Le Billet Pornographique du jour


Big Brother... au supermarché.

Par Carnet d'un inspecteur du travail

Mardi 28 février 2006

Avec son accord et je l'en remercie, je reproduis ici, sous forme de note, le commentaire de Marc dans lequel il décrit certaines pratiques portant atteintes aux libertés individuelles des salariés et des clients d'un magasin de grande distribution.

« Je vous rapporte ici une situation qui perdure depuis plus d'un an dans un magasin de grande distribution situé en centre ville de C.

Inspirée des méthodes américaines (les cadres et cadrillons de cette chaîne font tous des stages aux États-Unis, ça fait chic) la direction a imaginé d'équiper ses vendeuses d'un micro enregistreur afin de contrôler leurs ventes.

Entendons nous bien. Il ne s'agit pas à proprement parler de contrôler les vendeuses mais de contrôler leur travail en temps réel afin de pouvoir les aider et le cas échéant d'optimiser leurs résultats.

Ces chères (mais mal payées) vendeuses portent un discret micro et les conversations entre elle et le ou la cliente sont écoutées dans l'arrière boutique (on dit les "coulisses"?). Un bilan est ensuite réalisé.

Certes, les vendeuses sont informées de cette surveillance. Mais en aucun cas les clients ne le sont.

D'où refus et protestations de la part des vendeuses, de leurs syndicats, des délégués du personnel, avec affichage sur les panneaux syndicaux. Il était d'ailleurs communiqué à la Direction que si elle maintenait sa position, une procédure devant le juge des référés pouvait être envisagée et que par ailleurs des affiches seraient apposées sur les vitrines du magasin afin d'en informer les clients ("Dans ce magasin vous êtes écoutés"). Il était encore indiqué que les vendeuses ne pouvaient se rendre complice d'une atteinte à la vie privée puisque les clients n'étaient pas informé de l'écoute.

Au demeurant, imaginez la cliente X qui au rayon lingerie s'explique avec la vendeuse sur la taille de son soutien-gorge: bonnet A ou bonnet G ? Ah il me manque un sein car j'ai eu un cancer ! etc...

Devant ces protestations, la Direction a renoncé pendant quelques mois. Elle revient aujourd'hui en force avec un nouveau matériel et refait faire des stages à ses employés...Nouvelles protestations. La Direction suspend sa décision et on en reste là pour l'instant mais pour combien de temps ?

Toutes les pratiques sont-elles permises même si elles s'inspirent du grand frère américain ? Dans quel monde vivons-nous ? »