Après la fin du prolétariat, le retour du larbinat
Par Petaramesh le mercredi 3 janvier 2007, 20:34 - Politique infiniment dualiste - Lien permanent
Les gisements d'emplois sont dans les services à la personne. Ca fait un bout de temps que MEDEF et gouvernements se tuent à nous le dire.
Ca tombe à pic : un gisement c'est un truc qu'on exploite, et les services à la personne c'est également un truc où on vous exploite pas mal, merci, et vous ?
Dame de compagnie... Valet de pied... Bonne d'enfant... Femme de chambre... Chauffeur... Cuisinière... Jardinier... Désirs d'avenir[1] pour vos enfants...
Il n'y a certes pas de sot métier, mais ô combien de sottes gens ! ...Surtout parmi ceux qui nous vantent ces si formidables services à la personne !
Notes
[1] Toute ressemblance ou similitude avec une politicienne existante ou ayant existé par suite d'une erreur de casting serait complètement fortuite autant qu'involontaire...
Car finalement, que nous propose-t-on en remplacement du prolétariat en voie d'extinction de nos sociétés post-industrielles ?
Le retour du larbinat. Ni plus ni moins. Services à la personne, quel joli nom pour dire qu'on va changer les couches de la mémé, faire le ménage du pépé, et aller chercher les mioches de la dentiste à la sortie de l'école... Une pile de chemises à repasser chez les bobos peut-être ? Puisque madame ne s'abaisserait pas à repasser elle-même, et que son compagnon trouve qu'elle a bien raison sans vouloir s'y coller non plus : Ils sont tous les deux féministes ! Trop d'la balle tout ça, dis ! Trop y'en a du désir d'avenir ! D'autant que des vieux pour qui livrer les courses ou passer le plumeau, ce n'est pas ça qui va manquer.
Des vieux solvables, c'est une autre paire de manches, surtout s'ils comptent sur leur retraite pour s'offrir de mirifiques services, mais Le Monolecte nous explique admirablement bien comment l'emploi subventionné saura conjuguer précariat avec... larbinat.
Bon, c'est sûr, après avoir lu les explications d'Agnès, on hésite entre applaudir sa clairvoyance ou aller se pendre, surtout que ces jours-ci, c'est assez tendance : paraît qu'on peut même passer à la télé !
Larbinat précarisé et en multi-propriété, donc. Ah, jadis, le petit personnel, dans les bonnes maisons, jouissait au moins d'une grande stabilité et d'un emploi garanti quasiment à vie. D'une seule famille de propriétaires patrons. Au prix certes d'une renonciation à toute forme de vie privée ou de notion d'horaires, mais avec somme toute un certain confort : nourris, logés, blanchis, avec pour seule contrepartie pour la jeune bonniche d'ouvrir obligeamment les cuisses devant les désirs de Monsieur ou les premières érections du Grand Fiston de Famille qu'il faut bien déniaiser, mais bon, quand même pas de quoi en faire une maladie, n'est-ce pas ?
Mais nous avons changé tout cela ! Grâce au progrès, les larbins de demain devront se partager entre mille patrons, s'y rendre avec leur petite voiture par-delà les périphériques et à travers les bouchons, même si l'entretien du véhicule doit leur coûter pas mal de repas, se démerder pour se loger au find fond d'une banlieue pourrie, voire même sous un pont, vu ce que ça leur rapportera... Et voir leur contrat aidé moisi prendre fin aussi vite que les subventions qui le maintiennent en vol.
Le progrès, quoi.
Les services à la personne, ou la joyeuse promesse de lendemains qui chantent, Madame la Baronne... Tout pleins de désirs d'avenir...
Mais à bac+4 au moins. Pour passer la serpillère en contrat aidé à temps partiel à truc-pour-cent du SMIC, faut au moins ça...
Sans compter que l'idée est réflexive, symétrique et transitive, comme on dit dans les mathématiques : Pendant que les uns iront faire les larbins chez les autres à une heure et demie de chez eux, il faudra bien que des troisièmes aillent cherche à l'école les gosses des précédents... On n'est pas loin de l'invention du mouvement perpétuel, si on y réfléchit bien...









Commentaires
Ben chez moi, je ne repasse pas, et madame n'a jamais repassé mes affaires. Et personne ne vient repasser ...
Le repassage, c'est chiant. Trouvez des habits qui n'ont pas besoin de repassage. (bon, c'est vrai, je ne mets quasiment jamais de chemises ...vraiment, occasions exceptionelles : mariages, obsèques, entretiens d'embauche).
