1942 - 2007
Par Petaramesh le jeudi 22 mars 2007, 07:50 - Politique infiniment dualiste - Lien permanent
Resf Paris : Répression et chasse aux étrangers : un pas a été franchi.
COMMUNIQUE DE PRESSE RESF PARIS
Paris le 20 mars 2007
Répression et chasse aux étrangers : un pas a été franchi.
Hier et ce soir, des incidents graves se sont produits lors de rafles effectuées dans nos quartiers à Paris.
Lundi 19 mars en fin de journée, nous avons assisté, révoltés, à une tentative d’arrestation devant l’école maternelle Rampal d’une dame venue chercher une petite fille à la sortie de l’école.
Malgré l’intervention des parents présents, et celle d’enseignants, les policiers ont fouillé et interrogé cette femme, prenant de haut les protestations, devant les enfants et parents traumatisés. Ils l’ont ensuite emmené pour une destination qu’ils n’ont pas voulu préciser, laissant la petite fille désemparée...
Suivis et à nouveau "interpellés" par des parents de façon véhémente, les forces de l’ordre ont fini par relâcher leur proie plutôt que de provoquer une émeute. Cet incident a eu lieu lors d’une énième rafle dans le quartier de Belleville.
Ce soir, mardi 20 mars, au même endroit, après plusieurs allers-retours dans le quartier, les policiers ont finalement assiégé un café (situé à l’angle de 4 écoles, les écoles Lasalle et Rampal), et y arrêtant, notamment, un grand-père de 2 enfants scolarisés aux écoles Piver et 77, bld de Belleville.
Après l’avoir maintenu dans le café pendant plus d’une heure, la police décidait d’embarquer ce grand-père juste avant la sortie d’école de 18h. Les parents d’élèves, des enseignants, les militants de RESF et les habitants du quartier tentaient d’intervenir. La réaction des policiers fut immédiate : ils cherchaient violemment à disperser la mobilisation, n’hésitant pas utiliser la violence physique et un peu plus tard à asperger la rue de gaz lacrymogène. Les parents présents aux sorties d’écoles, avec leurs enfants et leurs poussettes, atteints par les puissants gaz lacrymogènes, se réfugiaient dans l’école élémentaire Lasalle pour fuir cette scène particulièrement traumatisante.
Le grand-père a finalement été emmené dans un commissariat du 2ème arrondissement.
Quelque temps après, les rafles se poursuivaient à Goncourt et à la rotonde de Stalingrad.Non contents d’augmenter la cadence des contrôles au faciès, parfois en dehors de tout cadre judiciaire, les fonctionnaires de police ont donc choisi cette fois de violer le dernier refuge des valeurs de la République, à savoir l’école.
Le Préfet de Police de Paris aurait tort de sous-estimer la colère grandissante que provoquent ces procédés iniques et circonstanciels dans les quartiers dits "populaires". La peur cède peu à peu à la détermination d’y mettre fin, on l’a vu ce soir.
Nous partageons cette détermination. Le procédé de rafle est en lui-même odieux parce qu’il bafoue l’ensemble des droits fondamentaux des personnes humaines. Et doublement insupportable quand les institutions de la République sont elles-mêmes visées.
Nous rappelons aussi les garanties données à RESF à deux reprises pendant l’été 2006 (le 5 juillet et le 27 juillet) par la Préfecture de Police : qu’il n’y aurait pas d’interpellations dans et aux abords des établissements scolaires.
Désormais, devons-nous tenir pour caducs ces engagements ?
Pour le Comité de soutien Lasalle-Rampal,
Maria Clark, Thérèse Coriou, Dominique PerezPour RESF Paris,
Brigitte Wieser, Anthony Jahn
« Résister» se conjugue toujours au présent.
- Lucie Aubrac
Le lendemain de ces rafles de sortie d'école, l'homme[1] qui les a organisées, Grand Kärcherisateur et actuellement candidat à la Présidence de la République Française, s'inclinait aux Invalides sur le cercueil de Lucie Aubrac.
