PETIBONVM
Par Petaramesh le dimanche 13 août 2006, 12:37 - Intime Universel - Lien permanent
Quelques blogueries personnelles, racontages intimes et étalages impudiques.
Ces jours-ci, je ne sais pourquoi, j'ai un peu de mal à écrire, et encore plus à propos de choses et sentiments très personnels. Va savoir pourquoi. Et pourtant, il y a des choses que j'ai envie d'écrire, même si je me sens maladroit de la touche [Return]. Va savoir pourquoi, aussi.
Comme cette balade au parc de la Tête d'Or hier après-midi, à vélo, avec mon Srî Minîshiva que j'adore, rien que lui et moi, lui sur son p'tit vélo rouge Décathlon avec encore les petites roulettes dont il ne veut pas se débarrasser, le flemmard. Moi sur l'un de ces excellents Vélo'v dont l'on trouve des bornes de location tous les 200 mètres à Lyon, maintenant.[1]
Mâ Anandaramesh est absente jusqu'à ce soir, partie en train à La Rochelle récupérer Mademoiselle Patâpatî, que Mâ Belmeramesh devait nous ramener en train, mais cette dernière nous fait soudain le coup pendable de Chuis bloquée au lit avec la sciatique, je ne peux pas prendre le train pour ramener Patâpatî
. Du coup c'est Mâ Anandaramesh qui doit se coller les douze heures de train aller-retour en deux jours, départ hier à 6 heures du mat', retour ce soir à minuit... et Swâmi Petaramesh trop heureux de faire le taxi pour la gare à des heures aussi indûes, mais c'est tout de même la moindre des choses, et c'est moins pire que de se coller les douze heures de dur avec les correspondances et caetera.
Et du coup je me retrouve tout seul pour le week-end avec mon Srî Minishiva, la descendance comme dirait Godefroy le Hardi[2], mon fils-à-moi que j'idolâtre tellement il est beau et craquant et charmeur et tout, mais faudrait surtout pas lui dire, hein, il en est déjà suffisamment conscient comme ça.
C'est donc à la sciatique behlmerienne que je dois le plaisir de me retrouver en tête-à-tête avec mon Nain, ce qui n'est finalement pas pour me déplaire, surtout qu'au bout du compte ça m'évite également de devoir me taper Mâ Belmeramesh 4 jours à la maison. Non, vraiment, la sciatique a du bon, sauf pour cette pauvre Mâ Anandaramesh qui doit se coller l'aller-retour en train.
Et donc, grande balade à vélo au parc de la Tête d'Or, dans un parc déserté pour cause de pluie diluvienne, sous cette lumière très particulière que l'on trouve parfois juste à la fin d'un orage, à la fois sombre et lumineuse. Et mon Petibonvm qui tricote comme un ouf' avec ses petites jambes, infatigable, on se paie au moins 3 tours complets du parc, sans compter moûltes digressions dans les allées et tous les coins. Et arrêts obligatoires aux balançoires.
Moment de bonheur.
On s'éclate bien, tous les deux.
La semaine passée, c'était en version montagneuse que Srî Minishiva nous démontrait qu'il était capable de se coltiner plus de 4 heures de marche et plusieurs centaines de mètres de dénivellé sans coup férir, là où sa flemme de Patâpatî de soeur aurait chougnotté au bout de 200 mètres, vu que mettre un pied devant l'autre avec de grosses chaussures, ça fatigue, n'est-ce pas...

Semaine un peu étrange d'où me restent des sentiments complexes sur lesquels je ne sais pas vraiment mettre de mots. Sans mademoiselle Patâpatî, restée chez Mâ Belsoeuramesh et Mâ Belmeramesh, mais nous avions emmené Mâ Mèrhamoua avec nous.

