Au secours !
Par Petaramesh le mardi 24 octobre 2006, 19:49 - Miscellania - Lien permanent
Il y a vingt minutes de cela, mon attention a été attirée par des cris.
J'ai d'abord cru à la gamine de la voisine, l'ex-petite amoureuse[1] de Srî Minîshiva, qui pique parfois sa crise sur le palier. Mais non. C'était des cris aigus de femme et ça faisait "Au secours ! Au secours ! Au secours !"
Courageux mais pas téméraire, j'ai collé mon oeil au judas optique, et j'ai vu quatre pompiers en uniforme et matos de secourisme en train d'enlever de force une de nos voisines de palier. Un tenant les bras, l'autre tenant les jambes, un troisième appelant l'ascenseur et aidant à la maîtriser, un quatrième fermant sa porte et portant le matos.
Curieux comme tous les crétins qui regardent à leur fenêtre le spectacle du malheur d'autrui, je les ai vus réapparaître dans la rue dans un déferlement d'appels "Au secours ! Au secours ! Au secours !", la charger dans le VSAV, la sangler sur la civière, et Pin-Pon !, roule ma poule.
Il s'agit d'une dame d'une cinquantaine ou soixantaine d'années, divorcée, qui vit seule, très dépressive, très alcoolique, certainement "psychiatrique".
Elle était l'épouse d'un Monsieur connu de la bonne société.
Nous la connaissons "un peu" bien que vivant depuis 6 ans sur le même palier. Elle sonne parfois quand il pleut pour nous demander de lui prêter un parapluie.
Quand les enfants étaient plus petits et que nous avions une poussette garée sur le palier de l'étage, nous trouvions souvent dedans quelques petites friandises. Nous savions que c'était elle qui les déposait, et nous avons souvent demandé aux enfants de la remercier. Mais ils en avaient peur, et son odeur d'alcool les repoussait.
Nous n'avons jamais voulu nous lier davantage, de peur de nous retrouver avec un véritable pot de colle indéscotchable sur le dos : A une époque, elle venait vraiment souvent nous demander ceci ou cela, et il était très difficile de la faire partir ensuite, quand bien même nous étions pressés ou occupés.
Nous n'avons jamais voulu déranger nos gentilles petites vies tranquilles, quoi.
Et elle ne nous a jamais beaucoup dérangés. A part une odeur d'alcool dans l'ascenseur, des vieilles chansons genre Tino Rossi & Co un peu trop fort certains soirs, et parfois quelques visiteurs nocturnes bizarres : Des types un peu beaucoup alcoolos qui écrasaient leur clope sur la moquette du palier. Mais moins ces dernières années.
Ce soir les pompiers l'ont emmenée. Je ne sais pourquoi, je ne sais qui les a appelés.
Elle va probablement avoir droit à un séjour en psychiatrie.
Elle est partie en se débattant et en criant "Au secours !" emmenée par quatre malabars gentils, mais contre son gré tout de même.
Et j'ai un peu de mal à digérer.
Bon, à propos de digérer, faut que j'aille mettre la table.
Notes
[1] Ça change vite, à cet âge. Maintenant, elle est amoureuse d'un autre. Bienvenue au club, fiston ;-)










Commentaires
Arf, je comprend ton désir d'intimité, mais il est plus facile à réaliser au bled que dans une grande ville quand même. Le partage d'une cage d'escalier ne crée pas de lien, je l'ai testé pendant le temps où j'ai vécu à Paris. C'était même un peu effrayant cette aptitude que chaque locataire (y compris nous-mêmes) avait à écouter l'escalier avant d'ouvrir sa porte palière, histoire de limiter au maximum les risques de rencontre. Et quand le croisement est inévitable, chacun y va de son , marmoné entre les dents. Terrible.
Au bled, tu connais forcément du monde : 2000 habitants, on fait le tour. Mais il y en a quand même plein qui sont juste familiers, mais que tu ne connais pas et que tu connaitras peut-être à l'occasion d'une animation du bled. Ou pas.
L'avantage, c'est que la socialité peut s'exprimer dans la rue. Tu croises forcément quelqu'un quand tu descend au bled à pied. L'inconvénient, c'est que tu arrives rarement à l'heure à tes RDV...
Ben dis donc, c'est très horrible ce que tu nous racontes là... :-(
Mais ta façon inimitable de narrer cet événement m'a fait rire... C'est MAL hein !! :-}
@Le Monolecte : Je ne vois pas vraiment ce que tu nommes mon "désir d'intimité" en l'occurrence. Il est vrai que dans les immeubles urbains, on connait souvent très peu ses voisins, alors que cela fait parfois des années qu'ils dorment la nuit avec leur tête à moins de 15 mètres de la nôtre...