Apprenant son décès, le petit homme au Kärcher avait prononcé ces mots : [Elle] incarnait le visage de la liberté, du courage et de l'amour. Elle était une résistante d'hier et une citoyenne de tous les jours. Au nom de la liberté, elle refusa la soumission de la France, la haine et l'antisémitisme
.
Hier aux Invalides, on a également joué le chant des partisans. Comme il semble que le petit homme n'ait pas très bien entendu les paroles, je le remets ici, plus fort...
D'autres aussi, ont quelques problèmes visuels et auditifs : Rien par exemple aux journaux télévisés du miniver à propos de ces rafles. Elles n'ont probablement pas eu lieu.
Le Nouvel Obs publie un article à ce propos : Une arrestation musclée de sans-papiers tourne à l'émeute
:
[...]
A cette heure de sortie des écoles, la rue était pleine de monde, d'enfants, de parents avec des poussettes, explique-t-elle. Les directeurs des écoles ont dû faire entrer les parents et les enfants dans les bâtiments pour les protéger des gaz et de la bousculade.
Une journaliste, qui était présente, a pu filmer la scène. Les policiers lui ont pris ses papiers. Ils lui ont rendu sa carte de presse, mais elle n'a pas récupéré sa carte d'identité. La police voulait aussi se saisir de sa caméra, mais elle est parvenue à s'en débarrasser. "Ils étaient très embêtés, ils ont longtemps cherché la caméra", commente Brigitte Wieser.
[...]
Espérons que des images de cette triste scène sortiront bientôt comme par magie.
Update 23/03 18:30 : Vidéo réalisée par la journaliste Juliette Warlop lors de la rafle rue Rampal :
Rafle 20 mars 2007 école Rampal Paris, filmée par J. Warlop
Origine de cette vidéo : La télé libre
Update 25/03 12:33: Interviews de parents d'élèves et de personnes présentes, LeJT2Zero sur Youtube :
LeJT2zero / Police à l'école Rampal
Update 26/03 08:57: Sujet au J.T. d'iTélé, sur DailyMotion :
Rafle 20 mars 2007 école Rampal Paris (iTélé)
Le Yéti parle également de cette affaire. Moi, franchement, à part copier/coller des communiqués de presse et des références d'articles ailleurs, je ne sais plus quoi dire, car je n'ai plus de mots.
C'était des choses qui ne devaient plus arriver, hein ? C'était ce qu'on croyait...
Le chant des partisans est interprété par Troïka
Addendum 23/03/2007 15:03 :
Sans-papiers: une directrice d'école maternelle parisienne en garde à vue
Vendredi 23 mars 2007, 14h04
PARIS (AP) - La directrice d'une école maternelle parisienne a été placée vendredi matin en garde à vue pour outrage à la suite des incidents qui ont opposé mardi devant son établissement des parents d'élèves aux policiers venus interpeller des parents sans-papiers, a-t-on appris de source judiciaire. Deux autres personnes ont également été placées en garde à vue dans cette enquête, précisait-on.
Cette interpellation a provoqué un véritable tollé parmi les syndicats, ainsi qu'à gauche. Le Réseau éducation sans frontières (RESF) a appelé à un rassemblement vendredi en début d'après-midi devant le commissariat où la directrice de l'école maternelle, située rue Rampal dans le XIXe arrondissement de Paris, est retenue.
« Le Parti socialiste demande solennellement à ce que toute la lumière soit faite sur l'arrestation de la directrice d'une école maternelle devant laquelle des affrontements entre parents d'élèves et forces de l'ordre ont eu lieu mardi, et exige que cette enseignante soit remise en liberté », a déclaré de son côté le porte-parole du PS Julien Dray dans un communiqué.
« Le candidat dit qu'il a changé, parle d'amour et demande à ses porte-parole de donner de lui une image adoucie, mais la réalité de la politique qui est, et serait la sienne s'il était élu, toujours aussi violente. Nicolas Sarkozy ne peut plus tenir ce double langage, en laissant croire quil faut protéger les enfants tout en traquant leurs parents », ajoute M. Dray.
