Du coup le brave médecin, dont je ne mets pas un instant en doute les louables motivations, s'interrogeait sur les moyens de répandre cette pratique, et notamment son acceptation par les "populations" pour des raisons philosophiques ou religieuses. Tant il était évident que pour lui, le bénéfice vis-à-vis du risque de contamination par le virus du sida justifiait amplement de recommander ce petit "geste" de rien du tout.

Comme, de mon côté, j'ai l'esprit retors, je m'imaginais un tableau légèrement différent, celui où l'on aurait découvert que l'excision du clitoris, chez la femme, réduirait possiblement les risques d'être contaminée par le même virus. Irait-on aussitôt sans hésitation aucune vanter cette pratique sur les ondes de France-Info, voire en souhaiter la généralisation tout en s'interrogeant sur son acceptabilité religieuse ?

Ah mais oui mais non, c'est pas du tout la même chose !

L'excision est une abominable mutilation sexuelle généralement pratiquée par des populations arriérées pour des raisons faussement religieuses mais en réalité seulement culturelles et franchement glauquissimes, et que toute société avancée touchée par la grâce des Lumières se doit de combattre, chacun le sait.

Tandis que la circoncision est un simple petit "geste" de rien du tout qui n'a certainement rien à voir avec une mutilation sexuelle, et elle est très largement pratiquée dans le cadre de Grandes Religions Révélées Très Hautement Saintes et Respectables qu'il serait mal venu de contrarier.

C'est tellement évident que moi non plus, je ne m'étais jamais vraiment posé la question sous cet angle, jusqu'à lire le traité d'athéologie de Michel Onfray,[1] et j'en parlais déjà sur ce blog au mois de mars, dans mon billet "Yaourt sans cornichons". Je me permets donc de copier / coller ici ce que j'écrivais déjà dans mon billet de mars dernier, ou plutôt ce qu'Onfray en écrit, puisqu'essentiellement je le cite :

« Il rappelle fort à propos[2] qu'une mutilation est définie juridiquement comme le fait de retrancher une partie saine du corps d'un enfant non consentant sans raison médicale, ce qui définit parfaitement la circoncision pour raisons coutumières ou religieuses. Concernant la prétendue innocuité de la chose, Onfray nous rappelle également[3] que la surface de peau enlevée correspond à la moitié ou les deux-tiers du recouvrement tégumentaire du pénis. Cette zone de trente-deux centimètres carrés chez un adulte - peau externe, peau interne - concentre plus de mille terminaisons nerveuses, dont deux cents cinquante pieds de nerfs. D'où la résection de l'une des structures les plus innervées du corps. De plus, la disparition du prépuce ... entraîne une cicatrice circonférentielle qui kératinise avec le temps ... la peau ... se durcit et perd de sa sensibilité. L'assèchement de cette surface et la disparition de la lubrification suppriment du confort sexuel pour les deux partenaires. Vue sous cette angle, on ne peut plus considérer la circoncision comme une pratique anodine, mais bien comme la mutilation sexuelle qu'elle est effectivement, et on ne peut que s'étonner qu'elle ne soit pas frappée de la répression légale qui s'impose. »

Doit-on maintenant considérer qu'une pratique assimilable à une mutilation peut être légitimement envisagée en tant que prophylaxie d'une infection ? Délicat, Hmmm ?

Alors pour pas choper le méchant virus, moi je dirais plutôt : Ne sortez pas la machette, sortez couverts !

Notes

[1] Grasset, 2005.

[2] Op. cit. p. 140

[3] Op. cit. p. 142