Oeuvre de Srî Minîshiva

Tiens, c'est via ma voisine Trub' qui est une fille très culturée, que j'apprends cette histoire qui ne laisse pas de les-bras-m'en-tomber moi aussi :

L’art présumé coupable

Au nom de la protection de l’enfance, l’ancien directeur des musées de Bordeaux est mis en examen pour «diffusion d’images à caractère pornographique» et «corruption de mineurs».

Ce paragraphe de l'article résume à lui seul parfaitement le problème :

Parce que pour exister aujourd’hui, l’art ne doit plus fumer,[1] ne plus boire, ne plus conduire vite, ne plus tousser sans mettre sa main devant sa bouche, ne plus parler de drogue, ne plus parler de prostitution, de sexe, d’animaux, de juifs, de musulmans, de chrétiens, de guerre, de gros, de grands, de petits, et, donc, d’enfants. Interdits, ces sujets. L’art pour exister doit aujourd’hui trouver les moyens d’entrer dans une boîte de plus en plus étroite, de plus en plus bourrée de mises en garde, de barrières, de garde-fous, de pare-feu, d’avertissements. Les coupables ? Ces centaines d’associations qui n’ont rien d’autre à faire que nous laisser penser que tout est un danger pour tous, que les citoyens français (ou autres) qui regardent la télévision, visitent les musées, lisent les journaux ou écoutent la radio, ne sont pas en mesure de faire le tri entre le bon et le mauvais, le décent et l’indécent, l’admissible et l’inadmissible. Ces associations, créatrices de communautarismes, ont développé et renforcé un arsenal juridique qui leur permet désormais de demander des comptes, devant les tribunaux, aux différents créateurs, animateurs, humoristes ou directeurs d’exposition coupables, selon eux, de dangereuses dérives.

Pouah. En effet.

Et toutes ces associations diverses et variées qui prétendent censurer, réglémenter, régimenter, parce que c'est bon pour la santé, parce que la violence routière c'est mal, parce qu'il faut bien protéger nos chères petites têtes blondes ne font finalement rien d'autre, par assaut de bien-pensance, de frilosité, d'étroitesse d'esprit, de pudubonderie quand ce n'est pas de bigoterie pure et simple, que de châtrer notre société, de la stériliser pire que le camembert, de tuer à petit feu tout ce qui dépasse. Pour ne plus laisser à la fin qu'une Grande Mort bien calme. Une horreur.

Ce qui m'étonne le plus, ce n'est pas, hélas qu'on trouve toujours des barjots pour avoir l'idée de telles plaintes et demandes ce censure. Ce qui m'étonne peut-être, c'est qu'on en trouve autant ; mais ce qui m'étonne encore davantage, c'est que notre société, via son système judiciaire, accepte seulement de considérer leurs plaintes et chougneries comme recevables. Car tout ce qu'ils mériteraient, c'est un bon coup de pied au cul, dans un éclat de rire salvateur.

Quand se rendra-t-on compte qu'après le tabagisme passif, le connerisme et le censurisme passifs sont encore plus mauvais pour votre santé et celle de votre entourage ?

Alors moi, en pompant chez Trub', à tous ces braves gens, je ne répondrai qu'un seul mot :

L'Origine du Monde

Foufoune !

Et en plus, faut que je vous avoue, je ne suis vraiment pas sensible à l'art contemporain. Au mieux, je trouve parfois ça amusant, ou (vaguement) intéressant ; au pire, je trouve ça ennuyeux, sans objet, bien souvent. Pure escroquerie aussi bien financière qu'artistique et intellectuelle, également souvent. (Ca y est, je vais m'attirer les foudres des pompeux spécialistes !) Bref je ne suis pas un gros connaisseur.

Je crois pouvoir dire que je préfère un art plus figuratif.

En quelque sorte.

Mais le fait d'être assez étanche à l'art contemporain, gros bovin que je suis, n'empêche pas que je sois toujours aussi sensible à la connerie, et encore plus à la censure. Et encore plus à la tentative de quelques trous de balle de faire subir aux déviants les foudres de la justice.

C'est dommage qu'en France on n'ait pas de Sibérie. Parce que toutes ces associations bien-pensantes aimeraient sûrement y monter bien des clubs de vacances.

Je fume, je bois, j'ai tous les vices,
Et j'ai du poil partout sur les cuisses !

- Le Splendid

Vos gueules les mouettes !

Oeuvre de Patâpatî


Illustrations :

  1. Srî Minîshiva : "Le Petit Train", 25 novembre 2006. Feutres et pastels sur papier, collage et découpage. © Ahram de Swâmi Petaramesh 2006.
  2. Jean-Désiré-Gustave Courbet : "L'Origine du monde", 1866. Musée d'Orsay
  3. Affiche du film "Vos gueules les mouettes !"
  4. Mademoiselle Patâpatî : "Harry Potter à l'école des sorciers", 25 novembre 2006. Feutres sur papier, fond ajouté par l'artiste avec The Gimp après scan. © Ahram de Swâmi Petaramesh 2006.

Notes

[1] L'histoire de la cigarette de Sartre, ça vous dit quelque chose ? Et celle des Beatles, donc ?