« Je suis scandalisé qu'on s'en prenne à une enseignante qui n'a fait que procéder à la protection des enfants. J'en appelle au ministre de l'Intérieur pour qu'il fasse cesser cette scandaleuse garde à vue et au ministre de l'Education pour qu'il joue son rôle de protection des personnels », a déclaré de son côté à l'Associated Press Gérard Aschieri, le secrétaire général de la Fédération syndicale unitaire (FSU, première fédération de l'Education).
« On atteint des sommets. Je ne sais pas s'il s'agit d'une initiative locale ou s'il y a des ordres, mais c'est un acte particulièrement grave. Un pas a été franchi », a-t-il ajouté.
Le secrétaire général du Syndicat national unitaire des instituteurs (SNUIpp), Gilles Moindrot, parle lui d'une interpellation "inadmissible" et exige que la directrice de l'école maternelle soit "libérée immédiatement".
Jeudi, les deux principales fédérations de l'Education nationale, la FSU et l'UNSA-Education, ont dénoncé de récentes opérations policières à Paris à proximité d'écoles où sont scolarisés des enfants sans-papiers, dont l'une, mardi dernier rue Rampal, s'est soldée par des heurts et l'usage de gaz lacrymogène. AP
Notes
[1] Je veux me réincarner en oursin.












Commentaires
Je suis effondré.
Du coup je suis allé me changer les idées sur le blog de Cha (http://blog.chabd.com/).
Elle parle de l'affaire de Placid, dessinateur qui a été condamné pour avoir dessiné un flic à tête de cochon. Et là je m'effondre à nouveau en découvrant qui est à l'origine de cette plainte : le socialiste Daniel Vaillant.
Je sais même pas si se réincarner en oursin sera suffisant : c'est un coup à se faire ramasser et bouffer par un gros connard de beauf en bob Ricard qui va aller nous déguster avec ses potes pour l'apéro tout en vantant les bons résultats de Sarkozy en matière de sécurité et d'immigration.
A voir aussi: http://tempsreel.nouvelobs.com/spec...
Histoire de brouiller les pistes et de ne plus rien y comprendre, y'a des fois vraiment, je ne suis plus....
Si y'avait pas eu quelques anciens résistants pour aller pratiquer la torture en algérie, je crois que je n'y comprendrais vraiment plus rien!
@Paolo : Blurgh... Le gâtisme a encore frappé :-(
Ca par contre que les anciens résistants soient de droite voire fachos, ça m'étonne moins.
Y a le porte parole de Bayrou (me demandez pas pourquoi je regardais ça) qui a sorti une super phrase à ce sujet, à propos de Simone Veil qui part en couille : "Je pense qu'il y a certaines carrières politiques qui devraient se terminer plus tôt."
Bon, après il aurait eu un bon journaliste en face de lui au lieu de Laurence Ferrari, on lui aurait demandé ce qu'il pensait des déclarations de Raymond Barre, figure de son parti.
faut pas désespérer ...
Une arrestation musclée de sans-papiers tourne à l'émeute ... titre le nouvel obs ...
la résistance monte ...
Bon,
après cette raffle horrible,
depuis hier soir, entre l'UMP et le FN
les choses sont claires
bové va appeler à voter royal au second tour, mais bon, si tu veux un gouvernement "d'union nationale" tel qu'évoqué par le pen,
c'est ton droit. ne votes pas socialiste au second tour, on vas se reveiller avec une sacrée gueule de bois.
sarkozy n'a surement pas lu loïc woquant, royal peut-être.
sarkozy n'a surement pas vu le film de pierre carles, royal peut-être.
halala...
il faux descender de vos hottes sphères, mètre
humbre disciple louis maime
@Louis Maime : Je vous ai déjà largement répondu à ce propos.
Il semble qu'il n'y a de pire sourd... etc.
Ministère de l'Immigration et de l'Identité Nationale: un mort
Les "Dernières Nouvelles d'Alsace" du 16 mars 2007 relatent l'exécution d'une personne que le ministère de l'Intérieur a livré à ses bourreaux.