Mâ Mèrhamoua dont l'esprit vit maintenant son crépuscule. Qui se délite et se défait en volutes qui se dispersent et sombrent petit à petit dans le néant.
Quelle chose étrange que cela. Cela fait un an maintenant que nous nous en sommes véritablement aperçus. Mais le processus a probablement commencé un an ou deux plus tôt, discrètement, travail de sape sournoise, sans que nous ne nous en apercevions.
Des pétachiées d'examens et d'analyses et de dosages et d'IRM et de scanner et d'hospitalisations et de neurologues et près d'un an plus tard, nous ne savons toujours pas officiellement ce qu'elle a au juste.
On sait surtout ce qu'elle n'a pas. Elle n'a pas une tumeur au cerveau. Elle n'a pas ceci, elle n'a pas cela, elle n'a pas autre chose.
Elle a une maladie de Horton, maintenant largement sous contrôle de la cortisone-qui-fait-gonfler, mais cette maladie-soignée semble très loin de suffire à expliquer le progressif naufrage de l'esprit auquel nous assistons impuissants.
Aucun médecin n'a eu jusqu'ici les couilles de mettre un nom précis là-dessus. Alzheimer ? Pas sûr. La neurologue chipote. Dit que par certains côtés, ouais, ça ressemble foutrement à "un Alzheimer" mais que par d'autres côtés, y'a des trucs (Lesquels ? Mystère. Des gribouillis dans les grimoires des résultats des tests) qui semblent exclure que ce soit "un Alzheimer". Le généraliste dit courageusement que pour lui, ça ressemble à de l'Alzheimer, mais que si la neurologue dit que c'est peut-être plutôt du Canada Dry ou une autre forme de démence, il préfère ne pas s'avancer.
Brèfle, on n'est pas foutus de savoir ce qu'elle a et personne n'est foutu de nous le dire. La seule chose dont nous soyions sûrs c'est que ce n'a pas l'air d'être quelque chose que Diafoirus sait soigner, n'est-ce pas. Et que ça n'a pas l'air parti pour s'améliorer, non plus. Ce que c'était ? l'autopsie nous le dira probablement un jour. Ou pas. Welcome to the naufrage.
Le physique fonctionne encore impeccable, ses 78 ans de bons et loyaux services ne l'empêchent toujours pas de faire plusieurs heures de marche en montagne et des kilomètres à pied chaque jour.
Non.
C'est l'esprit qui fout le camp. Doucement.
Bizarrement, ce n'est pas que la mémoire. Et pas non plus que la mémoire récente. On dit souvent que les vieux oublient ce qui s'est passé il y a une heure, mais peuvent vous raconter avec une précision photographique tout ce qui date de leur jeunesse. Pas là.
Ici, la mémoire semble aléatoirement oblitérée. Des choses disparaîssent. Presque tout ce qui est nouveau, certes. L'esprit devient une cire dure qui n'enregistre presque plus rien de neuf. Mais aussi des choses du passé. Des années entières, des lieux, des événements qui disparaîssent. Même une date de mariage qui sombre.
Parfois une chose disparue réapparaît. Puis re-disparaît. Et parfois, de manière surprenante, une nouvelle info imprime et est mémorisée.
Une futilité est retenue. Une chose importante est aussitôt oubliée. Ou le contraire.
Et cela n'affecte pas que la mémoire. Les capacités cognitives sont atteintes, aussi. Le langage est impeccable. Le raisonnement le semble aussi. Mais tout raisonnement complexe devient progressivement impossible. Parce que le temps de parvenir à la fin de l'énoncé d'un problème, le début de celui-ci est déjà oublié, ou flou. Parce que, le temps de prendre en compte quatre paramètres, on en a déjà oublié deux. On raisonnerait bien, certes, mais avant que l'on puisse obtenir l'output, l'input a déjà partiellement disparu, ce qui pose problème.
Ceci finit par produire mille bizarreries, comportements étranges et raccourcis inattendus.
Les émotions mêmes semblent fortement entamées. Même si la personne semble toujours la même, d'une certaine manière, on dirait que plus rien ne l'atteint. Avoir conscience d'une telle situation, en soi, devrait être terrifiant, non ? Se savoir un esprit sombrant, que peut-il y avoir de pire ? Mais non, ce n'est pas vraiment de l'acceptation ni même du fatalisme. On dirait qu'une couche d'indifférence absolue semble avoir corrodé toute capacité à s'émouvoir en profondeur. La capacité de véritable souffrance morale semble avoir été perdue en route. C'est peut-être bien une bénédiction, en fin de compte.
Il ne reste que le plaisir visible à vivre quelque chose d'agréable sur l'instant.
Et elle décrit tout cela comme une impression d'être en permanence plus ou moins dans le brouillard. Plutôt plus que moins, dirait-on.
Et simultanémenent, elle se rend compte de son état, et fait cependant sur l'instant des projets ne tenant pas le moindre compte de cet état. Voyages... Et je ferai ceci, et je ferai cela... Et non, hélas, tu ne feras rien du tout...
Peut-être bien notre dernier bout de vacances ensemble.
Coluche disait qu'il préférerait mourir de son vivant. Mourir de son vivant, vu de l'extérieur, ça a l'air d'être ça. C'est une chose bien étrange et bien peu enviable.
Personnellement, je ne préférerais pas mourir de mon vivant. Vacherie.

