Le mouvement pour une alternative à gauche a beau exister formellement depuis un an (et réellement, depuis la campagne anti-TCE), le premier Appel pour des candidatures unitaires de la gauche anti-libérale en 2007 et 2008 a beau dater de novembre 2005, je ne crois pas en avoir entendu parler aux journaux télévisés du Miniver jusqu'à hier soir. C'est à croire que ces gens-là sortent peu.

Remarquez, peut-être en ont-ils parlé un jour ou l'autre, à une édition ou une autre. Mais à dose tellement homéopathique que cela m'aura sans doute échappé. Pas comme l'autre nain aux grandes dents pointues, ni la chaisière-de-droite-qui-se-croyait-de-gauche. Ah ceux-là, on ne peut pas les louper ! On en bouffe à toutes les éditions, jusqu'à plus soif, jusqu'à l'indigestion.

Mais hier soir, tremblement de terre. Le présentateur-pas-vedette de Soir 3 prononce, presque en s'excusant, les noms de José Bové et Clémentine Autain. Mais pourquoi-ce ? Mais comment-ce ? Mais qu'est-ce qui lui toque donc ? L'omerta est donc levée ? Il est permis de parler de la gauche au journal télévisé du Miniver sans risquer sa place de présentateur nocturne ? Ah oui, si c'est juste pour dire que Christine Ockrent reçoit José et Clémentine dans son émission France Europe Express à pas d'heure, pour être sûr que pas trop de monde regarde (et surtout pas les français qui se lèvent tôt[1] lundi matin).

Voilà donc un teaser qui m'intéresse, et je me dis comme ça que je vais regarder Krissine le temps de faire péter une poire en supportant la pub...

Regardons donc tout ce petit monde sous la loupe grossissante de mon téléviseur et de mon mauvais esprit réunis en conclave.

Grandes DentsLa chose qui m'a le plus frappé, durant toute l'émission[2] a été la véritable haine pour la gauche manifestée par tout ce petit peuple journalistique, et autres doctes invités et intervenants. Ah, le sourire carnassier d'Ockrent balançant ses flèches haineuses à José ou à Clémentine, les yeux vibrants d'expectative Je vais te piéger mon canard ! Tiens, prends ça dans ta g... !.

Incroyable.

Quand on pense à la manière dont la même clique de pseudo-journalistes aurait servi la soupe et ciré les pompes de n'importe quel candidat ou autre politicard situé n'importe où du P.S. à l'UMP, crache dessus et fais briller !

L'émission commence par une première tentative de déstabilisation infligée par Ockrent à José (dont la stabilité tranquille ne s'en laisse pas conter) : Ockrent affirme haut et fort,[3] accompagnée par ses choristes, que, finalement, la "direction" du mouvement anti-capitalisme-sauvage[4] devrait revenir à Marie-Georges Buffet[5], de manière en quelque sorte naturelle ceci trahissant simplement le désir éperdu de notre petite classe journalistique de faire retomber le débat dans son univers de l'habituel ronronnant, déjà-vu, déjà connu : Une gauche composée d'un P.S. (fréquentable), d'un P.C. (historiquement toléré, on ne les aime pas mais on a l'habitude...) lequel P.C. serait une espèce de centre de gravité naturel de tout ce qui est à gauche de l'aile gauche du P.S., à l'exception de la gauche Arlettiste la plus extrême au couteau entre les dents, le facteur et sa bande oscillant quelque part entre le PCF et Arlette. Retombons vite dans le connu, reconstruisons notre petit échiquier politique standard en dehors duquel nous faisons, nous les petits journalistes de télévision, la preuve que nous sommes incapables de penser (de toute manière, si on était payés pour ça, ça se saurait).

A moins que ce ne soit une tentative parfaitement délibérée de notre Ockrent nationale de faire l'impasse la plus totale sur l'importance du rassemblement de la gauche anti-capitaliste sous une forme nouvelle, bien plus large et ouverte que les anciens appareils de partis. Ockrent préfère ne voir là que quelques corpuscules en agitation brownienne autour du noyau atomique du PCF (PCF dont le poids électoral, à lui tout seul, est probablement aujourd'hui inférieur à celui de la LCR ou d'Arlette...). Incompétence ou malhonnêteté flagrante de la journaliste ? Devinez !
Le piège ne marche pas, mais pourtant, elle tentera de nous le ressortir sous une forme à peine différente à deux autres reprises dans le cours de l'émission.

