L'Ordre du Monde
Par Petaramesh le dimanche 24 juin 2007, 15:04 - Politique infiniment dualiste - Lien permanent
En cette époque de fin des haricots[1] où il est plus que jamais de bon ton de prétendre que le clivage droite-gauche a vécu et n'est qu'un archaïsme de pacotille vaincu par la nécessaire modernité mondalisée du patati-patata qui n'est que poudre-aux-yeux, c'est ce commentaire d'Agnès chez elle qui me remet le nez sur un concept fondamental : celui de la nature profonde de la différence entre la droite et la gauche.
Pour les jeunes qui viennent d'arriver en ce monde et à qui télés et radios ne cessent de bourrer le mou de l'idée que tout ça c'est tout pareil et que c'est fondamentalement moins intéressant que de savoir qui va gagner la Star'Ac', tâchons de redéfinir en quelques mots la chose :
La Droite et la Gauche pour les Nuls
...
Alors voilà, quiconque n'a pas le cerveau d'une amibe et regarde autour de lui constate de très profondes inégalités dans le sort respectif de nos frères humains : leur richesse ou leur pauvreté, leur obésité ou leur côtes saillantes, leur oisiveté ou leurs 30 heures de travail par jour, leur favella ou leur villa avec piscine...
A partir de ce constat de base, on trouve deux attitudes fondamentalement différentes :
(A) Les uns estiment que les choses sont ainsi de toute éternité et que l'on n'y peut rien changer
.[2] C'est une attitude de fondamentale soumission à l'ordre existant des choses. La psychologie humaine veut que l'on finisse par trouver "excellentes" les choses qui sont ce qu'elles sont et auxquelles on ne peut rien changer, et qu'on les justifie a posteriori de raisons qui expliquent pourquoi elle sont ce qu'elles sont et très bien ainsi - la "volonté divine" en est le meilleur exemple. Comme disait De Funès : les riches, c'est fait pour être très-très riches, et les pauvres, très-très pauvres !
[3].
A partir de là, l'être humain étant rassuré par ce qu'il connaît et inquiet de l'inconnu, il deviendra fondamentalement conservateur (des choses en l'état), et, puisqu'on ne peut ni ne doit rien changer au système (tellement invincible et plus fort que nous), et que toute tentative en ce sens ne pourrait aboutir qu'à un dangereux déséquilibre, il tentera d'obtenir pour lui-même et "les siens" la meilleure place possible au sein de ce système dans lequel il cherchera à grimper de manière purement individuelle.
Il se cramponnera comme l'arapède sur son rocher au peu qu'il aura pu amasser, en ayant toujours l'espoir de parvenir à force de travail à en obtenir un peu plus.[4]
Cet individu est de Droite. Il respecte les choses en l'état, la tradition, l'autorité, l'uniforme, l'"ordre juste" cher à Ségolène Royal, et ne remet rien en question. Il croit qu'il sera récompensé en fonction de son mérite, de ses capacités, de son travail, de son intelligence, de sa ruse ou de son arrivisme. Ou éventuellement de sa malhonnêteté.[5]
S'il tente d'améliorer un peu le sort des pauvres et des indigents, ce sera par charité chrétienne (ou d'une autre religion), mais surtout sans perdre de vue qu'au-delà de cet acte individuel de charité, chacun doit rester à sa place, les riches en haut, les autres en bas, et les vaches seront bien gardées. Chacun mérite son sort.
Si jamais ceux-ci font mine de se revêtir des oripeaux de "réformateurs", ne perdons pas de vue que leurs prétendues "réformes" auront toujours pour but de renforcer l'état du monde tel qu'il est déjà, de donner davantage de pouvoir et de richesses à ceux qui les ont déjà, et d'"améliorer" le fonctionnement des choses comme déjà elles fonctionnent.
Tout l'effort politique de l'homme de droite a pour but son propre intérêt individuel (et par là celui de ses pairs, qui poursuivent les mêmes objectifs de la même manière).
(B) Les autres estiment que la société humaine telle qu'elle est, est fondamentalement injuste et imparfaite, et qu'elle doit être réformée en profondeur dans le but d'obtenir davantage de justice et d'égalité entre les hommes.
