Ne parlons pas des choses qui fâchent
Par Petaramesh le vendredi 5 janvier 2007, 14:17 - Politique infiniment dualiste - Lien permanent
Un jour, sur ses longs pieds, allait, je ne sais où,
Le Héron au long bec emmanché d'un long cou...
Paris déconseille d'évoquer Tiananmen, le Tibet ou Taïwan dans des négociations avec les Chinois
vendredi 5 janvier 2007, 11h09
PARIS (AP) - Attention aux sujets qui fâchent: un "guide pratique" édité par le ministère français du Tourisme déconseille explicitement aux professionnels du secteur de mentionner la répression de la place Tiananmen, la situation au Tibet ou les tensions avec Taïwan lors de négociations avec des interlocuteurs chinois.
"Eviter de parler de politique chinoise, par exemple: événements de la Tiananmen, questions stratégiques de Taïwan ou du Tibet", peut-on lire au chapitre "Négocier et faire des affaires" de cette brochure de 65 pages intitulée "Les touristes chinois: comment bien les accueillir?"
(Les restes des courageuses nouvelles...)
A ce niveau-là, moi j'appelle-ça des munichinois, pas vous ?
L'autre jour, je déjeûnais chez des amis chinois[1] vivant en France. J'ai commencé à évoquer la question du Tibet. J'ai aussitôt senti comme une forte gêne et une soudaine glaciation de l'ambiance, mon interlocuteur m'expliquant avec une froide politesse que le Tibet était, et avait toujours été, une province Chinoise. Et qu'il n'y avait rien à en dire. Circulez, circulez !
Bon, je n'étais pas non plus là pour me fâcher, alors j'ai poliment parlé d'autre chose, suivant sans encore les connaître les sages conseils de nos bons ministres... Je pense de toute manière qu'il avait parfaitement compris le fond de ma pensée, et qu'il était inutile que je m'appesantisse davantage...
Après quoi, mon ami chinois m'a expliqué que Taïwan avait vocation[2] à retourner très prochainement dans le giron de l'amère la Mère Patrie.
Ne soyons pas si difficiles :
Les plus accommodants, ce sont les plus habiles...[3]
Mais j'ai quant à moi une pensée pour Gedhun Choekyi Nyima, le XIe Panchen-Lama, enlevé par la Chine en 1995 à l'age de 6 ans, et dont on est sans nouvelles depuis.
Un bien grand criminel. De 6 ans.
Qui en aura donc 18 cette année. S'il est toujours en vie, bien entendu.
(Mais comme notre sinistre de la justice vient de signer un chouette traité mutuel d'extradition avec la Chine, on arrivera peut-être à faire extrader le Panchen Lama chez nous ? A moins que nous ne soyions obligés de capturer S.S. le Dalaï-Lama pour leur compte, la prochaine fois qu'il passera par ici ? Va savoir...)
Il y a d'autres infos, là. Des détails, ici.
Et plus d'infos ici sur les personnages les plus élevés dans la hiérarchie religieuse tibétaine (Dalaï-Lama, Panchen Lama, Karmapa[4]).
Illustrations :
- Accords de Munich : Carte postale (coll. Novalis), sous licence Creative Commons ShareAlike 1.0.
- Gedhun Choekyi Nyima, XIe Panchen Lama. Auteur de la photographie et licence inconnus.
Notes
[1] Ou plus exactement, des "connaissances".
[2] J'ai déjà entendu ces mots-là quelque part...
[3] Jean de La Fontaine, Le Héron (ainsi que dans le chapô de ce billet).
[4] Karmapa dont dépend, en France, le temple de Dhagpo Kagyu Ling.










Commentaires
Je conçois qu'il ne faille pas "interdire" aux français d'aborder de tels sujets avec des citoyens chinois, ce qui ne semble pas être le cas, puisque c'est le mot "déconseiller" qui est cité.
Chaque nation a dans son histoire ou dans son actualité des zones d'ombre, sujets qui comme tout sujet "sensible" (politique, religion, etc.) conviennent d'être abordés entre personnes qui se connaissent un minimum.