La victime de cete bavure s'appelle Elanchelvan Rajendram, et il était arrivé en France en 2002, fuyant les persécutions dont il était victime au Sri Lanka. Elanchelvan Rajendram n'a pas bénéficié de la même chance que d'autres membres de sa famille déjà réfugiés à Strasbourg. Débouté du droit d'asile en 2003,la police a fini par l'arrêter, et il a été expulsé vers le Sri Lanka en août 2005.
le jeune homme est tombé, le 28 février à l'aube, le corps criblé de six balles. Il a été exécuté par les militaires de l'armée sri-lankaise alors qu'il sortait des toilettes installées dans la cour de sa maison. Elanchelvan était vêtu d'une simple étoffe et désarmé. Il a a expiré dans les bras de sa femme, sous le regard de ses assassins.
Elanchelvan Ajendram, débouté du droit d'asile, expulsé, assassiné.
.
Personne ne pouvait ignorer qu'il serait en danger au Sri Lanka.
No coment.
Swami, je respecte ton choix, mais pour moi au second tour le TSS est de rigueur. Sarkozy me fait super flipper, et contrairement à LePen, il est en position d'être élu.
La gauche (en comptant l'extrème gauche, Ségo mais pas Bayrou) représente moins de 40%.
Bref, on est dans la merde, surtout si LePen appelle à voter Sarko.
Arghhh, Maurice Druon co-auteur du chant des partisans. Comme quoi les mythes tiennent à peu de choses.
Ben quoi, c'est l'auteur de Tistou les Pouces Verts !?
:o)
une vidéo , faite avec un portable, existe ...
cette vidéo est interdite ...
elle est sur mon blog ... et sur les votres ?
« Résister» se conjugue toujours au présent.
- Lucie Aubrac
je l'ai rajoutée à mon groupe , la vidéo ...
plus elle sera présente sur le web, plus elle tournera ...
@les marques :
Elle a été rajoutée dans l'article ci-dessus et uploadée sur YouTube pour en diversifier la source et la rendre irrépressible...
:o)))
Maurice Druon a toujours été de droite bien sûr!
Il était résistant par nationalisme. Il y en avait pas mal dans la Résistance.
J'en connais un (pas personnellement, pouah!) qui, après la Résistance, a fait partie de l'OAS, et qui a récemment écrit un livre où il converse amicalement avec un ex nazi, ennemis d'hier bien sûr, mais entre patriotes on finit par s'entendre, car on partage les mêmes valeurs (re-pouah!)
Les ennemis de nos ennemis ne sont pas obligatoirement nos amis.
Ne jamais abdiquer son sens critique, ne jamais perdre ses capacités d'analyse.
Eh, je voudrais pas vous faire de la peine, mais on voit pas grand chose sur cette vidéo. C'est vrai qu'on a l'ambiance, et c'est pas rien. J'espère quand même que d'autres images existent. Tenez-nous au courant!
Bonne idée les blogueurs qui relaient les news de RESF, continuez !
"..rien par exemple aux journaux télévisés..." note Swàmi, on est même plus surpris : comme on tourne république bananière on a les médias qui vont avec. Sur ces questions il y a une analyse excellente et impitoyable d'Etienne Chouard, "SOS journaliste en panne" si vous êtes passé à coté: http://etienne.chouard.free.fr/Euro...
Désolé si je ne fais que répéter.
Ceci est scandaleux mais dans l'air du temps.
Ce qui est rassurant c'est de constater que les résistances s'organisent.
M'enfin en arriver à de telles aberrations. ca me donne envie de gerber. Voter pour qui ? Est-ce que voter sert encore à quelque chose ?
Raisonnablement, la ségolasse est potentiellement moins dangereuse que le nain cryptofachiste. Mais comme l'appareil mis en place par ce dernier, conseil constitutionnel, CSA et le reste est verrouillé jusqu'en 2012 au plus tôt, quelle va être la marge de manoeuvre qui reste à la femme de l'endive ?
A côté de cela, il nous reste la menace du vieuxgrosborgne qui attend de crever sur ses 20%.
