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Par Petaramesh le mardi 14 novembre 2006, 11:57 - Intime Universel - Lien permanent
Je viens (encore) de finir de (encore) remonter[1] cette (toujours) saloperie infâme de téléphone Alcatel Versatis 880S, encore (et toujours) victime d'une crise de graissedoursitude aigüe.
Comme ce machin n'est pas prévu pour être démonté tous les quatre matins et qu'il est câblé très court et très merdique, aujourd'hui, en l'ouvrant, j'ai arraché 3 fils, alors, comme la dernière fois, la séquence fer à souder et pince à dénuder s'est imposée à mon corps défendant.
Je ressors donc mon vieux fer, cadeau de ma môman pour l'anniversaire de mes dix ans (purée, ça y est, je suis sénile, je radote) et ma vieille pince à dénuder, qui a à peu près le même âge.
Cette vieille pince de rien du tout, ça fait donc plus de 30 ans que je la vois, et Dieu sait si elle m'a servi, mais je ne peux pas l'avoir en main sans me remémorer son histoire. Alors aujourd'hui je la blogue.
J'avais autour de 10-11 ans, donc, et, sous le porche d'un grand magasin d'électronique du Marseille de l'époque, dont j'ai oublié le nom depuis, j'étais en train de baver à gros bouillon devant la vitrine, couvant avec amour du regard une pince à dénuder - déjà à l'époque, dénuder était mon obsession ;-) - que les 3 piécettes d'argent présentes dans le fond de ma poche ne me permettaient pas de m'offrir, poche déjà allégée un instant plus tôt, par l'achat de quelques menues résistances, condensateurs chimiques ou céramiques, transistors 2N2222 et autres thyristors 2N1595 destinés à d'improbables montages au fonctionnement peu compréhensible mais clignotant toujours avec force, puisque j'avais cette petite manie de foutre des LEDs partout, au moins la partie du circuit qui clignote, on sait qu'elle marche, s'pas ?

Je pensais donc à cet instant qu'il était grand temps que je remplace la pince à ongles de pieds que j'avais confisquée à ma mère et détournée de son usage, par une pince à dénuder plus digne de ce nom, tout en couvant d'un oeil énamouré cette belle pince à au moins 25 ou 30 balles, somme qui équivalait pour mon argent de poche de l'époque au prix d'une Lamborghini Countach, ou presque.
Quand un grand type que je n'avais jamais vu, une grande personne, un vieux d'au moins 30 ans, s'immobilisa à mes côtés et me tint à peu près ce langage :
- Qu'est-ce que tu regardes comme ça, le minot ? Des outils ?
- Oui m'sieu ! La pince à dénuder m'sieu !
- Elle te plaît ? Tu veux te l'acheter ?
- Oui m'sieu ! Mais j'ai plus d'sous... Et elle est chère.
- Si tu veux je te l'offre.
- Euh ? Pour de vrai m'sieu ?
- Ben oui, pour de vrai.
- Mais heuuuuuu... Je peux pas accepter un cadeau comme ça m'sieu...
- Bon, alors tu la veux pas la pince ?
- Heeuuuuu si m'sieu !
- Ben alors viens avec moi dans le magasin, on va l'acheter.
Nous entrâmes dans le magasin, le type m'acheta la belle pince à au moins 25 ou 30 balles, paya à la caisse, me la donna et disparut aussitôt. Je ne le revis jamais.
Mais plus de 30 ans après, je ne peux pas dénuder un fil sans y penser.
Je me suis souvent demandé si j'avais eu le temps et la présence d'esprit de le remercier. Je ne sais pas. En tout cas, au cours des années qui ont suivi, je l'ai remercié intérieurement à je ne sais combien de reprises : ça a du lui faire un karma à se réincarner en pape. Au moins.
C'est quand même l'une des premières personnes à m'avoir donné quelque confiance en l'humanité.
Bien sûr, la vie se chargea ensuite de m'apprendre que les bons samaritains de ce calibre étaient encore plus rares que les billets de 50 sacs abandonnés tout seuls par terre, et je compris hélas que si je devais attendre le prochain, ma boîte à outils resterait éternellement dégarnie, ce qui s'accordait mal avec la construction d'un ensemble de prototypes que j'avais en tête.
