Winston Churchill a dit un jour : La démocratie est le pire des systèmes, à l'exclusion de tous les autres.

La démocratie, concept qui nous vient de l'Antiquité, et qui ne concernait à l'époque que les citoyens, et ne voyait pas d'objection à l'esclavage, tant il est vrai que la notion de démocratie n'implique pas le respect de l'article premier de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme,[1] [2] la démocratie est devenue dans notre société moderne synonyme du "Bien", tandis que la "non-démocratie" est devenue par voie de conséquence synonyme du "Mal", un mal quasi absolu, évident, coulant de source, dès que l'on voit un journaliste de télévision se piquer de parler un peu de pays étrangers ou de géopolitique.

Si un pays est "démocratique", il fait partie de l'Empire du Bien, du Progrès, du Développement (plus ou moins pas durable), de l'économie de marché triomphante, des affaires-qui-sont-les-affaires...

Si un pays est "non-démocratique", il fait partie de l'Axe du Mal, c'est une affreuse dictature sanglante où les dirigeants corrompus mangent les petits enfants jusqu'à ce que le Chevalier Blanc Dabbeulyou vienne un beau jour leur apporter (de gré ou de force) la Liberté et la Démocratie Majuscules (Enduring Freedom), surtout, bien entendu, s'il y a aussi un peu de pétrole histoire que l'oncle Sam puisse faire le plein des tanks pour le retour.

Il me semble que ce manichéisme absolu de la vulgate médiatique date essentiellement de la guerre froide, et de l'opposition tranchée entre les gentils démocrates (nous), et les affreux dictateurs bolchéviques au couteau entre les dents de l'autre côté du rideau de fer (eux). On voit d'ailleurs que d'un point de vue plus realpolitik, quelques bien affreux dictateurs, généraux, colonels et autres juntes militaires ont reçu de solides coups de mains de nos chères démocraties, pour peu qu'ils puissent être utiles à combattre ces affreux rouges. Pinoqui, vous dites ?

Si l'on regarde les choses avec un peu moins d'angélisme béat, et qu'on s'interroge sur la démocratie, on constate que l'idée que la démocratie soit "le Bien" repose tout de même sur un certain nombre de pré-supposés pas forcément toujours très solides :

  1. A une élection donnée, les candidats en présence représentent généralement un éventail de projets et de visions suffisamment larges pour permettre un choix de société véritable, qui aille au-delà d'un choix entre quelques saveurs différentes d'un même produit fondamental. Même que ouais.
  2. La somme algébrique des intérêts individuels est équivalente à l'intérêt collectif. Hmmmm.
  3. L'électeur lambda est, majoritairement, un humaniste soucieux de l'intérêt collectif et non pas seulement de son seul petit intérêt personnel. Hmmmmmmm...
  4. L'électeur lambda possède à la fois suffisamment d'information fiable, objective et impartiale, suffisamment de "culture personnelle", d'intelligence, et d'intérêt pour les questions en jeu pour faire ce qu'on peut appeler un "choix éclairé". Heeuuuuu...
  5. Il est impossible de manipuler volontairement l'opinion avec des leviers suffisamment puissants pour fausser le résultat du vote. Ah.

Si l'on reprend ces points un par un, on conclura que :

  • Si (1) n'est pas satisfait, alors l'électeur aura eu le choix sur le détail, mais jamais sur l'essentiel. On l'imbibera cependant bien de l'idée qu'il a librement choisi et décidé en toute connaissance de cause de la sauce à laquelle il sera mangé ensuite, dans son propre intérêt comme de bien entendu. Comme ça, une fois sorti du bureau de vote, il a le droit de fermer sa gueule, et il en est convaincu, puisque ce qui se passe ensuite, c'est lui qui l'a décidé, après tout. Si jamais ce n'est pas lui, c'est en tout cas la majorité, et il faut la respecter. On gagnera la prochaine fois, dans 5 ans... Ou alors, la suivante... D'ici-là, on se résigne bien gentiment.
  • Le point (2) est un acte de foi[3] qui ressemble furieusement à un crédo économique "libéral", genre le marché s'auto-régule et est le meilleur système pour produire des richesses dans l'intérêt de tous. Amen. Le credo démocratique est le même : La somme de choix faits individuellement, éventuellement pour des raisons parfaitements égoïstes (l'intérêt du riche, plus l'intérêt de l'agriculteur, plus l'intérêt du prof, plus l'intérêt du métallo...) va aboutir à un choix qui ressemble à quelque chose, et ce quelque chose représente, sinon l'intérêt de "tout le monde", du moins celui de "la majorité", cette fiction à laquelle le concept démocratique fait appel en permanence, et au choix de laquelle doit se plier cette autre fiction qu'est "la minorité".
  • Dois-je vraiment épiloguer sur le point (3) ? Notons que ce point implique que, si la majorité n'est pas profondément humaniste, elle peut donc très bien, dans son intérêt décider de sacrifier les intérêts de la minorité, voire même sacrifier la minorité, en général la minorité la plus défavorisée, bien sûr, ou "les minorités" qui se distinguent un peu trop du troupeau, là encore, toujours les mêmes : les étrangers, les homosexuels, les "déviants" de tout poil, quoi... C'est ainsi que bien des dictatures et des fascismes ont été intialement portés au pouvoir par le résultat d'un choix démocratique... D'un choix d'ordre, ce qui veut dire je ne veux voir qu'une seule tête !... et sacrifions tout ce qui dépasse, qui gène et qui dérange, dont on peu se faire de commodes boucs émissaires... dans l'intérêt du plus grand nombre... Tu parles.
  • Le point (4) devient très drôle (avec l'aide généreuse de l'Education Nationale), mais c'est sans doute mon pessimisme indécrottable joint à ma misanthropie crasse qui me donnent à penser que toutes les conditions ne sont pas nécessairement remplies. Peut-on imaginer que par une forme de conversion miraculeuse dont le Divin Mécanisme m'échappe, la somme des choix individuels d'un tas de gros cons produise à l'arrivée le Choix Optimal éclairé d'une doulce lumière ?
  • Pour le point (5), les sociétés d'ancien régime (où l'on ne votait pas, de toute façon...) avaient inventé l'église, excellent outil pour faire comprendre au peuple que les choses sont dans l'ordre qui est dans l'ordre des choses de par la Volonté Divinine, et que c'est super d'être les derniers parce qu'après, dans l'Autre Monde tu seras les premiers, alors tu vas quand même pas faire chier tes seigneurs de Droit Divin, avec la chance que t'as, tout de même ! L'église n'est plus vraiment nécessaire depuis qu'on a trouvé bien mieux en plus persuasif et plus ubiquitaire : la consommation de masse et la télévision. J'en suis arrivé au point de paranoïa ou, quand je regarde un journal télévisé de 30 minutes du miniver[4] sur une grande chaîne nationale, je finis par conclure Tu viens en 30 minutes d'absorber 17 minutes de propagande gouvernementale pure, 7 minutes de faits divers sans aucun intérêt autre que purement factuel, et 6 minutes de conneries et divertissements (sports, etc). Dans quelques instants, la météo, et maintenant, une page demi-heure de publicité.... Pareil pour les bulletins d'infos des principales radios du service public, France-Intox en tête de gondole.