Ceux-ci ne sont pas attachés à l'ordre du monde tel qu'il est, et qu'ils trouvent détestable, et ne sauraient l'accepter en le justifiant d'une simple "volonté divine"... ou royale. Ils ne pensent pas que l'ordre du monde soit de toute éternité, ni qu'il ne doive toujours être soumis à la rapacité des puissants, ni qu'il ne puisse être changé, amélioré dans l'intérêt de tous les humains et pour plus de justice entre eux, et non pas dans le seul intérêt de quelques-uns - et donc, les réformes ou révolutions qu'ils prônent se feront toujours, inévitablement, au détriment des pouvoirs en place et des possédants, qui seront toujours, nécessairement, leurs adversaires et leurs ennemis - à moins qu'on ne parvienne un jour à un état qui gouverne réellement dans l'intérêt de tous (et sans passer par la case défense des intérêts primordiaux des déjà-possédants), mais ça ne s'est encore jamais vu.
Ceux-ci n'estiment pas que la répartition actuelle des richesse et des pouvoirs soit juste, et ne respectent pas l'ordre, parce que l'ordre n'est rien d'autre que le maintien des choses telles qu'elles sont.[6]
Ceux-ci n'estiment pas que la répartition actuelle des richesses et des pouvoirs reflète en quoi que ce soit les mérites respectifs des uns et des autres, et remettent même éventuellement en question toute notion d'un tel "mérite".
Ceux-ci font leur l'article premier de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen :
Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits.
Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.
...Voire ne voient aucun fondement à établir des "distinctions sociales", mais seulement à oeuvrer dans l'intérêt de tous.
Ces gens-là, ma brave dame, ne respectent rien
, et pas davantage l'ordre établi que les curés ou les fumeuses raisons au nom desquelles une infime minorité d'humains parfumés à la panse rebondie en exploite une écrasante majorité d'autres aux côtes saillantes qui sentent la sueur.
Et ceux-là se moquent également de la charité, fût-elle ou non chrétienne, à laquelle ils préfèrent la solidarité entre tous.[7]
Ces individus sont de Gauche, qu'ils se définissent comme réformateurs ou comme révolutionnaires, ce qui constitue un autre distingo.
Voilà. Vous voyez que c'était pas bien compliqué.
Et maintenant, vous savez pourquoi celui qui vous dit que la droite, la gauche, tout ça c'est fini, c'est dépassé, c'est du passé, c'est archaïque, faut être moderne
est un prestidigitateur qui tente de vous entuber en faisant disparaître le problème sous son chapeau. Serez-vous assez bête pour le croire ?
Et puis, si vous avez tout bien tout compris, même pas besoin d'insister pour vous expliquer qui, dans notre aéropage politico-médiatique, n'est pas de gauche...
Trop facile !
Notes
[1] Se dit aussi : Kâli-Yuga
[2] Actuellement sur vos écrans : La Mondialisation Mondiale du Monde
[3] La folie des grandeurs
[4] Qu'il en ait ou non besoin, là n'est pas la question...
[5] « Derrière chaque grande fortune il y a un grand crime. » - Balzac
[6] Et la "justice" des hommes n'est rien d'autre que la codification de la sauvegarde de cet ordre par la force.
[7] Vous savez, ça veut dire payer pour ces feignasses de chômeurs, ces poids-morts de vieux, et ces inutiles de handicapés, pour qui la droite extrême connaît des solutions plus radicales et plus économiques... que l'Histoire a déjà testées pour nous.











Commentaires
Excellent!
Clair net ,précis.
Un jour ,un de mes supérieur hiérarchique m'a dit 'tu es dangereusement utopiste":çà veut dire quoi?
Pitain... c'est que je serais de gauche, avec tes conneries.... J'ai ouvert les trackbacks... au cas où...
@ Turandot : que tu es de gauche et pas lui ;-D
@ Swâmi : ben tu vois quand tu veux, tu sais être clair et concis ;-}
Blague à part, je suis bien d'accord sur le fait que la gauche et la droite ce n'est pas su tout, mais alors pas du tout pareil... Mais comment faire comprendre aux humains que le monde doit changer et surtout faire comprendre aux "pauvres" (je parle de tout ceux qui ont voté Sarko et ils sont légions) qu'ils ne seront jamais riches dans le système qu'ils soutiennent ? Comment leur faire comprendre même qu'être riche, c'est naze alors que TOUT nous renvoie à la gueule que sans pognon on est considéré comme RIEN ?
Attention billet précieux, lien à conserver dans un coin en cas d'extrême nécessité ; au détours d'une conversation, par exemple.
Très drôle, tu m'as bien fait rire !
whaouhhhhh super limpide faut vraiment avoir un pois chiche pr ne pas comprendre
> constat....je suis fondamentalement de gauche (tendance revolutionnaire tt de même) mais je m’en doutais.....bonne nouvelle je n’ai pas eté parasitée polluée influencée par le galimatias de droite
>va falloir en faire un copier coller à nos élus de gôoooches......si toutefois cela resonne ds leurs cerveaux lents et pateux....