Je me demande où se trouve, là-dessous, le lac dont jamais rien ne trouble les profondeurs.

je n'ai pas vraiment écrit dans ce billet ce que j'aurais voulu dire, je crois. Et pas non plus de la manière dont j'aurais voulu le dire. Mais il n'y a que sous cette forme que cela fait surface, pour le moment. Soit.
Le Crépuscule des Vieux. Et l'Aube des Nains.
Notes
[1] Ca c'est une idée qu'elle est bonne. En matière d'écologie et de rationalisation des transports et lutte contre la pollution, il y a plein de conneries et de gratouillage de beaux principes creux. Et parfois quelques très heureuses initiatives pratiques. Ces vélos de loc disponibles dans toute la ville sur des bornes automatiques que l'on peut prendre ici et déposer là pour une somme modique, voire gratuitement pour les courtes durées, ça c'est une idée qu'elle est géniale et qui remporte un succès massif. Il paraît cependant qu'on trouve des vandales qui prennent plaisir à ruiner les stations et les vélos. Y'a des nuisibles partout...
[2] Les visiteurs, ben ouais quoi, on a les références culturelles qu'on peut...











Commentaires
Ne plus réussir à écrire ne serait-ce pas la conséquence de la cure de désintox' dans le vrai monde, la vraie vie, loin du virtuel... Welcome back... Je ne suis pas encore tout à fait revenue moi non plus, et c'est tant mieux...
Profite bien de ce doux week-end avec la 'chair de ta chair', "oublie" un instant ta Maman qui ne semble pas malheureuse dans le fond...
... Une petite pensée rien que pour toi... :)
Beacoup de courage pour le Crépuscule. Bel avenir pour l'Aube, Petaramesh
Amicalement
@Rose : Je ne partage pas la dichotomie entre la et le . L'un n'est que le prolongement de l'autre et réciproquement, ce sont deux formes d'activité entre lesquelles on partage son temps... Quoi qu'il en soit, la Matrice inclut les deux ;-)
@Rose, garçonconfus : Merci de votre gentillesse :-)
@garçonconfus : Confus de quoi, au juste ?
il y a tout de même un détail - j'espère qu'elle ne vous lira pas
Je suis bien d'accord avec toi sur la non dichotomie entre réel et virtuel...
Et puis, Pfffff, c'est triste ce que tu écris sur ta "Mâ Mèrhamoua". En tous cas, sur la photo, elle a l'air vraiment heureux... Mais vraiment-vraiment.
J'aime bien aussi les photos de ton nain. L'esplièglerie se lit dans ses yeux. Hem, il est juste d'un âge entre les Loutres... On pourrait pô s'arranger un p'tit mariage ??
@Laflote :
...Ah ça y est, tiens ! Le bougre éclipse déjà l'étoile de son père !
>
Euh oui, ah ça oui, yes !
>
...Faut juste que je rajoute encore un autre cahier de 200 pages pour la suite de la liste d'attente, et tu pourras inscrire tes loutres :-}
Le mariage, ça va pas être envisageable vu le nombre de prétendantes, mais un petit 5-à-7 vers 2035 sera peut-être disponible, pas avant je le crains, faut voir sur le planning...
"Le bougre éclipse déjà l'étoile de son père !" : jamais de la viiieuh... PERSONNE ne peut éclipser le grand Swâmiji, enfin... :-)
Sinon pour les Loutres, tant pis pour ton nain ;-]
C'est vrai qu'elle a l'air heureuse là, ta maman. Faut-il se dire que les éclaircies de son brouillard sont pour elle véritablement radieuses? Que cette indifférence que tu décris lui permets peut-être de supporter ce qui est pour toi insupportable?
Bonjour Petaramesh,
je suis papa depuis quelques jours, cela me prend beaucoup de temps et j'investis moins de temps à lire mes bloggeurs préférés : c'est pour m'excuser du retard à répondre à votre question.
je suis confus car aux dires de ma douce moitié et j'estime qu'elle a raison, mon emploi de la langue des illustres philosophes des lumières laisse à désirer. je m'alambique trop dans des phrases pas claires qui fatiguent tout le monde. Je n'y peux rien, croyez-moi, et je suis désolé de mettre une si belle langue à de rudes épreuves de sens, le fait est que je viens d'un autre pays et que j'ai appris le français avec un sens méditérranéen de la répartie et de la conversation.
Bien à vous