J'arriverai par l'ascenseur [social]
Par Petaramesh le dimanche 24 juin 2007, 01:02 - Chienne de vie - Lien permanent
...de vingt-deux heures quarante-trois
Et je viendrai relever le compteur de ton ennui.
Je ne connaîtrai rien de tes habitudes,
Il se peut même que tu sois décédée...[1]
Ce billet, dans lequel Swâmi Petaramesh apprend qu'il habite une favelle insalubre, a failli s'appeler "Salauds de pauvres !" ou "La réplique qui tue.". Mais l'ascenseur social de vingt-deux heures quarante-trois c'est bien, aussi...
Notes
[1] Emprunté pour la bonne cause à H.-F. Thiéfaine.
Nos anciens voisins de palier, qui ne le sont plus depuis 4 ans et quelques, sont des amis que nous voyons toujours quoique pas assez régulièrement, d'ailleurs notre amie l'ancienne voisine vient d'exploser, ce sont des choses qui arrivent.
Nos nouveaux voisins de palier sont donc nouveaux depuis 4 ans et mèche, ce qui veut dire plus si nouveaux que ça, même que ce sont les parents de la petite amoureuse de Srî Minîshiva.
Pour autant, bien qu'ils habitent aussi loin que le palier de notre étage et que leur porte soit à 3 bons mètres de la nôtre, et que nous connaissions (de par le fait du passé) le moindre recoin de leur appart', nous n'avons jamais foutu les pieds chez eux, et eux, à peine davantage chez nous. Sauf le jour de leur emménagement : il leur manquait un yaourt. Et une ou deux fois depuis pour venir récupérer leur naine invitée par Srî Minîshiva.
Il faut dire qu'ils sont bizarres, comme le sont les êtres de cette sale espèce qu'on appelle les humains.
Lui est une sorte de fantôme aimable qui dit bonjour
quand on le croise le matin, et bonsoir
quand on le croise le soir. Eventuellement, si on lui dit quel sale temps !
, il peut répondre oui...
Ça, ça ne suffit pas à qualifier la bizarreté humaine, parce qu'on a aussi eu des voisins-d'en-face sur le palier, qui sont restés facile 4 ans, et avec qui on a bien du échanger 3 Bonjour !
et un Bonsoir !
sur la totalité de la durée.
Ça me surprend moyen, remarquez, parce j'ai l'habitude des apparts en ville, et que, enfant déjà, mon père apprit le décès de la femme du voisin de palier (notre voisine depuis plus de 10 ans, donc...) en lisant son annonce nécrologique dans Le Provençal. Et il n'y avait que deux apparts', sur ce palier... Enfin bref.
Les voisins, donc, sont peu liants.
C'est surtout elle, qui est zarbe. Au début, Mâ Anandaramesh me disait : Je ne la sens pas cette femme... Elle est méchante.
Mâ Anandaramesh sent les gens, c'est un don, alors en général je dresse l'oreille.
Après examen attentif de la voisine et méditation approfondie, je lui répondis : Non, ce n'est pas qu'elle est méchante, c'est qu'elle est extrêmement timide car elle doit faire un gros complexe lié à ses origines sociales que je devine fort modestes, qu'elle a de graves oursins dans ses poches et que pour elle un sou est sacrément un sou, et que ce sont des gens partis pour arriver qui vont serrer les dents toute leur vie pour se payer le pavillon qu'ils finiront par avoir, fort probablement bien avant nous et plus grand. Regarde comme leur Picasso brille vachement plus que notre Scénic crado ! En plus elle n'a pas inventé l'eau chaude, mais elle n'est pas à proprement parler méchante.
.
des Thénardier gentils quoi, pas franchement de leur faute, la vie qui veut ça...
Depuis quelques jours, elle s'est mis dans la tête qu'il fallait que je passe une radio pour voir si j'ai pas le cancer de la gorge de ma voix que j'ai plus, même que ça va mieux, ça commence à revenir... Comme sa belle-mère a eu le cancer et qu'elle-même est aide-soignante, le diagnostic est fait, c'est sûr, le cancer, je l'ai aussi.
Aujourd'hui, la 'moiselle était invitée à la fête d'anniversaire de Srî Minîshiva, même que c'est eux qui ont apporté le plus gros cadeau, souvent, tu peux également reconnaître les gens radins et modestes au fait que ce sont eux qui apportent paradoxalement le plus gros cadeau, parce que pour eux la valeur du cadeau a de l'importance, pas apporter un petit cadeau de rien du tout pour pas passer pour des peigne-culs. Donc, apporter le gros cadeau qui a l'air cher mais qui est moins cher que ce qu'il a l'air, surtout qu'on l'a eu en promo, si vous voyez ce que je veux dire...