Au cours de séjours à l'étranger (en Europe ou dans le reste du monde), je m'en suis parfois pris plein la gueule sur des thèmes divers et variés concernant la France, et ce, de but en blanc, sans même me demander mon opinion sur lesdits sujets, comme si j'en portais l'entière responsabilité du simple fait d'être ressortissante française (et pourtant, je ne suis pas trop du genre à me vanter de ma nationalité). J'ai donc été reconnue coupable de priver la Bretagne, le Pays-Basque, la Catalogne et la Corse de leur indépendance et de la réduction des langues autochtones au statut de dialectes folkloriques ; j'ai été tenue responsable, en vrac, de l'état lamentable des trottoirs, des toilettes publiques et des prisons françaises, on a retenu contre moi le fait d'avoir capitulé pendant la 2ème GM (voir le "corollaire français de la Loi de Godwin" ), d'une part, d'autre part d'avoir collaboré avec l'occupant, et livré les juifs aux camps de la mort. Sur la blogosphère, çà s'appelle du trollisme, en face à face c'est très fréquent aussi, et cependant pas moins relou... Ah oui, j'oubliais la colonisation et l'esclavage, et aussi l'impérialisme et l'expansionnisme napoléonien.
Récemment, au cours d'une soirée, j'ai vu une chinoise se faire brancher toutes les 5 mn sur la question tibétaine (dont je ne minimise pas la gravité pour autant) et mon trollomètre au bord de l'implosion (heureusement pour elle, elle a déclaré être favorable à l'indépendance de ladite province).
C'est peut-être simplement faire appel à deux doigts de diplomatie... comme ne pas brancher dès la première rencontre un anglais sur la torture institutionnelle des catholiques en Irlande du Nord, un allemand (ou un sud-américain avec un patronyme germanisant) sur ses grands-parents nazis, un polonais ou un irlandais sur l'IVG, un serbe sur les croates, un suédois sur la stérilisation forcée des handicapés, un australien sur la déportation et le massacre des aborigènes, un russe sur l'art de vivre dans les goulags, un espagnol sur le franquisme, ou un africain sur la gestion du SIDA par certains chefs d'état du continent. Cela n'empêche pas d'aborder ce genre de sujets ultérieurement, mais sans rentrer dans le lard d'un interlocuteur qui n'y est la plupart du temps pour rien dans le désastre concerné.
L'opinion du quidam chinois sur les sujets névralgiques que tu cites, ô Swâmi, qu'elle soit favorable ou non, peut tout au plus te guider dans le choix de tes amis (par ex. ne plus retourner dîner chez les partisans de l'écrasement du Tibet et la réintégration forcée de Taïwan), mais n'aura guère de poids face aux décisions du gouvernement chinois.
@Munakoiso : Le Tibet n'est pas une province chinoise ! La région autonome du "Tibet" (Xizang Zizhiqu) ne représente que la partie centrale du Tibet historique envahi par l'armée chinoise en 1949. On peut comparer cela aux républiques baltes, longtemps considérées comme indéfectiblement soviétiques... Je comprends quand même les Chinois, nous on ne nous parle pas par exemple à tout bout de champ des violations de l'acte d'union de la Bretagne à la France (union en la personne du monarque, dissoute de droit le 22 septembre 1792 à l'abolition de la monarchie...)
@Munakoiso J'ai vécu 2 ans en Espagne et 2 ans en Italie, j'ai jamais rencontré quelqu'un d'assez con pour me sortir des énormités pareilles... Tu as un truc ?
@Ouadou : merci pour avoir rectifié l'abus de langage :-)
@herve : Non, je ne crois pas avoir "un truc", je livre un condensé de ce que j'ai pu entendre ici et là par des gens ordinaires (cons, peut-être) à l'étranger, notamment en Espagne (puisque tu cites ce pays) où j'ai vécu tout comme toi. J'ai néanmoins eu le plaisir de rencontrer des personnes de toutes nationalités avec lesquelles le dialogue était possible sans sombrer dans le trollisme.
