Bon, y'a des gens sous des tentes sous les ponts, mais je suis heureux de constater que (tout comme nous d'ailleurs) mes voisins ne se laissent pas abattre : Je rentre à l'instant de l'expédition la plus révélatrice en ce jour de Noël : la descente aux enfers au local-poubelles en portant d'une main mon lourd sac de qui-ne-se-recycle-pas-mais- qui-attire-les-chats et en tirant de l'autre main mon carton plein de cartons de jouets aplatis...

J'arrive au local-poubelle, putain ! c'est Tchernobyl là-dedans ! Il y en a jusqu'au toît ! Toutes les poubelles grises de "pas-recyclable" dégueulent jusqu'au plafond, y'en a partout des restes de bouffe de luxe à nourrir un village africain pendant 3 mois... À vomir. Quand aux poubelles de "recyclable", on ne les trouve même plus, noyées sous une pile de cartons en vrac (bien évidemment non aplatis ni débités) qui va des tonnes de jouets en tout genre jusqu'à la télé-écran-plasma home-cinéma chaîne-Hi-Fi, cartons étiquetés "Dell", "Plackard-Bèle", "Canon", "Sony" et autre coûteux gadgets du même tabac...

Plus du vieux matos subitement devenu inutile bazardé au milieu de tout ça en vrac, vu qu'on ne trouve même plus les poubelles, n'est-ce pas...

Bon. Mes voisins ne se laissent pas abattre, c'est déjà ça de pris.

Une qui va se sentir toute abattue, c'est la gentille dame de la société de ménage qui vient très tôt le matin pour nettoyer notre immeuble de jeunes locataires middle-class et sortir nos bourgeoises poubelles. Là, elle va devoir se démerder avec la tonne de trucs en vrac jetés n'importe comment à son plus grand mépris par un tas de connards mes charmants voisins tellement civilisés dès que personne ne les regarde. Il lui faudrait au moins un Fenwick, à la gentille femme de ménage, la prochaine fois qu'elle viendra. Mais elle n'aura certainement ni "Fenwick" ni la moindre prime de nettoyage des restes de réveillons d'un tas de salopards trop gavés et qui s'en foutent. Ça lui prendra des plombes, mais tout le monde s'en tape.
T'te façon y'a plus de concierges qui nous feraient la gueule dans l'escalier ou nous demanderaient des étrennes depuis des décennies. Nous avons externalisé tout ça, braves gens ! Rationalisé.
La concierge, tu la respectes un minimum... syndical. Mais la femme de ménage que personne ne connaît, tu peux lui chier sur la tête. Logique. Pourquoi se priver ?

Ce qu'il y a de marrant dans mon immeuble - et je suis certain que c'est le cas dans le vôtre aussi, non ? - c'est les jours de déménagement. Alors là, ceux qui partent s'en battent vraiment les couilles. Les meubles carrément abandonnés dans les allées des garages souterrains, les tonnes de trucs balancés n'importe comment dans le local poubelles... Ils s'en foutent les braves gens : Ils sont partis et ne reviendront pas, personne ne leur dira jamais plus rien. Ils n'auraient vraiment aucune raison de se casser le cul à aller jeter leurs merdes à la déchetterie. Vous pensez bien.

Le local-poubelles de mon immeuble un 25 décembre est le thermomètre qui nous indique la distance astronomique qui sépare encore notre société d'une quelconque révolution en profondeur. Un peu comme la queue aux caisses de la FNAC avant-hier, quoi...

Humanité, je t'aime.

Je finirais bien ermite dans une grotte, moi, tiens. Je pourrais chier juste devant l'entrée pour dissuader les touristes.