(Aparte : Ségolène est en train de dire à la télé Les français ont envie d'un changement profond. Aucun doute, on va se la faire mettre bien profond.)

J'ai la chance de travailler dans de fort bonnes conditions, comparément à beaucoup qui travaillent pour des clopinettes dans des conditions physiquement pénibles (quoique... il fait chaud, dans les bureaux...), et de travailler avec des êtres humains de bonne qualité, contrairement à beaucoup qui doivent se taper des fumiers de petits chefs sadiques et de gros abrutis, les miens cette fois c'est de la balle, du moins pour ce que j'en ai vu jusqu'ici (tout nouveau, tout beau...), mais je les sens vraiment plutôt bien, tous mes collègues. Voir la tronche en long de tout le monde, D.G. en tête, devant la carte de France toute bleue marine de début de semaine dans le journal, avait quelque chose de profondément réconfortant. Le rêve, pourrait-on penser ?

N'empêche.

(Aparte : Ségolène est en train de dire à la télé Je ne supporte pas la brutalité. Aucun doute, elle veut nous vaseliner l'oignon.)

Croulay sous le bouleauN'empêche. Ce sont des jeunes, motivés, sûrement pour la plupart pas encore des masses mariés, et pas encore des masses pères de familles. très motivés, des bêtes de travail. Donc, sur mon contrat, y'a marqué "35 heures", mais le matin, je me pointe à 9 heures, je suis l'un des derniers, et le soir, je me casse à 18h30, je suis l'un des premiers... Argh, je sens que je ne vais pas beaucoup en voir la couleur, des 35 heures... Et que je ne vais plus être des masses à la maison pour les devoirs des gosses, non plus.

Je vais travailler plus pour gagner plus. Ca va faire plaisir à our next führer, Sa Talonnette Premier, ça... Il pourra me filer une médaille du travail, dans quinze ans !

Pis hein, après une semaine, je me vois mal revendiquer mes 35 heures, arriver le dernier, partir le premier, regarder sa montre, ça ferait un poil juste pour un nouveau venu ! Surtout un qui doit prendre des tours pour se remettre en selle... Alors à Rome comme les Romains... Et dérouillons notre anglais, ça ne fera pas de mal.

Mais déjà, je sens le manque de temps personnel... Plus de temps pour écrire, pour penser, pour me livrer à mes étonnantes activités personnelles intérieures que strictement personne ne comprend, mais qui me sont aussi vitales que l'air que je respire... Et qui sont sans doute ce que j'ai de plus riche, mais qui ne regarde que moi et ne se partage que par télépathie ;-)

Je pense que ces dernières années de chômisme, j'ai eu la chance de voir grandir mes enfants, d'aller les chercher tous les jours à l'école. Maintenant ils sont plus grands, je reprends le collier... Mais j'apprécie ce que j'ai pu leur donner et partager avec eux, maintenant ils sont plus grands, mais ils auront déjà eu ça.

Je retourne au turbin, donc. Et déjà je me souviens des nombreuses années qui, dans le passé, ont pu défiler derrière moi happées dans le maelström du boulot, sans que je les voie passer ni qu'elles me marquent en rien, sans beaucoup de temps pour prendre du recul, ni pour lire, ni pour se cultiver, ni pour en consacrer à sa famille - de famille, à l'époque, je n'avais point... Donc en gros, de mon temps, je faisais ce que je voulais, et à l'heure qui me plaisait. Mais quand tu as une femme et deux gosses, tu oublies.
Et quand j'ai dételé, j'ai réalisé avec une forme de stupeur la quantité considérable de temps et d'énergie que j'avais pu consacrer, professionnellement, à des choses parfaitement futiles ou totalement inutiles. Des trucs qui ne faisaient pas avancer le schmilblick d'un millimètre, quoi, tout juste l'earning per share. Dépenser sa vie sur l'autel de l'earning per share, ça fait un peu juste. Surtout quand c'est pas toi qui as les shares... Que reste-t-il de tout ce que tu as fait ? Des quetsches. Tu aurais mieux fait de faire des mandalas de sable que le vent disperse, ça aurait été plus joli, et ça aurait au moins eu le véritable sens de ce qui est gratuit. Ce qui est gratuit est finalement la seule chose qui puisse être vraiment respectable.

Et cette considération profonde fera toujours la différence entre un type comme moi et un capable de voter pour un Sarkozy.

J'ai eu beaucoup plus de temps, ces dernières années. Mais il est vrai que là, ça devenait trop. Non pas l'ennui, mais un flétrissement social qui devient invivable à la longue, joint à la Bérézina financière qui l'accompagne. Une situation qui un jour doit prendre fin avant de t'avoir à l'usure.

Et je me dis qu'à l'âge des cavernes, les humains bossaient 4 heures par jour, et c'était le bout du monde. Que savaient-ils que nous avons oublié, dans notre société où une partie de la population dépense la totalité de son temps disponible au turbin, pendant que les autres se dépriment au chômage, totalement dévalorisés par un système absurde et remis en cause dans leur simple droit à survivre ?

