Horresco referens
Par Petaramesh le mardi 12 décembre 2006, 10:29 - Paul & Mick - Lien permanent
Où, une fois n'est pas coutume, Swâmi Petaramesh prend la défense de Nicolas Sarkozy, ça, je suis sûr que ça vous en bouche une rondelle et que les bras vous en tombent !
Je suppose qu'il fallait que ça m'arrive une fois dans ma vie, alors voilà, c'est aujourd'hui, comme ça ce sera fait.
J'apprends via Samantdi que, si l'on en croit Pierre Assouline, Swâmi Petaramesh serait un gros inculte, à l'instar de Notre Futur Président (que la vérole l'emporte, que le cul lui pèle, et que ses bras se raccourcissent encore, si faire se peut, pour l'empêcher de se gratter).
Car Swâmi Petaramesh ne connaît pas la princesse de Clèves. Sauf de nom. Mais pas bibliquement, hélas.[1]
Marquise Princesse vos yeux beaux d'amour mourir me font !
Merdre, à lire Pierre Assouline, j'apprends pourtant que la connaissance intime de la princesse de Clèves, matrice de la littérature moderne
, fait partie du bagage culturel de tout honnête homme de notre temps, fut-il attaché d'administration, voire même, horresco referrens, guichetier !
[2]
Ce qui me conduit petit (a), à me demander quel est le pourcentage de guichetiers français, en 2006, qui ont la moindre idée, aussi vague fût-elle, du sens de l'expression "horresco referens",[3] sans même aller, petit (b), jusqu'à d'assidues fellations relations avec la princesse de Clèves.
Rappelons que nous vivons une époque où le français moyen lit (guichetiers inclus) en moyenne un livre par an, ceci incluant collection Harlequin, polars de gare, oeuvres d'évangélisation des foules néolibérales écrites par les nègres de nos politiques, cours de management, livres de cuisine, de psycho à deux balles, guides touristiques et best-sellers en tout genre, sans compter le dernier Beigbeder, pour les filles occupant un poste de cadresse communicante dans le tertiaire (ou le dernier Marc Lévy pour les ETAM).
Non mais franchement, je connais peu Assouline, et à ce titre je le respecte, mais je suis toujours à moitié mort de rire quand je vois un Trissotin décréter ex cathedra ce qui doit faire ou non partie du bagage de tout honnête homme, se prenant sans doute soi-même pour l'étalon en la matière.
De tels gens me semblent faire preuve d'un flagrant parti pris dès lors qu'ils définissent ce qu'est la culture en fonction de leur culture propre, avec cette particularité supplémentaire que ces honnêtes hommes qui s'octroient ainsi privilège de définition sont quasiment toujours de culture exclusivement littéraire, et n'ont généralement que mépris pour tout savoir du domaine scientifique ou technique, qu'ils ne considéreront jamais comme faisant partie de la culture, montrant ainsi à quel point eux-mêmes sont coupés des réalités culturelles de notre civilisation et de notre temps.
Ajoutons que, sans doute pour donner l'exemple, ces mêmes maîtres à penser sont le plus souvent incapables de changer une roue ou une ampoule, tâches ô combien indignes de leur grandeur, alors que je tiens quant à moi pour certain que savoir configurer et compiler le noyau de Linux ou avoir quelques connaissances en thermodynamique valent bien la fréquentation de la princesse de Clèves.
Il est de fait que, depuis le temps ou l'honnête homme pouvait embrasser l'essentiel des connaissances de son époque, l'éventail des connaissances humaines s'est considérablement étendu et diversifié, exigeant de chacun une certaine forme de spécialisation pour prétendre être "bon" en quoi que ce soit d'une part, et ne laissant plus guère, au delà, la possibilité matérielle d'acquérir ne serait-ce qu'un vernis de chacun des domaines de la culture humaine, cette mince couche de vernis artistico-culturel ("classique") étant pour l'essentiel réservée - au détriment de toute autre compétence - à un infime microcosme d'intellos parisiens généralement chiants et fort peu créatifs eux-mêmes, et plus adroits pour briller dans les dîners que tournevis à la main pour monter leurs meubles Ik*a, meubles par ailleurs indignes de leur grandeur, ceci expliquant sans doute cela, cela va probablement sans dire, mais encore mieux en le disant.
Il n'entre pas dans mon propos de dénigrer systématiquement "la culture" ou d'en décréter la fin à la manière d'un Mao ou d'un Pol Pot, ne nous méprenons pas. Encore que le camp de rééducation par le travail, quelquefois, c'est tentant.