Quand j'étais adolescent, dans l'immeuble où nous vivions depuis 7 ou 8 ans avec mes parents, j'avais été très frappé par le fait que la femme de notre voisin de palier - et nous n'étions que deux apparts, sur le palier - était morte, et que mon père l'avait appris par la rubrique nécrologique de la presse locale...
Dans l'immeuble où j'habite maintenant, nous faisions partie de sa première fournée d'occupants après sa construction, et il a été peuplé typiquement de "jeunes couples avec enfants", tous locataires. Au début de la vie de l'immeuble, tous ces gens arrivés à peu près en même temps ont souvent sympathisé, nous connaissons assez bien les "premiers voisins", il n'était pas rare que les uns dinent chez les autres.
Mais depuis beaucoup ont déménagé (sur l'air de "l'accession à la propriété"), et les nouveaux arrivés "en remplacement" ont noué beaucoup moins de contacts : Nous sommes restés très amis avec nos premiers voisins de palier, qui ont déménagé depuis des années, mais que nous voyons encore asez régulièrement, mais il nous a fallu plusieurs années pour nouer une relation qui dépasse à peine le "bonjour poli dans l'ascenseur" avec leurs successeurs dans le même appart', et nous n'avons encore jamais mangé ou apéroté les uns chez les autres, alors que ça doit faire plus de 4 ans qu'ils sont là, que nos Nains sont amis, et qu'ils étaient dans la même école maternelle l'an dernier...
Quant à la famille qui occupe l'appart en face du notre au bout du couloir - Oh, à bien 7 ou 8 mètres de notre porte ! - Ils sont là depuis plus de deux ans, et ça n'a jamais dépassé le bonjour dans l'ascenseur. Eux, je les vois assez bien du genre à s'assurer par le judas qu'il n'y a personne sur le palier avant d'ouvrir leur porte, tellement on ne les croise pratiquement jamais. Je ne sais pas s'ils sont timides à mort, mais en tout cas ils ont des gueules de raies.
Mais j'imagine que dans les villages et à la cambrousse, le problème est inverse : En ville et dans les immeubles, trop d'anonymat, dans les petits patelins, tout le monde connaît tout le monde et cancane sur "qui baise qui" et qui fait quoi et qui vote quoi... Sans doute encore plus insupportable...
@Laflote : Je ne pensais (vraiment) pas avoir été drôle, sur ce billet-ci. Si j'ai ressenti le besoin de l'écrire, c'est en quelque sorte pour donner publiquement "vie" à cette voisine, pour lui rendre une forme d'hommage, juste pour noter que quelqu'un l'a vue. Qu'elle n'est pas entièrement et totalement transparente. Elle vit déjà dans une grande solitude et certainement une grande misère morale. Je trouvais quelque part horrible qu'elle soit emmenée par les pompiers dans la plus absolue indifférence de l'ensemble du reste de l'univers. Alors j'ai ressenti au moins le besoin d'en témoigner. Va savoir pourquoi. Mais c'est comme ça...
Ce n'est pas l'événement que j'ai trouvé "drôle" parce qu'il ne l'est pas, mais alors pas du tout, mais ta façon de le narrer avec tes commentaires sur ta propre façon de vivre la chose.
Tu sais, cette scène pourrait être une decelles du film "BRAZIL" de l'immmmmmmense Terry Gilliam. Je trouve totalement terrifiante cette idée que quelqu'un, caché dans l'ombre de ses rideaux, ait pu téléphoner aux pompiers pour qu'ils viennent emporter cette pauvre dame vers un univers qui ne fera que l'enfermer encore plus dans la désolation :-(
Je me suis justement demandé comment les pompiers avaient bien pu arriver... D'autant qu'on n'avait entendu aucun bruit ni tapage avant. Les a-t-elles appelés elle-même ? A-t-elle téléphoné à un proche qui aurait appelé les pompiers ? A-t-elle eu une visite qui les a alertés ? Mystère.
Quant aux "gens cachés dans l'ombre de leurs rideaux", il y a quelques années, il y a eu quelques habitants de l'immeuble pour "parler" de cette dame autour d'eux... On les sentait tellement peu amicaux dans ce qu'ils disaient que je les voyais en train de "prendre la température" et les imaginais pratiquement prêts à y aller de leur pétition pour demander l'éjection de la dame pas "bien sous tous rapports" qui fait tâche dans le standing de l'immeuble... Heureusement que ce genre d'attitude ne correspondait pas vraiment à la tonalité des autres habitants... Ce genre de sous-entendus à cessé depuis longtemps (ou ceux qui les font ont compris que je ne suis pas le "bon client" pour ce genre de choses...).