>par contre puisque la gauche est à la ramasse j’ai espoir en un renouvellement (ben vi puisque on touche le fond...) sur de nouvelles bases en virant les dinosaures, c’est tout de meme pas sorcier de reinventer une societé construite sur d’autres principes (et ben non mes consultations des divers sites proposent de recycler des vieilles lunes au lieu de remettre en question le liberalisme : c’est pas gagné...)
ps : pfffff tu m’acheves j’ai consulté la signification de KALI YUGA........ je m’attendais à quelque chose de plus sexy ;-)
Rien à ajouter, c'est limpide!
bravo Swâmi!
Je ne sais pas pourquoi vous semblez tous partager cette vision, qui est basée sur on ne sait quelles observations, conclusions, préjugés… Le poncif gauche = justice et égalité semble très très dépassé vous ne croyez pas, et la droite adhère aussi à la maxime liberté égalité fraternité.
De plus c'est nié le fait qu'il existe différent courant au sein de la droite et de la gauche, la droite n'a pas toujours été composé de conservateurs tel le courant sarkozyste, il y a des libéraux, des démocrates, des sociaux démocrates, des socialistes dans la politique français, comment les rentrez-vous dans ces deux petites cases très caricaturales ?
Par exemple les libéraux adhèrent à la maxime « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. » mais également au « Il croit qu'il sera récompensé en fonction de son mérite, de ses capacités, de son travail, de son intelligence, de sa ruse ou de son arrivisme » (en gros).
@ Bob : "Je ne sais pas pourquoi vous semblez tous partager cette vision..." :
... Parce que nous sommes de gauche... :-}
Ça doit être pour ça que vous vous êtes plantés alors, une vision très particulière du monde qui vous entoure ^^ (ne pas marcher dans le troll)
@ Bob : Ce n'est pas parce que l'on se plante que l'on a forcément tort ou que notre vision du monde est fausse. Et puis, jusqu'à preuve du contraire, le PS n'est pas la gauche :-}
Je pense qu'une partie importante de la critique selon laquelle "gauche et droite, spareil" vient du fait qu'il n'existe quasiment plus de parti dit de gauche. Le PS, bien que droitisé depuis longtemps déjà (le masque est définitivement tombé en 81) est en train de publiquement assumer cette position, apparue de manière très claire dans le discours de Ségolène Royal (même si au fond, c'était déjà le "mon programme n'est pas socialiste" de Jospin et l'économisme de DSK) et "l'aile gauche" (Fabius, mouarf) ne fait plus illusion. Parallèlement, la gauche dite extrême n'arrive pas à se défaire de cet adjectif et apparaître comme une force crédible, surtout depuis l'échec lamentable de la candidature unitaire. Bové a bien essayé quelque chose de différent, mais sans parti derrière lui, ça n'a pas offert d'alternative crédible.
Bref, dans le paysage politique ("politique" comme dans "la vie des gens qui nous dirigent"), il n'y a pas de parti crédible avec de vraies idées de gauche. Et ceux qui se revendiquent de gauche ont des politiques qui n'ont pas grand chose à envier aux partis de droite. Dans ces conditions, comment s'étonner que la différence idéologique entre gauche et droite soit perçue comme étant en train de disparaître ?
Je ferai un pas de plus en affirmant que pour ma part , leur ordre est un désordre.
@ Bob :"Par exemple les libéraux adhèrent à..."
L'homme de droite adhère à tout ce qui lui permettra de se maintenir ou même de gravir les marches d'une société hyper hiérarchisée qu'il affectionne. Cela par pragmatisme car se rêvant que dans le camps des gagnants, mais craignant de s'entendre dire à son tour vae victis.
Ce n'est pas pour autant qu'il voudra mettre en pratique une "maxime" si elle n'est pas amendée par d'autre qui en pervertiront subtilement le sens à l'insu des peuples mais pas aux politiciens professionnels vantant les bienfaits de leurs contre-réformes...
De même, c'est l'utilisation exponentielle des armes massives de communication, accouchant d'une novlangue, qui permet de faire perdre de vue le véritable sens des mots. Swâmi ne fait que rappeler ce que signifie être de droite ou être de gauche.
Et pendant ce temps là Sarkozy nous pond le TCE allégé !
J'ai un peu l'impression que vous êtes tombé dans le panneau habituel... Avec votre définition le mec de gauche est un brave type et celui de droite un salaud.