Toujours dans la série "le manque d'imagination au pouvoir", puisqu'on voit les candidats socialistes se déchirer dans le plus ridicule des pugilats pour savoir lequel d'eux aura le privilège de porter la cocarde, notre Ockrent nationale feint d'imaginer qu'il en va de même à la gauche de gauche, et tente de créer une "guerre des candidats à la candidature". A chaque fois qu'elle sourit, il semble encore lui avoir poussé deux ou trois dents supplémentaires. Après avoir sorti Marie-Georges de son chapeau tout-à-l'heure, elle tente maintenant d'opposer José Bové et Clémentine Autain.
Mais encore raté, tiens ! Au lieu de s'attaquer comme Ockrent l'aimerait tant, José et Clémentine font corps, se citent l'un l'autre, montrent clairement qu'à gauche la question est toute différente : rassembler le plus large possible, sans qu'aucun parti ou courant puisse se sentir floué ou exclu, et sans que le mouvement ne puisse tomber sous le contrôle de tel parti ou mouvement spécifique. Et désigner comme candidat celui qui répond le mieux à ce besoin, et qui sera soutenu par les autres "ex-candidats-possibles". C'est tout naturel. Mais cela, nos journalistes d'opérette l'ont bien en travers. Quoi ? On ne pourra pas les dresser les uns contre les autres ? On ne pourra pas faire un petit combat saignant ? On n'arrivera pas à faire dire à José des méchancetés sur Clémentine, ni à Clémentine des "petites phrases" sur José ? Ca ne marche pas comme ça ? Décidément, nos journalistes-politologues en sont comme deux ronds de flan.

Ockrent n'en revient pas, elle et son sourire carnassier. Elle a beau ressembler de plus en plus à la version 2 (wolf inside) de la grand-mère du petit chaperon rouge, elle ne parvient pas à planter ses dents dans la viande.

Alors de temps en temps, on se tourne vers l'invité représentant du P.S. Lui, ça se voit tout de suite, on l'aime bien. C'est un ami. C'est le recours, ah, si le P.S. était capable de ramener au bercail du vote utile toutes ces brebis égarées par les mirages d'une gauche qui a le front d'être de gauche (Pouah ! C'est dégoûtant ![6])... Ah, comme on sent nos braves journalistes prêts à l'aider, ce bon vieux P.S., cet ami de toujours...

Comme ça ne suffit pas, quand Ockrent fatigue un peu, elle se fait relayer par quelques questions vachardes de Jean-Michel Blier, ou interroge le politologue de service, "spécialiste de l'extrême-gauche", neutre, forceménent neutre, vous croyez ? Meuh non. Un spécialiste de l'extrême-gauche invité par Ockrent, c'est avant tout un type capable de nous expliquer en détail pourquoi l'extrême-gauche c'est bête, divisé, ça pue et c'est pas bien. Et pas réaliste en plus. Pour deux ronds. Même pas capitaliste, c'est dire !
A un moment où l'autre gauchistologue de carnaval se laisse emporter dans son élan à cogner sur L.O. et le M.P.P.T., Clémentine risque la remarque qu'aucun de ceux-là ne fait partie de la coalition anti-capitalisme-sauvage de la gauche dont il est ce soir question. C'est peine perdue : son micro n'est pas réglé bien fort, elle n'est pas assez mère-emptoire,[7] l'autre poursuit son docte démontage.

A un autre moment, Ockrent (Mère-grand, que tu as de longues dents !) pousse la mauvaise foi crasse jusqu'à se demander comment on peut être contre la liberté puisque bien sûr, forcément, étymologiquement, le libéralisme, c'est la liberté. On omettra juste fort opportunément de préciser que c'est la liberté du pognon, pas la liberté des gens. (et voilà pourquoi j'évite personnellemement d'employer les termes libéral / anti-libéral, mais préfère parler de capitalisme sauvage et de l'anti- qui va avec, tant le mot "libéral" semble avoir été soigneusement étudié par des spécialistes en communication pour créer l'adhésion à sa seule sonorité. Du beau Novlangue s'il en est).