Bien au contraire, je suis pleinement conscient qu'un expert, au bout du compte, est quelqu'un qui connaît absolument tout sur absolument rien
, et partage pleinement l'opinion de Pascal : Puisqu'on ne peut être universel en sachant tout ce qui peut se savoir sur tout, il faut savoir (un) peu de tout. Car il est plus beau de savoir quelque chose de tout que de tout savoir d'une chose. Cette universalité est la plus belle. Si on pouvait avoir les deux, encore mieux, mais s'il faut choisir, il faut choisir celle-là, et le monde le sent et le fait, car le monde est un bon juge souvent.
[4]
Mais à partir de là, le champ des connaissances étant vaste et le temps disponible étant compté, il faut déterminer dans chaque domaine ce qu'il faut prendre et ce que l'on peut laisser, et je tiens pour ma part que le non spécialiste peut se permettre de classer la princesse de Clèves dans les choses à laisser - la preuve, comme dirait l'autre, c'est que je n'en suis pas mort.[5]
Rappelons que selon la sagesse populaire, la culture, c'est ce qui reste quand on a tout oublié
, et j'affirme pour ma part sans honte qu'il est des choses que l'on peut se permettre d'oublier avant même de les avoir apprises, ça permet de gagner du temps : S'il est vrai que notre culture et l'inconscient collectif en sont imprégnés depuis le lait maternel (comme ce doit être le cas d'une matrice de la littérature moderne
), on sera indirectement influencé par les descendants modernes de ces savoirs plus anciens. Et, si ces savoirs n'ont pas laissé de traces bien profondes dans l'ensemble de la culture, c'est a contrario qu'ils ne sont peut-être pas si essentiels que ça, du moins pour l'honnête homme, le non-spécialiste.
Affirmer en chaire que qui ne connaît la princesse de Clèves est inculte revient à affirmer que la France est peuplée de 61 millions de Français dont 60 millions 800 mille incultes (selon mon appréciation pénémétrique[6] personnelle).
Avec une telle affirmation, Monsieur Assouline fera sans doute éjaculer les profs de lettres dans leur froc, ainsi que quelques étudiants en fac pas encore inscrits à l'ANPE, mais il risque de se faire également des copains parmi les autres 60 millions 800 mille crétins. Logique.
Considérons également que parmi les honnêtes hommes de référence des XVIIIe et XIXe s., bien peu devaient consacrer grand temps à élever eux-mêmes leurs gosses, et encore moins devaient vivre sans domestiques, sans même parler de devoir travailler pour gagner leur vie, quelle indignité ! L'honnête homme de ces époques était de noble extraction ou de bonne bourgeoisie, ça offre le temps et les moyens nécessaires, et quant à l'écrasante majorité des autres, on peut relire un peu de Zola pour se faire une idée de leur proximité avec la princesse de Clèves.
Aujourd'hui l'assommoir a peut-être légèrement changé d'aspect, mais guère de fonction, et ce n'est certes pas à 20h30 21h (n'oublions pas la nécessaire demi-heure de pub) sur TF1 que le Peuple abruti par sa journée de course effrénée dans les méandres du labyrinthe néo-libéral va faire plus ample connaissance avec la princesse tant vantée.
Mais peut-être que plutôt que de débiner Sarkozy sur ce coup, Monsieur Assouline et ses pairs devraient-ils plus utilement user de leur plume en militant pour la présence de davantage de culture aux heures de grande écoute à la télévision ? Ca, ce serait une idée, non ?
Parce que sinon, taxer Sarkozy de dérapage démagogique quand il critique la présence de questions sur la princesse de Clèves dans un concours d'attaché d'administration, c'est cela qui est au contraire de pur parti pris, stupidement élitiste et parfaitement crétin.
Je n'ai rien, bien au contraire, contre l'enseignement de la princesse de Clèves au lycée ou en faculté, car je pense que le but de l'enseignement est avant tout de former "l'honnête homme"[7] et n'en approuve pas une vision purement utilitariste - qui tend hélas à venir à la mode, employabilité, quand tu nous tiens ! - mais je peux approuver qu'elle soit enseignée, tout en désapprouvant qu'elle soit utilisée comme question dans un concours d'agent administratif, tant sa connaissance n'est d'absolument aucune utilité en rapport avec cette profession ; et, si elle sert d'étalon de mesure de culture générale, c'est un étalon de pur parti pris. On pourrait en trouver mille autres, et qui peut s'estimer fondé à juger la valeur de l'un supérieure à la valeur de l'autre ?
A ce propos un petit exemple tiré de mon vécu personnel : À l'âge d'une douzaine d'années, je fus soumis à un "test de Q.I.", test dans lequel figuraient un certain nombre de questions dites "de culture générale". Parmi ces questions me fut demandé De qui est l'oeuvre "Faust" ?
Je répondis sans réfléchir "Gounod !"[8] pensant à l'opéra alors que l'on attendait de moi que je répondisse Goethe.
