Je ne suis pas un journaliste citoyen !
Par Petaramesh le lundi 27 août 2007, 21:11 - Râleries dualistes - Lien permanent
Le journalisme citoyen
(après l'entreprise citoyenne
, bientôt tout sera citoyen, à commencer par mes couilles, surtout la gauche, plus citoyenne qu'elle, tu meurs) est une expression creuse mais ronflante inventée un jour d'ennui par un membre heureusement[1] inconnu du club de ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l'ouvrir[2] et reprise depuis ad nauseam par le troupeau des médiocres con-muniquants et quelques journalistes couchés[3] qui s'emparent plus facilement d'un mot qu'ils ne produisent une idée, et qui ont leur petit bizness à expliquer à leurs semblables et aux masses laborieuses ce qu'il faut penser de ce que créent les autres, à défaut de créer eux-mêmes quoi que ce soit qui ait plus de valeur que la giclée de sperme que leur père aurait mieux fait d'étouffer dans un Kleenex (et tout s'efface avec une caresse...).
Un peu comme des critiques d'art, quoi. Mais sans l'art. Ni la manière.
Puis y'en a quelques autres kislapètent : Saviez-vous, Anne-Florence, que je fais du journalisme citoyen, entre mes deux manuscrits refusés chez Grasset et mon Chef d'Oeuvre que j'enverrai chez Gallimard quand il sera terminé, dans trente ans, l'oeuvre d'une vie ! Si, si, belle-maman, vous ne connaissez pas le « web 2.0 » ? Voyons...
Ou : T'sais quoi Coco ? J'ai le filon ! Le « journalisme citoyen », ça c'est d'la balle Coco ! On va publier ce que pondent les autres, c'est d'la merde d'accord, mais on se fera un max de blé avec les bannières de pub' et ça augmentera notre trafic et nos hits chez Xiti ! Attends, je te fais le business plan et après on fonce lever des fonds, on sera les premiers !
Je ne suis pas un jounaliste citoyen. Manquerait plus que ça. Juste un chroniqueur de ta mère à poil sur Internet, ça suffit déjà bien !










Commentaires
journalisme citoyen, c'est par opposition au journalisme à carte de presse, qui, donc, lui, n'est pas citoyen.
Du coup le vocabulaire a un certain intérêt.
Pourquoi, faut rendre ta carte d'électeur, pour qu'on te donne une carte de presse ? :-}
Non, je crois que pour avoir une carte de presse il faut être salarié comme journaliste. Et donc avoir un employeur dans mes medias.
Et donc être vendu.
Journaliste citoyen, ça doit s'opposer à journaliste vendu.
euh ... comment dire, si en plus t'es pô payé pour ... c'est juste le bal des égos
On se contenterait de "journalistes", si on pouvait encore en trouver.
Tiens, dans le Monde Diplo qui vient de sortir, un article sur "L'équipe", je veux dire le journal sportif.
Même les journalistes sportifs ont le blues. Je sais bien que t'en as RAF, swâmi, moi non plus je croyais, pourtant l'article m'a passionné. Le sport et la presse sportive sont actuellement le miroir grossissant d'une société en déliquescence.
Le terme "journaliste citoyen", outre qu'il sous-entend qu'on peut être journaliste sans être citoyen, est un terme pervers. Il sous entend également qu'un journaliste a le choix, qu'il peut "décider" de respecter la déontologie de sa profession. Or, il est clair que s'il peut effectivement décider de refuser de faire du journalisme de merde, c'est pas pour ça qu'il pourra, à la place, faire du journalisme de qualité.
J'ai ri, tu penses ! ;-)
voilou ....
