Cet article du Monde est à lire absolument : "Liquidation sommaire dans les Ardennes". Extraits :

[...] alors que les salariés occupent leur usine pour obtenir de meilleures indemnités, 240 CRS et gendarmes les ont évacués manu militari le 9 novembre.

[...] En face, l'autre, un mystérieux groupe américain, Catalina, basé à Los Angeles, propose non seulement de garder tout le monde, mais même d'embaucher 80 intérimaires. En outre, les Américains s'engagent à injecter 3 millions d'euros. Le tribunal donne son feu vert, le cas Thomé-Génot est même cité en exemple en 2005 par le procureur de Charleville-Mézières lors de la rentrée solennelle du tribunal de commerce.

Pourtant, dès le départ, les informations disponibles sur Catalina sont très laconiques. La société se présente comme un cabinet de conseil, spécialisé en organisation industrielle, dirigé par une poignée d'anciens cadres de Toyota, qui affirment s'appuyer sur un fonds d'investissement, Lightyear Fund. Le tout est garanti par une lettre du cabinet américain Ernst & Young, certifiant le sérieux du dossier. « On n'a pas suffisamment regardé qui étaient ces gens », admet aujourd'hui Guy Istace, le maire (apparenté PS) de Nouzonville.
[...]
les nouveaux dirigeants s'accordent de généreuses rémunérations : dès 2005, Thomé-Génot leur verse 766 000 euros de salaire annuel, pour un chiffre d'affaires de 40 millions d'euros. A cela s'ajoutent 753 000 euros au titre de "frais de management", censés couvrir les allées et venues entre la France et les Etats-Unis, les frais d'hébergement des dirigeants... Une équipe de consultants est dépêchée pour la bagatelle de 460 000 euros. « Ils touchaient 1 000 euros par jour, presque le salaire mensuel d'un ouvrier »
[...]
Au lieu d'apporter de l'argent frais, Catalina fait main basse sur la trésorerie. Début 2005, 1,5 million d'euros placés en valeurs mobilières sont rapatriés aux Etats-Unis. Les Américains n'hésitent pas à vendre un immeuble à Paris pour 1 million d'euros, investi immédiatement dans une mystérieuse holding, Two Harbors. Quelques mois plus tard, une quarantaine de maisons d'ouvriers de Nouzonville sont cédées pour 700 000 euros. « Il est troublant que les actionnaires majoritaires aient fait le choix de consacrer les montants récupérés à l'occasion de la cession d'actifs à des investissements aux Etats-Unis. Il eût été plus urgent de renforcer la trésorerie », constate un rapport du cabinet d'expertise Syndex, au premier semestre 2006.
[...]
Un mois plus tard, le directeur financier du groupe dépose le bilan en catimini. Entre-temps, les 45 000 euros destinés au comité d'entreprise, notamment pour le Noël des enfants, se sont volatilisés. Les stocks d'acier, qui s'élevaient à 2 300 tonnes lorsque Catalina est arrivé, sont tombés à 228 tonnes. Le 24 octobre, lors de l'audience du tribunal de Charleville, Joe Kazadi, le directeur de Thomé-Génot, demande "la liquidation sans délai" de la société. L'avocat des salariés, Xavier Médeau, est stupéfait : « C'est la première fois que je vois une direction demander elle-même la liquidation, alors que son rôle consiste plutôt à sauver ce qui peut l'être. Ça ne prouve qu'une chose : il y avait une volonté délibérée de flinguer Thomé-Génot. »

(Lire les restes)

Le seul truc qui me console, c'est que les Ardennes, je ne sais pas vraiment où c'est. De toute manière, y'a rien, là-bas. Enfin, plus rien, quoi.

L'eau trouble en amont a peu de chances d'être claire en aval.
- Raffoirius, Premier Ministre