Les règles du test à la con étaient très strictes, le "point" me fut refusé. Il fallait répondre Goethe, et puis c'est tout. N'empêche que ce jour-là, et du haut de mes douzes ans, je vécus cela comme une grande injustice. Que je vois aujourd'hui surtout comme une grande stupidité (et je me fous pas mal du point ou deux de Q.I. que ça a du me coûter dans le carnet d'un psychologue d'il y a 30 ans... De toute manière, j'en avais trop ;-)
Alors, en la matière, je rejoins complètement le Nain de Neuilly : dans un concours administratif, il serait peut-être plus utile de mettre davantage l'accent sur les notions de "service public" et de "service au public" parce que là, des fois, ça pèche un peu...
L'aspirant-guichetier qui ne connaît point la princesse de Clèves mérite-t-il donc de rester au chômage ? That is the question.
...que je laisse à votre méditation.
Illiterati num minus nervi rigent, Minusve languet fascinum ?
(Mes nerfs sont-ils moins durs pour n'avoir pas de lettres, Et mon sexe en est-il moins raide ?)
-- Horace, huitième épode (Trad. Henri Tournier)
(C'est marrant, la polémique... C'est une occupation qui en vaut bien une autre ;-)
Illustration : The Vision of the Rabenstein, Peter von Cornelius, 1811. (Domaine public, Wikimedia commons). Rien à voir, mais c'est joli ;-)
Notes
[1] Connaître bibliquement une princesse restant l'un des fantasmes inassouvis de Swâmi Petaramesh dans cette existence. Enfer et damnation.
[2] referrens
, Sic, sur le blog de Monsieur Assouline à l'heure où j'écris ces lignes ; comme quoi c'est bien de se parer de citations latines pour flétrir l'inculture d'autrui, et ce serait sans doute encore mieux si on y mettait le bon nombre de "r"...
[3] Je frémis en le racontant
: Virgile - Enéide, II, 201-233 : Laocoon, ductus Neptuno sorte sacerdos sollemnes taurum ingentem mactabat ad aras. Ecce autem gemini a Tenedo tranquilla per alta (horresco referens) immensis oribus angues incumbunt pelago pariterque ad litora tendunt. : (Laocoon, que le sort avait désigné comme prêtre de Neptune, immolait solennellement un énorme taureau sur les autels. Or voici que de Ténédos, sur des flots paisibles, deux serpents aux orbes immenses, (je frémis en le racontant), glissent sur la mer, et côte à côte gagnent le rivage.)
[4] Blaise Pascal, Pensées.
[5] Et je ne vois pas ce qui m'empêcherait à mon tour de réduire la culture à ma culture : Pierre Assouline me montre la voie...
[6] Pénémétrie : appréciation au pif
[7] Terme incluant bien évidemment les femmes
[8] Cette connaissance achement culturelle me venant à l'époque essentiellement de la lecture de Tintin, où la Castafiore passe le plus clair de son temps à s'époumonner sur l'air des bijoux : Ah ! je ris de me voir si belle...
Y'a pas de petite culture, y'a pas de raison ;-) Goethe, je le savais aussi, mais pas instinctivement, il m'aurait fallu creuser bien davantage dans le fin-fond de mon ciboulot...











Commentaires
Hé bé ! Aujourd'hui que de réflexion !
En somme la question est Qu'est-ce que la culture ? Réponse impossible de ma part, je n'en ai pas la moindre idée, mais j'abonde dans ton sens quand certains pensent pouvoir dire ce qui est indispensable au bagage culturel: ça me fait doucement marrer.
Le pays tournerait-il de la même manière si chacun connaissait La princesse de Clèves ou les oeuvres complètes de Sartre (clin d'oeil au bon téléfilm d'hier soir sur la 2) ? Je crois que oui, mais il ne tournerait pas en mieux à mon avis.
La culture est propre à chacun, il y a autant de cultures que d'individus. Je n'ai aucune honte à mieux savoir faire tourner ma bécane au poil de *?µ$^/) qu'à discuter de La critique de la raison dialectique (2è clin d'oeil)
Bien malin celui qui me prouvera que la Princesse de Clèves me sera plus utile dans mon métier et mes loisirs que mes sources Internet de RPM, et autres .exe open-source, ou manuels d'utilisation.
(le cookie de ton dotclear2 doit être à durée limitée)
(la dernière fois que j'ai tenté de lire ce livre, je me suis endormi. Pourtant je lis plus d'un livre par an...)
(ah non, il doit y avoir un autre souci. comme ko, ça ne mémorise pas mon pseudo)
@Fred., de L. :
(Essayons de ne pas dériver totalement hors du sujet du billet dès le 3e commentaire, mais...)