Quand à l'idée réflexive, symétrique et transitive, ce serait une relation d'équivalence ...on en est loin justement.
Sinon, tout à fait d'accord avec le fond. Sur le même thème :
un article
ps : pourquoi que l'ashram m'oublie alors que je coche avec respect "se souvenir de moi" ? et que j'accepte sans barguigner les cookies venant des sites consultés ?
T'es trop nul en math, tu devrais pas essayer.
Une relation réflexive, symétrique et transitive, ce serait une relation d'équivalence, ce qui signifierait que si A est larbin de B, alors en même temps B est larbin de A.
Ce n'est pas le cas du tout.
Ici on aurait plutôt une relation antisymétrique, c'est à dire que si A est larbin de B et dans le même temps B larbin de A, alors A et B sont la même personne.
Et une relation réflexive, antisymétrique et transitive, en mathématique on appelle ça une relation d'ordre.
La relation est larbin de, elle a même un nom: c'est la relation d'ordre social.
@Yves : Et si le Swâmi faisait allusion à la dialectique du maître et de l'esclave de Hegel ?
Je fais support micro : c'est une sorte de service à la personne (et tout particulièrement les handicapés technophobes 21), mais, au moins, ça se fait aux heures de bureau, car mes handicapés ont le bon goût de rentrer chez eux le soir.
ça s'est un peu compliqué depuis la généralisation des portables et de l'ADSL, mais voilà un service à la personne mieux payé et moins précaire que le torchage de culs de vieux gagas riches.
... Qes aco? Pute, c'est un service à la personne? Et consultant? (c'est presque la même chose)
Ca peut faire débat, et se voir sous plusieurs angles.
Par contre quand on a un vieux papa en fauteuil roulant qui habite seul à 450 km, on est finalement soulagé que certaines personnes aient la bonté (pour pas cher) de venir s'occuper de lui matin, midi et soir, car vu le niveau de nos relations intimes (historiques...) j'aurai moi même du mal à le supporter tous les jours ainsi.
Heureusement aussi que pour l'instant il peut se payer toutes ces aides.
C'est la dure loi de la vie et de la vieillesse... qu'est-ce qui nous attends ?
@Yves :
Voilà, je fais de la poésie, et certains disciples irrespectueux s'imaginent que je fais des maths... M'enfin ! Ce n'est pas parce que j'ai écrit le mot mathématiques que je fais des maths ! C'est mathématique !
D'autre part, avoir atteint l'âge avancé (et totalement irréaliste) de 42 balais m'a permis de confirmer quelque choses que je pressentais dès le lycée : Tout ce que j'ai bien pu me faire chier à apprendre en maths ne m'a jamais servi à rien pour tout le reste de mon existence. Sauf un peu d'algèbre de Boole et de calcul en base 16 ;-)
...Pour le reste, j'ai eu une fois besoin de résoudre une équation polynomiale du second degré il y a une bonne douzaine d'années, me suis aperçu (navré) que je ne le savais plus, j'ai emprunté une heure un livre de maths à un ado boutonneux de l'immeuble (Google n'était pas encore notre ami à l'époque), j'ai résolu mon équation, et puis c'est marre. Pas la peine de se faire chier la bite à apprendre par coeur des b²-4ac ou des plus ou moins racine de machintruc sur chose....
J'aime changer les maths, et puis c'est tout.
@Vengeur Masqué : Ne dites plus "pute", mais dites "putothérapeute". Ne dites plus "consultant", mais dites "péripatéticien" (tout en prenant soin de préciser que vous ne parlez point d'un aristotélicien mais d'un praticien de sciences plus physiques).
@Pla :
Dans la série de pubs après Soir 3 (je n'arrive pas à me faire à l'idée qu'elle est vraiment avec Baroin... Le traumatisme est profond...), 3 spots de pub sur des pilules de Perlimpinpin contre la ménopause. En une seule série de pubs ! Très fort ! Et aux heures de repas, c'est les yaourts contre le cholestérol ou que sais-je... Les services à la personne ont de beaux jours devant eux dans les années qui viennent...!
En vérité, c'est quoi le problème (à part la "relation d'ordre", d'ailleurs yves, je l'ai trouvé super marrant ton commentaire, mais faut surement etre un gros geek poilu pour trouver ca marrant) ?