C'est plus compliqué que ça!
(Cela dit, je suis d'accord sur ceci: celui qui pense que droite et gauche c'est pareil, il est de droite).
"Les uns estiment que les choses sont ainsi de toute éternité et que l'on n'y peut rien changer. C'est une attitude de fondamentale soumission à l'ordre existant des choses. "
OK avec la définition de la droite.
Mais comment faire pour que la populace reste sagement à sa place ?
Lui promettre une récompense.
Dans un autre monde.
Faut pas déconner !
(Celui là, il est pour les winners)
Tu m'étonnes que la religion catho ait été si vite adoptée par la classe dominante. Quel génie ce Paulo1 !
Par contre, ta définition de la gauche est restrictive (et jacobine diront certains).
"Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits."
L'égalité de droit. Il est bien là, le problème. Tant que (ne) nous sommes égaux (qu')en droit, rien n'empêche que nous soyons inégaux dans les faits. D'où la longue tradition réformiste des partis de gauche qui a suivi, de fait, la révolution de 1789-93.
Revendiquons l'égalité de fait !
(Koprotkine, qui ne faisait pas dans la dentelle aurait dit : la prise au tas2 !)
1 : Paul de Tarse.
2 : Mais ça, c'est une autre histoire ... j'entends déjà gueuler les khmers verts (comme tu les appelles) et ils auront raison ...
... sous Khmers verts je vois un lien vers quelque chose qui semble inciter à la décroissance...
Je suis donc une khmer verte ?
Ben mince alors. On en apprend tous les jours !
Croissance, décroissance... je préfère les pains au chocolat.
Le problème n'est pas pour ou contre mais comment. Si je vends des pesticides qui serviront à polluer des sols et la nappe phréatique qui va avec, je crée de la croissance. Les installations pour dépolluer ma merde, c'est de la croissance. Si je fabrique de l'électronique qu'on ne peut réparer et que l'on doit jeter à la moindre pièce pourrie, je crée de la croissance. Plus je gâche, plus je pollue, plus je crée de la croissance. Et si ma croissance nique les ressources et hypothèque l'avenir de l'espèce, ce n'est pas grave, c'est de la croissance.
Maintenant, le mec qui vit dans une cabane en taule et boit de l'eau croupie, il a besoin d'espérer que sa situation va croître. Que l'on fasse croître le bien être ou la solidarité me convient totalement.
Donc, avant d'être pour ou contre, demandons-nous quelle croissance, dans quel but et pour qui?
@ Eric :"J'ai un peu l'impression que vous êtes tombé dans le panneau habituel... Avec votre définition le mec de gauche est un brave type et celui de droite un salaud."
En fait, c'est plutôt notre perception du bien et du mal qui s'est moult fois modifiée au cours de l'histoire. Une étape importante fut la loi sur la laïcité qui a permis de nous libérer grandement des dogmes religieux.
Il fut des temps où être de droite (avec toujours la même définition) était le summum de la vertu et du bien. Les personnes de gauche étaient considérées comme de "dangereux utopistes", taxées de faibles ou de pacifistes, etc...
Aujourd'hui, il y en a qui essayent de revenir à cet obscurantisme sous couvert de comportement décomplexé donc hyper tendance et/ou en détournant à nouveau le spirituel vers le religieux...
Y a Cambadélis (proche de DSK) qui ce matin a dit que vouloir lutter contre le capitalisme aujourd'hui c'était aberrant, et qu'il fallait que le PS se débarrasse de son "moi Marxiste". Ce à quoi la journaliste lui a répliqué qu'il allait falloir redéfinir ce que ça voulait dire être de gauche.
On leur reproche de pas être de gauche ->
-> Solution : changer la définition de la gauche pour qu'"être de droite" signifie maintenant "être de gauche".
Le boulevard à la gauche du PS s'élargit de plus en plus, et personne ne vient l'occuper...
@ Swami
'
Et puis, si vous avez tout bien tout compris, même pas besoin d'insister pour vous expliquer qui, dans notre aéropage politico-médiatique, n'est pas de gauche...
Moi j'aurai plutôt écrit: "qui... n'est pas encore à droite", cela prendrait nettement moins de temps. Comme nous sommes dans le crépuscule du Kali-yuga (ou fin des haricots) mieux vaut ne pas en perdre trop à énumérer le bétail néo-libéral.
A part çà un petit billet bien ciselé
Mouais...
