Vous reprendrez bien un petit prélèvement A.D.N. ?
Par Petaramesh le jeudi 22 juin 2006, 11:35 - Big Brozeur - Lien permanent
Cela fait deux soirs successifs que les journaux télévisés nous vantent la merveilleuse histoire d'un violeur et meurtrier (présumé, n'oublions pas le "présumé") qui vient d'être arrêté près de vingt ans après les faits, confondu par un prélèvement A.D.N. à retardement...
La belle et édifiante histoire que nous prêchent les curés journalistes télévisuels en chaire est la suivante :
- Il y a près de vingt ans, une jeune fille a été violée et assassinée. Des échantillons de l'A.D.N. présumé du criminel furent récoltés sur la scène du crime. Le criminel ne fut pas retrouvé à l'époque, mais la famille de la victime ne renonça pas, et "relança" régulièrement l'instruction (pour éviter la prescription).[1]
- Un homme fut récemment arrêté et placé en garde à vue à la suite de faits banals et de peu d'importance (une rixe), et un prélèvement d'A.D.N. lui fut policièrement imposé à cette occasion.[2]
- Le fichier informatisé FNAEG fit le reste et mit en rapport le nouveau prélèvement A.D.N. avec l'ancienne affaire. Le nom du criminel présumé sortit du chapeau informatique, et il fut arrêté.
Certes, on peut se féliciter avec la famille de la victime que le violeur et meurtrier présumé de leur fille ait enfin été arrêté après tant d'années, et que cette famille puisse espérer voir un jour la fin judiciaire de cette affaire, et ne reste pas dans une incertitude et dans une interrogation éternelles. C'est certainement une bonne chose pour cette famille, et c'est certainement un beau succès policier.
Si l'on croit et adhère aux principes et au fonctionnement même de notre système judiciaire et pénitenciaire[3], alors on pourra même se féliciter à l'idée que le criminel présumé sera prochainement jugé et, le cas échéant, condamné, et incarcéré.
Toutefois, la manière dont ce fait divers nous est aujourd'hui présenté dans les journaux télévisés sonne comme une véritable propagande, une véritable campagne de publicité : Le fichage A.D.N., ça permet d'arrêter les criminels, c'est beau, c'est bon, mangez-en !
Cela m'inspire une première réflexion : Encore heureux que cela permette d'arrêter des criminels ! Sinon à quoi cela servirait-il donc ? Il n'est donc pas étonnant que l'on puisse trouver, et l'on en trouvera d'autres à l'avenir, un certain nombre d'exemples de cas pour lesquels cela aura admirablement fonctionné, et permis l'arrestation d'un criminel. Bien.
Mais à quel coût pour la société ? A quel coût, non pas en termes financiers, mais en termes de libertés ?
Quand le fichier A.D.N. FNAEG fut initialement créé, il ne devait contenir que des prélèvements effectués sur des personnes condamnées pour des crimes sexuels envers les enfants.[4]
On voit que désormais, vous pouvez être inscrit au fichier A.D.N. à la suite d'une arrestation pour une rixe ou un tapage nocturne.[5]
Sachez par ailleurs que le refus de vous soumettre à un prélèvement génétique constitue désormais un délit puni d'un an d'emprisonnement et 15.000 Euros d'amende[6].
Hier soir à Soir 3, Marie Drucker interrogeait le dirigeant du labo de police scientifique de la Gendarmerie Nationale. Ce monsieur, d'une part, affirmait que les comparaisons A.D.N. offraient un taux de certitude de 99,9%
, et se réjouissait ensuite de voir croître sans cesse le nombre de prélèvements A.D.N. présents dans notre fichier national FNAEG, citant en exemple l'équivalent britannique de ce fichier, dans lequel figureraient plus de 2 millions d'échantillons d'A.D.N. de citoyens britanniques, montrant cela comme l'exemple, la voie à suivre pour notre pays.
Pour des raisons d'efficacité sans doute.
Commençons par considérer que si notre fichier FNAEG comportait 2 millions d'entrées, cela voudrait dire qu'un citoyen français sur 30 serait fiché, et en quelque sorte considéré comme "suspect favori permanent" du fait de ce fichage. Est-ce acceptable ? Dans le cas du Royaume-Uni, doit on considérer qu'un anglais sur 30 est un criminel potentiel ?[7] On devrait dans ce cas vite reboucher le tunnel sous la Manche... Si l'on ne doit pas considérer qu'un anglais sur 30 est un criminel potentiel, doit-on alors considérer qu'il est normal, souhaitable, de fichier les empreintes génétiques d'innocents ?