1/ J'ai résolu ce problème aec un de mes navigateurs en commençant par y supprimer tous les cookies de petaramesh.org, puis en m'assurant que petaramesh.org était bien autorisé à en recréer de nouveaux.
2/ Assure-toi que la case "mémoriser" est bien cochée pas nécessairement quand tu prévisusalises, mais en tout cas quand tu valides un commentaire. Il y a des cas où le fait de prévisualiser la dé-coche...
Après Aujourd'hui c'est téléthon et Pinochet est mort dans son lit, encore un billet auquel peut être promis un bel avenir de commentaires...
Moi, je l'ai lu, La princesses de Clèves. Dans tous les sens pendant un trimestre... Je vous jure que ça donne un autre goût à mes tartines du matin.
Bah, moi la princesse je l'ai étudié au lycée et je dois dire que j'ai fait de magnifiques siestes!!!!!!pitaing!!! mais c'est d'un chiant!!!!! à dégoutter à tout jamais les ados dela litterature!!!!!!! (je lis plus d'un livre par an, voire même par semaine, cependant, et pas Harlequin) comme quoi, on peut vivre "honnêtement" sans se pâmer devant ce "monument"!(euh, n'en déduisez pas pour autant mon soutien au "petit endroit marécageux".......Vi, c'est la traduction en français de Sarkozy, et perso j'aime bien!
D'accord avec toi, le service public à bien autre chose à savoir que l'existence de telle ou telle princesse. Etant plus jeune, quand j'ai évoqué à ma mère la possibilité de le lire, elle m'a conseillé d'éviter de perdre mon temps. D'après elle, c'était le "Harlequin du XVIIème siècle"... Autant dire que du haut de mes 14 ans, ça m'a vite refroidi et que l'envie ne m'est jamais revenue...
C'est de Jean Yanne je crois, je ne me rappelle plus dans quel contexte.
La culture, c'est ce qui permet de ne pas avoir envie de l'étaler, au contraire de la confiture. Ma culture est à moi, pour moi, je la partage à l'occasion avec un public choisi et modérément, tout le monde s'en porte mieux. Et n'est pas forcément , évidemment, même si j'avoue être assez porté sur la chose.
Cela étant, j'ai tendance à rejoindre H de Strasbourg pour dire que certaines oeuvres changent sacrément de choses (la j'en sais rien, pas lue). Et que si chacun connaissait la Princesse de Clèves ou tout autre équivalent culturel et cultivait (c'est bien dans le même champ lexical que culture si je n'm'abuse comme le docteur du même nom) son petit jardin au lieu de s'abreuver de merdes télévisuelles, magazinistiques ou autres, le pays tournerait effectivement autrement.
@ Leto2 : Je veux par faire chier ou me la peter, mais la citation, c'est pas Jean Yanne, c'est Joseph Goebbels...
A moins que cela n'ait été de l'humour et que je n'ai pas compris la finesse du trait (parce que moi, la finesse, hein...).
Ahem. Je ne savais pas que c'était de Goebbels, elle aurait donc seulement été reprise par Jean Yanne, duquel je suis à peu près certain qu'il l'a sortie.
Et c'était bien de l'humour, comme la suite du commentaire devrait le laisser penser. Je ne visais que la Culture du genre cultureux hein, pleine de citations et de références qui font bien et qui permettent de se la péter, le genre que semble affectionner M. Assouline.
Désolé si ça a pu être pris à contre-sens mais, comme le sais déjà le maître de ces lieux, j'affectionne peu les smileys qui permettraient de souligner l'Humour. Je ferai mieux la prochaine fois.
Ach ! Goebbels ! Si on ne peut plus wigoler !
Bel exemple de téléphone arabe à la mode Internet, on retrouve cette citation partout et attribuée à tout le monde. Elle est décrite ici (horresco referens) comme attribuée à Hermann Göring, puis Joseph Goebbels, Alfred Rosenberg, Baldur von Schirach, José Millán-Astray y Terreros (phalangiste espagnol), et jusqu'à John Wayne, avant qu'il y soit précisé plus sérieusement qu'elle apparaîtrait pour la première fois dans la pièce "Schlageter" de Hans Jost "le barde de la S.S.", à l'occasion de l'anniversaire de Hitler en 1933.
« La phrase exacte prononcée par [le personnage de] "Thiemann" à l’acte 1 scène 1 est (Quand j’entends le mot culture .. j’enlève le cran de sureté de mon Browning). »
(Un Browning ? Même pas un Lüger ? Misère...)
Cette page affirme en gros la même chose en indiquant que la phrase a été en premier lieu reprise par Baldur von Schirach, chef des jeunesses hitlériennes (selon Frédéric Rossif, De Nuremberg à Nuremberg, 1989, Antenne 2).