Quand j'avais posé la question à mon père, il a longtemps longtemps longtemps, il m'a répondu, en gros: "la gauche c'est l'initiative collective, la droite c'est l'initiative personnelle"
Définition que je trouve super juste, et qui n'est pas forcément la même que celle de Swami.
@ Gab : c'est marrant que tu dises cela parce que j'ai une très chère amie (de gauche) qui me disait une fois que : être de droite c'est penser au profit au centre de toute décision et être de gauche c'est penser à l'humain au centre de toute décision...
@ Phénix, le bel oiseau de feu :
Voilà c'est exactement ce que je disais il y a une paire d'heures... Ceux de droite se justifiant par le fait que leur profit servira le plus grand nombre, par ricochet.
C'est tellement plus facile de compter sur des mesures de régulations automatiques incontrôlables, que de s'assurer que ça soit le cas...
@ Ga(i)elle - GrosCâlin - Khmer verte : J'aime bien quand tu ajoutes "bel" à mon pseudo, je trouve cela
objectifbienveillant.Pour revenir au schmilblick, je vois que nous sommes d'accord sur l'essentiel ;-)
@ Gab:
Elle me plaît, ta définition. Elle est exempte de moralisme. En plus, elle a l'avantage d'expliquer le surplus (3%, ya pas de quoi en faire un fromage) de vote pour N(otre) S(eigneur): faute d'une alternative collective crédible, certains se sont repliés sur un espoir individuel. Elle explique aussi l'étonnant décalage entre les mouvements sociaux et les résultats des urnes: les mouvements sociaux, c'est collectif, l'urne c'est chacun son ptibou de papier.
Je sors de ma réserve car il me semble que la séparation est plus compliquée que ça (ce que soulignent certains commentaires). J'ai réfléchi à ce sujet il y a quelque temps et il me semble que la différence entre la droite et la gauche tient uniquement à la place de l'individu dans la société (pays, amis, proches, travail, environnement, ...).
1. L'individu est responsable de ce qu'il est à 90% et la société à 10%.
C'est la vision de droite. Du coup on respecte l'ordre, la loi, le capitalisme, etc, puisque structurellement elle n'est pas responsable de grand chose. On est donc capitaliste, pour l'autorité, conservateur, individualiste,... On retrouve alors toutes les visions de la droite évoquées dans l'article et dans les commentaires.
2. L'individu est responsable de ce qu'il est à 10% et la société à 90%.
C'est la vision de gauche. Du coup on cherche à modifier la société pour le bien être du plus grand nombre car on est convaincu que la société ne permet pas à tous de progresser et que ce n'est pas majoritairement de leur faute. On est donc alors réformiste ou révolutionnaire, ... On retrouve aussi toute les visions de la gauche évoquées ici ou là.
ça marche avec tout : la religion, les multirécidivistes, le traité européen, ... et ça évite de tomber dans le travers droite/gauche=mal/bien.
C'est donc tout récemment que j'ai compris certains textes de Sartre : nous sommes innocents de nous-même.
J'ai aussi été voir du côté des neurosciences : même constat, quasi tout nous détermine, la part de liberté est extrêmement faible.
Je suis ensuite allé faire un tour vers la sociologie : idem.
J'ai fini par la philosophie et j'ai alors compris que la seule part (réduite) de liberté qu'on a c'est de faire sauter quelques uns des préjugés qui nous construisent (et c'est pas facile).
Voilà en tout cas la manière dont maintenant j'observe le monde politique.
Hum, j'aimerais comprendre. Peut-on dire que Fidel Castro est "de gauche" ? (Ou qu'il l'a été mais ne l'est plus; dans ce cas, quand a-t-il franchi le seuil ?) Et qui était "de gauche", Robespierre ou Condorcet ? Et l'expression "100 % à gauche" a-t-elle un sens ? La "décroissance est-elle "de gauche" ? Enfin le socialisme libéral est-il "de gauche" et sinon pourquoi ?
Toutes réflexions bougrement intéressantes, tout ça... Qui me poussent à ajouter que quand on met en balance l'intérêt individuel (qu'on comprend souvent comme étant "de droite") avec l'intérêt collectif (qu'on comprend souvent comme étant "de gauche"), reste à définir ce qu'on entend comme "intérêt collectif" ! Est-ce celui d'une masse abstraite "le Peuple", "les Travailleurs", pure construction intellectuelle à laquelle on sacrifiera le bien-être des individus ressentis comme sans importance, et on a là une société totalitaire de type "fourmilière" qui nous rappelle certains pays de l'Est de l'époque du bon vieux rideau de fer...