Considérons que si notre fichier comportait 2 millions d'entrées, les mêmes raisons d'efficacité policière conduiraient à souhaiter qu'il en contînt 10 millions, et que le crime antisocial de non-paiement de stationnement à l'horodateur devrait bientôt suffire à un fichage en règle.
Fichage que l'on généralisera ensuite à l'ensemble de la société, dès la maternité, cela sera plus simple. Voilà tout simplement le chemin que l'on prend, la voie sur laquelle nous sommes bien engagés, dans ce domaine comme dans d'autres : biométrie, caméras de surveillance, systèmes de localisation, écoutes informatiques (Echelon, "Frenchelon"), fichier STIC, notre bel et ubiquitaire ami Big Brother.
Alors, oui, le fichier FNAEG permettra certainement l'arrestation d'un certain nombre de criminels. Combien au fait ? Combien qui n'auraient pas pu être confondus par d'autres moyens d'enquête, par d'autres indices ou d'autres preuves ? Cela, nul ne le sait, le nombre ne doit pas être énorme. Mais cela n'empêche que l'on vous montera en épingle au journal télévisé le cas typique, le cas d'école où l'empreinte génétique aura joué un rôle crucial.
Mais à quel prix ? Le jeu en vaut-il la chandelle ? L'arrestation d'un ou deux criminels de plus vaut-elle le fichage A.D.N. de centaines de milliers d'habitants de ce pays, de millions demain[8] [9] [10], de tous, peut-être, un jour ?
Sommes-nous réellement, selon l'expression de Benjamin Franklin, prêts à échanger nos libertés fondamentales contre un peu plus de sécurité, fût cette dernière illusoire ?
Ces questions, on pourrait penser qu'il incomberait aux journalistes de se les poser, de les poser pour nous. Mais non, dans les grands médias, radios et télévision, ils ne font que dérouler la propagande gouvernementale, ils se contentent de nous vendre le bel outil, le beau fichier du Miniam[11], ces aimables lecteurs de communiqués de presse du Miniver[12]
Une fois donc que des centaines de milliers, des millions de nos concitoyens seront fichés au FNAEG, quelles seront les conséquences ? Quel est le risque ?
Même ceux que la seule idée d'un fichage A.D.N. aussi large de la population ne choquerait pas en soi (Eh oui, on s'habitue à tout...) devraient bien réfléchir aux éléments suivants:
Suspects privilégiés permanents
Le fichage au FNAEG d'une partie notable de la population constituera celle-ci en corps de suspects privilégiés permanents.
Ces personnes, non condamnées, innocentes aux yeux de la justice dans leur immense majorité, verront cependant leur profil génétique automatiquement comparé (par ordinateur) avec les prélévements A.D.N. opérés sur les scènes de tous crimes et délits, rendant ces personnes infiniment plus susceptibles que d'autres d'être victimes d'une éventuelle erreur du système, car nul système n'est infaillible.
La scission de notre société en deux groupes, celui des innocents-innocents et celui des innocents-suspects est-elle tolérable dans une démocratie ? Dans le pays qui prétend être "celui des Droits de l'Homme'' ?
Boulevard de l'Erreur Judiciaire
Quand on voit le responsable du laboratoire scientifique de la Gendarmerie affirmer fièrement à Soir 3 que la comparaison d'empreintes génétiques est fiable à 99,9%
, on imagine aisément un tel expert, ou l'un de ses avatars, plastronner avec le même argument devant un jury de cour d'assises : Fiable à 99,9%, mesdames et messieurs les jurés !
On imagine aisément l'impact de tels propos sur des jurés, les effets de manches du procureur. l'A.D.N. ! La Reine des Preuves ! Le coupable est certain ! Raccourcissez-le, Monsieur Deibler ! Ah non, c'est vrai, en France, on ne guillotine plus. Enfin, pour le moment.
On imaginera sans peine que la présence d'une telle "Reine des Preuves" dans un dossier contribuera fortement à la fermeture de celui-ci, à l'arrêt des investigations "puisqu'on tient le coupable", avec l'aide de la tendance humaine naturelle à la facilité, et de la surcharge de travail des juges d'instruction[13].
Mais voilà, il suffira peut-être d'être passé deux heures avant un crime, par le plus grand hasard, sur le lieu où se déroulera celui-ci, et d'y avoir laissé un mégot imprégné de notre salive, pour que celui-ci ne devienne "le mégot de l'assassin", et nous, ah ben merde... l'assassin, tiens. Avec la Reine des Preuves, puisqu'il y a notre ADN dessus.
Si nous sommes dans le fichier, ce n'est vraiment pas notre jour.
Ce qui ressemble de prime abord à une certitude scientifique ou technologique peut n'être que du vent du fait d'erreurs humaines dans une procédure, du fait de déductions hâtives, certitudes mal étayées et autres "Omar m'a tuer"...
