Hier 19h : Saleté de chaudière en grève, j'arrive pas à avoir d'eau chaude pour doucher mon Nain. 'reusement que je chauffagiste vient lundi. Je suis fatigué : toujours ce vieux russe qui me fout mal au crâne et me fait tousser plus que de raison. La journée a été éprouvante, avec du très agréable comme du moins agréable. Des remises en question intérieures. Plein. Je fais ça très bien, même si ça ne se voit pas.

19h15 : Madame rentre épuisée d'une semaine de marketing dans les bureaux avec voyages en TGV à pas d'heures pour aller marketer à Paris, aussi. Madame est de mauvaise humeur, comme toutes les fins de semaine. Déjà pas mal de mois que je suis habitué, la plupart des semaines, à la crise du samedi genre "faut bien que ça pète". Mais ça devient de plus en plus souvent la crise du vendredi soir et du samedi. Les bons week-ends, ça peut tenir jusqu'au dimanche. Le reste de la semaine, on s'engueule considérablement moins : On ne se voit guère, on se parle très peu.
Mais hier soir elle arrive avec son air des grands jours, je vois sa gueule en biais dès qu'elle franchit la porte et se met à râler sur les gosses pour ceci ou cela Et tu es encore en peignoir ! Et tu n'as pas mis ton pyjama ! Et tu as déjà la crève ! Et pourquoi ton sac est toujours dans l'entrée ? avant même d'avoir pris le temps d'enlever ses chaussures et de les embrasser. Je me dis : La soirée s'annonce bien.

19h45 : On sent les tensions électriques s'accumuler. Quelques avant-projets d'éclairs liés au "tavuleurkilest ?" et au fait que j'envisage de descendre au garage chercher le bouquin que Srî Minîshiva a oublié dans la voiture et qu'il me tanne pour que j'aille chercher, plutôt que de commencer par mettre la table. "Tavuleurkilest ?" Je descends tout de même au garage, puis je mets la table.

21h00 : Après le repas c'est Taratata ! Là, ça y est, le grand jeu. La grande scène du VIII sur le chômeur de mari qui n'en fout pas une rame depuis si longtemps et ne sert bien évidemment à rien[1] et vit aux crochets de son épouse qui se tue à la tâche est complète. Si verbalement violente que je n'en reviens pas. Avec option j'appuie bien fort sur tous les points qui font très mal, être bien sûre de n'en oublier aucun, faire le récapitulatif de toutes les insuffisances du monsieur depuis la première dent de lait de Mathusalem...
Il faut croire qu'elle sent les jours où faut pas taper, les jours où je n'ai pas besoin qu'on me charge la mule, les jours où un peu de bienveillance me ferait le plus grand bien. Parce que c'est toujours ces jours-là que ça tombe.

22h00 : Il se produit quelque chose de nouveau. Pour la première fois, je crois, dans une telle situation mes défenses psychologiques cèdent. Je suis complètement anéanti. Je me retrouve dans l'état d'une plaine dévastée dont l'armée défensive a été balayée. Et les raids aérien de l'ennemie se poursuivent. Vous reprendrez bien quelques petites livraisons de napalm ? Un peu d'artillerie lourde ? Avec quelques obus de mortier pour le goût ? Une partie de moi contemple le désastre du haut de mon anéantissement en faisant des constats intérieurs que je ne reproduirai pas ici parce que je n'en voudrais surtout ni commentaires ni réponses. Il y a des limites au tolérable. Et des jours où ces limites sont allègrement franchies.

22h15 : La dame, laissant derrière elle un tas de ruines fumantes, va se coucher. Ce fut un beau vendredi soir. Le monsieur a franchi le stade du K.O. debout, c'est plutôt le coma assis dans le canapé du salon. Le monsieur, constatant les sensations bizarres qu'il a dans la poitrine et le bras gauche, se rappelle le nombre de messieurs, dans ses ascendants directs, qui ont goûté aux joies de l'infarctus du myocarde, et le monsieur se dit que s'il y coupe cette fois, il aura eu du bol, mais que ne pas y couper serait peut-être la solution la plus rapide et la plus élégante à ce type de situation.
Le bonhomme mesure ses options dans une telle circonstance. Il aime ses gosses, veut continuer à les voir grandir, participer jour après jour à leur éducation. Pour l'instant, il n'a pas de boulot, quasiment pas d'ASSEDIC, plus grand-chose sur le compte bancaire. Les options sont étroites, ça fait un peu choisir entre le Rhône et le métro. Pour le moment on va tâcher que ce ne soit ni l'un ni l'autre, se rappeler que quand on est au bord du gouffre il faut faire montre d'un sacré sens de l'équilibre. Mais il y a des soirs où l'on a probablement de la chance de ne pas disposer d'une arme à feu chargée. Enfin de la chance, ça se discute.

