaille pour tous. C'est une honte que soient aussi mal traités ceux qui prennent soin de ce que nous avons de plus précieux, nos enfants.
@Swâmi #22 : "tout ce qui nuit en quoi que ce soit au remplissage de caddie devient l'ennemi" : pour des raisons de simple survie et d'intérêt individuel, le remplissage de caddie prime, et les émeutes de la faim le prouvent dramatiquement. Les régimes qui ignorent la primauté de cette force partent (étaient partis) dans une impasse. Les principes doivent prendre cette force comme un acquis et construire par dessus, et non prétendre s'y opposer ou passer devant. Ils ne tiendraient pas.
"N'y a-t-il pas comme une contradiction dans les termes ?" : ok en effet, plus précisément le capitalisme peut être encadré, et la tendance vers le libéralisme doit être délimitée. Le libéralisme pur n'existe pas, on a donc pas à y mettre un terme.
@Patrick #23 : d'une part je suis loin de prétendre que système US soit parfait, d'autre part il y a une différence conséquente entre "pauvre" et "esclave", et enfin on pourrait gloser sur les pénuries alimentaires récurrentes dans les économies dirigées.
@jardin #34 : "S'il n'est pas satisfaisant se demander pourquoi" : parce qu'il est en situation monopolistique, qu'il propose l'emploi à vie et qu'il est composé d'humains. Lequel de ces facteurs faut-il changer ?
Très cher Swâmi,
Vous avez raison de vous sentir parfois bête (ça commence bien). En effet, le raisonnement de l'Homo tertiaris surdiplomens de gôôôôôche est tout aussi limpide que le votre.
Le postulat de base est directement issu de la comparaison d'un enfant avec une maladie. (plus exactement, l'enfant est rationellement un "produit" de l'entité sociale "famille" dont l'évolution au fil du temps, bien que soumise au chaos, peut être décrite ; ce qui est bel et bien la même "chose" qu'une maladie)
Donque, la médecine étant principalement libérale, pourquoi ne pas libéraliser les crèches ? (avec une régulation d'état, etc... des remboursements, des taux, des mutuelles, bref, un truc suffisament labyrinthique pour faire "sérieux")
Pas la peine de développer ce raisonnement, vous aurez compris que l'Homo tertiaris surdiplomens de gôôôôôche est une espèce en voie d'extinction.
Par conséquent, tout va bien, quoi qu'il se passe... (du moins, en ce qui concerne les crèches)
++
@Yogi : " ...il y a une différence conséquente entre "pauvre" et "esclave"... "Oui. Le pauvre est un esclave qui a le droit de vote :o) Plus sérieusement, le degré d'autonomie d'une personne semble tout de même très corrélée à son "niveau de vie", non ?
@Yogi :
<
mode=j'en rajoute une couche>Notamment en ce que le suicide est un phénomène très peu rapporté chez les esclaves et extrêmement fréquent chez les pauvres ?
Peut-être parce que l'esclave n'a "pas de problèmes" alors que le pauvre n'a que des problèmes et des peurs : Problème de trouver de quoi subsister et faire subsister sa famille, crainte du lendemain, peur de perdre son emploi, de se faire expulser de son logement, dettes (le pauvre est couramment endetté parce qu'il est notoirement un très mauvais gestionnaire : ce con dépense tout ce qu'il a, et bien souvent ce qu'il n'a pas !)...
Y'en a pour qui esclave serait un statut enviable : l'esclave a au moins le gîte et le couvert...
La société moderne a en bonne part remplacé la guerre physique par la guerre économique et l'esclavage physique par l'esclavage économique. Ça fait plus propre, mais il n'est pas certain que les victimes y trouvent davantage leur compte...
@Swami > tu comprends pourquoi je suis devenu alcoolique ? :-)
Et encore, t'as pas eu l'homo tertiaris surdiplomens qui te dit que les pauvres "n'avaient qu'a faire des études"...
@Swâmi : Je suis bien certain que le taux de déclaration de suicide d'esclave est une donnée fiable et non biaisée.
Si on en arrive à dire que le sort de l'esclave est préférable à celui du pauvre le débat va être difficile. Mais je suppose que ton commentaire est du second degré ...
:
Vu le prix de journée des crèches, difficilement accessible même aux cadres supérieurs, faudra "solvabiliser la clientèle", comme ils disent. Avec quoi? avec des allocations. Suffira de bien calculer le montant de l'allocation, assez haut pour que les cadres sup ne gardent pas trop à leur charge, assez bas pour que ce qui reste à payer soit prohibitif pour les petits budgets, voilà que par miracle et sans avoir été augmenté le nombre de places en crèche sera devenu suffisant, et la crèche privée "rentable".