Du vent... Mais revêtu du poids de la certitude scientifique.
La naissance de la "preuve ADN" ouvre la voie à la "falsification de preuve ADN", voire au dépôt volontaire d'un cheveu, d'un mégot... sur la scène d'un crime pour brouiller les pistes ou faire incriminer tel ou tel.
La justice aura-t-elle toujours la sagesse d'en tenir compte, ou sera-t-elle parfois tentée par la simplicité et la rapidité ? Se laissera-t-elle convaincre par la "Reine des Preuves" pour peu que le suspect soit indigent ou défendu par un avocat débutant de l'assistance juridictionnelle ?
Ceux qui se poseraient la question pourront lire avec fruit l'ouvrage de Me Jacques Vergès "Malheur aux pauvres", ou pourront tout simplement relire La Fontaine: selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir
[14]...
L'arrivée massive de la surveillance technologique, de la preuve technologique, c'est aussi l'arrivée à prévoir de quantité d'erreurs judiciaires imputables sinon à la technologie elle-même, du moins à l'excès de confiance en cette technologie, ou à sa mauvaise utilisation. Votre téléphone GSM aura cafté que vous étiez près du mauvais endroit, au mauvais moment ? Une caméra de surveillance, votre badge informatisé de transports en commun, ou l'un de vos cheveux aura dit la même chose ? Pas de chance mon ami, ce n'était pas votre jour.
Mais cet aspect de ces questions n'intéresse guère le peuple, bien sûr, et encore moins les journalistes. C'est sans doute pour cela qu'on ne vous en parle pas.
Pour qui sont ces fichiers qui sifflent sur nos têtes ?
Addendum 18:45 :
1/ Je recopie ci-dessous une partie de ce commentaire d'Yves pour lui donner davantage de visibilité, car il point sur des articles de grand intérêt :
De tels problèmes de faux positifs et d'analyse ADN trompeuses sont déjà apparus, comme le relate Jean-Marc Manach dans ses trois articles sur la question: dans Le Monde, sur InternetActu et sur son blog.
2/ A la suite de la rédaction de ce billet, je découvre la page fichiers et fichage du site de la LDH Toulon, page qui regroupe de nombreux articles connexes fort intéressants, dont cet article récent que je vous conseille tout particulièrement :
...A méditer avant de jeter n'importe où des talons de billets d'avions, cartes d'accès à bord, etc... Ou de manière plus générale, et de plus en plus, n'importe quel papelard vous concernant avec des numéros de ceci-cela et des code-barres de machinchoses...
On en finirait bien par croire que seuls les paranoïaques survivent...
Notes
[1] Le mécanisme de la prescription est très bizarre et surprenant pour les non-juristes : elle ne dépend pas de l'ancienneté des faits, mais de l'ancienneté du dernier acte d'instruction concernant les faits. Etonnant, non ? (© Desproges).
[2] Notez donc au passage que désormais, dans notre pays, un prélèvement et un fichage A.D.N. peuvent donc vous être imposés si vous avez affaire avec la police pour les faits les plus insignifiants, et sans que vous ne soyiez a priori soupçonné d'un quelconque crime, ni entendu dans le cadre d'une affaire criminelle...
[3] Ce qui est un tout autre débat...
[4] Projet de loi initial d'Alain Marsaud, député RPR, en 1997, relatif "à la constitution d'un fichier national des empreintes génétiques destiné à l'identification des auteurs de crimes et délits sexuels commis sur des enfants mineurs de 15 ans". Le fichier fut ensuite effectivement créé par la "loi sur la prévention et la répression des infractions sexuelles" de 1998 (loi n° 98-468), et sa mise en place, prévue pour 1999, ne fut effective qu'en 2001.
[5] Les possibilités d'enregistrement dans le FNAEG étaient à l'origine limitées : seules les empreintes génétiques des personnes condamnées pour une infraction à caractère sexuel ou pour certaines atteintes aux mineurs pouvaient être conservées. Elles ont été élargies à plusieurs reprises : par la loi n° 2001-1062 du 15 novembre 2001 relative à la sécurité quotidienne, par la loi n° 2003-239 du 18 mars 2003 pour la sécurité intérieure et par la loi n° 2004-204 du 9 mars 2004 portant adaptation de la justice aux évolutions de la criminalité. Ces textes ont également facilité les modalités d'alimentation et de consultation du FNAEG.
- Sénat - Étude de législation comparée n° 157 - janvier 2006 - L'utilisation des empreintes génétiques dans la procédure pénale
[6] Loi "LSI" dite "sur la sécurité intérieure" n° 2003-239 du 18 mars 2003. Le refus de prélèvement de la part d'un condamné est quant à lui puni du double.