0h00 : Un bonhomme parfaitement anéanti va se coucher. Il restera dans le lit sans trouver le sommeil plus de 2 heurs 1/2 à broyer des idées et des souffrances à côté desquelles un simple broyage de noir serait un bel arc-en-ciel un joli matin de printemps. Le monsieur se tourne et se retourne avec de jolies quintes de toux (il est bizarrre ce virus, il ne me fait tousser que la nuit, mais ça gargouille dans le fond des bronches, ça file des quintes à n'en plus finir...). Le monsieur se pose la question du pourquoi tant de haine ? et de comment se fait-il qu'une vie de couple puisse consister, à travers les années, à déverser ses trop-pleins de haine sur l'autre en tapant là où ça fait le plus mal, sans avoir jamais été capable de se soutenir ou de s'entr'aider mutuellement... Le bonhomme se dit que ce n'est pourtant pas faute pour lui d'avoir essayé, mais que ça n'a jamais été possible. La communication n'a jamais été possible. Le bonhomme s'interroge sur cette incroyable capacité de son épouse à sentir les moments où il est juste en équilibre au bord du gouffre, pour venir lui balancer un grand coup de pied au cul. Le bonhomme en a marre de servir de punching-ball et d'être là recroquevillé à trembler de tous ses membres dans son lit, après la séance de torture psychologique qu'il vient de se bouffer. le bonhomme y voit la trahison absolue de tous les serments de pour le meilleur et pour le pire faits devant Monsieur le Maire et de tous les jusqu'à ce que la mort vous sépare faits devant Monsieur le Curé. Faut croire que la plupart du temps, quand on fait de tels serments, on n'a pas de compréhension véritable de ce qu'ils signifient. C'est pour le meilleur et pour le pire (tant que tu est comme je veux et que tu m'offres la vie que je veux) et jusqu'à ce que la mort vous sépare (mais je me réserve le droit de te flinguer si ça ne va pas assez vite)... Ce soir la dame m'a encore bien expliqué que quand on s'est rencontrés, je portais une cravate.
Le bonhomme effondré dans son lit se dit que quand un serment est aussi bien trahi, à quoi bon en conserver le symbole ? Il ôte son alliance de son doigt, puis s'endort.

09h00 : Le bonhomme se réveille. La dame vient et se penche pour l'embrasser. Le monsieur se détourne, la dame a l'air surprise. Mais pas beaucoup. Le monsieur demande à la dame de fermer la porte et essaie de lui expliquer ce qu'elle lui a fait la veille au soir. La dame s'en fout complètement, ne cherche ni à écouter ni à comprendre et commence aussitôt à balancer la double dose d'agression matinale, rediffusion du programe de la veille. Le monsieur laisse tomber parce qu'il n'a pas envie de commencer la journée comme ça.
Le monsieur dit à la dame qu'il lui rend son alliance, et que dans ce contexte il ne la portera plus. La dame la laisse sur le lit, rétorquant au monsieur qu'il n'a qu'à la foutre à la poubelle.
Le monsieur s'abstient et va la foutre dans un tiroir. Il a déjà balancé une alliance dans une fontaine il y a plus de 15 ans, faudrait pas que ça devienne une habitude... Puis une fontaine, c'était quand même plus romantique qu'une poubelle...

Le monsieur indique à la dame qu'il ne voit pas trop l'intérêt de partir tous ensemble au ski la semaine prochaine, et demande à la dame si elle ne serait pas mieux seule avec les gosses, plutôt que d'entasser tout notre amour familial dans un petit studio pendant une semaine alors qu'on a tant de mal à se supporter 2 heures sans s'entretuer dans un T4. Le monsieur demande s'il ne ferait pas mieux de rester à la maison à chercher utilement du boulot plutôt qu'à aller skier comme un branleur nanti ?
La dame dit que Ben ouais c'est alors encore moi qui vais me taper tout le boulot toute seule et ne pas me reposer alors que j'en ai tant besoin et j'ai peur de conduire sur la route de montagne avec la neige et je ne sais pas mettre les chaînes...
Le monsieur constate que, bien que totalement inutile, il conserve une utilité minimale. Le monsieur va donc certainement partir au ski pour conduire la voiture.

Le monsieur se lève. Il a mal au crâne. Il va sur son ordinateur et ouvre son navigateur. Il commence par aller là. Bon, d'accord... Pas envie de perdre mon énergie, ou ce qu'il en reste, avec ces conneries.

Après, il va là. Et là, pour le coup, et pour ce qui lui reste de capacité d'empathie pour autrui, ça lui fout vraiement les boules. Parce que lui aussi, comme un autre commentateur d'ailleurs, depuis le début de l'année, ça fait et de trois dont il entend parler. Pas trop-trop proche, tout de même. Mais bon, ça fait une drôle de façon de commencer la journée.

Bon, la journée, on sait déjà comment on l'a commencée, on ne sait pas encore comment on va la finir. Les petites joies de l'existence.

Y'a un copain particulièrement "hyperactif" de mademoiselle Patâpatî invité à la maison. Il arrive dans une heure. On va bien se marrer.

Y'a une réunion de soutien à la campagne de José à midi. Je ne sais pas si je vais y aller, me sens pas très en état de soutenir grand-chose. On m'a bien fait comprendre que si je m'en allais à la réunion, et bien que je sois totalement inutile, ça allait encore être Madame qui allait devoir se démerder toute seule avec les gosses et le copain invité...

En attendant, faut que j'aille faire les courses (inutiles) au Casino. J'ai déjà trop perdu de temps ce matin sur cet ordinateur.

J'ai un nerf bloqué dans l'épaule gauche tiens. Quand je lève le bras, ça fait mal. Ça va me gêner pour faire le salut fasciste du bras gauche, merde.

Notes

[1] Aller chercher les gosses à l'école, s'en occuper tous les soirs, faire faire les devoirs de la grande (pas assez bien), doucher le petit, étendre des machines à laver, faire des courses, tout ceci ne sert bien évidement à rien, la preuve en est que j'en fais beaucoup moins, et beaucoup moins bien, que si j'étais une femme, incapable que je suis.