Et pourquoi donc est-ce que je me livre aujourd'hui à ces fumeuses considérations à bâtons rompus sur les vertus de la démocratie, moi, d'ailleurs ?

Eh bien, parce que ça faisait une paire de jours que j'avais envie de republier ici l'intégralité du document ci-dessous, qui provient de cette URL et est signé "Anonyme", je m'estime donc fondé à le reproduire sans autorisation particulière d'"Anonyme"...

En se rappelant bien que c'est à son seul contenu qu'on juge d'un texte, et non pas au nom ou à la notoriété de son auteur (argument d'autorité).

Le seul rappel du principe de l'inhibition de l’action, évoqué au point |9| ci-dessous est en lui-même passionnant.[5]

Ce texte fait plusieurs références à un autre : Armes silencieuses pour guerres tranquilles. Vous avez maintenant également une URL vers ce document. Imprimez-le, lisez-le, faites-vous votre propre opinion.

Et rappelez-vous bien le dicton : Ce n'est pas parce que vous êtes paranoïaque que personne ne vous suit...


Lorsqu'en se grattant, on en sent quatre, c'est que l'ennemi n'est pas loin, et qu'il est probablement déjà dans la place...

- Ecole de guerre



Les stratégies et techniques employées pour la manipulation de l’opinion publique et de la société


par Anonyme

|1| La stratégie de la diversion

Elément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique. "Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser ; de retour à la ferme avec les autres animaux." (extrait de "Armes silencieuses pour guerres tranquilles")

|2| Créer des problèmes, puis offrir des solutions

Cette méthode est aussi appelée "problème-réaction-solution". On crée d’abord un problème, une "situation" prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple : laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. Ou encore : créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics.

|3| La stratégie du dégradé

Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en "dégradé", sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution si ils avaient été appliqués brutalement.

|4| La stratégie du différé

Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme "douloureuse mais nécessaire", en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que "tout ira mieux demain" et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu. Exemple récent : le passage à l’Euro et la perte de la souveraineté monétaire et économique ont été acceptés par les pays Européens en 1994-95 pour une application en 2001. Autre exemple : les accords multilatéraux du FTAA que les USA ont imposé en 2001 aux pays du continent américain pourtant réticents, en concédant une application différée à 2005.

|5| S’adresser au public comme à des enfants en bas-age

La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-age ou un handicapé mental. Exemple typique : la campagne TV française pour le passage à l’Euro ("les jours euro"). Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? "Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celles d’une personne de 12 ans." (cf. "Armes silencieuses pour guerres tranquilles")

|6| Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion

Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements...

|7| Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise

Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. "La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être de la plus pauvre sorte, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures." (cf. "Armes silencieuses pour guerres tranquilles")

|8| Encourager le public à se complaire dans la médiocrité

Encourager le public à trouver "cool" le fait d’être bête, vulgaire, et inculte...

|9| Remplacer la révolte par la culpabilité

Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution !...

|10| Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes

Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée, le "système" est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes.

Anonyme


Notes

[1] Article premier : Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

[2] Les pays suivants étaient signataires de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme (O.N.U., 1948): Afghanistan, Argentine, Australie, Belgique, Birmanie, Bolivie, Brésil, Canada, Chili, Chine, Colombie, Costa Rica, Cuba, Danemark, République Dominicaine, Equateur, Egypte, Salvador, Ethiopie, France, Grèce, Guatemala, Haïti, Islande, Inde, Irak, Iran, Liban, Liberia, Luxembourg, Mexique, Pays-Bas, Nouvelle-Zélande, Nicaragua, Norvège, Pakistan, Panama, Paraguay, Pérou, Philippines, Siam, Suède, Syrie, Turquie, Royaume-Uni, Etats-Unis d'Amérique, Uruguay, Venuzuela. Mouhahaha ! C'est toujours amusant à lire.

[3] Auto da Fé...

[4] Ministère de la Vérité, George Orwell, 1984.

[5] D'autant plus que j'en suis atteint...