Mais t'as raison, suruo, faudra faire un peu plus labyrinthique, pas pour faire sérieux, mais pour que ce tour de passe passe ne soit pas trop lisible.
@Yogi : "je suppose que ton commentaire est du second degré" en y allant bien-bien lentement et en essayant tout seul de répondre à cette question simple : que suis-je lorsque je (sur)vis des subsides que veulent bien m'octroyer les autres ? tu devrais finir par trouver la réponse à ta question, tout seul comme un grand.
@Patrick : Parlez de servage à la rigueur mais pas d'esclavage. Ces comparaisons absurdes tuent toute possibilité de discussion.
@Patrick : pardon, je voulais dire comparaison inepte.
Comparaisons ineptes ? Quelle différence concrète peut-il bien y avoir entre servage et esclavage, pour celui qui le vit au quotidien ? peut-être fais-tu parti de ces gens qui pensent que le fait d'avoir abolit la traite des noirs a suffit pour faire disparaître l'esclavage ?
Remarque, ce serait commode, et ça évite la "repentance" (sur l'air de : "ah non, hein ! c'est pas nous puisque nous on l'a abolit il y a longtemps").
Serf, servage : du latin servus : esclave.
Merci maître Capello :o)
@Yogi : Ah oui, j'allais oublié : si tu penses que l'esclavage n'existe plus, officiellement, depuis 200 ans, tu risques de tomber de haut : Il a fallu attendre 2003 pour que l'esclavagisme soit puni comme crime au Niger.
@Patrick : Le serf est un homme, comme dans "droits de l'homme", l'esclave est une chose, comme dans "ce truc". Et tu seras bien gentil de ne pas me prendre pour un ignare.
@Yogi : tu as bien raison. L'homme est une chose qui pense :o)))
Sans aller chercher le Niger, j'ai vu récemment un glaçant reportage sur la situation des "bonnes" (indiennes, philippines, pakistanaises...) de familles bourgeoises riches à Beyrouth, où la pratique est généralisée et la norme de fait : passeports confisqués par l'employeur, interdiction de sortir du domicile, aucun salaire (ou salaire fictif fictivement prélevé à 100% pour rembourser la "dette" contractée vis-à-vis de l'employeur pour payer son voyage, et qui s'étale sur toute la durée du service de la "bonne"), coups et mauvais traitements, droit de cuissage... Sans compter ce témoignage de plusieurs de ces "bonnes" qui racontaient à la caméra avoir été laissées enfermées à double tour dans les luxueuses villas, souvent sans nourriture ou presque, alors que leurs propriétaires les avaient fuies pour cause de bombardements, emportant bien sûr les chiens et laissant les "bonnes"...
Faudrait pas s'imaginer que ce soit des masses différent (aux bombardements près) dans les pays du Golfe, très pauvres comme chacun sait...
Alors, servage ou esclavage ?
Un p'tit lien ? Comité contre l'esclavage moderne
Doit-on rappeler, bien qu'on s'éloigne vachement du débat initial, que dans notre douce France une bonne famille bourgeoise a été récemment condamnée pour des faits similaires ? Une de condamnée, combien qui pratiquent ?
Prenons maintenant la situation d'un travailleur sans-papiers (donc sans aucun droit sauf celui de bosser au bon plaisir de son employeur et de fermer sa gueule), horaires élastissimes, crainte du moindre flic, dodo chez un marchand de sommeil en payant une somme astronomique pour être à 5 dans une piaule infâme et insalubre de 8 mètres carrés sans sanaitaires et bouffer un jour sur deux. Ça se passe ici, maintenant.
Euh, servage, ou esclavage ?
@Swâmi : Eolas te dirait que juridiquement il peut défendre un serf, pas un esclave qui n'est qu'un objet ... Et si on a Eolas avec soi, ça change tout ;-) !
@Yogi (@Patrick) :
Si on pouvait se remémorer opportunément que les attaques personnelles ne font guère avancer un débat d'idées et ne sont par ailleurs pas de mise en ce lieu...
>
Ouais, il m'a même dit que l'adoption parlementaire du traité de Lisbonne et la modification constitutionnelle qui va avec étaient juridiquement irréprochables et qu'il n'y avait donc pas de quoi taser un manifestant. Il ne faut jamais faire confiance à un juriste ;-) (Sauf une. Chaque règle comporte son exception).