Beuark, je me sens pas bien mouah aujourd'hui.
Pourquoi ne pas voter? On fait tellement d'autres choses inutiles qui nous prennent beaucoup plus de temps.
Il me semble que c'est beaucoup surestimer l'influence des élections sur notre vie et exagérer leur signification que d'en débattre si souvent et si longuement (j'y participe d'ailleurs gaiement, ne voyez pas là une attaque contre "les autres").
Ce qui est dangereux, c'est de croire qu'on a fait "son devoir" quand on a voté.
Ce qui est aussi dangereux, c'est de croire que tout est plié, que rien ne sert à rien.
C'est vrai, actuellement, des résistances émergent. Si chacun fait un peu, c'est mieux me semble-t-il que si quelques militants font beaucoup. Mais on peut utilement cumuler les deux.
Dans le film "The Take", qui raconte la reprise en main de leur usine par des ouvriers argentins, il y a un commentaire que j'ai retenu pour sa tolérance amicale et sa philosophie souriante (je n'ai pas le texte exact):
"Il y a ceux qui passent 24 h sur 7 jours sur 7, qui dorment dans l'usine et ne font plus que ça. Il y a ceux qui sont là tous les jours. Il y a ceux qui viennent plus irrégulièrement mais sur qui on peut compter en cas de coup dur. Il y a ceux qui ne viennent que le jour où on distribue les paniers de solidarité. Et on a besoin de tous!"
Il y a d'autre écoles, dans le 19ème (et sûrement ailleurs) où les rafles sortie-d'école se font en silence sans déranger personne.
Merci à ceux de la rue Rampal.
"Résister est un verbe qui se conjugue au présent" (merci Lucie Aubrac).
Et résister coute cher à certains :
http://actualite.free.fr/france/3_2...
Un article dans l'Aberration
Update (pour ceux qui suivent ces commentaires via le fil RSS) : Je viens de remplacer dans l'article ci-dessus la vidéo amateur réalisée sur un téléphone portable, par la version bien meilleure et bien plus complète filmée par Juliette Warlop, et provenant de La Télé Libre.
Excellente cette vidéo de Juliette. Merci ! On voit bien à quel point les policiers essaient de faire correctement leur boulot, sans que ça déborde. D'un autre coté, on voit des gens qui protestent (sans compter les entraves etc...). On se demande d'ailleurs bien pourquoi : l'interpellation a été demandé par un procureur de justice... Les flics ne font que leur boulot !
Assimiler le boulot des flics sur cette interpellation à la notion de rafles juives, oui, effectivement, ça, ça fout les boules.
D'ailleurs, au delà de cette polémique, Swâmi, j'ai une question à te poser : Si dans ton futur taff (car tu en retrouveras un, c'est sur), ton chef te demande de mettre en place tel logiciel dont tu sais que la productivité va foutre 10 personnes au chômage chez un de vos sous traitant sous 3 mois :
- tu fais ton taf parce que t'es payé pour, ou
- tu lui réponds (à ton chef) : "Va te faire enc***r, ce logiciel n'est pas moral" parce que t'estime que même au taff, tu as le droit de te servir de ton cerveau, et de regarder le coté moral en plus du coté légal et économique ?
Si tu as les couilles pour la version 2 (avec mes félicitations) et que ton chef t'explique que tu as raison mais qu'il te licenciera pour cet acte si tu le mets en oeuvre (ie la non installation du logiciel), tu gardes ta position ou pas ?
Résister, s'il se conjugue au présent, se conjugue-t-il à n'importe quel prix ?
Bon ok, ça fait 3 questions... :-)
@Vicnent : L'histoire se souvient de nombre de conducteurs de trains bien gentils qui, bien gentiment, ne faisaient que leur travail...