Ou conçoit-on l'intérêt collectif comme étant l'intérêt bien compris du plus grand nombre d'individus, et là, la notion d'individu non seulement demeure mais devient plus que jamais centrale, car c'est au nom de l'intérêt de tous et de chacun que l'on gouvernera, en prêtant attention à tous et à chacun, et non pas en fonction d'une masse abstraite et sans visage...
Individuellement, le positionnement de chacun sur ce curseur droite-gauche dépend directement de la manière dont chacun se perçoit (et perçoit les autres) : Celui qui se perçoit comme une entité fondamentalement séparée, autonome, différenciée des autres et de l'univers, détaché du sort d'autrui et de toute relation d'appartenance universelle, aura davantage de tendances à considérer comme primordial l'intérêt individuel : le sien.
Celui qui a contrario perçoit chaque autre comme étant son semblable, son frère, qui est capable d'empathie et de se projeter mentalement dans la situation de l'autre (misérable, émigré, opprimé, réfugié, affamé...), qui ne se voit pas comme séparé ou indépendant du reste de l'univers et des autres, considérera beaucoup moins primordial son intérêt individuel, car finalement il considérera la souffrance d'autrui comme un obstacle majeur à son propre bonheur - et le bonheur d'autrui un facteur positif pour son propre épanouissement. Peut-être n'envisagera-t-il même pas les choses sous l'angle de "l'autre vs. moi", mais plus instinctivement comme .
Quand on considère les motivations psychologiques profondes, cela nous ramène toujours à notre satisfaction ou notre frustration individuelles. Mais notre satisfaction ou notre frustration individuelles peuvent être plus ou moins conditionnés par le bonheur ou le malheur d'autrui, selon que nous intériorisons plus ou moins en nous-même ce que nous percevons d'autrui.
Celui qui a peu de capacité d'empathie et de se mettre à la place de l'autre trouvera plus simple de se raccrocher à quelques grossiers traits permettant de renvoyer à la responsabilité de l'autre la cause de ses malheurs : C'est le royaume du Grand Yaka, et si les autres sont malheureux, c'est de leur faute : C'est simplement parce que ces feignasses-là ne font pas ce qu'il leur serait pourtant si facile de faire . Problème évacué avec facilité et caricature, à la suite ! (profitons de nore piscine même - surtout - s'ils crèvent de faim dehors)
Celui qui, par contre, ressent de l'empathie pour l'autre, est capable de se mettre à sa place (ou y a plus ou moins déjà été), ressent comme étant de sa propre responsabilité la situation qui est faite à l'autre (et non pas que l'autre se ferait volontairement lui-même). A partir de cela, il se sent responsable de cette situation, et dans le devoir de faire quelque chose pour l'améliorer. Et nous voilà avec une personne de gauche !
@ Melchior : personne, à mon sens, n'est 100% de gauche (ni même 100% de droite), cela ne veut RIEN dire. Il me semble en revanche que l'on peut choisir (librement ? Dans quelle proportion ?) ou plutôt analyser (pour ensuite encourager ou enrayer) certains de nos processus de réflexions et d'actions personnelles.
EX : il m'arrive d'avoir des réactions plus ou moins internes (!) que l'on peut qualifier de "facho" vis à vis de certaines personnes (je ne parle pas là de racisme, plus d'intolérance face à ce que l'autre me renvoit à la gueule). Comme je suis à peu près cérébrée et que je fais en sorte de le rester (voire de progresser ;-}), je cherche à comprendre et à endiguer ce type de comportement chez moi. C'est de la dentelle, du boulot de chaque jour.
Je suis de plus en plus perplexe lorsque j'entends dire ou que je perçois dans certains discours des propos laissant penser qu'être de gauche c'est "bien" et être de droite c'est "mal". Je connais des sales cons de gauche et des gens adorables de droite... Sans doute la différence se fait-elle dans la conception politique du monde, dans la vision d'une société.
En fait, la question ne serait-elle pas plutôt qu'est-ce que (doit être) la politique ?
@Phénix : (Tu t'es nommée ainsi à cause du désir de phénix ?) Sans aucun doute, il y a quantité de sales cons de gauche. Et de de très-très gauche. De vraies caricatures de gauchistes crétins. Bêtes et bornés.
Mais à droite, c'est pire. Bien, bien pire. Je t'assure.
Il me semble que l'on peut être relativement misanthrope mais de gauche. Ce qui l'emporte alors sur un impossible "amour de son prochain" c'est la conviction absolue que l'autre, même s'il est un con fini, est mon égal. Le sens de la justice peut dans une certaine mesure compenser l'amour inconditionnel de l'autre.