@Swami : "Sans aller chercher le Niger" C'est trop loin ? :o) "j'ai vu récemment un glaçant reportage" ah, là c'est con, j'ai pas la télé :o)
@Yogi : je ne te suis pas bien. L'idée de l'esclave/objet est précisément celle qui permet de justifier l'esclavage. Je ne vois donc pas où tu veux en venir en persistant à la maintenir. Je ne m'imagine pas que tu envisages sérieusement de soutenir que l'esclave n'est pas un humain, alors que veux-tu dire ?
Yogi a fait un petit détour par le statut juridique des choses pour éviter consciencieusement le fond du problème.
Or un statut juridique, c'est de la belle théorie pour des gens qui vivent une toute autre réalité (ventre creux n'a pas d'oreilles aux belles arguties) ; un statut juridique c'est un peu comme un droit opposable (autant que pléonastique), ça permet à un état de se donner bonne conscience à peu de frais...
Finalement, la définition que je donnerais est assez simple : Tant qu'on est contraint par la nécessité de soumettre sa volonté à celle d'un tiers et de mettre à son service son esprit et son corps en échange du simple droit de subsister a minima (se nourrir et nourrir les siens, avoir un toît sur sa tête), alors on est un esclave.
Dans notre belle société, nombre de théoriquement non-esclaves n'ont que le droit supplémentaire de pouvoir choisir leur maître, droit assez théorique pour ceux qui disposent de peu de "qualifications" et encore davantage en période de chômage de masse - raison pour laquelle le chômage endémique est tant apprécié du patronat, en ce qu'il transforme les salariés en une armée docile et soumise "passk'y en a 100 qui attendent derrière la porte rien que pour pouvoir bouffer, alors si t'es pas content mon gars..."...
C'est lassant d'être aussi souvent d'accord, non ? :o)
Bon, bin, faut que je me sauve, là. Je suis esclave de ma guitare, moi, ce soir :o)
Bonne soirée à tous.
@ patrick qui disait
tu veux dire que tu es tout chose ? :D
Tiens, y'a mademoiselle Patâpatî qui est esclave de sa guitare, aussi... Elle la lâche plus, sa gratte, et elle me bluffe avec tellement on dirait qu'elle est tombée dedans quand elle était petite.
L'autre jour elle a joué un peu avec des musicos qui n'ont jamais voulu croire que c'était la première année qu'elle touchait à c't'engin, et c'était absolument sincère, pas pour faire plaisir à la gamine... À entendre, elle est impressionnante, pour une encore débutante bien sûr, mais justement, on ne dirait pas qu'elle est débutante. C'est agréable à écouter, rapide, rythmé, rien de laborieux ni de couaquesque, ça marche tout seul.
Quand je pense que je n'ai jamais été foutu de sortir un son potable de ce genre de boîte... Une des grandes frustrations de ma chienne d'existence :-\
Et la guitare de la demoiselle a un autre effet surprenant : c'est bien la première fois depuis sa naissance que je la vois bosser et se concentrer sur quelque chose. Avec en plus du résultat ;-)
En dehors de sa guitare, Patâpatî en train de bosser, ça relève du concept le plus conceptuel, de l'abstraction théorique...
Srî Minîshiva, lui, nous pose une autre sorte de problème...
Alors mon cher guru "lourd", fais bien attention de ne pas t'asseoir sur sa guitare, à la demoiselle Patâpatî, elle risquerait de t'en vouloir! :o))
@Swami : attend qu'il t'en réclame une vraie, ton batteur. Là, tu auras un vrai problème :o))
Il y a des êtres comme ça, qui font sans apprendre, comme mon grand ( 2 mètres ) pote qui découvre un nouvel instrument de musique, l'observe, l'essaye, et un quart d'heure après en joue très bien. J'ai renoncé à comprendre pourquoi lui et pas moi.
C'est comme une seconde nature, c'est comme le dessin ; ma main "refuse" l'ordre donné par mon cerveau et c'est en partie pour ça que je suis devenu photographe.
J'espère que ton avocat te fait des prix de gros pour les voisins qui n'aiment pas le beat
@Patrick :
Bah, il tape sur tout ce qui fait du bruit quand on tape dessus - à commencer par sa soeur :-}
euh beuh, tu pourrais aussi mettre ta photo.............
@Do : La représentation de l'image du Guru est interdite par Notre Religion !