Des infirmières, assistantes à domicile, livreurs, patati patata, sont payés pour leur boulot, et des petits vieux ou des handicapés sont aidés à moindre cout.
ok c'est des boulots tres chiants mais c'est mieux que rien non ? J'ai du mal à comprendre ce que tu souhaites, plus "d'emplois à la personne" (mais dans ce cas tu fais quoi des vieux et des handicapés ?) ou des emplois mieux payés (mais le meme boulot et la meme relation d'ordre) ?
@Matthieu :
La déplorable formule merdique qui est à la base de tous les renoncements, soumissions et pliages d'échine serviles... Car absolument tout est mieux que quelque chose de pire, a fortiori ... Un CNE, c'est . Une tente sur le bord du canal Saint-Martin, c'est . Et il paraîtrait même qu'être enfant prostitué à Manille, c'est mieux que mort...
Alors OK, des boulots très chiants, horriblement mal payés et avec des horaires émiettés, c'est . Et à partir de là, tu vas où ?
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En tout cas je peux te dire ce que je ne souhaite pas : Une société de torcheurs de vieux et de livreurs de pizza ne me semble pas du bois dont sont faits les lendemains qui chantent...
Je ne dénigre pas ces emplois en tant que tels, dans notre société actuelle ils sont nécessaires dans une certaine mesure, et je dénigre encore moins ceux qui les accomplissent, qui sont souvent courageux et le font rarement par choix, mais je dis que présenter les "services à la personne" comme la solution au "problème de l'emploi", c'est sacrément se foutre de la gueule du monde - de la part des politiques qui se livrent couramment à ce genre d'exercice.
On peut aussi noter qu'une énorme proportion de ces "petits boulots" ne sont nécessaires que parce qu'ils viennent en aide à des personnes dont l'activité professionnelle consomme tellement de temps qu'elle les empêche de s'occuper eux-mêmes de tâches qui seraient normalement de leur ressort. Il en va notamment ainsi d'une bonne partie du secteur de la "petite enfance". Nombre de parents préféreraient pouvoir aller chercher eux-mêmes leurs enfants à l'école plutôt que de les faire chercher par des baby-sitters... Les élever eux-mêmes quand ils sont tout petits plutôt que les confier à des crèches ou à des nounous. Et même si on ne peut pas généraliser, beaucoup seraient sans doute prêts à s'occuper davantage de leurs parents âgés si leurs propres obligations le leur permettaient. Beaucoup préfèreraient faire tranquillement leurs courses plutôt que se faire livrer, s'ils ne passaient pas leurs journées à courir comme des rats dans un labyrinthe. Beaucoup ne se font livrer de la bouffe toute faite, le plus souvent, que parce qu'ils rentrent trop tard et trop crevés pour avoir envie de s'atteler à la cuisine.
L'explosion des "services à la personne" est l'un des signes de l'aliénation de ceux qui ont un "vrai boulot" et l'un des signes de l'incapacité de notre société à répartir ce "vrai boulot". Alors on pressure à mort le citron de ceux qui ont un "vrai boulot", les rendant ainsi en partie incapables de s'occuper de leur propre vie, et ensuite, on les fait (mal) assister par des sous-fifres qui ont un sous-boulot sous-payé, situation que sans doute aucun des intéressés ne souhaite. Mais je suppose qu'on peut appeler cela "l'optimisation de l'usage des ressources humaines" ?...
@Marcel Boudin :
Certains ont en effet signalé ce problème avec Dotclear 2.0ß, et je l'ai moi-même rencontré sur quelques blogs. La solution passe généralement par trois choses :
Je suis incidemment docteur en mathématiques, et je confirme : ça ne sert à rien. Même pas à trouver du boulot.
Ah, si j'avais fais des brillantes études ! Si j'avais fait les Mines de Douai au lieu de finir stupidement à Normale Sup', la vie serait tellement plus facile...
Et prof de maths ? Avec un doctorat en mathematique, l'agregation doit faire partie du domaine du realisable. Enseigner 15h a la fac ou, au pire, en lycee, le reste en labo de recherche et avoir plein de vacances... c'est pas un bon boulot ca ?
Meme si je ne suis pas bon en maths, je dois admettre une forme de fascination pour elles. Il y a quelque chose d'absolu dans les maths, d'essentiel, de permanent... contrairement a de nombreuses autres disciplines et connaissances tres futiles et ephemeres, en particulier dans les domaines technologiques.
Tout ça parce que les gens ne respectent pas les 35 heures, donc ! Voire parce qu'on n'est pas passés aux 32h (de source DRHique, il paraît que ça se serait bien mieux passé)...
