- Heu.... Houiiiiii ?
Fais-je d'une voix soudain rendue hésitationneuse en me demandant ce qui va me tomber sur le coin de la gueule dans la fraction de seconde qui suit.

- J'ai mademoiselle Patâpatî dans mon bureau avec moi.
- Houiiiii... ?
- Elle se plaint de maux de tête et dit qu'elle voit tout flou.
- Houiiiii... ?
- Il serait préférable que vous veniez la chercher.
- Heuuuuuu... Vous croyez que c'est préférâââaaaable...?
- Oui, ce serait sans doute mieux...
- Hâââaaaa...

De gros nuages noirs s'amoncellent déjà sur le futur de cette nuageuse journée qui avait déjà commencé comme un vrai gros sac d'emmerdes breveté SGDNS.

Je prends ma titauto qui pue le gasoil et la fumée noire qui fait tousser ta face, et je fonce, Alphonse, n'écoutant que mon coeur de père qui vole au secours du moinillon tombé du nid dans la cruelle forêt obscure où l'ogre féroce etc., mais on ne va pas non plus en faire une tartine, je cours, je vole, au mépris de la survie des cyclistes et au péril de mes points de permis.

J'arrive tel Buzz l'Éclair dans le bureau de la sympatique dirlote.

J'y trouve ma Patâpatî équipée d'une franchement sale gueule des très mauvais jours, la sympatique dirlote, et la non moins sympathique maîtresse de Patâpatî.

- Alors comment ça va la tête ?
- C'est que, Votre Sainteté, nous ne savions pas encore tout ! me fait la dirlote.
- Aahhhh ?
- C'est que, Votre Sainteté, depuis, nous avons appris des choses ! chorusse la maîtresse.
- Aahhhh ? Mékoidonc ?
- C'est que, Votre Sainteté, les petites copines de Patâpatî sont venues nous trouver, et que, séparément, elles nous ont toutes dit la même chose !
- Ahhhh...

(Insoutenable, le suspense, hein ?)

- Parce que Patâpatî nous dit juste qu'elle a la migraine et qu'elle voit flou...
- Hhhouiii...
- Mais en fait...

(Là je commence à me demander si elle fait une overdose de crack ou quoi ou caisse ?)

- Eh bien, Patâpatî se serait apparemment disputée très fort avec ses petites camarades à la récré-d'avant-la-cantine...
- Hhhouiii...
- ...et elle serait partie en hurlant des imprécations en tout genre qu'on ne trouve pas dans son Mini-dictionnaire Hachette...
- Poursuivâtes...
- ...Et elle aurait crié qu'elle allait se suicider !
- Rhmmaaaah...? ?
- Et elle se serait mise à se taper la tête contre le mur !
- Gaaaargle.
- Voilà, Votre Sainteté, ce qui s'est en substance produit, si nous en croyons ce qui nous a été rapporté par les petits camarades de mademoiselle Patâpatî, qui ont tous eu très peur, traumatisés tout ça, et qui sont maintenant entre les mains d'un bataillon de psycho-traumatologues pour se remettre et ne pas cauchemarder de Patâpatî se tapant la tête contre les murs pendant les 60 ans à venir.

Bon.

Voilà.

V'là aut'chose.

C'est nouveau, ça.

Ca vient de sortir.

Et qu'est-ce qu'on est supposé faire, quand on est un père ordinaire vêtu d'un t-shirt ordinairement mouillé d'avoir fait trop de vélo ce matin et de n'avoir pas eu le temps de prendre une douche ensuite à cause du coup de fil de la dirlote d'école parce que la fifille elle pète les plombs en disant qu'elle veut se suicider et se met à se taper la tête dans le mur ?

Qu'est-ce qu'on fait ?

Faut-il foncer chez le pédopsy-chose ? Chez le jivaro lacanien ? Chez le refoulé freudien ? Chez l'archétypique jungien ? Chez le curé pédophile ? Chez les scouts de Farce ? Chez Hamster Jovial et ses joyeux Louveteaux ?

Faut-il foncer aux urgences de l'hosto pour faire faire des radios du crâne, des scanners, des IRM, des EEG, des CGT, des UMP et des IRPP ? Vu qu'elle se plaint de maux de tête et de voir tout flou ?

Que faire ? Qu'avons-nous raté dans son éducation ? Somme-nous coupables mea maxima culpa ? Devons-nous nous couvrir la tête de cendres et nous rouler dans le pipi de chat ? Existe-t-il un cul de basse fosse assez profond pour y jeter les parents indignes que nous sommes ? Indiqnes de je ne sais quoi, mais indignes, forcément indignes, comme aurait dit Marguerite ! Eli, Eli, lama asabthani ?

Nous allons chercher le cartable de la demoiselle dans sa classe. C'est là que je me rends compte que la classe a repris depuis un bout de temps, et que la maîtresse de Patâpatî, qui était dans le bureau de la dirlote, a du se faire remplacer par une de ses collègues pour garder son troupeau de monstres pendant ce temps-là, en plus. Moyennement repérée, la Patâpatî, par tous ses petits copains et -pines qui se détronchent en se demandant quoi t'est-ce et pourquoi que son papa vient la chercher et ci et ça et autre chose encore, ça en fait un sujet intéressant !

Nous rentrons maison. De la voiture, je rappelle Mâ Anadaramesh, qui était bien sûr au courant du début des événéments, mais pas de la suite, et qui ne répond pas à la 245ème sonnerie de son p... de portable malgré mes 71 tentatives, vu qu'elle l'a oublié en vibreur bien que je lui ai dit d'être attentive à mon appel. Bon, faut donc que j'appelle un de ses collègues pour lui demander d'avoir la gentillesse de dire à ma femme de rappeler son mari, et de toute urgence bordel, que ça saute, quoi, merde !
Elle est en train de se goberger au resto avec ses collègues pour fêter la mutation de l'un d'eux à Tataouine, faut dire.

Bon, elle finit par me rappeler, et après conciliabule, nous decidons de ramener notre Patâpatî à casa. Ce que je fais. Deux pilules d'Ibuprofène dans le gosier, et hop ! Au lit.

Au réveil, évidemment, elle est fraîche et pimpante. Il ne s'est jamais rien passé.

Faites des gosses.

Surtout si vous vous emmerdez. Faites des gosses : Vous n'aurez plus jamais l'occasion bienheureuse de vous emmerder tranquillement.

En dehors de ça, oui, la journée avait déjà commencé comme une authentique journée de merde™©®, y'avait pas de raison précise que ça s'arrête, mais je crains le pire car il n'est que 16h30, que c'est le père d'une copine qui va ramener Minîshiva de l'école, que Mâ Anandaramesh doit encore aller se faire scier la couronne chez le dentiste à 18h30, et que la quantité de choses susceptibles de tourner à la franche merdasse avant qu'on se couche ce soir me paraît encore excessivement considérable...