Ni Dieu, ni maître!, c'est une maxime de gauche ou de droite?
Parce que c'est bougrement individualiste, tout de même.
Je dis pas ça pour vexer, mais le mec de droite, pour moi il est pas individualiste. Le mec de droite, il est pour un collectif au service de l'intérêt de quelques uns. Il est pas individualiste: il est oligarque.
Et le pékin qui vote à droite, il croit qu'il va faire partie de l'oligarchie. C'est dire s'il a rien compris au film.
@ yves
n'est pas ce pas une maxime anarchiste?
Aïe ! Si on commence à se demander si l'anarchisme est de gauche ou de droite, on se dirige vers des difficultés (notamment "les" anarchismes...)
@Yogi :
Toutafé. Le fait que l'autre soit n'empêche en rien qu'on puisse avoir de sérieux problèmes dans ses relations familiales ! :-\
...Des fois je me dis que ça doit plutôt être des beaux-frères, ces cons, d'ailleurs, ç'pas possible autrement...
Etre de gauche mais plutôt misanthrope. Ben je crois que c'est tout à fait possible, je crois même que quelques part, c'est pour ça que je me définie comme étant de gauche.
Plus haut, Yves dit : "Et le pékin qui vote à droite, il croit qu'il va faire partie de l'oligarchie. C'est dire s'il a rien compris au film." Ben voila, c'est un peu ça. J'ai vaguement un cerveau en bon état, j'ai donc bien compris que l'obligarchie, je n'en fait pas partie, et je n'en ferait sans doute jamais partie. Etant un être humain normal, je ne suis pas satisfait de mon sort, et je désire donc qu'il s'ameliore; je pense à ma gueule, quoi...
Mais, n'étant pas un obligarque, etant juste un péquin lambda, pour que mon sort s'améliore, il faut donc que le sort de tout les péquins lambda s'améliore pour que mon propre sort de péquin lambda s'améliore. A partir de là, je rentre forcément dans une démarche plus général d'amélioration de la société, même si au départ, je le fait essentiellement pour moi. Après, en ce renseignant un peu, on voit que tout est lié, et que c'est le sort des pequins lambda sur toute la planète qu'il faut améliorer pour améliorer le mien propre de manière agréable et durable...
Après, suis je un immonde salopard de vouloir ameliorer mon propre sort et par ricochet celui des autres (plutôt le contraire, en fait)? Je ne crois pas... Qu'est ce qui est le plus important dans un acte? L'acte en lui même (et ses diverses répercutions), où la raisons pour laquelle on fait cet acte?
Longue vie à ce billet, a propos!!!
On doit et on peut changer le monde, d'une part, ça c'est la gauche, et d'autre part on ne peut pas le changer, ça c'est la droite. D'accord.
Mais Sarkozy veut changer le monde, en tout cas la France, en tout cas il le dit. Le mot "réforme" est aujourd'hui un mot de droite.
Mon point de vue est que la question centrale, la seule qui me suffit pour commencer à classer un politicien, est la suivante: "Qu'est-ce que la pauvreté, pourquoi y a -t-il des pauvres, et en conséquence qu'est-ce qu'on peut faire?"
Celle-là à mon avis est imparable. Pas moyen de dire que la pauvreté est une création humaine est qu'on n'y peut rien. Donc de mon point de vue une compréhension réelle de la pauvreté place obligatoirement à gauche. Et nous sommes bien d'accord, la gauche de Ségolène Royal c'est une droite molle et qui a mauvaise conscience. ("John Rawls ou la mauvaise conscience du socialisme français", http://www.fondatn7.alias.domicile.fr/bdd/doc/nll/revue-socialiste001.pdf )
J'ai essayé d'argumenter cette position pour démontrer, ou illustrer, le fait que Nicolas Hulot est de droite, càd qu'il veut sauver "la planète" (terme inexact, la planète survivra, c'est "nous sur cette planète" qui sommes en péril) et en même temps il veut sauver les inégalités, en toute inconscience apparemment. C'est dans Nicolas Hulot, une écologie sans politique
"Etre ou ne pas être de gauche ou de droite", là n'est pas la question.
C'est faire ou ne pas faire qui est important. Résister, c'est créer.
Ya un très chouette bouquin de Miguel Benasayag et Florence Aubenas qui porte ce titre, éditions La Découverte, 6.40 euros, que je vous conseille vivement.
C'est en vivant que nous changeons le monde, car nous sommes le monde.