[7] Ca fait combien de criminels dans chaque immeuble ?
[8] Au 1er octobre 2003, le FNAEG, géré par la sous-direction de la police technique et scientifique à Ecully, près de Lyon, comprenait environ 8 000 profils génétiques de personnes condamnées et 3 200 de personnes mises en cause. A terme, il devrait pouvoir comporter entre 600 000 et 700 000 profils. Ils peuvent être effacés sur instruction du procureur de la République agissant soit d'office, soit à la demande de l'intéressé, lorsque leur conservation n'apparaîtra plus nécessaire au regard de la finalité du fichier.
- (Source) - On peut supposer que les procureurs de la République n'auront que ça à foutre, bien sûr, de veiller à l'effacement des profils de personnes lorsque leur conservation n'apparaîtra plus nécessaire au regard de la finalité du fichier, surtout quand le fichier comportera des millions de profils. Sûr qu'ils n'auront que ça à foutre, les procureurs, de juger un par un de l'opportunité de leur effacement. Ce qui voudra donc dire, en pratique, conservation sinon à perpète, du moins pour la durée maximum fixée par la loi (40 ans pour un condamné, 25 ans pour un présumé innocent...).
[9] La liste des infractions justifiant un enregistrement au FNAEG a été allongée par les réformes successives, de sorte qu'elle inclut désormais la plupart des infractions punies d'une peine d'emprisonnement [...]. Au 1er juin 2005, les empreintes génétiques de quelque 80 000 personnes étaient enregistrées.
- (Source Sénat)
[10] Quant à la durée de conservation des informations enregistrées dans le FNAEG, elle ne peut en principe excéder quarante ans lorsque les données se rapportent à des condamnés et vingt-cinq ans dans les autres cas.
- (Source Sénat)
[11] Miniam : Ministère de l'Amour, George Orwell, 1984.
[12] Miniver : Ministère de la Vérité, Orwell, encore et toujours... Au fait, j'ai toujours trouvé intéressant que le Ministère des Phynances soit internettiquement accessible en minefi.gouv.fr. Trop belle coïncidence...
[13] Et mieux vaut ne pas habiter du côté d'Outreau... Mais ce n'est pas bien grave. Avez-vous lu Maître Eolas ?
[14] Les Animaux malades de la peste, VII, 1











Commentaires
A l'aire de l'enquête scientifique, les juges sont parfois désarmés -voire dépassés- face aux "experts", lesquels pèsent mal le poids que peut prendre un "99.9 % de fiabilité, mesdames et messieurs !" devant une cour.
Un avocat pénaliste et un mathématicien expert en probabilités (Bernard Robertson, G. A. Vignaux) ont commis un chouette bouquin qui fournit les outils mathématiques de base que tout juge devrait maîtriser face aux experts "pourcentistes": Interpreting Evidence : Evaluating Forensic Science in the Courtroom.
C'est mathématiquement parfaitement digeste (écrit à l'intention des juristes ...), mais évidement en anglais :-(
La solution est claire, évidente :
Il faut aimer Big Brother (ce qui se fait déjà .. hein ?)
Cette histoire me rappelle un événement qui s'est passé au Maroc. Il y a un an, le gouvernement marocain a signé en grandes pompes
funèbresla mise en place d'un système de cartes d'identités biométriques. Dans la joie, et la bonne humeur, on nous apprend que ce pays est le Premier AU monde _hein ? génial, à adopter un tel système. Le plus flagrant était le mutisme, voire les applaudissements de certainsconcitoyens.En septembre donc, j'aurai ma nouvelle carte à puce, dans laquelle se trouvent des informations dont je n'ai aucune idée... Hé oui..
Je vais faire comme Stallman lors du "sommet" de l'Internet à Tunis. On géolocalisait les invités grâce à des puces RFID.. Stallman a entouré sa carte avec du papier
Lindtalluminum. Catch me if you canMais bon...
Ayoub... Smith
PS : c'est un de mes premiers commentaires sur ton blog.. je tâcherai de changer mon statut en lecteur non silencieux
@Ayoub : Oui, tu as raison, il faut Aimer Big Brother
D'ailleurs, c'est ainsi que se termine l'ouvrage d'Orwell... A l'instant où la balle pénétra dans sa nuque... Il avait réussi : Il aimait Big Brother. (De mémoire imprécise, il est enfoui quelque part dans le fin-fond de ma bibliothèque, enfin peut-être...)
Bienvenue au nouveau lecteur non-silencieux.