(Normalement, dans ce cas-là, l'invitée grande-bourgeoise se pointe les mains dans les poches en disant : Je suis vraiment dééééééééésolllééééeeee, je voulais passer à [coller ici le nom du magasin de jouets hyper-moches hyper-luxe trop-chers du centre-ville] mais je n'ai vraiment pas eu le temps parce que la jeune fille au pair nous a fait une appendicite et que...
)
Brèfle.
Aujourd'hui, donc, après avoir emmené notre escoudade de Nains au cinoche et les en avoir ramenés intacts, on s'est dit comme ça qu'on allait squatter le jardin de l'immeuble, là derrière, pour y faire le goûter d'anniversaire, rien que pour faire chier le voisin du premier qui est un vieux schnock coincé qui élève des oiseaux exotiques dans son F4 et qui n'aime ni les enfants, ni le bruit, ni les gens dans le jardin de l'immeuble que ça fait trop prolétaire si jamais le jardin y'a des gens, dedans...
Donc on a plié la table pliante (logique) du balcon, on l'a descendue en bas, avec les assiettes, les gâteaux, le Champomy, le Coca, le jus de fruits, les bonbecs, les cadeaux, les boules en plastique, l'hélicoptère (trop de la balle pour terrifier les foules, ce truc ;-), les fusils laser, les Nains, et on est allés planter le bordel en bas.
Au bout d'un temps les parents des nains-vités se sont pointés, on a commencé à tchatcher, puis des voisins d'en bas se sont invités avec leurs Naines, puis d'autres de plus haut, y'avait bien assez de gâteau et de Coca pour tout le monde, ça a fini par ressembler à un gros raout de voisins dans le jardin avec des Nains partout qui faisaient beaucoup de bruit, et ça faisait bien chier le vieux schnock du premier qui nous regardait du balcon avec l'air de tirer la gueule sévère.
Demain on a une pétition au cul, c'est sûr.
Et donc la voisine, qui commence à papoter avec Mâ Anandaramesh. Quand je me joins à elles, la voisine est en train de se plaindre du montant des charges et de la régularisation annuelle de ouf' qu'elle vient de se manger dans la poire, et on lui répond qu'on sait, que leur syndic sait pas compter et leur colle chaque année une régul qui tue, c'était pareil avec les voisins d'avant, alors que le nôtre sait compter et nous rend chaque année un léger trop-perçu.
Rien que ça, ça la met de mauvaise humeur terrific. S'ensuit ce dialogue admirable :
- (Voisine) : Alors, vous avez été faire la radio ?
- (Swâmi Petaramesh, air bien navré, pince vachement sans rire) : M'en parlez pas, j'ai passé mon jeudi entier à l'I.R.M. à Machintruc... Et même que j'ai dû y retourner hier, encore...
- V : Aaaahhh booooonnnn ?
- SP (sombre) : Eh oui...
- V : Mais alors...
- SP (détaché) : Alors jai vu plusieurs cancers.
- V (atterrée) : ...
- SP (détaché) : Mais c'est pas grave...
- V (estomaquée) : ...Mais ?...
- SP (sourire en coin) : Parce que j'étais du bon côté de la vitre !
- V (sidérée) : ???
- SP : Ben ouais quoi heuu ! J'y étais pour le boulot ! Pas pour "moi" ! Gag ! Haha ! Umour Glassial et Sophistiqué ! Trop nefeu ! Moi ça va mieux, vous voyez bien !
- V (perdue) : Ah ben alors c'est bien, parce que même mon mari il m'a dit que vous deviez faire une radio ! Et lui, justement, il travaille aussi au scanner, à Chosebidule...
- SP : Ah, il travaille au scanner, il est médecin ?
- V : Ben non il est pas médecin ! Il est manipulateur radio ! Vous croyez franchement que s'il était médecin on serait toujours là à habiter dans cet immeuble ?!?!?!?
Je vis alors littéralement briller dans ses yeux la villa avec piscine en zone ultra-résidentielle de ghetto de riches, comme je devinai toute la rancoeur qu'elle pouvait avoir envers son insuffisant mari par la faute duquel elle devait supporter de toujours devoir partager le même immeuble de prolétaires que Swâmi Petaramesh, même si y'a un jardin, même si c'est super calme en pleine ville, même si y'a un grand balcon (mais elle nous fit remarquer quelques minutes plus tard que son balcon est le plus venté et le moins abrité de l'immeuble, c'est tro inzuste...)...