Par ailleurs on attribue les pastiches à Jean-Luc Godard, et à Pierre Dac.
Tiens, il me semblait avoir envoyé un commentaire parlant de tout ça. Y a eu de la friture sur la ligne ?
J'y disais aussi qu'en tout cas, je me coucherais moins inculte ce soir.
Amis de la poésie et de la culture bonsoir :-) Lu ce qui suit là
"on pense spontanément à la recette d'Hollywood, une fille et un révolver, les deux ingrédients du succès cinématographique de masse. Mais pourquoi ne pas aussi se souvenir des mots du dramaturge nazi Hans Johnst dans Schlageter : "Quand j'entends le mot culture, je sors mon révolver" ? La comparaison s'arrête évidemment à la présence de l'arme ; aucun humour ne transparaît dans ces propos repris par Goebbels, qui ne visait pas la "culture de masse" mais la culture "dégénérée" des élites. Toutefois, la culture de masse est à son tour exposée à une volonté d'élimination ou de négation qui, si elle n'est pas le fait du fascisme, émane d'un Establishment culturel prêt à défendre la "haute culture". Vingt ans plus tard, un groupe de punk/rock prendra le nom provocateur de Sex Pistols pour s'attaquer violemment aux symboles les plus respectés de cet Establishment."
Eh ben, le niveau est relevé aujourd'hui ! Merci pour cette référence !
@Leto2 (#12) : Bigre, tu es le deuxième aujourd'hui qui me parles de la disparition corps et biens d'un commentaire ? Ça commence à m'inquiéter : j'ai upgradé hier cet humble ashram en version SVN de dotclear, c'est-à-dire encore plus alpha que bêta, et je me demande si en fin de compte ce n'est pas moi le gros bêta, à force de jouer avec des trucs aussi expériementaux...
Enfin, je n'ai constaté de mon côté aucune disparition inattendue... Mais va savoir...
Il déchire sa race, cet ashram
aujourd'huicomme d'habitude. Merci, ô Swâmi, d'avoir une fois de plus apporté la lumière.Je ne connaissais pas le site Tatoufaux où j'apprends à l'instant que boire son urine n'est pas une bonne idée ! Diantre !
Mais cela va au-delà d'un téléphone arabe à la mode Internet : c'est mon prof de français en première qui nous avait donné cette référence (bon, et sans vouloir aller trop loin dans le sujet, ma classe de première, c'était avant internet...).
@H. de Strasbourg :
Ah ben moi non plus, mais Gougoule est mon ami :-}
Tatoufaux me semble éventuellement susceptible de mériter une palce dans ma blogroll, tiens... Avec Hoaxbuster qui y manque aussi, d'ailleurs...
>
Ah ben ça doit être pour ça que je me sens fatigué....
A propos de ce concours d’Attaché, il faut savoir qu’il comporte plusieurs épreuves dont une dissertation littéraire. Je ne vois donc pas pourquoi l’on s’offusque de la présence au programme de La Princesse de Clèves. Je rappelle que dans leur boulot les Attachés doivent faire preuve de sensibilité, ils sont tenu de pondre des synthèses, des rapports, etc. L’État (c’est nous) attend donc d’eux qu’ils sachent argumenter à l’oral comme à l’écrit sur n’importe quel sujet (dans le réel, l’excitation littéraire n’est pas souvent à son maximum !). Vient le moment où l’État doit choisir les meilleurs via un concours qui élimine les candidats les moins rapides (la maîtrise du temps est fondamentale pour réussir les concours. Ergo, les fonctionnaires savent travailler rapidement. Hé hé …) et les moins motivés (les branleurs… Ergo, les fonctionnaires ont une sexualité épanouie, oui !). Le choix du recrutement par concours fait, par l’Administration, pour l’embauche me semble moins arbitraire que celui qui s’effectue dans le privé et que tu vilipendes aussi. Et franchement ce bouquin est tout de même beaucoup moins hermétique que la poésie de Mallarmé qui pourtant tombe régulièrement aux concours. Ce qui fait que pour moi, NS reste un facho et qu’en plus il démontre sa méconnaissance des fonctions des acteurs de l’État.
@Amazone :
Chose il est vrai impossible sans une parfaite connaissance de La princesse de Clèves et de la poésie de Mallarmé.
Je sais maintenant à la fois pourquoi je suis si maladroit dans mes piteuses tentatives d'argumentation et pourquoi les fonctionnaires sont tous sans exception de Grands Humanistes...
>
Si c'est comme au CAPES de physique, je me suis laissé dire que certaines années les profs étaient reçus au CAPES avec 5 et quelques de moyenne en physique. Que les meilleurs ! Mauvaise langue je suis ;-)))
>
Vérité que je n'ai jamais mise en doute fût-ce un seul un instant !