Scène de la misère ordinaire que j'ai vécue maintes fois à Paris...
Dans mon immeuble, certains veulent (et vont sans doute parvenir à) expulser une famille... qui vit dans un des rares apparts en location... Bruyante, paraît-il (jamais rien entendu). Et puis, ils auraient égorgé un mouton dans l'immeuble, une fois, en souvenir d'Abraham -- ils sont pas arabes, ils ont un nom slave... et une des plus enragées contre eux est arabe -- elle doit se trouver mieux intégrée...
Bon, ils sont bavards comme des pierres quand on les croise dans les escaliers, alors difficile d'avoir envie de vraiment mouiller sa chemise pour les défendre, et puis de toute façon ça n'est pas moi qui vais aux réunions de copropriétaire vu que je propriétise queudalle, mais ma chérie. M'enfin quand-même ça fait chier.
et merde, j'ai marché dans la syntaxe wiki...
Ton billet est terrible.
Ta sincérité touchante, vraiment appréciable (et appréciée).
Oui, nous commettons tous des petites lâchetés, toutes petites, qui nous laissent des remords.
On se dit on aurait pu, oui, mais on ne l'a pas fait. Mais les autres ne l'ont peut être pas fait pour nous non plus.
Nous sommes humains, pris dans un système qui ne laisse guère de place à la solidarité avec son voisin, surtout si il fait un peu peur, pas tellement par ce qu'il est, plutôt par ce qu'il pourrait être si...
C'est triste. Penser à sourire aux autres, c'est un tout peit moyen de mettre de l'huile dans les rouages des rapports humains. :-)
J’ai vécu moi aussi ce genre d’expérience. Qui nous fait rougir de honte quand on y pense plus tard. J’étais locataire, une copropriété ; une locataire avait des problèmes psy (visite mensuelle d’un infirmier). Quelquefois, elle renversait, avec un arrosoir de gosse, un peu d’eau devant les portes de ceux qui ne l’aimaient pas du tout. Comme si un chat avait pissé — elle me l’avait confié. Les copropriétaires ne lui pardonnaient rien. Son mari et ses enfants l’avaient laissée.
Un après-midi d'hiver, j’ai trouvé devant l’entrée de l’immeuble, une boite à gâteau en ferraille rempli de photos, beaucoup étaient éparpillées autour. Je les ai réunies, j’ai vu que cette femme y apparaissait souvent. C’était toute sa vie, plus jeune, le mariage, les enfants, les communions, les mariages. Sur aucune elle ne souriait. Je ne l’ai plus jamais croisée.
Trois mois plus tard, j’ai appris qu’on avait retrouvé son corps…
@Areuh : On ne va plus avoir d'autre solution que d'aller se pendre à la grosse poutre, si ce fil de commentaires continue dans cette veine...
@Hervé : Je me suis permis de corriger ton dérapage dans la syntaxe ;-)
Bon, autrement sinon, je vois de plus en plus la misère du monde autour de moi, partout, tous les jours, dans la rue, ailleurs... Et je supporte cette vision de plus en plus mal. Quoique souffrir du malheur des autres ne les aide en rien, c'est quand même le comble de l'inutilité...
Vis-à-vis de cela, le monde m'apparaît de plus en plus divisé entre ceux qui aident et ceux, la majorité, qui font semblant de ne rien voir. Des fois que ça serait contagieux. Des fois que ça les forcerait à réfléchir ou à se remettre en question. Alors surtout ne voyons rien. S'ils sont dans la merde, c'est de leur faute, et ça n'est pas notre problème, s'pas ?
Heureusement que des qui aident, il y en a plus qu'on ne penserait. Et des qui le font avec modestie et discrétion. Rarement les plus aisés, comme c'est surprenant.
Ah, puis y'a aussi les winners magnifiques, ceux qui roulent dans les gros 4x4 noirs rutilants et qui du haut de leur machine seront toujours prêts à asperger les pieds d'autrui du contenu d'une flaque bien boueuse. Et sa gueule aussi, à autrui, s'il a le malheur d'être un peu trop près du sol...
les winners magnifiques on les emmerde!
Il suffirait d'un rien, tiens une petite révolte ou, encore mieux, plus de pétrole, pour qu'ils deviennent des loosers minables. ce que nous ne sommes pas et ne serons jamais, car nous n'aurons jamais l'obscénité et le mauvais goût d'acheter un 4x4.
Pense à Diogène