Carnet d'un inspecteur du travail - Big Brother... au supermarché.
Par Petaramesh le samedi 7 octobre 2006, 10:21 - p0rn0graph1e - Lien permanent
Ce billet poursuit ma série de billets p0rn0graph1ques de re-publication des billets du blog de Bereno, honteusement censuré par son ministère de tutelle, et contraint de se taire.
A ma connaissance, voici une liste de billets et d'articles de sites (hors les miens) qui ont évoqué l'affaire et soutiennent Bereno :
- Le Monolecte : Silence, on souffre !
- Maître Eolas, Journal d'un Avocat : La fin du blog de Bereno
- Kozlika, Kozeries en dilettante : Crie moins fort, les blogueurs vont t'entendre
- Irène Delse, un blog d'écrivain : Fini Bereno ? Ou quand bloguer est préjudiciable à votre emploi
- padawan.info/fr : L'inspection du travail se comporte en employeur abusif
- Joachim D., No Index, No Follow! : Quand le crieur se tait
- Michel Catelin, Hauteurs et Vertiges : Mort d'un blog - mort d'un monde
- Ka Teznik, C'est comment qu'on freine ? : La liberté d'expression ne s'use que quand on ne s'en sert pas... (et des fois quand on s'en sert.)
- Carnet::Frank Paul - Access to the weblog you have requested has been suspended.
- Neskaya, chez Anigel : Au revoir Bereno :-(
- FT, BlogSpleen, Idéal et petites révoltes : Bereno: un inspecteur du travail qui dérange.
- Furyo, sur gayattitude.com : En colère
- François Granger, Sans Filtre : Carnet d'un inspecteur du travail (2)
- Le petit champignacien illustré : Le billet pornographique du jour (les liens directs vers les articles de ce blog ne fonctionnent pas chez moi... Il peut être nécessaire d'y accéder via la page d'accueil)
- Deux cent douze : Etat : Faites ce que je dis, pas ce que je fais (Pas d'autre texte)
Et sûrement des dizaines d'autres qui m'ont échappé (et que j'invite à se trackbacker ici s'ils me lisent)
...Sans compter tous les billets qui se joignent à la chaîne p0rn0graph1que, afin de rendre le blog de Bereno définitivement irrépressible.
Voici d'autre part la liste de sites et de points de téléchargement à partir desquels on peut, à ma connaissance, se procurer aujourd'hui tout ou partie de l'archive du blog de Bereno :
- Chez exacer.be ("2e saison", HTML)
- Chez rezo.net ("2e saison", HTML, billet par billet)
- Via le cache de Google (billets récents, HTML)
- "1ere saison" en PDF, chez BigUpload : carnet_bereno_1.pdf.zip
- "2e saison" en PDF, chez BigUpload : carnet_bereno_2.pdf.zip
- Un jour peut-être sur la Wayback Machine, laquelle n'a toutefois intégré aucune mise à jour depuis début avril 2005...
Que disiez-vous déjà, messieurs les censeurs ? Nos gueules
? Ah oui...
La bataille du pot de terre contre le pot de fer, c'était pas gagné, mais si on y ajoute un pot d'octets... :-D
Update 15h05 : Maître Eolas retire son billet de soutien à Bereno en indiquant : Bereno m'a contacté ... Après avoir posément réfléchi à la question, il souhaite ne pas donner de suites à cette affaire ...
(lire le reste chez Maître Eolas).
Voici ce que j'ai pour ma part répondu en commentaire chez lui, et que je reproduis ici :
= = = Début de citation de mon commentaire chez Me Eolas = = =
Si c'est réellement un billet et un seul, du blog de Bereno, qui posait un tel problème à son administration de tutelle, je m'étonne que la demande de retrait ait porté sur l'ensemble du blog et non pas sur ce seul billlet.
Un peu comme si l'on interdisait définitivement un journal dont un article aurait déplu à Leurs Majestés. Il faut croire qu'on prend, pour le moment, bien moins de gants avec les blogueurs qu'avec les journaux, surtout quand on emploie les premiers, et qu'on dispose donc d'un facile et efficace moyen de pression à leur endroit.
Il semble d'autre part manquer ici le lien donnant la définition, passionnante je n'en doute pas, de "l'opportunité politique".
Quant au reste du contenu de ce "billet-qui-remplace-le-billet", je m'interroge et je médite.
Je ne sais sincèrement pas si le fait que Bereno souhaiterait (selon Maître Eolas dont je ne mets pas la parole en doute, mais enfin cela reste pour moi une information de seconde main) "écraser le coup et ne pas faire de vagues", implique que le reste de ceux qui ont pris fait et cause doivent également écraser le coup et cesser de faire des vagues.