>"Chose il est vrai impossible sans une parfaite connaissance de La princesse de Clèves et de la poésie de Mallarmé."
Il est parfaitement possible de réussir l'épreuve sans avoir lu lesdits bouquins. Evidement faut quand même lire l'énoncé. Le but est de prouver que l'on peut dégager et organiser des idées à partir de n'importe-quoi en un temps donné. Un fonctionnaire de catégorie A doit être capable de faire une note de synthèse ou pondre un rapport en trois points y compris sur des sujets dont il ne connaît pas le début des prémices du commencement.
Pure hypothèse d'école naturellement, il est réputé compétent dès sa prise de fonction.
>"Que les meilleurs !"
Naturellement. Nous sommes dans un système Platonicien, ou méritocratique. La pertinence de ce en quoi ils sont meilleurs est une question oiseuse. Tu ne voudrais tout de même pas être dans système non-P en plus d'être un système non-A ?
>"Ce qui fait que pour moi, NS reste un facho"
Halte à la discrimination négative des personnes à verticalité contrariée.
C'est marrant, la dernière fois que j'avais lu le nom de Baldur von Schirach, c'était dans le Canard lors d'une autre présidentielle, celle de 95. Le palmipède se gaussait alors mesquinement de je ne sais quelle embrouille entre amis de trente ans.
Sinon la Princesse de Clèves c'est quand même nettement moins ch... que das Kapital, et ça a le considérable avantage de tenir en un seul volume. Et puis on n'est pas obligé de le lire, le film n'est pas le meilleur de Jean Marais mais bon, ça ou un débat MAM/NS ...
La princesse de Clèves (ou plutôt son auteure, Mââme de La Fayette) est considérée comme la mère du roman psychologique moderne, les futurs attachés administratifs sont supposés avoir lu ce roman, donc les attachés administratifs sont des lettrés doublés de fins psychologues ! Syllogisme implacable !
Vous n'aviez jamais remarqué ? Les fautes d'orthographe et de syntaxe des courriers sont en réalité dues aux ordinateurs (alors, sous Linux, n'en parlons pas ;-), et le ton revêche à la vétusté des installations téléphoniques, mauvaises langues que vous êtes !
Par ailleurs, concernant les épreuves de sélection de l'administration française, avant d'en venir à la dissertation littéraire ou au commentaire composé d'un extrait choisi dans la collection La Pléiade, les aspirants à ce type de fonctions sont soumis à d'absurdes QCM où ils régurgitent pendant une heure au rythme d'une mitrailleuse (eh oui ! ils savent travailler vite !) ce qu'ils ont retenus de leurs "annales des concours administratifs - hors-série spécial QCM", dans le plus pur style pavlovien, du genre "-Rhinocéros ? - Ionesco !", sans même savoir que Ionesco est le nom de l'auteur d'une pièce de théâtre éponyme (on s'en fout, après tout, hein ?).
On les retrouve un peu plus tard chez Julien Lepers pour faire se pâmer les mamies avant le dîner, ou dans les clubs de cruciverbistes, et accessoirement dans un établissement public entre 8h et 16h, sauf samedis, dimanches, jours fériés, veilles de jours fériés qui tombent un week-end, jours de RTT (22), jours de congés (8 semaines), jours de grève et jours d'arrêt-maladie, d'où leur sexualité épanouie (ben oui, tout cumulé, çà fait plus de 9 semaines 1/2, non ?).
Pour ce qui est de Nicolas Sarkozy, qui croit sans doute incarner le paradigme de l'intégration d'un fils d'immigrés, et serait tout à fait capable de glisser des questions sur La Princesse de Clèves ou un autre classique de la Littérature française dans des examens réservés aux "aspirants à l'immigration choisie" (quelle horreur !), il devrait l'avoir lu. Il est donc impardonable, même si les arguments de Pierre Assouline sont mal choisis.
Pour l'honnête homme de
la ruenotre temps, au moins, si ce classique relatant les tortures psychologiques d'une femme mariée brûlant d'amour pour un autre homme est vaguement chiant à lire, il a le mérite d'être plus court que Madame Bovary.En plus, l'air de rien, l'histoire de Cécilia mariée à Jacques Martin à la Mairie de Neuilly tout en se mourant de passion pour Sarko, maire de Neuilly à l'époque, est une illustration que l'oeuvre de Mme de La Fayette est restée très moderne ;-)
Pendons ce nain par les pieds et douchons-le au Karcher ! (LOL)
@Munakoiso :
Mais oui ! Bon sang mais c'est bien sûr ! Je comprends enfin pourquoi le bonhomme lit des sujets de concours administratifs à ses heures perdues ! C'est qu'il cherche l'inspiration pour ses concours "d'immigrés qui ne doivent plus connaître leur langue maternelle...