...mais toutefois, en cherchant bien... :-}
où ? ou ?
je t'ai pourtant déjà bien déshabillé ces jours derniers.......
Hébédidon ! Et moi qui ne m'étais rendu compte de rien ! :-}
De l'incommunicabilité..........
Au secours, donnez moi une recette pour trouver du temps...Je viens de passer un long moment à lire entre autres cet article et tous les commentaires et c'est agréable de baigner dans cette liberté de propos, ça sent la bonne soupe d'idées et on a envie de se mettre autour de la table pour la partager et repartir plein de courage sans oublier cette touche d'humour qui met du soleil dans ce blog, après tout, le rire est le propre de l'homme.
Et l'aspect humain me semble être au cœur de vos propos, merci Swâmi pour cette fenêtre de liberté.
Au plaisir de trouver le temps de te lire...
@ yves :
Mais pourquoi serait-ce du fin fond de la Corrèze ? (avec une Majuscule s'iou plait)... il t'a fait quoi mon PAÏS ? Qu'est-ce que sont ces idées reçues sur un si beau pays, qui attire tant de grands hommes ? Chirac, Hollande :-))
O Grand guru vénéré
Avec certaines personnes, la seule chose qui les fera comprendre c'est la rencontre avec l'hyper réel, malheureusement pour eux ( car cela prouve que l'on ferait mieux parfois de songer à favoriser le développement des pétoncles à celui de certains de nos congénères...) mais surtout, dommage pour nous car, en "Demi-cratie" , si nous sommes les moins nombreux, ils seront les plus forts CQFD et ça , ça fait chier. On n'aura plus que nos yeux pour pleurer et répéter "j'vous l'avais bien dit".
Alors tu as raison grand Guru, et c'est bien faut pas lâcher l'affaire, on doit prendre son bâton de pèlerin (ou autre chose comme tu veux) et distiller mais il faut que nous réfléchissions à une manière de communiquer nos idées qui soit adaptée à notre époque. C'est VITAL. Le type d'explications dans lequel tu te lances est trop "construit" et pas assez "fast food" ou pas assez "glamour" (tu sais tout ces trucs dont l'homo surdiplomens est friand ...) pour attaquer la discussion, si je puis me permettre.... On se fait un petit "think tank" un d'ces jours ?? :)))))))
Et je te dédie une chanson de Capde' rien que pour toi:
"Quand t'es dans le désert,
Depuis trop longtemps..." :)
Pz: Trop fort, j'ai ENFIN trouvé comment faire des liens hyper text dans mon blog
purrrrééééeeeee, elle fait peine la fille...Bisous
La Louve
@La Louve :
Ah ben c'est quand tu veux ;-)
>
En tout cas, il ya toujours un gros problème, avec ton blog : le simple fait d'en afficher une page et de la laisser ouverte bouffe des ressources phénoménales pour qui utilise un navigateur Firefox sous Linux, ralentit horriblement le système, et finit éventuellement souvent par crasher le navigateur... Sûrement des trucs qui ne vont pas dans la colonne latérale.
J'ai regardé tout-à-l'heure les logs de mon proxy, il semble qu'une page ouverte sur ton blog provoque le rechargement permanent (genre toute les quelques secondes) d'un paquet de contenu provenant de YouTube, DailyMotion, Google... Et ça recharge, et ça recharge, et ça recharge... En bouffant toutes les ressources du client.
Autant j'aime te lire, autant je préfère pour ces raisons le faire via mon fil RSS et ne passer que quelques instants dans ton chez toi ; faudrait vraiment faire quelque chose, de mon point de vue ton blog est une mine anti-navigateur ;-))
@pla Mais pourquoi serait-ce du fin fond de la Corrèze ?
Parce que le livre de dictée en question a été écrit en Corréze, édité en Corrèze, par un instituteur corrézien ?
J'ai regardé tout-à-l'heure les logs de mon proxy, il semble qu'une page ouverte sur ton blog provoque le rechargement permanent (genre toute les quelques secondes) d'un paquet de contenu provenant de YouTube, DailyMotion, Google... Et ça recharge, et ça recharge, et ça recharge... En bouffant toutes les ressources du client.
Pour Firefox on peut utiliser NoScript, qui bloque tout le javascript et les objets et permet de débloquer site par site ce qui est bloqué. Ça évite de devoir passer par le flux RSS.
Je découvre un peu tard ce billet plein de candeur, d'humour, de pertinence.
Que du bonheur! (à te lire)
bravo Swâmi!