Car la fronde et la contestation portent bien au-delà de la défense de cet homme précis : C'est une question qui concerne tout le monde, car elle concerne la liberté d'expression, telle que la définissent l'article 11 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, que citait Eolas, et l'article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, que je citais en écho.
Le fait que Bereno semble accepter d'avoir été ainsi muselé, nous contraint-il à accepter qu'il l'ait été ? Je ne le pense pas.
Défendre le blog de Bereno, c'est défendre tout le monde, et pas seulement Bereno.
Plier, c'est plier pour tout le monde, et pas seulement pour Bereno.
Après Garfieldd, Petite Anglaise.
Après Petite Anglaise, Bereno.
Après Bereno, qui ?
À qui le tour ?
= = = Fin de citation de mon commentaire chez Me Eolas = = =
Update 15h45 : Kozlika, et son billet "Crie moins fort, les blogueurs vont t'entendre", suit Me Eolas et ne crie plus fort du tout elle non plus. Comme ça, les blogueurs ne vont pas l'entendre :-(
Dirait-on que les bulles de la blogosphère se dégonflent encore plus vite qu'elles ne se gonflent ?
Quant à moi, je me sens pénétré d'une sensation d'écoeurement de plus en plus prenante... Bon, je vais plutôt faire un tour à la fête foraine avec mes ''Nains', tiens.
Allez, voici maintenant mon billet p0rn0graph1que du jour :
Le Billet Pornographique du jour
Big Brother... au supermarché.
Par Carnet d'un inspecteur du travail
Mardi 28 février 2006
Avec son accord et je l'en remercie, je reproduis ici, sous forme de note, le commentaire de Marc dans lequel il décrit certaines pratiques portant atteintes aux libertés individuelles des salariés et des clients d'un magasin de grande distribution.
« Je vous rapporte ici une situation qui perdure depuis plus d'un an dans un magasin de grande distribution situé en centre ville de C.
Inspirée des méthodes américaines (les cadres et cadrillons de cette chaîne font tous des stages aux États-Unis, ça fait chic) la direction a imaginé d'équiper ses vendeuses d'un micro enregistreur afin de contrôler leurs ventes.
Entendons nous bien. Il ne s'agit pas à proprement parler de contrôler les vendeuses mais de contrôler leur travail en temps réel afin de pouvoir les aider et le cas échéant d'optimiser leurs résultats.
Ces chères (mais mal payées) vendeuses portent un discret micro et les conversations entre elle et le ou la cliente sont écoutées dans l'arrière boutique (on dit les "coulisses"?). Un bilan est ensuite réalisé.
Certes, les vendeuses sont informées de cette surveillance. Mais en aucun cas les clients ne le sont.
D'où refus et protestations de la part des vendeuses, de leurs syndicats, des délégués du personnel, avec affichage sur les panneaux syndicaux. Il était d'ailleurs communiqué à la Direction que si elle maintenait sa position, une procédure devant le juge des référés pouvait être envisagée et que par ailleurs des affiches seraient apposées sur les vitrines du magasin afin d'en informer les clients ("Dans ce magasin vous êtes écoutés"). Il était encore indiqué que les vendeuses ne pouvaient se rendre complice d'une atteinte à la vie privée puisque les clients n'étaient pas informé de l'écoute.
Au demeurant, imaginez la cliente X qui au rayon lingerie s'explique avec la vendeuse sur la taille de son soutien-gorge: bonnet A ou bonnet G ? Ah il me manque un sein car j'ai eu un cancer ! etc...
Devant ces protestations, la Direction a renoncé pendant quelques mois. Elle revient aujourd'hui en force avec un nouveau matériel et refait faire des stages à ses employés...Nouvelles protestations. La Direction suspend sa décision et on en reste là pour l'instant mais pour combien de temps ?
Toutes les pratiques sont-elles permises même si elles s'inspirent du grand frère américain ? Dans quel monde vivons-nous ? »











Commentaires
Rajouter Mon poing dans ta poche ; L'observatoire des blogs francophones (qui cite aussi Nouveau Monde en plus) ; Le Big Bang Blog ; Fraise des bois, me voilà.
A ceux qui laissent des liens en commentaires, auriez-vous la gentillesse d'utiliser la barre d'outils au-dessus de la zone de saisie de commentaires, afin de laisser des liens cliquables qui marchent ? Sinon, il faut tout que je me repaluche à la main à chaque fois...