OK, je rebosse, et j'y vais de bon coeur. D'un côté, je considère que j'ai pris ma retraite d'avance, ou du moins une partie... Vu que par la suite, quand ça sera notre tour, on pourra toujours se gratter. Et j'ai donné à mes enfants une partie de ce que tout parent doit à ses gosses. Maintenant, j'y retourne, et, d'une bonne part, c'est pour moi. Presque sur prescription médicale, c'est quand même meilleur qu'un antidépresseur ou qu'un anxiolytique... Ça mettra même mon (fumier de ) banquier de bonne humeur.
Et d'une autre part, je suis déjà conscient d'y sacrifier une bonne partie de moi. Même dans un boulot intéressant avec des gens intéressants. Le fait est que l'organisation de la société dans laquelle nous vivons fait qu'on y consacre beaucoup trop de temps. Ca ne mérite pas ça. Ça ne mérite pas autant de notre matière, autant de nos efforts. Il y a des choses bien plus importantes dans la vie, et notre civilisation l'a oublié.
Il faut bosser pour vivre et non vivre pour bosser. Ou alors, vivre pour pouvoir s'exprimer à travers quelque chose qui soit beau ou utile, c'est-à-dire à peu près le contraire de ce que notre société nous demande, en général.

(Aparte : A la télé, Ségolène vante les entreprises qui font des profits... Et raconte de gros mensonges. Plus gros qu'elle.)

Tous ceux qui, dans nos dirigeants, vantent le "travailler plus" pensent surtout quant à eux à faire bosser les autres... Et même quand ce sont eux-mêmes des bourreaux de travail : Ils n'ont pas d'autre objectif dans la vie que la "réussite", le pouvoir, l'argent, la revanche à prendre... Ce sont des être creux. Des preta pleins de vide, avides de puissance - illusion de puissance - et d'avoir faute d'être. De la merde dans des bas de soie.[1]
Ce n'est pas parce que ces fumiers sont de beaux exemples de névrose obsessionnelle qu'on devrait se névroser nous-mêmes à les suivre. Les avides de pouvoir, ils devraient nous faire plus pitié qu'envie, mais non, ils fascinent cete majorité de cons qui les applaudit et vote pour eux. Encore ! Encore !

Et comme ces gens-là finissent toujours par parvenir à ce pouvoir qu'ils veulent tellement - moi, le pouvoir, je ne l'aurai jamais, mais je m'en fous ! - c'est leur folie qui gouverne ce monde...

(Aparte : A la télé, la connasse dit qu'il n'y aura plus de droits sans contrepartie. Elle chante le grand air du travail. Je sens que les RMIstes vont tondre des pelouses, moi je vous le dis ! Ça va chier des bulles dans le Landerneau ! La Pimprennelle, elle ne veut plus d'injustice... Où sont les trouducs qui veulent que je vote pour elle, que je leur botte le cul ?)

Enfin voilà quoi. Je suis remonté dans le train. J'ai du bol d'un côté : J'ai fini par avoir la possibilité d'y remonter, et pas dans le dernier wagon... Et comme disait l'autre, nourrir ses enfants est une chose honorable.

Je commence déjà à me sentir psychologiquement dans des grolles beaucoup plus confortables. Une part de moi est soulagée. Une autre est dubitative. Une troisième est toujours inquiète et dit : Ouais, méfi... C'est pas gagné...

Ce billet part vraiment dans tous les sens. Ce ne sont que des vagues idées jetées dans un vague vrac.

Et ce monde va toujours aussi mal, c'est pas pour dire...

Enfin tiens, cet été, j'irais bien voir Patty Smith, Marylin Manson et Lou Reed à Fourvière... M'étonnerait qu'on puisse se faire les trois, un, ce serait déjà bien... Je pencherais pour Patty Smith, Mâ Anandaramesh verrait plutôt Lou Reed...

Mâ Anandaramesh aura le dernier mot : À chaque fois que je regarde Ségolène, je m'endors...

Elle a bien raison, en fait, Sînziana, d'avoir fumé sa carte d'électeur (que Dieu la tripote !), mais je ne sais pas pourquoi elle a fermé ses commentaires... Pour ne pas qu'on la gonfle à lui demander d'aller voter Ségolène ?

Ah tiens, y'a Krivine à Soir 3 qui dit que Sarkolène et Ségozy c'est pareil, et qu'il préférerait se crever un oeil plutôt que voter pour elle. Il a bien raison, le bon bougre.

Je vais voter Sînziana for présidente (parce que c'est une faaaaaaaaeeeeeemmeuh et qu'elle ne pense qu'au cul et à dire des bêtises), et Krivine for prime minister

Notes

[1] Définition de Talleyrand selon Napoléon Bonaparte (et non pas Picolas Narcozy).