En conclusion : si le test est fiable à 99,9% donc faux dans un cas sur 1000, si l'on fait n tests ADN par an, sans même parler de falsification ou d'indice erroné, on est statistiquement certain d'avoir n/1000 erreurs judiciaires par an.
Au fait, n vaut combien aujourd'hui et vaudra combien demain ?
Petites questions : ne sera-t-il pas possible dans la plaidoirie de s'appuyer sur cette conclusion en disant "je fais partie des erreurs judiciaires" ? ceci ne ramènera-t-il pas le test ADN au rang de simple élément, permettant plutôt d'innocenter quelqu'un plutôt que de le convaincre de culpabilité ?
Un tout petit peu de statistiques (bayesiennes). Je prends un exemple avec un truc plus banal (quoique): le test de depistage du sida.
Imaginons un test fiable a 99%, c'est-a-dire: pour 100 seropositifs, le test dit "seropo" 99 fois et pour 100 seronegatifs le test dit "seroneg" 99 fois.
Le lundi, on instaure un despistage obligatoire de toute la population d'une ville de 100000 habitants. Le mardi, tu vas voir le toubib la bouche en coeur. Celui-ci prend son air grave et t'annonce "euh, voila, le resultat du test est seropositif, desole".
Quelle est la probabilite que tu sois seropositif ?
"99 %" repond en coeur presque tout le monde.
"Ca depend" repond un bayesien.
Ca depend de quoi ?
Ca depend du nombre de seropositifs dans la population. Imaginons que dans cette ville, il y ait 100 "vrais" seropositifs et 99900 seronegatifs. Quels resultats donne le test ?
Pour les 100 seropos, le test diagnostique 99 seropos et 1 seroneg. Pour les 99900 seronegs, le test diagnostique 999 seropos et 98901 seronegs. Conclusions: sur l'ensemble de la population le test va diagnostiquer 1098 seroposifs dont 99 seulement le sont vraiment. La "chance" d'etre seropositif quand le test annonce "seropositif" est donc de 99/1081 soit un peu plus de 9%. A l'inverse, la chance d'etre seronegatif quand le test annonce "seronegatif, est de 98901/98902 soit 99,999%.
Bien evidemment ce resultat sera different si on fait un diagnostic systematique chez les adultes ayant eu des rapports non-proteges avec plus de 50 partenaires dans les dernieres annees au lieu de faire ce depistage avec toute la population (parce que le rapports "vrais" seropos / "vrais" seroneg sera completement different).
La meme logique s'applique bien evidemment pour les depistages ADN. Et plus on fiche de personnes "a priori innocentes", moins le depistage est signifiant.
La fiabilité à 99,9%, ça marche dans les deux sens:
il y a un criminel sur 1000 qui ne sera pas inquiété (et alors, plus du tout!) grâce à cette technique, et il y a un citoyen innocent sur 1000 qui sera inquiété à tort.
Cette dernière proportion représente 2000 personnes pour 2 millions de personnes fichées. 2000 personnes innocentes considérés comme coupable (un jour ou l'autre, ce sera votre tour...) à cause du 0.1% d'erreurs, et donc 2000 crimes restant impunis et dont les auteurs peuvent récidiver tranquille.
Et le temps que les innocents parviennent à prouver (il y a nécessairement inversion de la charge de la preuve) que c'est le prélèvement qui a tout faux, les vrais indices permettant à de vrais policiers d'arriver au vrai coupable disparaissent, les témoignages s'amenuisent dans le temps...
Et si ce nombre important d'erreurs commence à etre connu, les policiers perdront un temps monstrueux à innocenter des faux coupables, temps qui ne sera pas utilisé à chercher les vrais coupables par des moyens plus classqiues.
De tels problèmes de faux positifs et d'analyse ADN trompeuses sont déjà apparus, comme le relate Jean-Marc Manach dans ses trois articles sur la question: dans Le Monde, sur InternetActu et sur son blog.
Bonjour,
Je ne suis pas particulièrement ce type d’information, mais il me semble me rappeler que l’Angleterre a eu quelques problèmes avec son fichier d’empreinte génétique. Bon cela s’est réglé après que des inculpé eurent fait faire de nouveaux test (à leur frais) et ais prouvé qu’il y avait quelque problèmes dans l’enregistrement des fichiers. En français on appelle cela le bordel que le fichier d’une personne est enregistré sous le nom d’une autre personne.
La France n’est guère mieux loti. La lois donne à la police le droit de prendre l’empreinte génétique de quasiment n’importe qui, mais les budgets ne suivent (heureusement à mon avis) pas les besoins exprimé. Du coup le fichier des empreintes des prisonniers n’avance guère. En faite un prisonnier, ou un suspecté de « crime sexuelle » peut ne pas subir de prise d’empreinte, alors que leur voisin (ivresse sur la voir publique ou insulte envers les forces de l’ordre « mort aux vaches ») peut être enregistrer. Je dois avouer que la logique du système m’échappe.
