J'émerge encore ce matin la tête dans le cul et l'oeil enfariné d'une deuxième nuit insomniaque en trois jours, avec chouette crise d'angoisse à la clé... Putain, ça faisait plus de vingt ans que je n'avais pas eu ce plaisir...

Le jour, l'esprit en éveil tient bon et maintient plus ou moins les morceaux du bonhomme ensemble. Y'a des baffes qui font plus mal que d'autres, mais bon, fais bonne figure, tiens bon, respire dans le hara, tu as des responsabilités et y'a des gens qui ont besoin de toi et sur qui tu ne dois pas trop faire peser le poids de tes soucis, ils ont déjà bien assez des leurs. Et puis tout cela est illusion, sourions, cheeeeeeeese !

Seulement la machine est au taquet et a atteint comme qui dirait le bout de son rouleau et de sa capacité de résistance. Encore qu'on soit toujours surpris que notre faculté de résistance aille bien au-delà de ce qu'on aurait initialement pensé. C'est très rassurant, de se savoir beaucoup plus résistant qu'on ne pense a priori. Mais bon, c'est comme tout, y'a des limites. Au-delà de la limite, ça devient pas beau à voir.

D'abord, y'a déjà le corps qui se venge de ce que tu lui fais encaisser, dès que tu ne le surveilles pas. Soit ça peut être un truc genre petit cancer rigolo (j'ai déjà donné, même pas mal ;-) soit on peut entrer gaiement dans le vaste domaine des "troubles fonctionnels", autrement dit Cherchez pas docteur, c'est dans la tête, il a rien, il s'écoute !

Alors, cette nuit, on commence par un petit cycle de sommeil quasi-normal de 45 minutes histoire d'être un peu reposé pour bien profiter de la suite.

Puis réveil soudain avec le palpitant qui s'amuse à monter et descendre la gamme, tel le d'jeunz de base au feu rouge avec la poignée de son scoot : Vrrrooooomm !... Vrroooooommmm !... Vroo-vroooo-vrrooooommm ! Ah ouais, d'un coup ça réveille bien, ça surprend.

Puis les bonnes giclées de sueur bien froide d'origine, signe de la bonne petite crise d'angoisse. Alors tu te lèves pour aller pisser un bon coup, histoire de reprendre ta respiration et de te dire que ça va se calmer. Tu te recouches, mais ça ne se calme pas, au contraire, ça redouble.
Alors tu te dis que tu ne vas tout de même pas y passer la nuit, tu te rappelles les bons conseils de Ko : Euphytose, Euphytose, ça tombe bien, y'en a dans la pharmacie, mais je ne sais pas combien en prendre et ce n'est pas inscrit sur le tube. Bon, au hasard, va pour deux comprimés... Ca ne risque pas de me tuer.

C'est peut-être actif, va savoir, en tout cas c'est pas rapide.


Fear


Forcément, dans ces cas-là, tu as la cervelle boostée qui tourne comme une Lulu à toute blinde dans sa roue, c'est la joie de la crise d'angoisse... Tu es extra-lucide, extra-lucide quant à la merde qui t'attend au tournant, aux employeurs qui ne t'attendent pas au tournant, à l'état prévisionnel de ton compte bancaire avant la fin du mois, au coup de fil du banquier que tu redoutes et aux relevés de compte que tu n'ouvres plus depuis lurette pour jeter un peu de lest, parfois la politique de l'autruche a du bon.

Et tout en te retournant dans ton lit pile-face-tranche-face-tranche-pile et en imbibant tes draps de litres de sueur accompagné aux percus par le djembé cardiaque, tu t'amuses de la triste ironie de savoir que tu n'as jamais été ni aussi fauché ni aussi dans la merde, franchement, mais que c'est justement le mois prochain que tu vas te faire sucrer définitivement ta ridicule ASS... Parce que tu es désormais trop riche... Parce que tu ne peux plus justifier payer une pension alimentaire pour ta grande fille... Parce que tu ne la paies plus depuis quelques mois... Parce que tu n'as plus de fric pour la payer... Alors forcément, du point de vue de l'ASSEDIC, plus rien à déduire égale t'es trop riche...

Et puis dans la foulée, comme t'es trop riche, tu peux aussi te la peindre en vert pour la réduction de la carte de bus, logique.

Y'a des employées des TCL qui n'ont probablement aucune idée des nuits qu'elles vont te faire passer, par le simple refus de reconduction "l'règlement c'est l'règlement !" d'une réduction de carte de bus... Ca a l'air con, comme ça, hein ? C'est juste la goutte d'eau, le truc qui te fait basculer de l'autre côté de ta limite de résistance, l'abeille qui te pique le fion quand tu ne tiens plus que par deux doigts sur cette putain de falaise...

Remarque, heureusement qu'elles ne le savent pas, et que d'ailleurs elles s'en foutent, parce que dans le cas contraire ça pourrait également perturber leur sommeil.

Alors forcément crise d'angoisse... Nuit sans sommeil. Essayer de sous-ventiler pour faire baisser le taux d'oxygène dans mon sang et augmenter le CO2 un poil. Cette considération dépitée quand ton propre organisme te lâche : Putain c'est la tuile, si je ne peux même plus compter sur moi, je vais pouvoir compter sur quoi ? Respirer lentement.

Garder la tête froide. Si ce matin je ne suis pas mort, c'est qu'il me reste de la ressource. Assez pour parcourir les annonces, je devrais donc m'y coller aussitôt. A moins que je n'essaie de dormir une petite demi-heure avant ? Parce que quand même, je baille et j'ai les yeux qui se ferment... Et je me sens moyen de chez pas terrible... Je me demande jusqu'où ça va descendre.

Bernard pense qu'on va finir par les faire craquer. À moins que ça ne soit eux qui finissent par nous faire craquer...

Quoi qu'il en soit, craquons avec dignité.