Allez, je me donne dix minutes pour torcher ce billet relecture comprise : je n'en ai pas davantage, mais j'ai voulu préciser un peu la raison pour laquelle, après avoir crié si fort et si longtemps que je ne voterais pas Pimprenelle la tête sur le billot, j'ai fini la mort dans l'âme par me décider à le faire, ce dont Ko n'est pas responsable à elle toute seule ;-)

C'est qu'un argument, je ne sais plus de qui, je ne sais plus quand, parmi les mille que j'ai entendus, a fini par porter et est resté comme ça à me trotter dans la tête, sans doute un des arguments les plus affectivement immédiats pour faire pleurer Margot, mais cependant réel et efficace : L'argument selon lequel, si le little führer vient à passer, ce sont les plus faibles de notre société qui ont vraiment du mouron à se faire, parce qu'ils vont s'en prendre plein la gueule, tous ceux qui sont déjà plus ou moins exclus ou en voie de l'être, tous ceux qui ne font pas partie de "la France qui se lève tôt", ou alors tôt mais sans-papiers.. tous les chômeurs de plus de quelques mois, les RMIstes, les sans-logis, les sans-papiers, les insuffisamment français, tous les futurs Kärcherisables qui peuvent être certains que le nabot-Léon va venir ajouter encore de la misère à leur misère.

Oh, non que je pense une seconde qu'ils ont quoi que ce soit à espérer de Ségolène ! Mais je suis en effet persuadé qu'ils ont tout à redouter de l'autre affreux.

Il y a encore quelques semaines, je faisais partie de la cohorte, chômeur de longue durée, en fin d'indemnisation, pas au bord de la misère - respectons le sens des mots - mais à l'extrême limite d'être sérieusement dans la merde. Et au début de terribles crises d'angoisse que je ne vous souhaite pas.
A l'époque, faisant partie des victimes potentielles de l'affreux, j'étais pour autant fermement décidé à ne pas voter pour l'autre, et je l'aurais complètement assumé.
Mais les choses ont changé depuis : j'ai retrouvé du taf' et, même si ce n'est que très récent, je ne fais au moins pour l'instant plus partie de ceux qui ont le plus à craindre de l'affreux.
Et, de ce fait, je ressentais une vague sensation de culpabilité, d'abandon en somme, à me laver les mains entre Ségolène et Sarkozy, tout en sachant qu'au bout de compte je ne serais probablement pas celui sur la gueule de qui ça allait tomber le plus dru.

Ça a fini par me poser un sérieux problème de conscience. Qui s'est finalement résolu dans le Et puis merde, tiens, d'accord, j'y vais, je vote, même si je ne crois pas une seconde à celle-là, je ne pourrai pas dire que je n'ai pas fait mon possible pour barrer la route à l'autre. Et advienne que pourra.

Voilà, c'est aussi con que ça.

Ajoutons-y qu'il m'a de nouveau été donné de voir ces derniers jours à quel point toute la souffrance sociale extrême que notre société véhicule est invisible de ceux qui ne la vivent pas directement, qui ne l'ont jamais connue eux-mêmes, ni dans leur chair, ni dans celle de leurs très-proches. Il y a dans ce pays une sorte d'état de pestiféré à être chômeur de longue durée, RMIste, une chose à cacher, on n'en parle pas, les autres ne nous en parlent pas, tout le monde a peur que ça s'attrape...

Et, de la part des heureux - heureusement encore très majoritaires - qui ne sont pas les victimes directes de cette souffrance sociale, on nage la brasse coulée à un point incroyable dans les idées préconçues savamment instillées dans nos cerveaux à propos de tous ces salauds de profiteurs d'assistés qui se la coulent douce, de tous ces "cas sociaux" qui sont des personnes nécessairement flemmardes, infréquentables, alcooliques et qui puent - en gros, bien fait pour eux ! - et tous ces braves gens péremptoirement prêts à couper les allocs d'un chômeur "au deuxième refus de poste" comme dit l'autre affreux, mais qui, tranquilles dans leurs charentaises, passent leur temps à râler sur leurs conditions de travail dès que le climatiseur se dérègle d'un degré... Tous ces gens qui feraient une grève de tous les diables si jamais on voulait leur déménager leurs bureaux à 500 mètres, et qui accepteraient sans sourciller de couper les vivres à un chômeur qui aurait refusé un poste merdique et mal payé à 60 kilomètres de chez lui.
Les postes "proposés par l'ANPE", je sais ce que c'est, merci. Faut pas oublier que j'en sors, et que j'y étais inscrit depuis un bout de temps... Je viens de recevoir encore avant-hier (Hahaha !) une proposition de poste de l'ANPE, agence informatique s'il-vous-plaît, celle où je suis inscrit, et qui m'envoie royalement une "offre" tous les 6 mois (peut-être y sont-ils obligés ?) et qui m'a encore envoyé une offre de merde qui ne correspond de surcroît absolument en rien à mes qualifications. Heureusement que je suis inscrit dans l'agence "spécialisée" et depuis longtemps, hein... Et qu'ils m'ont fait faire un bilan de compétences dont ils ont évidemment perdu le résultat... Pour m'envoyer tous les 6 mois une offre de merde sans aucun rapport avec rien de ce que je sais faire. "Jeunes diplômés pour première expérience" ils recherchaient, dans celle-là... J'ai 43 ans, plus de 15 ans d'expérience, et je suis essentiellement autodidacte ! Bonne pioche, non ?

Bref, et il faut que je file, je n'ai pas l'ombre d'un espoir que quoi que ce soit s'améliore par la grâce de Ségolène, mais j'ai la certitude que tout empirerait encore terriblement pour les plus démunis avec l'affreux nabot. Donc je bouffe mon chapeau, et je vais voter.