Quant à ta question, j'y répondrai d'autant plus facilement que j'ai été confronté à cette situation dans la première (petite) S.S.I.I. où je travaillais quand j'avais une vingtaine d'années. J'étais comme analyste-programmeur en charge d'un projet de logiciel de saisie de commandes sur lequel travaillait un pool d'opératrices. Le patron de la boîte est venu un jour me voir avec une commande qu'il avait déjà fait signer par le client, par laquelle nous devions fournir une extension permettant de surveiller et de quantifier le travail des opératrices - Nombre de commandes saisie par chacune à l'heure, temps moyen par commande, temps maximum passé sans saisir aucune commande, nombre d'erreurs de saisie signalées par le logiciel par jour et par opératrice, etc.
La commande était signée du client, et il y en avait pour un joli petit chiffre.
J'ai refusé tout net de développer ça, disant que mon métier était de développer des applications de gestion et non pas des applications de flicage des employés qui pouvaient déboucher sur une concurrence entre elles, des pressions, un licenciement... J'ai dit à mon patron de trouver quelqu'un d'autre s'il voulait honorer la commande, de me retirer ce dossier, parce que pour ce qui me concernait, je ne le ferais en aucun cas. Il a hurlé, tempêté, m'a menacé de me virer, puis devant mon refus persistant m'a attribué un "avertissement" ...que je n'ai jamais reçu.
La commande du client est partie au panier après un coup de fil de vagues excuses à celui-ci de mon patron invoquant des délais, la charge de travail, des urgences inattendues, etc.
Les opératrices n'ont jamais été fliquées par mon logiciel, et n'ont jamais rien su de cette histoire, dont j'ai du jusqu'à ce jour parler deux fois dans ma vie à des proches...
Ok pour le point 2, c'est ton choix, totalement assumé.
Il est à mon sens discutable (économiquement) dans le sens où si entre Auchan et Carrouf on avait eu la même problématique, on aurait d'un coté des caissières ultra rapides, et de l'autre beaucoup plus de caissières qui, inévitablement, du fait de la non concurrence, péseraient plus dans la masse salariale. Or, comme il faut bien les payer, c'est autant que n'a as le client. Donc, autant que n'a pas l'actionnaire. Donc un actionnaire qui ne prête plus son fric. Et une boite sans fric, c'est bien connue... Et je suis d'accord qu'avec mon raisonnement, à chaque phrase écrite, on pourrait embrancher sur plusieurs considérations.... Bref, ce fut ton choix, honorable s'il en est.
Pour le point un, je ne suis (absolument) pas d'accord.
Il y a deux choses :
[- 1 -] D'une part, je ne crois pas qu'on puisse légitimement comparer un conducteur de train emmenant des juifs à la mort, et des policiers, qui, sur une demande d'un juge (donc décision judiciaire, indépendante de l'exécutif), ne font que faire appliquer la loi. Or, cette loi, contrairement, à celle qui disait que Si juif alors faire mourir, elle dit simplement que "si pas de papier, alors ... [se justifier | repartir chez soi | etc ]". Ça me parait pas être de la même trempe morale quand même. Sur cette seule assertion, je pense que tu es d'accord.
note au passage sur ce premier paragraphe : On pourrait évidemment épiloguer longuement sur le fait que tout Homme et d'abord un terrien, et qu'à ce titre, pour quelles raisons il n'aurait pas le droit de circuler librement sur Terre, et donc en France. Mais ce n'est pas le problème de ce billet, ni de cette réponse.
[- 2 -] D'autre part, si on demande à un fonctionnaire (police ou autre d'ailleurs... les militaires ça marche aussi) d'arrêter d'obéir (à un ordre, à la loi, à la hiérarchie) dès que le travail demandé dépasse les propres convictions dudit fonctionnaire, ça me gène terriblement, parce qu'ensuite, qui fixe les limites ? Qui décide que pour telle situation, même si la loi dit ceci, alors je fais cela parce que je pense que ? Avec évidemment tous les biais possibles et inimaginables (fonctionnaires qui pense à bien mais qui ne connait rien de la personne en face, du dossier, de sa situation etc... ). Beaucoup plus grave surtout, et cela me parait totalement immoral : il n'y a plus de traitement égal de tous devant l'état puisque chaque rapport à l'état se fait via un fonctionnaire dont l'échelle de la moralité peut varier du tout au tout avec son collègue !!!!