Enfin je suppose que Tonton Adolphe (celui de 39-45) aurait apprécié un tel fichier pour ces études « raciale ». Le faite des pays absolument officiellment opposé à de telle idéologie aime se genre de contrôle me donne à penser qu’il n’y sont pas si opposer que cela (A moins qu’ils ne soient capable de créer des fichiers consultable uniquement par la police. Les exemples de fuites en tous genre son suffisamment courrant pour en douter).
Oh, il ne faut pas se focaliser sur ce "99,9%" et toutes les jolies démonstrations mathématiques qu'il permet.
D'abord, tout juré normalement constitué aurait débranché son système auditif à la deuxième phrase de la démonstration bayésienne ci-dessus, parce que vraiment, des maths et des statistiques, y'a rien de tel pour faire chier un juré (enfin, on trouve tous les soixantes-trois ans un juré que ça intéresse, enfin c'est statistiquement vrai modulo une certaine incertitude bayésienne...)
Ensuite, l'expert aurait vite fait de répondre que le "99,9%" n'était qu'une figure de style simplifiée destinée à mieux se faire comprendre de la cour, mais t'ajouterait aussitôt le nombre de "9" après la virgule souhaitables pour couper court à toute contestation : "1 erreur sur 2 virgule 39 fois 10 puissance 71 cas plus ou moins zéro virgule 37 % d'imprecision dans la mesure de la vitesse du vent Monsieur le Président, autant dire que c'est du sûr, ne vous laissez pas embrouiller l'esprit avec toutes ces mathématiques !"
Et le pire, c'est que tout ergotage mathématique de cette sorte sur la fiabilité du système en tant que tel fait passer sous le tapis toute discussion réellement intéressante : Celle sur le pourcentage d'erreur non pas intrinsèque au système, mais imputable à la manière dont il est utilisé : aux "preuves" sur lesquels il est employé, à la manière dont elles ont été collectées, manipulées... et surtout à la validité des déductions qui en sont faites.
@Yves : Merci pour les liens essentiels vers les articles de Jean-Marc Manach.
@Tardiff :
Oh, si ça devenait vraiment un problème, il suffirait de voter une loi imputant à toute personne les frais de collecte et de traitement de sa propre empreinte génétique. Trop fastoche !
Précisions: 1/ pour qu'un prélèvement FNAEG soit proposé (imposé), il faut avoir été placé en garde à vue... 2/ conformément à la loi, le prélèvement du gardé à vue sera comparé aux échantillons ADN contenus dans le fichier. Si le prélèvement correspond à une trace ADN recherchée car prélévée dur une scène de crime, la police tient une piste avec peut-être au bout un coupable. Si le prélèvement ne correspond à rien, il est détruit. Ne figurent dans la base (donc de façon permanente) que des profils ADN de personnes condamnées pour des crimes spécifiques (à caractère sexuel) ou des traces ADN pélevées sur des scènes de crimes dont la police recherche l'auteur. Moralité, nous n'en sommes pas encore au "fichage généralisé", même si le FNAEG peut sembler en être le marche pied.
Pour l'instant, il semblerai que la priorité dans le domaine soit les empreintes des personnes en prison. Il est difficile de faire payer les personnes sans argent. En outre, les laboratoires de la police sont totalement dépassés. Il n’on pas la capacité de traiter autant de prélèvement. Il faudrait acheter d’autres matérielle (s’agrandir en quelque sorte) et payer le personnelle allant avec (Augmenter le nombre de fonctionnaire ?). Bon, j’avoue que la « privatisation » des tests à été évoqué, mais le prix des tests des laboratoires privés n’est pas celui des laboratoires de police. Cela explique en partie les problèmes de prix, car une partie des test sont déjà « privatisé » (a un laboratoire de Marseille je crois, mais je ne suis pas sur)
Comme le rappelle Swâmi, une empreinte génétique ne devrait en aucun cas être LA preuve sur laquelle s'articule toute la culpabilité d'un gars. Toute la technologie du monde ne peut se substituer à la bonne vieille enquête de papa : audition des témoins, vérification des emplois du temps, des mobiles, etc. Même si la tentation est forte de faire l'économie du temps de l'enquête judiciaire, longue et coûteuse en ressources humaines.
Il suffit de revoir l'excellent Gattaca pour être convaincu qu'une concordance d'empreinte génétique ne peut être une preuve suffisante à elle seule de la culpabilité d'une personne.