@Swami : je comprends 1) ta critique du système qui fait que ceux qui travaillent trop n'ont pas le temps pour leurs enfants ou leurs vieux parents 2) le fait de présenter les emplois à la personne comme la panacée du chomage est stupide. Ce qui veut dire que je suis d'accord avec la partie modérée de ton billet, mais ca, c'est pas nouveau.
Mais ton billet va bien plus loin que ca, non ? Le système qui créé des vieux et des malades, c'est pas le capitalisme, c'est la biologie. et quand tu dis que tu sais ce que tu ne veux pas, mais pas ce que tu veux, c'est bien dommage, parce que j'ai l'impression que la seule facon de supprimer le "larbinat", c'est de supprimer la vieillesse et les malformations génétiques... parce que larbinat payé par des vieux riches ou des pauvres vieux aidés par l'Etat, les tâches sont les memes, non ?
@Matthieu : Tu lis sous ma plume des choses que je n'ai ni écrites ni pensées... Je n'ai jamais écrit ni pensé que l'existence de vieux et de malades était le fait du "capitalisme", houhou ?
Je suis parfaitement conscient de la nécessité d'emplois d'assistance aux personnes - et j'en suis d'autant plus conscient que ma propre mère parvient au crépuscule de l'existence, âge où de telles aides deviennent nécessaires (surtout maladie d'Alzheimer aidant...) quand on ne partage pas la maison de ses descendants, ce qui est de plus en plus rare.
Pour autant, je m'élève contre le fait de présenter ces métiers d'assistance à la personne comme le remède miracle au chômage - ils répondent à une nécessité qui est celle du service qu'ils assurent, et non celle d'employer des gens ! et je considère particulièrement catastrophique la manière dont sont actuellement bien souvent gérés et considérés ces métiers de "service à la personne" : Sous-payés, sous-considérés, précaires, temps partiels, peu qualifiés, peu ou pas de formation, assurés à travers des associations à coups de subventions volatiles - comme le souligne si bien Le Monolecte - et je ne parle même pas de tout le travail au black qu'on trouve notoirement dans ces secteurs, le travail au black étant par définition le degré zéro de la protection sociale.
Les métiers d'assistance aux personnes qui concernent le domaine de la santé (prise en charge des personnes âgées au sens large) et de la petite enfance devraient être, à mon humble avis, assurés par un ambitieux programme de santé publique, pour le premier cas, et "d'éducation préscolaire et périscolaire" (ou on appelle ça comme on veut) dans le deuxième cas, et donner lieu à des emplois à temps et salaire honorables, dotés de conditions d'exercice et d'un programme de formation adéquat, tout simplement. Pas laissés à la jachère d'un secteur de sous-emploi pour des sous-employés.
Bien sûr, on trouvera toujours dans toute société quelques "petits boulots", mais il est aberrant de les présenter comme "l'avenir de l'emploi" ou comme un secteur à développer pour résorber le chômage, comme le font trop souvent les politiques, alors que nous n'avons ici affaire qu'à du précariat.
Certains de ces emplois étant nécessaires au fonctionnement de la société, et appelés à l'être de plus en plus, il appartient à la société de les prendre dignement et convenablement en charge - tant pour les employés que pour les "bénéficiaires" - et non pas à vanter le précariat comme la 8e merveille du monde à une époque où le gouvernement ne s'est jamais autant désengagé du secteur de la santé, du secteur social, de l'éducation, privatisant à tour de bras et refilant le reste à des associations, décentralisant les coûts aux régions, départements, communes...
C'est cela que je critique. Pas le fait qu'une personne âgée, qui a besoin d'une infirmière ou d'une aide à domicile, puisse en bénéficier. Bien au contraire.
@Arno L'agrégation, je l'ai, je suis en disponibilité pour la 5e année consécutive... Enseigner en lycée, franchement... je freine des 4 fers!
Docteurs et agrégés, c'pas croyab' c'que j'peux être lu par des gens culturés, tout de même...
Ça mériterait presque que je finisse par me décider à passer mon bac, pour dire...
"se faire chier la bite" : non, l'expression correcte serait "s'emmerder la bite en chiant"; respecte le françouze si tu respectes pas les maths, quoi merde!
Sinon, en définitive tout ça n'est qu'une question de longueur de laisse, mais la vraie question c'est bien la laisse, non?...
Peu de chances d'être lu pour ce commentaire tardif, mais voila un petit lien qui va dans ton sens : services à la personne, réalité des chiffres
@Matthieu :
Mais si, mais si...