Je crois qu'on peut limiter la question de la gauche et de la droite à la place des députés dans l'hémicycle. C'est à dire, vu le temps qu'ils y passent, à pas grand chose. Pour ma part, je continue à employer le mot "gauche" par commodité, mais je n'oublie jamais les guillemets.
@yves: L'anarchisme (le vrai, pas cette mystification ridicule de l'anarcho-capitalisme) a toujours été "de gauche", pour toute définition raisonnable de "gauche". C'est plus évident dans le cas de l'anarcho-syndicalisme et du communisme libertaire, mais même l'anarchisme individualiste l'est. Lire à ce propos "L'unique et sa propriété" de Max Stirner, un des ouvrages fondamentaux de l'individualisme, qui explique en (très très) gros qu'une société purement égoïste et basée sur la libre association serait parfaitement égalitaire.
Par ailleurs, la maxime "Ni dieu ni maître" n'a pas nécéssairement de connotation individualiste. Elle rejette simplement l'autorité, base de l'anarchisme.
@mc :
We are ze oueurlde...
We are ze tchildreune !
@Azathoth
C'est fou comme j'ai du mal à voir le lien entre droite=conservateur (ou gauche=révolutionnaire)
Je vois pas ce qu'empêche un mec de droite de vouloir révolutionner la société pour en faire une plus libérale, ou un mec de gauche vouloir conserver son système uniparti.
Gab, qui reste sur sa définition et adhère complètement à celle de Phénix.
@Yves.
Je suis d'accord avec toi sur l'idée que l'individualisme capitaliste n'est que le cache sexe des intérêts souvent convergents d'une certaine oligarchie.
J'ajoute qu'il semble bien que le libéralisme soit une doctrine "utopique" - ou au moins idéologique. Les Etats - comme les USA, mais aussi ceux de l'UE - qui ne cessent d'imposer le dogme libéral au monde n'en respectent pas eux-mêmes les règles. Où est la libre concurrence du marché où l'offre et la demande s'accordent spontanément ? Pensez au protectionnisme US, aux subventions déversées dans l'industrie privée des pays riches - toutes ces mesures sont contraire aux dogmes libéraux et elles sont utilisées massivement (sauf dans les cas où la concurrence a été écrasée préalablement grâce à elles et qu'il devient rentable de les abandonner) avec des conséquences terribles. Par ex : étranglement économique de l'agriculture des pays du tiers-monde où finalement il revient moins cher pour les locaux d'acheter des produits massivement subventionnés et importés de l'UE ou des USA. Derrière le discours individualiste libéral, il faut entendre gronder les intérêts collectifs d'une oligarchie limitée.
@nattfodd : "une société purement égoïste et basée sur la libre association serait parfaitement égalitaire". C'est ce que nous vendent, au moins dans leur discours, les libéraux les plus extrémistes, comme Nozick ou Rothbard (libertariens). Le problème de tous ces beaux discours, c'est qu'ils "oublient" deux choses essentielles de la réalité humaine : le poids de l'histoire et les rapports de force.
PS - Très bon billet et les commentaires sont du même niveau :) C'est collector.
@Gab :
Conservateur, c'est par rapport aux structures du système : le capitalisme, le mérite, l'autorité, l'ordre... Rien n'empêche donc un conservateur de faire des réformes (je n'aime pas ce mot, il induit en erreur) puisque qu'il ne s'attaque pas au système (au contraire il va même le renforcer : libérons les énergies, renforçons la sécurité... admirons au passage la prise en otage sémantique de tout le vocabulaire de la liberté). Structurellement il ne change rien puisqu'il croit (croyance de type religieuse) qu'aucun autre système n'est meilleur (j'attends encore ne serait-ce qu'un début d'argumentation sérieuse sur le sujet) et que chacun peut y trouver sa place (d'où le très laid "assistanat" qui revient sans cesse dans les discours).
Réformateur, comme son nom ne l'indique pas n'est pas celui qui fait des réformes (encore une récupération lexicale) mais c'est celui qui modifie les structures du système car il ne pense pas, contrairement au conservateur, que chacun peut y trouver sa place. La conclusion logique est donc qu'il faut s'attaquer directement au système pour améliorer le sort du plus grand nombre.
Au final, on retrouve bien la question de la responsabilité de chacun quant à sa condition.
Enfin, j'abonde dans ton sens; il est trivial de voir que majoritairement le PS est conservateur puisque depuis 83 il a accepté le capitalisme, depuis Jospin, le libéralisme ("mon programme n'est pas socialiste, il est moderne") et depuis Royal, les valeurs d'ordre, d'autorité et de sécurité... Triste constat non ?