@Oignon : Lis les notes plus haut, notamment (9) et (10) (Source sénat), et tu verras que :
Concernant le coût, j'ai cité plus haut la mise en place de système biométrique de cartes d'identités au Maroc et développé par Thalès (des velleités en France ?)
La technologie, dans son évolution actuelle, peut prendre en compte des millions de données sur les personnes. Cependant, comme cela a été bien dit, pourquoi se fier à la technologie ? La vie humaine ne vaut plus chair.. Que vaut l'humiliation de quelqu'un écroué parce que il a été là au mauvais moment ?
Et puis, comme l'a dit le Monoclecte, cette chaîne contient bien trop d'aléas pour qu'elle ne soit pas manipulables... J'ai cette vague et amère impression que la
démoautocratie actuelle tend également vers le Ferme ta gueule!..J'avais lu ici, une fois, que si un dictateur passe au pouvoir dans quelques années, il sera ravi d'avoir les moyens qu'aucune tyrannie de l'histoire n'a pu avoir... C'est triste...
Ayoub...moqadem
@Le Monolecte :
Le problème, dans une affaire comme celle dont les journaux télévisés ont parlé ces deux derniers jours, et qui a été à l'origine de mon article (et dont je ne sais rien de plus que ce que les J.T. en ont dit, entendu par-dessus les piaillements de mes gosses), c'est que le temps tue les preuves... Quand une "preuve ADN" surgit soudain, près de 20 ans après, comme dans cette affaire, que reste-t-il du reste du dossier justement ? La scène du crime n'est plus exploitable depuis belle lurette, des pièces à conviction ont disparu ou ne peuvent plus être analysées, les mémoires des témoins éventuels se sont vidées - quand on connaît le peu de fiabilité d'un témoignage à une semaine... alors, à 20 ans ! - les enquêteurs initiaux sur le dossier sont peut-être partis à la retraite, ou morts... La nouvelle "preuve ADN" va être un moyen de faire pression sur le présumé coupable, d'en tirer des aveux, mais quoi d'autre ?
Et le présumé coupable, lui, a bien peu de moyens de défense. Que répondrais-je aujourd'hui à un policier qui me demanderait ce que je faisais un 12 février d'il y a 20 ans entre 18 et 23 heures par exemple ? Comment foutre le saurais-je ? Et si par miracle et recoupements je parvenais à le "redécouvrir", qui donc pourrait en témoigner ?
Et si j'étais effectivement passé à proximité de la scène d'un crime peu de temps avant ou après, et sans le savoir, comment diantre pourrais-je le prouver ? Ce serait, pour le coup, pratiquement impossible.
Sortir "la preuve qui tue" 20 ans après, c'est forcément se résoudre par avance à ne pouvoir se baser que sur elle ou presque - et sur de vieille notes, vieux indices, vieux souvenirs. Et c'est priver le suspect de moyens de défense. Pour le coup, la "preuve" qui jaillit 20 ans après est vraiment la Reine des Preuves...
"Et le pire, c'est que tout ergotage mathématique de cette sorte sur la fiabilité du système en tant que tel fait passer sous le tapis toute discussion réellement intéressante : Celle sur le pourcentage d'erreur non pas intrinsèque au système, mais imputable à la manière dont il est utilisé : aux "preuves" sur lesquels il est employé, à la manière dont elles ont été collectées, manipulées... et surtout à la validité des déductions qui en sont faites."
Desole mais c'est exactement ca que je montrais. L'erreur faite n'est pas de 1 pour 1000 comme d'autres ici l'ont ecrit, auquel cas un "expert" aurait beau jeu de changer 99,9% en 99,99999% comme tu le dis, mais elle depend de l'A PRIORI que l'on a sur la culpabilite d'une personne. Elle n'est donc qu'un indice parmis d'autres.
Quand aux jures, j'espere qu'ils decident de foutre quelqu'un en taule en etant un minimum a l'ecoute des questions techniques et non sur la simple gueule du client.
AU bout de vingt, appelez Hercule Poirot.
Ayoub... sixième petit cochon
@Blop :
Ah, ben si tu voulais le montrer à un jury d'assises, faudrait voir à le montrer autrement, à moins d'avoir très envie de faire condamner ton client au maximum ;-)
Parce que là, franchement, avec tes détours par le sida et les rapports non-protégés, j'avais pas tout complètement saisi ;-)))
Tu imagines vraiment que je juré de base (qui regarde la Star'Ac,, le Mundial et Jean-Pierre Pernaut) a déjà entendu parler de statistiques bayésiennes ? Pourquoi tu ne lui colles pas des équations au tableau, au jury, pendant que tu y es ?