C'est là que j'eus une douloureuse confrontation morale avec moi-même, et que je décidai que, pour le progrès de la Science, il était nécessaire que je prenne quelques accomodements avec l'honnêteté la plus scrupuleuse, et, à l'âge d'une douzaine d'années, armé de mon sac de sport Adidas, je devins la terreur inconnue de la Quincaillerie Lafleur et du Géant Casino, dont je sortis jour après jour une quantité hallucinante de trucs et de machins que, pour la plupart et 30 ans après, j'utilise encore. Comme dirait Renaud, du matos un peu chourave
.
M'en fous, c'est tellement vieux, y'a prescription. Depuis, je suis devenu (beaucoup) plus honnête qu'un ministre.[2]
Quand, à l'âge de treize ans, taraudé par la culpabilité que m'occasionnait la clandestinité et la dissimulation, et après avoir taxé une calculette programmable à 500 boules dans un grand magasin du centre-ville non sans avoir pris le soin de passer derrière le comptoir pour en tamponner moi-même dûment le bon de garantie, j'avouai spontanément mes mauvaises habitudes à ma mère, celle-ci me conduisit illico chez le psychiatre après avoir exigé que j'aille rendre la calculette au magasin. Ce que je refusai fermement, situation qui me conduisit à écrabouiller icelle en mille morceaux, seule manière de résoudre le conflit. Pour le reste, le psychiatre ne put que constater qu'il n'y pouvait mais, cependant il me fut, ainsi que ses successeurs, durant plusieurs années, un alibi d'une grande utilité.
On n'imagine pas toutes les options qui s'ouvrent à quelqu'un dès qu'on le considère comme dingue...
C'est aussi à cette époque que s'interrompirent quasiment, et pour de longues années, mes relations avec ma mère, qui alla jusqu'à me dire quelques mois plus tard qu'à chaque fois qu'elle me croisait elle avait envie de vomir.
Mais j'avais de beaux outils, d'un autre côté.
Et c'est là que ma crise d'adolescence commença pour de bon.
De toute manière, puisque ma mère avait déjà envie de vomir, je n'avais plus vraiment de raisons de me priver. N'est-ce pas ?
Devil inside.
Quand je pense à la future adolescence de mes Nains, en vérité je vous le dis, je tremble.










Commentaires
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En fait, pas grand chose à dire lorsqu'on te connaît comme moi, on sait tout ça et le reste, et cela n'empêche pas de t'apporter toute notre considération pour ce que tu es.
Au moins tu as su tirer profit des outils.... et je m'abstiendrais de dévoiler ici comment ces connaissances en électroniques t'ont été utiles pour la suite de ta carrière :-)
La situation familiale que tu as vécu est un autre problème, sur lequel il serait ardu de donner un simple avis...that's life !
A l'instar de Desproges qui disait faire sa psychanalyse sur scène, tu fais la tienne sur ton blog ^^ C'est quoi ce circuit imprimé avec marqué Sacré Graal dessus ?
@Pla : Il n'y a en effet pas forcément grand-chose à en dire, ni besoin d'avoir un avis.
C'est une simple narration de choses qui ont été...
Super chouette histoire. D'un autre côté, ce n'est pas banal que de voir un mouflet baver comme un pornophile devant une pince à dénuder. Tu sais ce qu'il te reste à faire : passer le relai, un jour, quand l'occasion se présentera.
Quant à ta mère, je sais où elle en est aujourd'hui, mais son attitude de l'époque... bref, elle aurait été bien inspirée d'y aller à ta place, chez le psy.
@Gastiflex :
Beh, pour cette partie-là, elle est faite depuis bien longtemps, ce qui n'empêche qu'il y a toujours un peu de reste ;-)
>
Un truc que j'ai bidouillé et que j'avais fini par considérer comme une "quête du Graal" parce qu'il y avait des matrices d'équations qui me faisaient chier et que j'ai fini par résoudre de manière empirique, ce qui reste la meilleure méthode :-}
Alors je l'ai appelé "Sacré Graal" en référence aux Monty Python, bien sûr.
Ce circuit-là est un que j'avais partiellement loupé au gravage en le laissant trop longtemps dans le perchlo ou dans l'insolateur (va savoir...), au début je pensais essayer de le sauver, puis j'ai changé d'avis après en avoir percé la moitié. Alors je l'air re-gravé, mais j'ai gardé çui-là en souvenir. Le prototype n° 1 en quelque sorte.