Y'a des gens, on ne sait pas vraiment trop comment les décrire. Ça paraît une tâche légèrement au-delà du possible. Il faut les voir...
Ah puis tiens, aussi, même, aujourd'hui, j'ai appris son prénom, à la voisine. C'est sa fille qui nous l'a dit.
Pis j'ai compris pourquoi y'en a plein des comme ça qui votent Sarkozy pour le bouclier fiscal et la suppression des droits de succession : Par solidarité de classe : Ils se sentent entièrement solidaires de leurs congénères parvenus propriétaires de villas avec piscines et du gros 4x4 qu'ils espèrent avoir un jour dans leurs rêves les plus fous et les moins probables quand ils s'endorment en rêvant au canapé en cuir du salon qui s'harmonisera si bien avec les sièges en cuir du pick-up 4x4.
Elle, faudra qu'elle divorce pour un médecin, j'imagine, mais dans un hosto, après tout, c'est trouvable... De préférence, un chef de service ? Elle a ses chances. Et puis ça tombe bien, il faudra qu'elle arrête de bosser, aussi, parce que quand ça se saura, le chef de service pourra pas décemment être avec une aide-soignante, faut être logique...
Perrette, sur sa tête, avait un BMW X5...









Commentaires
ça alors, un raout entre voisins dans le jardin, si c'est pas la classe...
tu crois que ça existe, dans les ghettos de riches, ce genre de choses ?
Swâmi, tu veux bien que je t'appelles Swâmi ?
Des articles comme ça, je me régale, ça m'a redonné le goût de la lecture, pour tout te dire ! J'ai un peu de mal parce que j'ai quand même un peu perdu, mais je fais l'effort, parce que tes billets sont tellement bien
Juste une chose que j'aimerais que tu me précise parce que sinon, je m'y perds : Minishiva, c'est un nain ou une naine ?
c'est parfait!
sur Rue 89: http://www.rue89.com/
il y a un extrait d'un entretien avec Deleuze (3 minutes) qui dit, en gros, "être de gauche c'est percevoir le monde d'abord."
Je crois que c'est tout à fait ça. tous ces lecteurs de Sarkozy l'ont fait pour eux, individuellement, égoïstement, pour le pavillon de banlieue ou la caravane avec l'air conditionné;
Et puis aussi , comme tu le soulignes, ils s'identifient politiquement à la classe sociale à laquelle ils rêvent d'appartenir.
ils ont de tout petits rêves, des aspirations de Barbie et Ken.
Ils sont dans la consommation jusqu'au cou et dans l'erreur par la même occasion, ils sont à la fois pathétiques et effrayants.
j'adooooore......l'art d'emmerder le monde en creant une fete impromptue.......mais tt le monde (sauf voisin du 1er) a tapé l'incruste donc ça correspond à un besoin de convivialité ......tu sais ce qui te reste à faire les samedis......tu as p'etre manqué ta vocation : recreer du lien social ( ça ressemble un peu à la politique ;-) non)
par contre ta voisine envieuse est pas piquée des hannetons ....mais bon ça correspond à des gens qui vivent par procuration ds gala et voici (zon pas compris qu'il fallait faire des efforts pr reussir pourtant y en a un qui l'a repeté plein de fois et meme de façon subliminale.....c'est comme ça qu'on fait bosser les gens qui ont des gouts de chiottes)
ps: pr le chef de clinique espéré par la voisine tu sais pas que les torchons et serviettes ça se melange pas sauf bien sur pr la bagatelle mais là ça compte pas....
@Céleste :
C'est la raison pour laquelle je ne peux m'empêcher de considérer le fait d'être de gauche comme une présomption d'intelligence et de fréquentabilité, et le fait d'être de droite comme une garantie de bêtise crasse. Les gens de droite pensent probablement le contraire, mais ils sont bêtes.
Je me suis également fait la remarque intérieure, depuis quelques mois, à l'occasion de la campagne électorale passée, que ce corps-ci était irréductiblement et irrémédiablement de gauche, et que ça s'était aggravé et cristallisé en vieillissant et au fur et à mesure de la traversée des amusantes épreuves de l'existence. Une sorte de radicalisation progressive, l'arbre tombe toujours du côté où il penche ;-)
Du coup je me prends pour quelqu'un de très bien, et ça, par contre, c'est inquiétant :-}
@Marie :
C'est impossible : Je suis un ours misanthrope.
