Le Billet Pornographique du jour


Potiers "plombés"...

Par Carnet d'un inspecteur du travail

Mercredi 6 septembre 2006

Les médias se font régulièrement l'écho de cas de saturnisme infantile lorsque de jeunes enfants sont intoxiqués après avoir ingéré régulièrement de la peinture à base de plomb qui se détache des murs d'appartements vétustes. Cela soulève le problème des conditions d'hébergement des familles en grandes difficultés sociales. En France , l'exposition au plomb concerne également des milliers de travailleurs.

Pour illustrer ce sujet, je reproduis ici le témoignage adressé par un lecteur du blog. Ce récit prouve que nombre d'entreprises ne prennent pas en compte ce risque (soit par ignorance soit pour des considérations d'ordre économiques et techniques) qui porte atteinte à la santé des salariés.

« L'entreprise est une poterie. Une trentaine de salariés y travaille: tourneurs, décorateurs, enfourneurs et emballeurs, plus deux administratifs.

Dans le grand atelier actuel, tout le monde travaille ensemble; c'est une sorte de grand hangar, sans espaces délimités sinon le bureau administratif, avec les immenses fours à une extrémité. Température actuelle de travail pour tout le personnel: près de 40° toute la journée.

La matière première ne pose aucun problème sanitaire, c'est de la terre tout à fait saine qui est tournée ou du "biscuit" italien acheté déjà tourné. Par contre tout le reste pose problème.

Cela commence avec les couleurs. Les poteries sont toutes décorées et vernies. Les pigments et la couvrante (vernis) sont tous à base de plomb. Il en existe sur le marché qui sont "sans plomb", mais il paraît, selon le patron, que les couleurs sont moins belles et, que de plus, il faudrait revoir toute la formulation pour pouvoir refaire les mêmes décors. Pas rentable...

Bien entendu, plus on travaille dans cet atelier, plus on est exposé au plomb. Il semble que ce soient les vapeurs de plomb qui posent le plus de problème; les fours ne sont pas séparés du reste de l'atelier et, m^me s'ils sont équipés de ventilateurs extérieurs (on intoxique donc le voisinage qui ne doit pas s'en douter...), l'air "plombé" refoule dans la pièce à des températures telles que la dispersion du plomb est accélérée.

Dans cette entreprise, la totalité des salariés est sous surveillance médicale et presque tous sont au seuil de l'intoxication. Celles et ceux qui dépassent la limite légale trafiquent leurs résultats pour ne pas perdre leur emploi.

Plus original, les emballeurs qui sont dans un hangar extérieur et donc pas en contact avec les vapeurs de plomb ni les pigments des couleurs crues, ont aussi un taux de plomb élevé! Les produits finis seraient-ils toxiques ? »

En 2003, en France, 129800 salariés étaient exposés au plomb (Enquête Sumer 2003). Les principaux secteurs d'activité concernés sont dans le bâtiment (interventions sur des peintures anciennes, travaux de couverture...), dans l'industrie (fabrication et recyclage de batteries, fabrication de peintures, recyclage de produits électroniques...), dans l'artisanat (fabrication et réfection de vitraux, poterie, joaillerie...).

En 1919, le saturnisme (intoxication au plomb) a fait l'objet du premier tableau de maladies professionnelles. Depuis 1990, plusieurs centaines de cas de saturnisme professionnel ont été reconnus par la CNAM.

Le plomb pénètre dans l'organisme lorsqu'il est inhalé sous forme de poussières et de fumées ou lorsqu'il est avalé (mains sales, cigarettes et aliments souillés). Il s'accumule essentiellement dans les os et son élimination est très lente. Ses effets sur la santé sont multiples: troubles de la mémoire, capacités intellectuelles diminuées, atteinte du système nerveux, insuffisance rénale chronique, anémie, douleurs abdominales...

La prévention des risques professionnels liés au plomb est prévue par le code du travail aux articles R231-58, R231-58-5, R231-58-6. Pour plus de précision sur cette question je vous invite à vous rendre sur l'excellent site Bossons Futé.