Plan machiavélique pour remporter la présidentielle
Par Petaramesh le mercredi 22 novembre 2006, 08:45 - Politique infiniment dualiste - Lien permanent
Je ne sais pas si vous avez remarqué ?
Ces jours-ci, un gros troupeau de crétins décérébrés, journalistes d'investigation, éminents sociologues, politologues distingués, philosophes parisiens, spécialistes en expertise et autres Tartuffes télévisuels qui se suivent à la queu-leu-leu - il y en avait une proportion dantesque, comme d'habitude, hier soir, dans l'émission nocturne pseudo-culturelle hautement oubliable qui entoure Soir 3 - se gargarisent et se pâment en coeur du fait que le Bon Peuple de France (à commencer par eux-mêmes qui nous donnent l'exemple) appelle Ségolène... Ségolène, plutôt que "Madame Royal" ou "Ségolène Royal".
Alors qu'on n'appelle pas Chirac "Jacques", ni Galouzeau "Dominique".
Il y voient un signe, un présage. Que dis-je un présage ? Un oracle.
Tout d'abord, on peut se demander ce que ce troupeau de ruminants qui se nourrissent les uns des petits mots des autres peut bien connaître du Bon Peuple de France.
Et quand ils prétendent que cette appellation incontrôlée de "Ségolène" (tout court) témoigne de l'Amour Inoxydable que lui porte le Peuple et qui l'asseoit d'ores et déjà dans une fauteuil élyséen, elle, la réincarnation de la Vierge, de Jeanne d'Arc, d'Evita Perón et de Bernadette Soubirous réunies, je pleure de rire.
Car je remarque que Pimprenelle (que bizarrement, j'appelle rarement "Ségolène", faute sans doute d'un amour suffisamment inoxydable) n'est certes pas la seule que l'on prénomme. Il est en effet courant, et depuis des lustres, de prénommer également Arlette, par exemple, et je ne suis pas tout-à-fait certain que ce soit en témoignage de l'amour et de la confiance que l'électeur moyen lui porte. Peut-être faut-il y voir plutôt une forme de moquerie ?
Et je remarque que beaucoup commencent à prénommer également Clémentine, mais là, j'y vois bien davantage d'appréciation amicale.
Alors Ségolène, Arlette, Clémentine d'un côté... Dominique de Villepin, Laurent Fabius, François Bayrou de l'autre côté... Faudrait-il voir une forme de sexisme dans ce prénommage des dames ? Une forme de familiarité un peu méprisante ?
Je ne le pense pas.
On peut d'abord trouver des hommes que l'on prénomme aussi, associant à leur prénom un qualificatif à la signification diverse : "le Grand Charles", "le petit Nicolas"...
D'autres que l'on nomme plus abrutement : Chirac, Bayrou...
D'autres que l'on brocarde d'une appellation incontrôlée : "Noenoeil", "Le fou du Puy", ou, il fut un temps, "le Neuneu" ; "l'Endive"...
Je ne vois donc pas de condescendance particulière du fait de prénommer ces dames, mais j'y vois plutôt le choix instinctif de la simplicité : Dans un univers politique composé de 90% de vieux bonshommes, parler de "Jacques", "Pierre", "Jean" ou "Michel" serait source de confusions impossibles. On ne parle pas tellement de "Mohammed" ou de "Mamadou" non plus, je me demande bien pourquoi (mais Clémentine en parle dans son interview).
Alors, compte tenu du peu de femmes en présence, on peut constater que "Ségolène", "Clémentine" ou "Arlette" sont sans ambiguïté : On sait tout de suite de qui on parle, d'autant que les femmes ainsi prénommées ont des prénoms plutôt originaux, qui portent en eux-mêmes une certaine personnalité.
Personne n'appelle Alliot-Marie "Michèle" : Tout le monde croirait que l'on parle de Rocard, de Charasse, de Cotta...
Alors bon. Dans le cas de certains prénoms originaux frisant le ridicule en rase-mottes, appeler quelqu'une "Ségolène" peut-être une douce moquerie, et la reconnaissance du cadeau que ses parents ne lui ont pas fait. A quoi pensent les parents, tout de même...?
Appeler quelqu'autre "Clémentine" est forcément bien plus amical, simplement parce que c'est un prénom sympa et qui ne pète pas plus haut que son carrosse.
Quoiqu'il en soit, nos Gouroux,[1] Devins et autres Derviches télévisuels nous le garantissent sur facture : Appeler une femme politique[2] par son prénom est gage d'une vénération quasi-religieuse augurant d'une victoire écrasante aux élections.
Alors hâtons-nous d'appeler Clémentine "Clémentine" !
Voilà. C'était ça, mon plan machiavélique du matin. Ben ouais, quoi ?









Commentaires
Mouais. Argumentaire légèrement fallacieux... Ca m'agace tout autant qu'on appelle C. Autain par son prénom que S. Royal. Pourquoi vouloir à tout prix créer un lien affectif avec un représentant du peuple ? Ils ne sont pas là pour être nos potes mais pour défendre une certaine idée de la société. Pour le cas d'Arlette Laguiller, l'invoquer par son prénom tient à mon avis de l'effet "mascotte" des présidentielles et la rend par la même inoffensive. Par réjouissant.