Nan, la vocation du Swâm' est D'ÉCRIRE DES LIVRES, mais pour l'heure il se chie, alors il blogue ;-}
@Marie :
Je dois avouer avoir pris un plaisir délicat à lui narrer le splendide appartement (grand, lumineux, calme, extrêmement bien placé, juste au-dessus d'un parc, métro, tram, tous commerces...) que se sont payés leurs prédécesseurs dans l'appart' qu'eux-mêmes occupent actuellement. Et en plus sa valeur a doublé depuis 4 ans. Elle était d'un très beau vert ;-))
le dernier vers est tel que mon esprit s'y est fixé et paralysé.
Savoir ce que c'est ^qu'être de gauche, cela tend à devenir difficile par les temps qui courent si on écoute ce qui se dit non ? Suis je de gauche ? De formation certes pas, en réalité je ne sais pas. J'essaie seulement d'être honnête avec moi même (pour la fréquentabilité j'ai mis de l'eau dans mon vin et eux aussi parce que les liens fraternels et les amitiés d'enfance ont aussi leur prix, mais je ne cède rien et ils le savent, un peu peur que ce soit parce que l'on me trouve un peu bête, raison pour laquelle je goutte tant ta phrase).
Ours social je l'ai été pendant près de cinquante ans, mais me faut rendre l'amour qui m'a entourrée suand j'étais malade
@Phénix :
Va voir à la FNAC du coin, mon amuûûûr... Tu verras qu'il y en a déjà bien trop. Il parait que si on posait sur une étagère un exemplaire de tous les ouvrages qui sortent des presses de par le monde, l'étagère se remplirait à la vitesse d'environ 150 kilomètres/heure. Ça relativise la nécessité d'y ajouter notre propre opuscule, sauf quand on s'appelle BHL...
Franchement, parmi ceux qui sortent des presses, combien qui méritent d'être lus ? Le dernier de Ségolène Royal, ? Hahahahaha !!
pardon je passais, et mes neurones sont tout gourds
Ben c'est pas grave, ça, Brigetoun, je ne vois pas pourquoi tu t'excuses ? Mes deux neurones à moi sont gourds aussi, mais ça, c'est depuis que j'ai arrêté de fumer...
Tiens, à propos de BHL, je résiste pô: j'ai lu, je sais plus ou :"BHL, le Paris Hilton de la philosophie"...........j'adoreuuuuuuuuuuu, j'en rigole encore en l'écrivant.......
@eva_bien :
C'est là :-}
Salut le Swâm' !
J'aime beaucoup ton analyse de ta voisine (mais c'est pas un scoop, tu sais que j'adore tout ce qui sort de ton esprit fécond) et celle des la répartition droite-gauche. J'ai aussi tendance à considérer que les gens de droite sont infréquentables parce qu'égoïstes et fiers d'être de droite (et persuadés de ne pas être de gros égoïstes)... En revanche je ne suis pas sûre que ça ait un lien avec être ou non intelligent. Il faut parfois de l'intelligence pour satisfaire son égoïsme dans la politique qu'on nous propose actuellement... Et de la bêtise il y en a des deux côtés.
J'essaye d'arrêter de dire que je n'aime pas les gens de droite parce que je me rends compte que j'en cotoie, parfois de près sans le savoir ; et je me rends compte que parmi eux il y a des gens qui à première vue sont d'accord avec les idées "révolutionnaires" de leur Président-qu'ils-ont-bien-mérité ("au moins il en a !"), mais si tu creuses (sans s'énerver, ce qui n'est pas facile quand tu as de naïfs défenseurs de la TVA sociale à la Borloo en face de toi) ils sont capables de comprendre ton point de vue, voire d'en saisir le bien-fondé avant de cloturer (ou de tenter de clôturer) la polémique d'un "mais c'est quand même compliqué, tout ça..."
Mais on rejoint ici la suspicion de bêtise dont tu parlais plus haut. Sauf que je constate la même réaction chez les socialistes, même ceux de gauche (mais si, il y en a). Soit ils n'ont pas compris ce qu'impliquent les idées de leurs meneurs, soit ils ont compris mais ils ne réalisent pas qu'ils sont (du coup) de droite.
"c'est quand même compliqué, la politique, tout ça..."
Bah oui c'est pour ça qu'il faut peut-être y réfléchir AVANT de voter, non ?