Coupe-coupe !
Par Petaramesh le jeudi 14 décembre 2006, 23:38 - Miscellania - Lien permanent
J'ai entendu aujourd'hui à plusieurs reprises sur France-Info un professeur en médecine se féliciter d'une surprenante découverte : La circoncision, pour un homme, réduirait de 50 à 60% les chances risques de choper le virus du sida - enfin, par la zigounette, j'imagine...
Du coup le brave médecin, dont je ne mets pas un instant en doute les louables motivations, s'interrogeait sur les moyens de répandre cette pratique, et notamment son acceptation par les "populations" pour des raisons philosophiques ou religieuses. Tant il était évident que pour lui, le bénéfice vis-à-vis du risque de contamination par le virus du sida justifiait amplement de recommander ce petit "geste" de rien du tout.
Comme, de mon côté, j'ai l'esprit retors, je m'imaginais un tableau légèrement différent, celui où l'on aurait découvert que l'excision du clitoris, chez la femme, réduirait possiblement les risques d'être contaminée par le même virus. Irait-on aussitôt sans hésitation aucune vanter cette pratique sur les ondes de France-Info, voire en souhaiter la généralisation tout en s'interrogeant sur son acceptabilité religieuse ?
Ah mais oui mais non, c'est pas du tout la même chose !
L'excision est une abominable mutilation sexuelle généralement pratiquée par des populations arriérées pour des raisons faussement religieuses mais en réalité seulement culturelles et franchement glauquissimes, et que toute société avancée touchée par la grâce des Lumières se doit de combattre, chacun le sait.
Tandis que la circoncision est un simple petit "geste" de rien du tout qui n'a certainement rien à voir avec une mutilation sexuelle, et elle est très largement pratiquée dans le cadre de Grandes Religions Révélées Très Hautement Saintes et Respectables qu'il serait mal venu de contrarier.
C'est tellement évident que moi non plus, je ne m'étais jamais vraiment posé la question sous cet angle, jusqu'à lire le traité d'athéologie de Michel Onfray,[1] et j'en parlais déjà sur ce blog au mois de mars, dans mon billet "Yaourt sans cornichons". Je me permets donc de copier / coller ici ce que j'écrivais déjà dans mon billet de mars dernier, ou plutôt ce qu'Onfray en écrit, puisqu'essentiellement je le cite :
« Il rappelle fort à propos[2] qu'une mutilation est définie juridiquement comme le fait de retrancher une partie saine du corps d'un enfant non consentant sans raison médicale
, ce qui définit parfaitement la circoncision pour raisons coutumières ou religieuses. Concernant la prétendue innocuité de la chose, Onfray nous rappelle également[3] que la surface de peau enlevée correspond à la moitié ou les deux-tiers du recouvrement tégumentaire du pénis. Cette zone de trente-deux centimètres carrés chez un adulte - peau externe, peau interne - concentre plus de mille terminaisons nerveuses, dont deux cents cinquante pieds de nerfs. D'où la résection de l'une des structures les plus innervées du corps. De plus, la disparition du prépuce ... entraîne une cicatrice circonférentielle qui kératinise avec le temps ... la peau ... se durcit et perd de sa sensibilité. L'assèchement de cette surface et la disparition de la lubrification suppriment du confort sexuel pour les deux partenaires.
Vue sous cette angle, on ne peut plus considérer la circoncision comme une pratique anodine, mais bien comme la mutilation sexuelle qu'elle est effectivement, et on ne peut que s'étonner qu'elle ne soit pas frappée de la répression légale qui s'impose. »
Doit-on maintenant considérer qu'une pratique assimilable à une mutilation peut être légitimement envisagée en tant que prophylaxie d'une infection ? Délicat, Hmmm ?
Alors pour pas choper le méchant virus, moi je dirais plutôt : Ne sortez pas la machette, sortez couverts !










Commentaires
clap clap clap ... c'était dans l'été, pendant que la france laborieuse bronzait sur les plages ... et c'était déjà un coup de gueule ... et sans même aborder l'aspect mutilant ...
j'aimerai entendre nos féministes dire que si cette tartuferie protége ( bien mal ) les mecs, elle est assez symptomatique du mépris de l'onusida pour les femmes africaines ... mais pour l'instant, sont plutot aphones ...
Je n'ai pas entendu l'info récemment, mais çà me paraît complètement absurde.
J'ai en effet lu que les hommes circoncis seraient moins perméables au VIH1, mais tout aussi perméables au VIH2, ce qui ne résoudrait en rien le problème parce que la situation reste totalement aléatoire.
Et puis, n'oublions pas que les hommes, circoncis ou non, ont moins de risques d'être contaminés que les femmes (ou tout autre partenaire "pénétré"), donc quid des femmes dans l'histoire ? surtout en Afrique où elles sont les premières victimes...