Sur la lettre volée aussi : Un inspecteur du travail censuré
Je présente des excuses fort plates : je n'ai pas lu le texte qui figurait en bas de la fenêtre, ni fait attention aux icônes (que je connais pourtant). Pour ce qui est de l'accès à mon blogue : il semble que l'hébergeur soit fort pudibond et interdise tout lien direct vers un billet dont le titre contiendrait les mots pornographie ou pornographique (je ne me plains pas trop car en effet c'est un hébergeur propre de ce point de vue, on n'y trouve pas beaucoup de fesses par rapport à d'autres). J'ai donc décidé d'écrire le mot suspect avec la forme de 1950, comme dans la .utain r...
Puisque tu me traites indirectement de dégonflée, ce en quoi tu ne manques pas d'air soit dit en passant : je respecte le vœu de Bereno, voilà tout. c'est à lui d'en décider pour ce qui le concerne, nous n'avons pas à lui faire assumer une bataille qu'il ne veut pas mener, c'est la moindre des choses.
Ça ne m'empêchera pas de faire un billet plus général sans le nommer (là j'ai paré au plus « pressé ») et de continuer à afficher sur mon blog la campagne Irrépressible d'Amnesty International.
Non, Kozlika, je ne te traite pas de dégonflée, même pas indirectement, et je ne me le permettrais pas.
Je dis que la bulle de la blogosphère que constitue l'"affaire Bereno" se déballonne aussi vite qu'elle s'est gonflée. Je n'émets pas de jugement de valeur sur tel ou tel individu, mais j'ai mon opinion quant au phénomène auquel nous venons d'assister.
Un type s'est fait museler, tout le monde a levé son étendard, puis, le lendemain, tout le monde a sagement plié les gaules et est rentré chez lui.
Ce qui m'inquiète là-dedans, ce n'est pas tant le sort d'une personne en particulier (même s'il s'agit toujours d'une personne en particulier), mais le message d'ensemble que nous laissons passer à ceux qui voudront museler le suivant :
Et, même si je n'émets pas de jugement sur telle personne en particulier, et même si je sais que chacun a choisi en conscience, je trouve personnellement inimaginable d'avoir mis hors ligne, supprimé ou modifé, des billets qui avaient été mis en ligne. Cela revient à réécrire le passé, même récent :
En ce qui me concerne, je n'effacerai rien de ce que j'ai publié (Sauf si Bereno m'opposait une interdiction expresse de reproduction de ses textes, sur lesquels il détient évidemment les droits), et je salue bien bas Agnès du Monolecte qui a également fait ce même choix de laiser ses billets en ligne, choix que je trouve le seul défendable.
Je n'ai pas réellement une vocation de Don Quichotte et n'ai pas envie de me battre tout seul contre les moulins à vent de la censure quand tout le monde plie les gaules et rentre chez lui. Tant pis.
Pouah, vaut mieux que j'arrête là ce commentaire, je suis trop écoeuré pour le continuer sans fâcher à mort un certain nombre de personnes que je n'ai pas envie de fâcher à mort par ailleurs.
J'approuve à peu près mot pour mot les termes du billet d'Agnès "Le droit au silence" pour ce qu'il dit des choix d'un homme et de la respectabilité de ces choix, qui ont leurs raisons.
Il n'en reste pas moins qu'en tant que collectivité, nous, blogueurs, venons de baisser notre froc. Heurk.
A moins qu'une telle "collectivité" n'existe tout simplement pas.
Je suis tout a fait d'accord avec ça, l'affaire Bereno depasse la simple décision de celui-ci d'arréter son blog. Je la respecte, mais je trouve anormal qu'il faille oublier des mois, voir des années de billets qui ont un fort intérets documentaire, pour satisfaire une hiérarchie tatillone.
A partir du moment ou l'on se met à blogger, on entre (par la petite porte certes) dans la sphère publique et nos billets nous échappent comme les livres d'un écrivain lui échappe.
Et puis je trouve intolérable de faire taire un homme, quel qu'il soit, pour plaire à des censeurs. Nous sommes dans le pays des droits de l'homme ou non ?
@michel catelin : Tout-à-fait. La censure a posteriori, le retrait de ce qui avait déjà été publié, ont pour moi des relents de Fahrenheit 451 ou de 1984... Je trouve cela terrible, d'autant que cela nous fait toucher du doigt l'une des limites d'Internet : sa volatilité. Car ce qui peut être publié vite et facilement, peut également disparaître aussi vite et aussi facilement. Des livres ne disparaîssent pas aussi vite...
Même s'il est facile d'établir des copies de sauvegarde (le nombre de copies du blog de Bereno en circulation en témoigne), cela ne permet le plus souvent pas de vraiment restituer l'oeuvre initiale dans son cadre initial.
