Combien tu vaux ?

C'est la question que me pose, comme bien souvent quand on a la chance de croiser ce genre de bestiole, un recruteur spécialisé dans la recrutitude.

Combien je vaux ? Déjà, la question me fait flipper, tellement je ne me considère pas comme ça. Faudrait demander à ma mère. Ou à ma femme. Ou à mes gosses. Combien je vaux. Mais faut bien lui répondre au bonhomme, pour ne pas rester ad vitam faucham aeternam avec mes ASS que j'ai plus[1]

Combien tu vaux ? La question insoluble, tellement j'ai pu avoir des salaires divers et variés, allant de ministre à misère (enfin, j'exagère un peu vers le haut, et à peine vers le bas). Selon que j'ai eu du bol ou pas, bossé à Paris ou en province, dans des grosses boîtes américaines ou dans des p'tites françaises ; y'a eu des hauts, y'a eu des bas, y'a eu des cadres, y'a eu des pas-cadres, y'a eu des avec la grosse voiture cadeau, y'a eu avec tes baskets pour tes pieds, y'a eu avec des tickets resto et du profit sharing et quatorze mois de salaire et des stock options et le C.E., y'a eu tes 12 mois et tu fermes ta gueule, t'es gentil...

Combien je vaux ? C'est vachement variable, ça dépend énormément du contenu du poste qui est proposé, et ces jours-ci je ne peux pas des tonnes faire le difficile... Et je ne connais pas encore exactement le descriptif du possible poste. Ca dépend du secteur d'activité (que je ne connais pas encore), de la boîte (que je ne connais pas non plus). Y'a des boîtes et des secteurs qui paient plus ou moins bien, plus ou moins mal. Y'en a des petites qui paient à la tête du client. Y'en a des grosses qui ont leur grille en fonction du coefficient du point de l'indice de l'échelle et c'est marre. Et tout cela je n'en sais rien.

Lui, c'est son client, déjà. Il le connaît. Il bosse avec. Il sait s'il paie bien ou mal. Il connaît les salaires des gens qu'il y a déjà placés.

Mais c'est à moi qu'il demande Combien tu vaux ? Pis c'est le genre de question où t'as intérêt à répondre.

Quand je réponds Le plus possible., bizarrement, on me dit que ça ne le fait pas, et qu'il faut que je trouve autre chose à répondre. Same player shoots again...

Combien tu vaux ? Est-ce qu'il vaut mieux que je ponde un chiffre qui me fera me rendre compte dans un an que je suis effroyablement sous-payé et effroyablement con par rapport à mes (futurs) collègues, histoire que j'aie les boules pendant les deux années suivantes à ne jamais arriver à combler le fossé, et que je cherche à me casser le plus vite possible et par tous les moyens ?
Ou est-ce qu'il vaut mieux que j'annonce un chiffre pour que le DRH se vrille la tempe en se disant L'est malade huile ! Nous prend pour des philanthropes ? À dégager !
Tenter de taper entre les deux ? Mais où sont les deux ? Pitain, chuis ingénieur système[2] moi, pas spécialiste en cours des esclaves !

Alors je me fous un doigt dans le cul et je renifle l'odeur : Euh tiens, puisque vous insistez vraiment, je vaux ça. Voilà. Si vous y tenez...

- C'est vachement trop cher !
- Ah oui, je m'y attendais.
- Je vous propose tant.
- Eurgh. Ça fait combien en Francs ? Non, j'ai du me gourrer, je le refais. Le même. Ah ouais, putain... Hourf...
- J'appelle le client, voir si on peut avoir un rendez-vous...
- Faites donc, mais précisez-lui que j'embrasse pas...

Pourraient pas dire d'entrée de jeu, ces chiens, On a un poste chez Machin dans une fourchette entre tant et tant, et vu votre C.V. et mon expérience du client, je crois que vous êtes plutôt dans les tant... Qu'est-ce que vous en dites ? Non ? Ce serait trop simple.

Mille fois, on me l'a faite...

Notes

[1] Et qu'il faut que j'y aille pour gueuler, mais je n'ai pas encore eu le courage temps.

[2] Si on veut. En tout cas, ça fait riche.