Dans la série des basses manoeuvres (comme si ça ne suffisait pas), on fera aussi largement appel à une intervenante "verte" italienne, les ritals mis sous colle, laquelle transalpine (de ch'val) nous expliquera bien à quel point le NON français au TCE a ringardisé et ridiculisé le pays et le peuple français aux yeux du reste du monde-qui-pense-pas-comme-nous, et à quel point on va glisser dans l'encore pire si jamais on a la mauvaise idée de continuer à suivre ce que nous disent ces gens-là... (car chez ces gens-là, ma brave dame...). Jean-Michel Blier l'entonne en canon.
La transalpine reste là, bien gentiment en duplex, disponible dans l'arrière-fond, pour servir à Ockrent de choriste européenne et pour bien nous expliquer que la bonne façon de penser (et de voter), c'est de penser comme pensent les autres, et que les français ne sauraient continuer de se discréditer en pensant différemment, quoi ! Cent milliards de mouches ne sauraient toutes avoir tort ! Bouffez de la merde !

Et nos candidats et amis, là-dedans, José et Clémentine, comment s'en sortent-ils ?

Eh bien, José est très bien. Il fait le poids, on voit que ce type a de la bouteille, et que cette bouteille lui réussit pour affronter la meute de journouiouistes. On voit également que l'homme a désormais, par ses différentes activités, une envergure internationale qui le crédibilise complètement comme candidat chef d'état. José fait excellente impression. Mûr, modeste et sympathique, il fait preuve d'un flegme étonnant devant la flagrante mauvaise foi et les sempiternelles attaques de la clique Ockrentienne. Je m'imaginais un instant à sa place, comme j'aurais écumé, comme j'aurais eu du mal à me retenir de leur rentrer dans le lard ! Vraiment, José est excellent. Voilà qui nous fera un très bon candidat.

Et Clémentine ? Eh bien, Clémentine est excellente aussi. Cependant, l'organisation de l'émission en fait une invitée de second plan, l'invité de premier plan étant clairement José. Et l'émission est ainsi conduite, un tel temps de parole est donné aux détracteurs de la gauche - qui parlent bien davantage que les "invités" - sous des excuses journalistiques ou pseudo-machinologiques que Clémentine a hélas peu droit à la parole. Est-ce à cause de sa jeunesse ? Est-ce parce que c'est une femme ? Manque-t-elle encore un peu de bouteille ? Elle ne "pèse" visiblement pas le même poids que José face à l'agression journalistique. Elle se défend très bien, avec vivacité et intelligence, connaît parfaitement ses sujets, mais elle en impose moins.

Dans le montage image, le réalisateur ne coupe pas à la tentation habituelle de saucissonner l'émission de brefs plans sur le charmant visage de la jolie jeune femme aux beaux yeux bleus,[8] qui a cependant certainement d'autres ambitions et bien d'autres capacités que de faire la potiche décorative. Réalisation aidant, on l'entend peu mais on la voit beaucoup. Soyons cyniques : c'est toujours ça de gagné pour la notoriété.
Comme Clémentine est vive et nerveuse, ces petits plans brefs nous la montrent assez souvent en train de grimacer ou de s'agiter sur son siège : elle a un peu oublié de prendre sa Ritaline avant de venir. Encore heureux, elle ne se met pas les doigts dans le nez !
Je soupçonne également ces petits "gigotages à l'antenne" d'être un peu une vacherie délibérée du réalisateur, aussi.

N'empêche. Elle en a, des atouts pour elle, Clémentine. Quand je vois le nombre de gens prêts à voter pour l'autre chaisière de paroisse de Pimprenelle, simplement parce que c'est une fââââââmmeuh, oubliant que l'argument est loin de se suffire à lui-même et que, par exemple, Christine Boutin, "MAM" ou Marine Le Pen sont aussi des fââââââmmeuhs...