Les jours qui viennent nous diront si le blog de Bereno, au final, aura pour l'essentiel disparu ou non.
Mais faire disparaître des mois et des mois d'une chronique de cette qualité - tout ! - parce qu'un billet aura déplu, quelle qu'en soit la cause, est quelque chose qui m'horrifie et me hérisse les poils des bras.
Ce sont des livres que l'on brûle.
Là où l'on brûle des livres, on finira par brûler des hommes.
- Heinrich Heine (1797-1856)
Hélas, n'oublions pas que nous sommes dans une société bigrement individualiste. Je me souviens, il y a 13 ans, d'une grève d'1/2 journée pour revendications salariales dans une société de maintenance informatique. Après des mots sympathiques et des promesses vides... j'ai été le seul cadre à faire grève...
"Avant même les attaques contre l'Amérique, je m'inquiétais de voir, en Grande-Bretagne et en Europe tout comme aux Etats-Unis, s'accentuer les pressions sur les libertés artistiques et même intellectuelles - des forces conservatrices discrètes, politiques et institutionnelles, prenaient le dessus, et de nombreux groupes sociaux encourageaient délibérément une nouvelle culture s'offensant au quart de tour, si bien que toujours moins de choses pouvaient être dites et que de plus en plus de discours étaient catégorisés comme trangressifs.
S'il était important de résister à ce rétrécissement culturel avant le 11 septembre, c'est deux fois plus important aujourd'hui. Les libertés de l'art et de l'intellect sont étroitement liées aux libertés générales de la société dans son ensemble."
Salman Rushdie,"Franchissez la ligne...",Ed. Plon 10/18. Conférences Tanner sur les Valeurs humaines, Yale, 2002
C'est Bereno qui m'a directement expliqué son choix et m'a demandé d'effacer mes écrits. En substance, je lui ai répondu comme je l'ai fait à travers mon billet sur le droit au silence. C'est à dire que je comprends et partage sa décision, mais que je considère par ailleurs que ses écrits font déjà partie de notre mémoire collective.
C'est pour cela que je n'efface jamais mes écrits, même si je me rend compte après coup qu'il s'agit d'une énorme bouse : j'assume et je me refuse à réviser le passé. Car celui qui réécrit (ou efface) le passé contrôle l'avenir, ce qui est pour moi une forme assez aboutie de totalitarisme. Je ne peux pas faire que ce qui a été n'ait pas existé. Je ne peux que m'en nourrir et m'en servir pour continuer ma route.
Bereno, lui aussi, a compris mon choix.
@Agnès :
Agnès, tu as dit tout cela mieux que je ne l'aurais fait, et je le partage entièrement.
J'en profite pour signaler sur ce billet l'excellent commentaire laissé par Incanus sur mon précédent billet le retour de la p0rn0graph1e.
Je suis tout à fait dans la lignée d'Incanus.
C'est pour cela que je suis d'ailleurs inquiète de la rapadité de péremption de l'information : un fait en chasse un autre, puis est chassé à son tour et disparaît dans l'oubli. C'est à grâce à cette incommensurable capacité collective à l'oubli que des tribuns comme Sarko parviennent à se maintenir dans la course. Car les replacer régulièrement dans le flux de leurs actions et de leurs discours permet tout simplement de mesurer l'étendue de leur duplicité, de leur capacité à promettre des choses et à faire le contraire, de se renier et se contredire sans cesse, juste pour continuer à caresser leur public dans le sens du poil.
C'est pour cela aussi que je déteste que les archives des grands journaux ne soient accessibles qu'en payant, comme si l'accès à la mémoire collective ne devait être réservé qu'à la caste de ceux qui possèdent et, quelque part, de ceux qui savent.
Là où l'esprit est sans crainte et où la tête est haut portée,
Là où la connaissance est libre,
Là où le monde n'a pas été morcelé entre d'étroites parois mitoyennes,
Là où les mots émanent des profondeurs de la sincérité,
Là où l'effort infatigué tend les bras vers la perfection;
Là où le clair courant de la raison ne s'est pas mortellement égaré dans l'aride et morne désert de la coutume,
Là où l'esprit guidé par toi s'avance dans l'élargissement continu de la pensée et de l'action -
Dans ce paradis de liberté,
Mon père, permets que ma patrie s'éveille.
Gitanjali, L’Offrande lyrique, traduction d’André Gide.
Rabîndranâth Tagore,Prix Nobel de littérature, 1913.
Texte magnifique, merci, Anièry.
Conserver la mémoire. On en peut qu'applaudir.