@Le Monolecte :
Héhé, tu m'étonnes ;-)
>
Je n'ai pas (encore) eu l'occasion de le faire de cette exacte manière, mais j'ai déjà fait des choses un peu équivalentes ;-)
Je dois être sensibilisé à ce type de passage de relais, pour une raison ou pour une autre...
>
Oh, ma famille dans son ensemble a longtemps été pour les psys en tout genre ce que le sous-sol de l'Iraq est pour Mobil Oil et Exxon... Et rien ne dit que le gisement soit épuisé !
Mais celui qui aurait eu le mieux sa place au cabanon, mon brave homme de père, n'a jamais voulu y mettre les pieds (par contre, il n'était pas le dernier à y expédier les autres...)
Tiens, j'ai même réussi à refoutre la main sur le schéma de principe et le plan d'implantation du circuit photographié plus haut. Ca va sûrement aider Gastiflex à deviner ce que c'est et à quoi ça sert ;-)
(En plus, le vieux Briscard envisageait de m'inviter à dîner un de ces mercredis soirs... Je pourrais peut-être apporter ça avec moi ? ;-)
J'étais très nul en électronique analogique à l'IUT. Un transistor dans le circuit et je suis foutu. Les AOP ça allait un peu mieux. Par contre aucun problème avec l'électronique numérique. Ca doit être pour ça que j'ai fini informaticien et pas électronicien.
J'aime beaucoup cette histoire. Peut-être parce qu'elle me fait penser à plusieurs choses.
J'ai toujours adoré les outils aussi. Le cadeau d'anniversaire que j'ai souhaité pour mes 7 ans était une belle caisse à outils à bois en métal bleu, dans laquelle j'ai remplacé petit à petit les outils d'enfant par des plus sérieux. ça ne rentrait plus dans les emplacements prévus mais c'était plus utile. Eh oui, à cet âge là, je voulais être maçon.
Fantasme réalisé par l'intermédiaire de mon copain, à qui j'ai demandé l'année dernière de m'offrir un Dr*mel. C'est amusant : aujourd'hui, je vis dans la maison qui a été celle de mes grand-parents, et j'y retrouve les outils que j'ai eu le droit d'utiliser même toute petite. J'avais une fascination pour les outils tranchants ou les lames de rasoir mais quand je me blessais, c'était avec un couteau rond.
Mon bienfaiteur à moi ne m'a malheureusement pas offert de cadeau de si grande valeur, juste des bonbons. J'avais 6 ans et j'attendais ma mère après une leçon de musique. Pour moi, c'était naturel de faire 20 mètres pour aller au bureau de tabac (on a encore le droit de dire tabac?) y prendre un petit paquet de 4 chewing-gums. Un vieux, comme tu dis, et grand, même, m'aborde alors que mes bonbecs étaient sur le comptoir :
- Comment tu t’appelles ?
- Minium
- Oh, j’aime bien les petites filles qui s’appellent Minium, tiens, je te paye tes bonbons.
Moi j’ai dit merci, je trouvais ça sympa. En plus, je n’avais rien perçu de malsain. Ça se passait sous le nez du buraliste qu’on connaissait… comme c’est normal pour une famille de gros fumeurs dans un petit bled. Ma mère ne l’a pas perçu de cette oreille, comme l’engueulade qui a suivi mon histoire l’a montré, mais je ne pense pas lui avoir donné envie de vomir, à part peut-être de peur, rétrospectivement.
Par contre, à mon grand désarroi, je n’ai jamais été capable de voler quelque chose. C’est frustrant, parce que dans certains cas ça ne m’aurait pas posé de problèmes moraux, mais voilà une tare que je me trimballe :o)
Je n'aime pas les outils, je ne comprends pas les schémas de circuits z"imprimés et tout ça, mais j'ai toujours autant de plaisir à venir flâner par ici et à dévorer ce qui s'y trouve. Je préfère quand tu racontes des histoire comme celle de la pince à dénuder, plutôt que les histoires de trucs techniques internet tellement compliqués pour moi que je ne peux même pas les citer... Voilà c'était juste te dire merci pour ce petit plaisir quotidien ..
@Chori : Merci à toi :-)
On comprend parfois mieux l'adulte en lisant certaines choses sur votre enfance ,,
C'est toujours delicat les blessures d'enfance