Et je sais pourquoi il veut tellement virer la question sur la princesse de Clèves du concours d'attaché-SM-bondage administratif : C'est pour pouvoir la réutiliser dans ce cadre tellement plus prometteur que de simplement recruter des éjecteurs de chômeurs au guichet (fermé) des ASSEDIC...
Sacré farceur ce petit Nicolas, tout de même !
Ahlala...
Dois-je l'avouer (ça semble être un telle tare) ? Je suis attachée d'administration, comme vous dîtes... Enfin peut-être pas au sens strict du terme, vu que je suis attachée territoriale. Au concours le sujet de Culture Gé portait sur "Les Etats sont-ils encore souverains ?" et le sujet de droit sur le principe d'égalité et la décentralisation.
Ceci explique peut-être que je n'ai pas bachoté comme une folle des QCM stupides et que je ne sais de La Princesse de Clèves que son statut de précurseur du roman psychologique moderne, en vague réminiscence de ma première littéraire.
J'ai toujours dévoré tout ce qui me tombait sous la main, sauf les classiques à moins d'y être contrainte et forcée en cours. Et je le regrette un peu aujourd'hui, sûrement parce que ça enrichirait les discussions avec mes grands-parents qui sont tous sortis de Science-po ou de la Sorbonne, et qui gentiment me cachent leur déception face à ce potentiel littéraire que j'ai "gâché". Laissez-moi croire qu'il n'est pas trop tard (à part qu'étonnament j'ai tendance à m'endormir beaucoup plus facilement et rapidement...) et que même si maintenant je n'ai plus le temps l'envie saura y remédier ?
Non, pas moyen, j'ai bloqué devant la première page des Essais de Montaigne (c'est écrit en hongrois, en fait ?)...
Allez, à la place je vais tenter l'écologie politique d'Alain Lipietz, ça a l'air intéressant !
Question "admiration béate", Swami : d'où te vient cette culture latine abassourdissante et ces citations pile-poilesques ? Je n'ai retenu du latin que "Delenda Carthago", comme disait le Grand Caton (In les lauriers de César, je dirais) et l'histoire du viol d'une certaine Lucrèce (pas Borgia).
@Gaielle - GrosCâlin :
Que non point une tare ! Il n'y a pas de sots métiers, celui-ci pas davantage qu'un autre. Nous ne parlions que de sujets de concours, nuance. Il a pu être accidentellement évoqué un certain manque d'amabilité et d'empressement de certains agents administratifs auprès des usagers très usagés, mais c'est un vieux serpent de mer ;-)
...Il y en a aussi de parfaitement aimables et serviables.
>
Du fait qu'en classe de cinquième, je dormais en cours de latin près du radiateur ? Va savoir... Je ne sais pas moi, je n'ai pas l'impression de posséder la moindre once de culture latine. Ca doit être juste un petit côté qui te donne l'impression que...
C'est cela, oui...
C'est un synonyme de Doctor cum libro ?
Tu cites pourtant des phrases entières avec leur traduction !
Je ne cherche pas plus loin, je ne veux pas dévoiler le mystère en tombant sur "le site des citations latines fort à propos et leurs traductions" ou sur le traducteur instantanné de Gougl'...
Je confirme qu'il y a des attachés aimables... surtout ma collègue (prononcé à la lyonnaise, keullègue) qui a fait des petits boulots de standardistes pendant ses études, et surtout moi, mais comme j'ai tendance à être souvent l'exception qui confirme la règle, ça ne prouve rien.
:o}
Tiens une citation sympa trouvée là :
Hommes de l'Univers, vous êtes des théologiens et des casuisites ignorants ; vous êtes, comme dit l'Évangile, des sépulcres blanchis. Déjà la foudre métropolitaine a timbré votre hérétique journal, et bientôt, nous l'espérons, vous recevrez, ex cathedra, un autre coup de grâce qui vous fera demander au Saint-Père l'absolution nommée par l'Église in articulo mortis. Excusez l'abondance de mes citations latines, j'en abuse parce que je sais que vous ne les comprenez pas.
MÉRY
@Gaielle - GrosCâlin :
Pas loin. La citation signifie en susbtance : , mais pour doctor cum libro, oui, ce serait plutôt doctor cum Googlo, même.
Comme disait Alain :
Mais maintenant, de plus, Google imite à merveille la mémoire, pour qui a peu lu mais sait s'en servir. Ergo, il est très difficile de juger à distance de l'intelligence de quelqu'un qui dispose d'un bouton Google dans la barre d'outils de son navigateur. Moi, par exemple.