Allons plus loin. Et moi, en tant que citoyen ? Moi aussi je dois interpréter la loi à la faveur de ma soi disant morale ? Après tout...
On peut regretter que ces policiers aient agi près d'une école. On ne peut pas leur reprocher de l'avoir fait. Ni de l'avoir bien fait malgré les conditions.
@Vicnent :
Pour ton premier point d'ordre socio-économique, il se place dans le strict cadre de l'économie de l'exploitation maximale des employés, l'économie capitaliste libérale débridée actuelle.
Tu ne sembles pas envisager que l'on puisse sortir de ce système ; je n'envisage pas que l'on puisse faire autre chose que de s'efforcer d'y mettre un terme.
Pour ce que tu évoques dans ton [- 1 -], l'analogie que je faisais ne valait pas affirmation de ma part que l'arrestation de sans-papiers aujourd'hui en France avait les mêmes conséquences systématiques (ni donc la même gravité absolue, bien qu'elle n'en soit pas pour autant davantage tolérable) que celles de l'arrestation des Juifs sous l'occupation - encore que certains étrangers expulsés soient de fait condamnés à la misère ou à la mort, on en a encore vu récemment un cas. Mon analogie se bornait à remarquer que l'attitude s'il pouvait expliquer l'une, pouvait également conduire à l'autre. Ceci a bien assez souvent été analysé par suffisamment de grands esprits pour qu'il soit inutile d'épiloguer davantage à ce propos. Et on peut encore évoquer l'expérience de Milgram, etc.
Pour poursuivre avec ton
On sait bien entendu que c'est déjà le cas, qu'un flic qui t'arrête pour contravention au code de la route sera enclin à parfois laisser couler ou à te planter la prune simplement selon son humeur, ton faciès ou la profondeur de ton décolleté... Et que demandant la même chose à divers guichet d'administrations, tu peux aussi y être fort diversement reçu. Tant que de l'humain traite de l'humain, il en a toujours été et en sera toujours ainsi ; ton argument est fort spécieux si tu l'invoques comme une justification de la non-intervention (souhaitable selon toi, mais toujours illusoire tant que le fonctionnaire ne sera pas une machine) de la conscience du fonctionnaire dans l'exercice de sa mission...
>
En tant que citoyen, je place toujours mes propres impératifs moraux et ma propre conscience bien au-dessus des lois extérieures que la société m'impose, et que je me réserve le droit de juger et de respecter ou non.
Bien heureusement ! ...et surtout quand je vois les lois exécrables et iniques votées dans ce pays au cours des dix dernières années... Pour ne parler que de cela.
Omniprésence de la blogosphère ... la fille de Petite Anglaise est à l'école Rampal !
@ Vicnent:
Tu crois savoir comment c'est un arbre: plusieurs mètres de haut, un tronc gros comme ça, des racines puissantes.
Et là, dans ton jardin, au milieu de tes salades, tu as une petite pousse minuscule, deux feuilles bizarres qui ne ressemblent même pas à des feuilles.
Cà? un arbre? mon oeil!
Dans deux ans, il te faudra un tracteur avec treuil pour l'arracher. Et si dans ton ignorance tu as laissé s'installer une espèce drageonnante, tu ne t'en débarrasseras JAMAIS.
J'en ai un comme ça, dans mon jardin, un petit buisson qui paie pas de mine. Et sous terre, des racines longues comme ça, et voilà qu'il en pousse un autre à deux mètres, mais d'où il sort celui-là?
Tu me diras ya des pesticides? Banco, et au bout de dix ans d'épandage euphorique, tu en retrouves jusque sous la calotte glaciaire (encore un petit coup de pub pour "Pesticides..." chez Fayard)
Ya un DEBUT à tout (la première étoile jaune, c'était pas bien méchant).
Une caractéristique de l'humain, c'est se souvenir de la fin de l'histoire, comme le petit chaperon rouge de la chanson avec sa clé à molette. Sortez vos clés à molette! Fermez lui soigneusement la mâchoire!