Hazan, dans un petit livre très instructif, LQR - la propagande du quotidien, analyse le sort du mot "citoyen" et de ses dérivés (p51-52) en rappelant au préalable que la Lingua Quintae Respublicae fonctionne aussi sur la répétition : on prend un mot utile et sensé et on le répète ad nauseam jusqu'à ce qu'il n'ait plus aucun sens, qu'il ait été transformé en bouillie sonore. On a tous fait cette expérience enfant. Je le cite :
"Le vocabulaire de la Révolution prolifère aujourd'hui de manière paradoxale. Citoyen(ne) était un nom que se donnaient les acteurs de la rupture avec l'Ancien Régime. (...) Par un curieux retournement, le nom est devenu un adjectif qui sert à qualifier les attitudes publiques et les comportements commerciaux les plus conformes à l'esprit du temps : initiative citoyenne, entreprise citoyenne, jeux olympiques citoyens."
A lire aussi :
"Je suis contre cette culture de l’amateurisme"
Source : La Libre Belgique
Le site d'Andrew Keen
perso, y a comme un truc qui me gène dans ces "citoyennetés expertes" ...
une sorte de validation de l'acte égotique comme seul en mesure de changer le monde ... un petit coté "speakers corner" des seventies ... du genre cause toujours ...
et aussi notre impuissance à recréer un "collectif" qui ne soit pas la somme d'égo-névroses
une sorte de ritualisation de notre vide ...
alors, soyons en au moins conscient ... même si la lucidité est pas toujours confortable ...
et parfois, ces "citoyens" me semblent sortis des mêmes moules que les "professionnels" ...
ils ont même leur audimat les citoyens ...
comme les grands ...
Très intéressant # 10... Au fait, 'Speakers' corner' ou Odéon... Un "cyber-Odéon" en quelque sorte...
Cela dit, "l'acte égotique" j'aimerais bien savoir où ça commence et où ça finit... A quel moment ça se dépasse dans le "collectif" ("qui ne soit pas la somme d'égo-névroses") , si tant est que ça se dépasse...
Je m'interroge quant à moi sur la vanité fondamentale de toute tentative de définir un acte en termes d'égotique ou de non-égotique :-}
cela dit, c'est les zbir d'ATAC et de Bové qui ont commencé à utiliser le mot citoyen à toutes les sauces....
si je puis me permettre.
donc c'est plutot tes potes quoi.
re 12:
.... Certes, mais parler de "vanité fondamentale" à propos d'une tentative, p'tet ben que c'est pas si éloigné de "définir un acte en termes d'égotique ou non... " ;-)
Cela dit, la peur de la vanité peut conduire à l'inhibtion...
Si bien que prendre le risque de la vanité est peut-être plus courageux...
Vanité dans le sens de ... :-}
"Vain", ouais t'as raison. D'ailleurs "tenter de définir", c'est souvent vain... Mieux vaut donner des exemples, ou encore mieux, faire, par exemple faire du pas égotiste si on est gêné par l'égotisme, et puis on verra bien le résultat.
Tiens, avec une rame de retard, voilà une ou deux considérations politiques sur "citoyen":
C'est galvaudé, c'est sûr, mais ç'a quand même un sens par exemple par opposition à la politique communautariste. Faut pas être trop enfant gâté et le jeter aux orties, "citoyen" c'est quand même mieux que "membre de la communauté" x ou y comme au Royaume-Uni par exemple.
Et puis dans la gauche je crois bien que "citoyen" c'est venu, comme dans des vases communiquants, à mesure que le vocabulaire "lutte de classes" ou simplement social passait à la trappe... Mais on dirait que maintenant y'a un certain retour à "l'anti-capitalisme", alors peut-être qu'on verra moins le mot "citoyen" fleurir... Par exemple sur les affiches du pcf qui a toujours eu le chic pour recycler des mots dans l'air du temps, sorte de cache-misère idéologique... Il y a eu les années "plus 'forum' que moi tu meurs"...
Sinon, chroniqueur et non journaliste? Oui, c'est bien... D'ailleurs je crois que justement ça va remplacer de plus en plus le mot "citoyen".
Tous chroniqueurs...