Quand bien même on étendrait la pratique de la circoncision, quid des circoncis contaminés (il reste 40 à 50% de risques) qui vont contaminer plus facilement leur partenaire irrité(e) par le manque éventuel de lubrification dû à la kératinisation de cette zone ?
Par ailleurs, le christianisme cédant le pas à l'islam dans un certain nombre de pays d'Afrique, la circoncision est sans doute de plus en plus pratiquée à titre religieux, advienne que pourra dans la propagation du VIH.
Bref, merci à France-Info de diffuser des informations aussi "légères", qui, bien qu'émanant de la bouche d'un chercheur, risqueraient d'induire en erreur bon nombre de gens qui n'attendent qu'un signal pour balancer leurs capotes par dessus les moulins !
Je comprends que Swâmi s'insurge contre le fait que la circoncision, qui est une forme de mutilation, puisse être portée au rang de pratique prophylactique. Gardons en mémoire qu'à une époque pas si lointaine, on pratiquait régulièrement l'ablation des amygdales, et qu'on pratique encore l'ablation des dents de sagesse pour-un-oui-pour-un-non, lesquelles peuvent être considérées également comme des mutilations selon la définition que tu cites, et que personne ne s'en soucie au titre de "mutilation", alors même que leur justification médicale reste à démontrer. D'ailleurs, dans ce sens, la circoncision est assez systématique aux US, à titre "préventif", indépendamment de tout rite religieux (càd y compris chez des chrétiens). Bel exemple, n'est-ce pas ? ;-)
ça va réveiller des fantasmes de castration, ça ! :o)
Avec les millions de cas de sida en Afrique alors que la plupart des populations pratiquent la circoncision sur ce continent (ce que je déplore, comme toutes les mutilations sur tous les continents), je ne comprends même pas que l'on puisse attacher la moindre importance à ce genre de propos "scientifiques".
Il me semble que la réalité infirme tout simplement les "études" et ça, quel que soit le sens dans lequel on tourne les chiffres.
Ben t'as raison "mais uma vez", j'ajouterai encore que sur le plan esthétique c'est pas folichon un zizi circonsis ;~)
Aimant contredire, je vais aller un peu a contre-courant de cette belle unanimite (tous les commentaires dans le meme sens, c'est pas drole ;-) ...
Sauf erreur de ma part, il s'agit de deux etudes independantes impatiemment attendues par l'ONU et l'OMS (je sais que tout le monde ne les apprecie pas, mais bon...).
Quand on fait face a une situation aussi critique que celle de l'Afrique face au sida, mieux vaut attaquer sur plusieurs fronts, avec plusieurs methodes. Le remede miracle unique, ca n'existe pas. Et 40% de reduction du risque de contamination sur deux ans, c'est quand meme pas rien il me semble... Et on peut esperer qu'un gars faisant la demarche de se faire circoncire ne deviendra pas d'un seul coup un inconscient sexuel.
Un scientifique peut raconter des conneries, OK. Mais jeter directement le resultats de 2 etudes (au moins) confirmant un soupcon plus ancien parceque le resultats ou leurs consequences ne plaisent pas, CA, ca me parait leger.
Ca vous parait vraiment absurde qu'un epaississement de la peau ou de la muqueuse rende plus difficile sa traversee par le virus ? Ou que l'assechement plus rapide de la verge apres un rapport sexuel tue plus rapidement ce fragile virus (hors de son hote) ? Moi, ca me semble parfaitement naturel...
Effectivement, la circoncison est une mutilation. Rien a rajouter la-dessus. Se faire percer l'oreille aussi. Ce qu'il faut analyser, c'est le rapport cout/benefice.
Contribution au débat: le livre de Riad Sattouf, chez Bréal-jeunesse, intitulé "Ma circoncision". La circoncision vue par un petit gamin qui voudrait bien être grand mais à qui ça flanque une sacrée trouille. Ca parle aussi de Goldorak et du racisme, et des gros caïds de cour de récré, et de la déloyauté des grandes personnes. Fait pour les enfants, mais très utile pour les grands
Et maintenant, mon grain de sel sur la question de la circoncision généralisée pour motifs médicaux.
On dira que j'ai mauvais esprit, mais voilà une petite opération chirugicale vite faite, sans risque majeur, touchant la moitié de la population... J'entends sonner le tiroir caisse ou j'ai de bourdonnements d'oreille?
Cette excellente affaire pourrait profiter à pas mal d'établissements hospitaliers pendant un certain temps, au bout duquel on s'apercevrait peut-être, comme on a fait pour l'ablation quasi systématique de l'appendice ou pour l'épisiotomie de routine ou pour les césariennes un peu trop systématiques, que le rapport bénéfice /risque est pas si favorable, que le prépuce était utile bien que pas indispensable ou que le bénéfice espéré n'était pas au rendez-vous.