En ce qui concerne cette manie d'appelle S. Royal par son prénom, je serais tout de même bien curieux de savoir quand et par qui cela a commencé...
Yo ! Et tu oublies la meilleure : MAM, la seul dont les initiales peuvent être prononcées dans une seule syllabe renvoyant directement à l'amour vicéral qui nous lie - presque tous - à notre maman...
Concernant tes manoeuvres clémentiniennes, je me dois de te mettre en garde : le fait de répéter à tour de bras le prénom de Clémentine, en mettant chaque fois des qualificatifs sympa (Clémentine ceci, Clémentine cela), ne mènera pas forcément Clémentine à la victoire. Prudence donc, dans ta volonté de buzz en faveur de Clémentine.
Cela dit, c'est vrai qu'une personnalité comme Clémentine, cela fait un peu rêver. Les entretiens qu'elle accorde donnent toujours l'impression d'avoir affaire à quelqu'un qui a vraiment une réflexion et une démarche politique : cela nous change des écuries et de leurs poulains qui donnent eux l'impression de ne plus se soucier que d'une chose, avoir - et garder - le pouvoir.
pfffffff voila t'y pas que le swami ( le swami , ça t'a un de ces cotés "inde profonde" ... ) fait des infidélités à marie ... remarque , je comprend pasque même si elle est la "fille de quelqu'un", elle est pô la fille de drucker, ça aide coté intelligence ... Faut pas mettre la charrue avant les boeufs, même si elle a de bonnes chances, selon mon sondage pifométrique d'hier ...
Foutre du "Royal" à toutes les sauces, c'est pas un peu tangent dans notre pays ? Communicationnellement parlant, veau mieux "Ségo" que "Royal". Enfin. Les têtes coupées, c'était y-a longtemps, mais j'trouve le symbole toujours trop parlant. A mon goût. Surtout pour une élue d
eugauchedroitePS.Moi, çà me rappelle plutôt la condescendance du "responsable" pour l'"assistante" : le responsable appelle toujours son assistante par son prénom, genre "Laurence, envoyez par e-mail ma proposition à System Corporation", alors que l'assistante se doit la plupart du temps de répondre "Oui, Monsieur le Directeur", et non pas "Oui, René (ou Robert, ou Michel)".
Par ailleurs, Swâmi met le doigt sur le fait que "Ségolène", "Arlette" ou "Clémentine" sont des prénoms plus rares que "Edith" (Cresson), "Simone" (Weil), "Christine" (Boutin), ce qui n'est pas faux. Mais alors pourquoi n'appelle-t-on pas par leurs prénoms Roselyne Bachelot, Claudie Haigneré ou Marie-Georges Buffet, dans ce cas ? Certains appellent bien le borgne xénophobe "Jean-Marie", pourtant, "Jean-Marie" ne brille pas par son originalité en tant que prénom.
La familiarité condescendante serait-elle réservée aux politicien(ne)s qui théâtralisent un peu (voire beaucoup) leurs interventions ?
@Munakoiso :
Ce n'est pas idiot, mais je ne suis pas sûr que limiter cette remarque à un sexisme soit fondé. Il est courant que le responsable appelle ses subordonnés par leur prénom (particulièrement quand ceux-ci sont plus jeunes, et dans une ambiance un peu "paternaliste franchouillarde" à l'ancienne), tandis que les subordonnés lui tartineront du "Monsieur" en retour. Il n'y a donc pas que l'assistantE que l'on va appeler "Laurence" en lui demandant deux cafés...
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Au risque de te contredire, j'appelle toujours Roselyne Roselyne et parfois Marie-Georges Marie-Georges, quand il m'arrive de parler d'elles. Je n'appelle pas Claudie Haigneré Claudie tout d'abord parce que je n'en parle jamais, et que si je parle de Claudie, Mâ Anandaramesh sera persuadée que je parle de la petite copine de Mademoiselle Patâpatî, ou de l'infirmière qui habitait jadis le rez-de-chaussée de notre immeuble, et avec qui nous avons gardé quelques relations occasionnelles. ;-)
Au delà de ton cas, Swâmi, je formulerai mon hypothèse un peu différemment que la précedente (voir commentaire n°5 in fine) pour justifier le fait que la population se permette une certaine familiarité avec ces politiques au point de les désigner par leur prénom : les politiques ne seraient-ils/elles pas en voie de pipolisation, à l'instar de celles qui font habituellement les couvertures des tabloïds : Lorie, Ophélie, Loana, etc.
Je m'appelle Ségolène...imaginez les moqueries! mais je préfère m appeller ainsi que Jean-Marie ou nico...Cela dit, on les ennuie pas autant ! Mais je n'apprécie pas trop qu'on l'appelle Ségo ou même Ségolène sans mentionner son nom de famille, il y a une part de condescendance et de familiarité...
@Ségo :
Eh bien... Et tu adresses encore la parole à tes parents ? :-}