Ces jours derniers, on commence à bien sentir l'approche des élections locales de Mars, et le concert des partis (musique discordianiste dodécacaphonique) n'a plus qu'un seul objectif et horizon politique : glisser dans chaque camp de gré ou de force un maximum de sièges sous un maximum de culs, manoeuvre de grande envergure parfois affublée du nom de code Sauver les meubles.

Ainsi voit-on se nouer "à l'échelle locale" d'amusantes alliances contre-nature, ou plutôt révélatrices de véritable nature.

Ainsi les Shadoks Jaunes (toujours eux) s'allient-ils dès le premier tour ici avec les Shadoks Rouges (pâle) sur l'air de Passe-moi la rhubarbe, je te passerai le séné, ailleurs avec les Shadoks Orange, un service en valant après tout bien un autre.

Si l'on s'étonne publiquement de ces alliances souvent étranges (le parti de Mitterrand[1] s'alliant dès le premier tour avec le descendant direct du parti fondé par Giscard par exemple...), on se voit de plus en plus rétorquer par le badaud ou le collègue de machine à café :

Ben ouais, mais c'est des élections locales ! Y'a pas d'enjeu national ! L'idéologie n'a pas à entrer en ligne de compte ! Ce sont les hommes qui comptent, au contraire ! Ce que le maire fait pour sa ville n'a rien à voir avec des histoires de partis !

On notera tout d'abord que ce mème est d'une originalité folle, puisque l'interlocuteur qui nous l'assène à chaque carrefour a certainement trouvé ça tout seul, et n'y a sûrement en rien été aidé par la distillation répétée de ce message par les journaux télévisés et ténors des partis concernés. Purement local les gars et gonzesses, sans portée nationale, circulez y'a rien à voir !

Il est donc parfaitement évident que les accords du type File-moi tes voix pour faire élire Machin à Saint-Dugenou, on te filera les nôtres pour sauver les fesses de Truc à Pédalos-sur-Oise ne sont en rien nationaux, et que ce n'est certainement pas aux sièges des différents partis qu'on se livrerait à des calculs d'apothicaires avec totaux, sous-totaux, hypothèses et camemberts, plus le mobile qui sonne sans arrêt sur la table. Quelle idée !

Il est évident de même que, par un miracle qui échappe seulement à ceux qui ne connaissent rien à la politique, l'idéologie, la politique et les partis sont des choses purement nationales qui se diluent complètement jusqu'à disparaître au niveau local, et que Monsieur le Maire, qui est un brave homme, n'a vraiment rien à voir avec tout ça, d'ailleurs il est très abordable et dit même bonjour quand on le croise au marché (surtout ces dernières semaines).

On déduira donc sans peine de cette vérité révélée que, par exemple :

  • La politique d'une ville en matière de logement social (ou de son absence), son choix d'un tissu social mixte ou au contraire de repousser les cités de pauvres le plus loin possible dans le désert périurbain n'a justement rien d'un choix... politique, encore moins idéologique.
  • Il en va de même pour la politique des transports en commun ou en gros 4x4 (et à pied pour les couillons qui n'en ont pas).
  • Il en va toujours de même pour la gestion communale de la distribution d'eau - ou par des sociétés privées.
  • Il en va également de même pour l'organisation des cantines scolaires et de leur coût, des crèches, des services sociaux, de la police municipale... Rien de tout cela, absolument rien là-dedans n'est ni politique ni idéologique ma brave dame, c'est juste des décisions locales qui concernent les gens du coin !

(Politique : Organisation de la vie de la cité)

Et comme il ne faut pas confondre l'homme (ou la femme) avec son parti, au moment de l'élection municipale ou cantonale, on veillera à se rappeler que l'homme n'est en rien responsable des décisions de son parti, des déceptions qu'il a occasionnées, des trahisons qu'il a commises, non, non ! Ne mêlons pas ces sordides histoires nationales à notre gentille entente locale avec notre bon maire. Ce brave homme n'est d'ailleurs même pas responsable du choix du parti sous l'étiquette duquel il court, il pourrait même être de l'autre bord que ça n'y changerait rien, puisqu'on vous dit que c'est l'homme qui compte !

Enfin, il y a quand même quelques justes exceptions à cette règle : par exemple, quand vous avez en lice le premier constructeur de prisons de France en face du premier poseur de caméras de surveillance, on vous rappellera opportunément que, quel que soit ce qu'on puisse en penser, il faut voter pour l'homme de gôôôôôôôche ! Sinon on laisse gagner la droite !

Finalement, on est instamment prié d'oublier toute considération nationale ou idéologique et de voter pour le bonhomme quand ça arrange, mais au cas où ça n'arrangerait pas, on est sommé de revenir d'urgence à notre devoir citoyen consistant à voter pour le gars de gôôôôche pour faire battre le gars de drouate. Je suppose qu'on est aussi censé voter pour le Shadok Orange quand on y est invité par le Shadok Jaune qui lui a refilé son bifteck.

Mais n'oublions surtout pas : Tout ça est purement local, pas d'enjeu national, et foin de ces idéologies d'un autre temps qui compliquent tout et nous empêchent de comprendre les consignes, pourtant simples.

Notes

[1] Mouhahahahahaaaa !