Eh bien, avec Clémentine, on en tient une, de fââââââmmeuh. Et une très prometteuse. Une jeune, pour nous changer de la sénilocratie habituelle. Une mignonne avec des yeux bleus qui déchirent ta race, quand je pense qu'il y en a qui prétendent voter Pimprenelle bicoze son soi-disant "charme". Nan, sans dec' ? On hésite à les diriger vers Afflelou ou vers Optic'2000... Enfin, pour ceux qui sont sensibles non seulement à l'argument du sexe, mais également à celui du charme, votez Clémentine, franchement, y'a pas photo !

Et puis, oui, en fait, une femme président, ça nous changerait. Une qui n'est pas un vieux briscard de cheval de retour à sa douzième campagne. Une qui serait le symbole d'un collectif qui ne mise pas tout sur la notoriété personnelle de son candidat, donnant ainsi le signal d'une certaine rupture avec le présidentialisme de la cinquième république.

Je ne peux que regretter qu'elle n'ait pas eu davantage la parole, hier soir, Clémentine.

je m'interroge quand même sur la capacité d'une candidature Clémentine à rassembler autant de bulletins dans l'urne qu'une candidature José, la faute au déficit de notoriété. Mais d'un autre côté, la notoriété de José lui vaut sans nul doute un certain nombre de détracteurs qui ne le verraient pas dans la peau d'un chef d'état. Oui, mais Clémentine, y'en aura toujours pour douter de sa capacité à cause de sa jeunesse et de son "inexpérience" réelle ou supposée. Peut-être dans 5 ans ?

Enfin, Clémentine ou José, dans les deux cas, c'est de la bonne. Dites, ou pourrait pas avoir les deux ? Ils nous feraient un beau couple ! Ou alors, Clémentine Présidente, José premier ministre ? Ah ouais, ce serait bien, ça. (Entre José ou Galopin de Viles Eaux, j'hésite pas une seconde).


CLÉMENTINE FOR PRESIDENTE ! ! !


Mais quand même, ce qui était de loin le plus intéressant hier soir, ce n'était ni José, ni Clémentine. Ce qui était le plus intéressant, et qui mériterait bien une étude socio-psycho-machinologique, c'était le comportement de la clique journalistique. Ce sont eux qui nous montrent clairement, indubitablement, l'endroit où se situe le clivage gauche-droite.

Ce sont eux qui nous montrent clairement pour qui ils roulent, et qui sont leurs maîtres.

Et ces gens-là ont peur. Ca, c'est intéressant.


...ET ON LEUR PÈLERA LE JONC
COMME AU BAILLI DU LIMOUSIN
QU'ON A PENDU UN BEAU MATIN
QU'ON A PENDUUUUUUUU
AVEC SES TRIIIIIPEUH !! [9]


Notes

[1] © Kanichabouch.

[2] Émission que j'ai tout de même quittée peu après minuit et demie, pas assez de piles pour aller plus loin après une nuit précédente sans sommeil...

[3] Sous la forme de questions innocentes, ces gens-là ont un art consommé de tourner sous forme de pseudo-questions ce qui n'est que l'affirmation des "évidences" de leur propre opinion.

[4] Je n'aime guère l'appellation "anti-libéral", tant celle-ci peut être dévoyée de son sens par ses détracteurs, Ockrent nous en a d'ailleurs donné un bel exemple hier soir, j'y reviendrai.

[5] Marie-Georges pour qui j'ai le plus grand respect par ailleurs, qu'on ne se méprenne pas sur mes propos.

[6] Non seulement c'est dégoûtant, mais en plus, une gauche qui soit de gauche, c'est ringard, c'est has-been, c'est obsolète, c'est sclérosé, c'est figé, c'est anachronique, c'est passéiste, c'est loser, on pourrait presque même dire que c'est... si on osait... que c'est... anticapitaliste ! Enfin, là, chouette, j'ai fourni plein d'épithètes aux journalistes sans imagination.

[7] On ne va quand même pas dire père emptoire ;-)

[8] Ah, Clémentine, si tu avais mis une mini-zupette, on aurait eu le plaisir de contempler tes cuisses... Raté pour cette fois.

[9] "Les Visiteurs". Ouais, je sais, sortir Christian Reno et Jean Clavier à ce stade de mon argumentaire intellectuel de gauche qui tue, c'est moyen... Arf.