Car finalement, que nous propose-t-on en remplacement du prolétariat en voie d'extinction de nos sociétés post-industrielles ?

Le retour du larbinat. Ni plus ni moins. Services à la personne, quel joli nom pour dire qu'on va changer les couches de la mémé, faire le ménage du pépé, et aller chercher les mioches de la dentiste à la sortie de l'école... Une pile de chemises à repasser chez les bobos peut-être ? Puisque madame ne s'abaisserait pas à repasser elle-même, et que son compagnon trouve qu'elle a bien raison sans vouloir s'y coller non plus : Ils sont tous les deux féministes ! Trop d'la balle tout ça, dis ! Trop y'en a du désir d'avenir ! D'autant que des vieux pour qui livrer les courses ou passer le plumeau, ce n'est pas ça qui va manquer.

Des vieux solvables, c'est une autre paire de manches, surtout s'ils comptent sur leur retraite pour s'offrir de mirifiques services, mais Le Monolecte nous explique admirablement bien comment l'emploi subventionné saura conjuguer précariat avec... larbinat.

Bon, c'est sûr, après avoir lu les explications d'Agnès, on hésite entre applaudir sa clairvoyance ou aller se pendre, surtout que ces jours-ci, c'est assez tendance : paraît qu'on peut même passer à la télé !

Larbinat précarisé et en multi-propriété, donc. Ah, jadis, le petit personnel, dans les bonnes maisons, jouissait au moins d'une grande stabilité et d'un emploi garanti quasiment à vie. D'une seule famille de propriétaires patrons. Au prix certes d'une renonciation à toute forme de vie privée ou de notion d'horaires, mais avec somme toute un certain confort : nourris, logés, blanchis, avec pour seule contrepartie pour la jeune bonniche d'ouvrir obligeamment les cuisses devant les désirs de Monsieur ou les premières érections du Grand Fiston de Famille qu'il faut bien déniaiser, mais bon, quand même pas de quoi en faire une maladie, n'est-ce pas ?

Mais nous avons changé tout cela ! Grâce au progrès, les larbins de demain devront se partager entre mille patrons, s'y rendre avec leur petite voiture par-delà les périphériques et à travers les bouchons, même si l'entretien du véhicule doit leur coûter pas mal de repas, se démerder pour se loger au find fond d'une banlieue pourrie, voire même sous un pont, vu ce que ça leur rapportera... Et voir leur contrat aidé moisi prendre fin aussi vite que les subventions qui le maintiennent en vol.
Le progrès, quoi.

Les services à la personne, ou la joyeuse promesse de lendemains qui chantent, Madame la Baronne... Tout pleins de désirs d'avenir...

Mais à bac+4 au moins. Pour passer la serpillère en contrat aidé à temps partiel à truc-pour-cent du SMIC, faut au moins ça...

Sans compter que l'idée est réflexive, symétrique et transitive, comme on dit dans les mathématiques : Pendant que les uns iront faire les larbins chez les autres à une heure et demie de chez eux, il faudra bien que des troisièmes aillent cherche à l'école les gosses des précédents... On n'est pas loin de l'invention du mouvement perpétuel, si on y réfléchit bien...