En Espagne comme en Italie, on m'a juste dit que les français étaient arrogants (réputation pas tellement usurpée, d'ailleurs), c'est tout. La seule fois où on m'a parlé de Napoléon c'était pour m'en dire du bien... On ne m'a jamais appelé gabacho...
Ah, si, on m'a parfois fait remarquer la faible collaboration de la France quand il s'agit de combattre l'ETA... sans jamais paraître me le reprocher. C'est bien tout.
@Munakoiso : Pour autant que je sache, l'opinion de nombreux étrangers concernant les français est souvent qu'il sont désagréables, malpolis, peu accueillants, arrogants, se croient partout chez eux et supérieurs à tout le monde alors qu'ils sont un ramassis de has been, et de plus, dans les pays anglo-saxons, il est souvent de bon ton de mettre en doute l'hygiène de nos compatriotes, divers reproches qui peuvent, somme toute, se comprendre.
Le reste, pour autant que je sache, nous est plus rarement reproché, même s'il est de fait que nos prisons sont la honte de l'Europe et d'un pays qui se targue encore d'être "celui des Droits de l'Homme".
Mais l'étranger moyen ignore souvent jusqu'à l'existence de nos diverses régions et provinces, notre pays étant en soi un confetti sur le globe, et se tape fondamentalement de ces "problèmes" - rappelons que seuls à peine plus de 50% des américains d'un niveau d'études équivalent au bac sont capables de situer sur un globe terrestre non légendé les... Etats-Unis d'Amérique ! Les autres mettant généralement les U.S.A. de préférence en Ex-URSS ou en Chine, parce que c'est là que c'est le plus grand, alors ne parlons même pas de leur opinion à propos de nos multiples langues régionales...
On peut faire beaucoup de reproches très justifiés à la France et aux français, on peut leur en faire toutefois beaucoup moins pour ce qui concerne le nombre d'exécutions, sommaires ou non, et de pays envahis par nos soins au cours des disons 30 dernières années.
On ne peut quand même pas avoir tort sur tout, et, de ces points de vue, nous avons sans doute quelques leçons à donner à pas mal d'autres pays, même si nous ne sommes pas des petits saints...
Pour autant, il serait bien sûr pafaitement absurde de harceler chaque ressortissant étranger à propos d'actes commis par son pays ou le gouvernement de celui-ci, et dont il n'est pas individuellement responsable.
Mais, quand il s'agit d'actes particulièrement graves et intolérables, il est important de montrer à un ressortissant du pays concerné que :
Ainsi nous ne reprochons pas à l'étranger, individuellement, les actes commis par son pays, mais nous luis montrons que nous y sommes sensibles - après tout, chaque étranger est un petit élément de l'opinion publique de son pays, et cela reste vrai même dans des régimes peu démocratiques. Il n'est pas inutule de confronter les individus à l'opinion et la vision du "reste du monde" concernant leur pays et ses actes, ça peut toujours avoir son influence, si lente soit-elle à infuser.
De même qu'il n'est pas inutile de savoir que le reste du monde nous prend pour des crados arrogants et malpolis.
Enfin, quand on voit débarquer un plein vol de touristes allemands dans un hôtel-club de Djerba, on se console tout de suite sur ce que le reste du monde peut bien penser des français... N'est-ce pas. ;-)
Les pays anglo-saxons ont été marqués par les souvenirs des soldats qui ont libéré la France il y a 60 ans. Époque où, effectivement, il n'y avait pas des masses de salles de bain en France...
Pour la comparaison avec Munich, tu mérites largement ton point Godwin :)
@Vengeur Masqué : Ah mais que non pas du tout ! La Loi de Godwin est formulée sans ambigüité :
Le fait qu'il s'agisse d'une discussion qui dure, et donc de la réplique à la réplique sur le commentaire... exclut implictement mais sans l'ombre d'un doute que l'on puisse gagner un point Godwin dès le billet ou message initial d'une conversation.
Non mais !