Mais que fait la police ?
Par Petaramesh le mardi 19 décembre 2006, 12:54 - A lire ailleurs... - Lien permanent
Cette éternelle et fameuse question trouve quelques navrants éléments de réponse dans ce témoignage d'un ex-officier de police (datant du 27 octobre 2005), dont voici quelques extraits choisis :
[...] Il y a l'étranger, je dis bien le « sans-papier », ce qu'on appelle l'ILE, infraction à la législation sur les étrangers, dans le jargon policier. Les ILE, il est recommandé d'en faire beaucoup, même si on sait qu'ils sont pas expulsables et qu'ils ne seront pas expulsés, parce qu'ils sont chez eux. Mais une loi leur permet de rester [...] et une autre loi refuse de leur donner des papiers. Donc, ils resteront [...] mais il est quand même conseillé d'en faire un maximum parce que c'est très intéressant. [...] Et il y a un autre avantage, c'est qu'on peut interpeller la même personne plusieurs fois dans le mois, ça c'est très intéressant, c'est juteux pour les chiffres. Il y a aussi l'outrage/rébellion, qui augmente en permanence. Alors là, on est dans quelque chose qui est exorbitant du point de vue du droit public puisque c'est l'agent constatateur qui est en même temps la victime, donc on ne peut rien faire contre un outrage/rébellion. C'est, dans l'ordre : un fait constaté, un fait élucidé et un interpellé, éventuellement une garde à vue, et très souvent même une condamnation au moins financière. En attendant, on a fait du chiffre, du crâne, dans le jargon. « Faut faire du crâne », c'est comme ça qu'on dit dans la police, ou « du bâton », parce que ça fait des petits bâtons les statistiques.
[...] Question : Quelle est l'action des politiques ?
Ex-officier de police : Il y a un effet de surenchère permanente, de langage de guerre, de reconquête, ce sont des mots qu'on entend : « pacification », « reconquête », « nettoyage », donc on est dans un langage d'occupation, de guerre, en permanence. Il y a toute une terminologie que je n'ai jamais entendue avant qu'on entend depuis quelques années. Maintenant, ils disent les crapauds quand ils parlent des interpellés, même dans les écoles de police : « Quand vous interpellez un crapaud, quand vous demandez les papiers au crapaud... » Alors là, les bras m'en tombent. Avant il y avait un argot policier qui était différent mais pas ce genre de terme : « crapaud », avec toute une image qui est derrière. « Crapaud » c'est le jeune, pas forcément bien conforme... Alors effectivement ils ne le sont pas tous, mais pour survolter des pans entiers de population il n'y a pas mieux que ce genre de terminologie. Je crois qu'on est dans une politique de maintien de l'ordre permanent, de régulation sociale par la police.
[...] Question : Et concernant des problèmes plus larges comme le fichage génétique ?
Ex-officier de police : Au début c'était les délits sexuels, ça passait assez bien dans la population, parce qu'il y a eu des viols suivis de meurtre alors ça passait assez bien. On va garder ça pour l'exception, c'est ce qui a été annoncé. Et puis après, en catimini, ça a été étendu à toutes les condamnations même pour des délits mineurs : le port d'arme, genre opinel pas la kalachnikov, l'exhibition etc. Et on retrouve ces gens-là, ils sont convoqués avec impossibilité de s'y soustraire, parce que s'ils ne viennent pas ils risquent en plus une sanction pénale, le parquet est avisé, il y a un texte de loi là-dessus que je n'ai plus en tête... j'en ai traité quelques uns de ces dossiers. Ce qu'il y a c'est que c'est un fichage étendu à des délits tout à fait mineurs qui autrefois n'aurait pas eu lieu d'être et qui n'était pas prévu dans la loi initiale. Mais, comme je disais, on glisse vers toujours un peu plus de sévérité. Il y a une idéologie de la sévérité, il y a un aspect moral, transcendant derrière : il faut punir, il faut être sévère, les gens sont responsables de leurs actes, c'est presque... on vit dans une société laïque mais on a l'impression qu'il y a une sorte d'idéologie du châtiment, de la punition, de la rétribution, c'est quelque chose d'un peu gênant comme ça.
Lire chez regardeavue.com les tristes restes de cette interview. Une vidéo de cette interview y est également disponible en streaming et en "version courte" (21 min.). Une version longue est par ailleurs disponible ici.
Illustration : Attribution inconnue de moi, désolé...










Commentaires
Ton lien sur les restes est tout pourrite!
Merci Agnès, j'avais légèrement merdu ; c'est corrigu.
à mettre en parallèle avec ce texte de jmm: “La société de surveillance est devenue réalité sans que nous n’y prenions garde”
Cette interviou est vraiment très très intéressante, il faut à tout prix prendre le temps d'aller la lire, et ne pas se contenter des extraits sélectionnés par notre Swâmi adoré (dont je baise les rotules).