- 17... Tûûût...tûûût...
- Ici la police !
- Bonjour monsieur, pourriez-vous me renseigner à propos des objets trouvés ?
- C'est pas ici, c'est la police municipale ! 87.49.12 !
- Je vous demande pardon ?
- 87.49.12 !
- Euh c'est un numéro de téléphone ça ? Y'a quoi devant ?
- Ben 04.76, et alors !
- Je ne peux pas le deviner, je ne suis pas du coin...
- Ah. Ben c'est la municipale. Clic. Tûût-tûût-tûût...

(Aimable comme une porte de prison, monsieur le flic. Je n'avais pourtant pas l'impression d'avoir fait le numéro de l'administration pénitenciaire...)

- 04.76.87.49.12... Tûûût...tûûût...
- Ici la fourrière !
- Euh... Bonjour madame, je voudrais les objets trouvés s'il-vous-plaît... Ce n'est pas ici ?
- Non, ici c'est la fourrière. Les objets trouvés, c'est la police municipale !
- Ah... Vous n'auriez pas leur numéro, par zazard ?
- Mais si Monsieur ! C'est le 04.76.46.74.97. Ils sont au 2 rue Blablabla.
- Merci beaucoup madame.

(Très gentille madame fourrière. Très surprenant vu l'amabilité coutumière de ce genre de preneurs de véhicules en otages...)

- 04.76.46.74.97... Tûûût...tûûût...
- Allô ! Police Municipale !
- Euh bonjour, je suis bien aux objets trouvés ?
- Non, vous êtes à la police municipale !
- Mais euh... Les objets trouvés....?
- Quittez pas ! (Tralala.. Tsoin-tsoin... Tsoin tralala-lalalaalaaaa... Tralalala... Tralalatsoin... 3 minutes'')
- ...
- Allô ?
- Heuu bonjour, je suis bien aux objets trouvés ?
- Oui Monsieur. (Ouf !)
- Alors voilà, j'ai trouvé un objet, et je voudrais vous le rapporter...
- Qu'est-ce que c'est, comme objet ?
- Ben c'est une gourmette en or avec un prénom gravé dessus...
- Ah ça va. Tant que c'est pas une bague ! Vous pouvez l'apporter ?
- Euh oui... Mais vous êtes où ? Quels sont vos horaires ?

(Suit une description détaillée de où ils sont, quand il sont ouverts, et comment on y va. La dame des objets trouvés est très gentille aussi.)

Ze Ring...Et un anneau pour les arnaquer tous !

Nous nous véhiculons donc sur les lieux, entrons à la Police Municipale où se cachent les objets trouvés, le flic de l'accueil nous désigne une porte, qui se trouve donner dans le petit placard bureau où officie la gentille dame des "lost & found".

Nous lui remettons donc la gourmette, et je ne peux résister à la curiosité de demander : Mais pourquoi avez-vous tenu à vous assurer au téléphone que ce n'était pas une bague ? Qu'est-ce qu'elles vous on fait, les bagues ?
- Mon bon monsieur, c'est que j'en ai un tiroir plein rien que là !
- Ah, les gens perdent plein de bagues ?
- Non, c'est les Roumains.[1]
- Les Roumains perdent leurs bagues ?
- Non, ils les lancent.
- Ils les lancent ? ?
- Voui, c'est une arnaque. Vous ne connaissez pas ?

Là, je dois bien confesser que je ne connais absolument pas l'arnaque des Roumains lanceurs de bagues. La dame m'explique :

Alors voilà, l'arnaqueur repère un pigeon, et il lui lance une grosse bague pratiquement dans les pieds, pour être sûr que l'autre la trouve. Dès que l'autre la ramasse, il l'aborde aussitôt en disant qu'il l'a vue en premier et qu'il allait juste la ramasser ! Ca discute un peu, jusqu'à ce qu'il convienne qu'en fait, ils ont du la voir en même temps. Pendant ce temps-là, le client observe la grosse bague qu'il a en main, qui semble être en or, avec des poinçons bien visibles à l'intérieur. Le temps qu'il se dise qu'une grosse bague en or de ce poids, ça doit valoir un bon prix. Finalement, le Roumain dit à l'autre qu'ils n'ont qu'à partager, et qu'il veut bien la lui laisser pour 15 ou 20 Euros, en faisant semblant d'en méconnaître valeur. Le pigeon, persuadé de faire là une très bonne affaire, crache ses 15 ou 20 Euros en pensant arnaquer le Roumain, qui prend les sous et disparaît sans demander son reste, laissant au pigeon... Une bagouze en pur toc qui ne vaut pas un clou.

Whahahaaha ! Je dois dire que je ne connaissais pas l'arnaque du Roumain lanceur de bague, et imaginais encore moins que les "objets trouvés" de la ville de Grenoble puissent croûler sous les bagues Roumaines - tout le monde ne doit pas se laisser avoir, ni être malhonnête, dirait-on.

Intéressée par la chose, mademoiselle Patâpatî demande à voir une bague Roumaine. La dame des "objets trouvés" lui tend un tiroir plein de grosses bagouzes toutes identiques, genre tu mets ça à ton doigt, ça te fait pousser les poils de la poitrine, la chaîne en or au cou et la BMW à jantes larges. Mademoiselle Patâpatî en prend une pour la regarder. La dame lui fait Ben tiens, tu peux la garder, je te la donne.

Patâpatî est trop heureuse d'avoir troqué la gourmette en vrai or d'ÉRIC contre la bague roumaine de la Sainte Arnaque, qui ferait tellement joli au doigt d'un proxénète.

Nous gagnons la sortie. Je médite sur l'ingéniosité de l'espèce humaine dès qu'il s'agit d'entuber son prochain, au point de faire une véritable industrie de bagues Roumaines.

J'adore cette arnaque, en fait : Elle est plus que morale. Le pigeon qui se fait entuber, se fait entuber grâce à sa propre rapacité qui l'incite à vouloir se mettre une bagouze en or in ze pocket plutôt que de la rapporter aux objets trouvés, et qui est prêt pour cela à lâcher 15 ou 20 Euros à un inconnu en pensant arnaquer ce dernier (en lui donnant un prix très largement inférieur à la valeur imaginaire de la bague). Toute une leçon de vie, cette arnaque. Je me marre trop rien qu'à l'idée de la tête d'un des pigeons qui essaierait de fourguer la bague pour se rendre compte qu'il s'est fait eu. Ah, je paierais cher pour voir ça !

Notes

[1] Désolé Sînziana, c'est la dame qui a dit que c'était les Roumains... Elle aurait dit des Japonais, j'aurais écrit des Japonais. Mais elle a dit des Roumains...