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Ah ben, ça montre juste que je sais bien me servir de Google, alors. Il faudra que j'ajoute ça dans mon curriculum vitae, tiens : Doctor cum Googlo (honoris causa).
De l'intelligence ? J'aurais volontiers écrit, d'autant plus que c'est le thème de ton billet, "de la culture" ?
Les attachés d'administrations, c'est des sortes de cadre, non? Sans spécialité. Donc on les prend sur la culture générale. Plus il y a de culture inutile, plus, plus le cadre sera bien placé à un haut niveau d'(in)compétence. D'où la question sur le Princesse de Clèves, qui, pour avoir été princesse, n'en était pas moins fendue verticalement comme les manantes, et non point horizontalement (citation approximative d'un des bouquiins de la série "Fortune de France", de Robert Merle ou un truc comme ça.)
Tu peux pas savoir le nombre de gens cultivés, ayant lu plein de trucs, capables d'expliquer "Timeo danaos et dona ferentes" sans chercher dans Google et incapable de saisir la référence à "La Grande Question sur la Vie, l'Univers et le Reste" dès que 42 apparait. C'est bien la peine d'avoir lu autant de bouquins pour finir en ayant l'air ignare sur un truc aussi essentiel.
La culture classique, c'est très bien. à l'époque clasique. Il vaut mieux lire Le meilleur des mondes, Fahrenheit 451 et 1984 pour comprendre le monde actuel, qui a changé depuis La princesse de Clèves. Au moins un peu quand même. Quoique cette histoire d'amour et d'adultère entre gens de la classe dirigeante ne soit pas sans rappeler celle du ministre, de sa femme et du photographe. Il s'est sûrement reconnu dans cette oeuvre, d'où sa colère.
Ouf ça me rassure, j'ai
dévoréfrémilu tout ça !Et oui, attaché c'est "une sorte de cadre", ce qui est une assez bonne définition :o)
@ Yves : Timeo Danaos... c'est pas le fils du restaurateur grec, celui de la rue du ...., qui s'est enfui avec une espagnole ?
-> je suis déjà sortie, en fait.
@Yves : Yeah ! Très très joli de placer ça dans un billet dont l'intitulé fait référence au même, voilà qui boucle la boucle. Sinon ça répond à quoi 42 ? Nan rien.
Je pense que quelqu'un qui se croit lecteur et n'a pas lu ce livre est un con et qu'il aura beau faire des phrases...
@ec :
Voilà ce que j'appelle une argumentation aussi puissante qu'étayée !
Moi pauvre ami, tu dois en croiser, des "cons", dans une journée...
@ec:
il y a donc des lectures obligatoires? On n'est pas libre de choisir ce qu'on a envie de lire comme style de livre, comme auteur, ou comme histoire? C'est le conformisme anti-con. Qui décide de ce que le non-con doit avoir lu?
Je vais aller revoir The Wall, moi, tiens. ça s'impose.
Et relire Bourdieu: Racisme de l’intelligence. ça s'impose aussi.
Merci pour le diner, Monsieur Petaramesh, j'en sors repu. Quant à la vidéo- projection du _père noel est une ordure_j'ai adooooooooooooré, thanks again!
Bon, alors là j'avais pas encore réagi, mais attendez la suite vous allez rigoler.
Vous le savez peut-être pas, mais je suis du genre à lire un livre tous les 36 du mois. J'ai jamais été un foudre dans ce domaine, je feuillète un peu les magazines et encore... Je dois pouvoir compter facilement les romans que j'ai lu dans ma vie, et aussi quelques San Antonio.
J'attribue cela à plusieurs facteurs : le besoin de lire le livre le plus vite possible du début à la fin, et donc ça nécessite du temps libre difficile à trouver. Le fait qu'il ne me semble pas toujours nécessaire de m'imprégner de la pensée d'autrui pour me constituer la mienne...
Bon, et bien figurez vous que l'autre jour, je trainais à la gare de la Part Dieu en attente du TGV pour rentrer...dans les étagères du kiosque, mon oeil est attiré par la couverture de ce livre : Eloge des femmes mures
Allez savoir pourquoi mon oeil lubrique fut attiré par cette couverture ? Enfin, je me décide fébrilement à acheter le bouquin, et je vais m'installer dans le TGV. Deux heures de lecture peinard (c'est cool les billets Prem's en 1ère classe !) et une constatation : voilà un livre qu'on devrait impérativement faire lire aux ados boutoneux...et aux futurs fonctionnaires ! ça au moins ça t'apprend plein de choses sur la vraie vie...et ça peut faire gagner du temps et éviter des conneries à pleins de petits gars inexpérimentés.
Bon, faut que je trouve encore 2 heures dans les prochains jours pour finir l'ouvrage :-)