Despair

Pas trop le moral de nature à écrire un billet... Dans l'état de choc où je suis quand la procrastination se trouve confrontée à la limite temporelle au-delà de laquelle il n'est plus possible de reculer davantage.

Voici (un petit bout de) ce que j'ai écrit ce matin par mail à une amie qui s'inquiétait de ce que je sois dans le fin fond de mes chaussures :

Bah t'en fais pas, juste la torture chinoise du chômage ordinaire et du harcèlement par l'inhumaine machine à sucrer les allocs...

Aujourd'hui dernier jour pour contester le fait que l'ASSEDIC m'ait sucré mes allocs il y a 2 mois (!) (mais je n'ai pas eu le courage de le faire jusqu'ici tellement leur harcèlement m'épuise après les piles de photocopies de documents que je leur ai déjà données)... sucrées au motif que je suis "trop riche" parce que ma femme travaille, ben tiens... et qu'ils n'ont pas compté la pension alimentaire que je verse à ma grande... bien qu'ils m'aient demandé toutes pièces justificatives... que j'ai fournies... et dont ils n'ont tenu aucun compte... exactement comme ils avaient déjà fait il y a 6 mois... Y'a 6 mois je m'étais battu et j'avais eu gain de cause... Et là ils me refont le même coup, c'est pas grave Toto, recommence... C'est avec ce genre de chose que ces saloperies d'administrations finissent par avoir les chômeurs à l'usure... Comme ça au mieux ils se tirent une balle, au pire ils se laissent radier, dans tous les cas ils sortent des statistiques...

Mais là, j'ai fini par leur téléphoner à ces cons... Et je suis tombé sur une employée moins salope que d'habitude... Ca va sans doute me donner le droit de finir par avoir un rendez-vous pour retourner contester sur place...
...Ou alors il ne se passera rien, et la prochaine fois que j'appellerai on me dira que ce coup-ci je suis hors délais et que c'est pour mon cul.
Epuisant.

Enfin tout ça c'est les chroniques du chômiste ordinaire. Même pas envie de le bloguer, tiens. Rien que du qui fout les glandes.

Mais tu vois c'est ça aussi la politique : Essayer d'arrêter cette putain de machine à broyer les gens... Le problème c'est que cette putain de machine tu ne te rends compte qu'elle existe que quand tu es déjà dedans... Et là, plus personne ne t'entend gueuler.

Voilà, quoi, 36ème dessous et ça descend toujours. Tu te dis que ça va bien s'arrêter à un étage quelconque, mais une sorte d'intuition mauvaise te sussure à l'oreille que rien de tout ça ne s'arrêtera avant d'avoir touché le fond du fond du fond du trou, celui où tu n'a certainement plus ni clavier ni connexion Internet pour étaler tes états d'âme...

Vache, là, ce matin, j'aimerais bien broyer un peu du noir, tiens, ça me reposerait... Ca me détendrait. Du noir, ça serait une couleur vive, par rapport à celle dans laquelle je patauge.

Avec ça j'ai la haine. Les boules. La colère. Je finis par taper (fût-ce verbalement) sur des gens qui n'y sont pour rien, à la moindre petite provoc je sors le mortier et la mitrailleuse lourde. J'en viens à blesser injustement des gens que j'aime bien, fût-ce virtuellement. Mais tout de même. Pas glop. Quand on fait ça, on n'est pas trop fier de soi. On se sent le cul tout merdeux, après.

Phentermine ! Tramadol !Encore une belle journée d'hiver qui s'écoule, tiens.

Il pleure dans mon cœur
Comme il pleut sur la ville ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon cœur ?

Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un cœur qui s’ennuie
Ô le chant de la pluie !

Il pleure sans raison
Dans ce cœur qui s’écœure.
Quoi ! nulle trahison ?...
Ce deuil est sans raison

C’est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon cœur a tant de peine !


Arthur Rimbaud, Il pleut doucement sur la ville
Paul Verlaine, Romances sans paroles, "Ariettes oubliées", III, 1874