Rhôôô, si un jour mon ADN me trahit, fais-moi penser à ne surtout pas te prendre comme avocat ;-)))))
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Ouais, compte là-dessus. Ben tiens. Le jury est vachement attentif aux questions techniques dans l'appréciation de la culpabilité du client, comme de savoir si l'on juge Monsieur Charles-Henri de La Boutonnière, ou Mouloud des Minguettes...
Ca, c'est de la question technique qu'elle est bonne.
"Ah, ben si tu voulais le montrer à un jury d'assises, faudrait voir à le montrer autrement, à moins d'avoir très envie de faire condamner ton client au maximum ;-) "
M'en fous, tant qu'il paye...
"Parce que là, franchement, avec tes détours par le sida et les rapports non-protégés, j'avais pas tout complètement saisi ;-)))"
Vian Boris, toujours poete, a dit: "Il y a deux manieres d'enculer les mouches. Avec ou sans leur consentement." Comme quoi le poete a peut-etre toujours raison mais a l'epoque ont pouvait enculer les mouches sans risquer de se choper une saloperie...
"Tu imagines vraiment que je juré de base (qui regarde la Star'Ac,, le Mundial et Jean-Pierre Pernaut) a déjà entendu parler de statistiques bayésiennes ?"
J'espere bien que non. Ce serait trop de la Bayes. Mais un jure de base ne sait pas non plus ce qu'est l'acide desoxyribonucleique.
"Pourquoi tu ne lui colles pas des équations au tableau, au jury, pendant que tu y es ?"
Ben la, sur ton blog, j'ai pas trouve l'option tableau :-)
''"Le jury est vachement attentif aux questions techniques dans l'appréciation de la culpabilité du client, comme de savoir si l'on juge Monsieur Charles-Henri de La Boutonnière, ou Mouloud des Minguettes... Ca, c'est de la question technique qu'elle est bonne."''
Le seul hic c'est qu'aucun expert ne peut distinguer l'ADN de Mouloud de celui de Charles-Henri. Mieux vaut une bonne paire de mirettes pour etablir une vraie culpabilite. Comme quoi c'est gens la sont payes a rien foutre (quand ils le sont)
@Blop :
...ce pays barre en couille.
...Il nous faudrait un homme fort.
...Un homme providentiel !
...A moi Ségolène ! Sauve la Phrance !
Les deux dernières émissions "Faites entrer l'accusé", consacrées à Thierry Paulin et Guy Georges, deux tueurs en série, se concluent par la même remarque de Christophe Hondelatte : l'impérieuse nécessité d'un fichier ADN, pour trouver rapidement l'assassin et ainsi sauver des vies. Plus de sécurité et plus de justice, telles seraient donc les promesses d'un grand fichier d'empreintes ADN, qui irait au-delà des seuls criminels "à récidive" (délinquants sexuels, notamment). Une illusion. Pas à cause de ce fameux "pourcentage d'erreur", sur lequel vous dissertez longuement : il devient infime si l'on recoupe les relevés d'empreintes ADN avec les autres moyens traditionnels qui sont à la disposition de l'enquêteur. Pas non plus à cause des bidouillages d'empreintes qui, même s'ils contredisent l'argument d'une plus grande justice, ne concerneront qu'un nombre très faible de crimes. Mais, parce que l'empreinte ADN va effectivement devenir une "arme de conviction massive" pour l'accusation (avec un risque évident de fermeture des débats, comme le souligne Petaramesh). Pour l'accusation... mais aussi pour la défense ! l'absence d'empreinte ADN devenant absence de preuve. Bref, un fichier d'empreintes ADN généralisé changerait le fonctionnement de la justice, mais pas forcément dans le sens d'une plus grande justice... Quant à l'argument sécuritaire, qui lui verrait un impact favorable sur le nombre de crimes : un tel fichier peut en effet interrompre prématurément la carrière d'un serial killer ou d'un violeur en série, mais pour les autres cas, très majoritaires, il n'a aucune action préventive (ou dissuasive). Bref, on pare le fichier d'empreintes ADN de beaucoup de vertus, dont la plupart sont parfaitement fantasmatiques. Qu'on se penche sur les chiffres : combien de crimes sont commis en France chaque année, et combien ne sont pas résolus. Et qu'on s'interroge : les sommes allouées à un grand fichier génétique (une analyse ADN coûte très cher) ne pourraient-elles pas être affectées ailleurs. Dans la santé, par exemple. Cela pourrait sauver des vies...
Ton dernier commentaire est très éclairé Swami, simple et efficace. Il est vrai que la défense d'une personne dans cette situation relève alors d'un vrai casse tête !
Au sujet des médias, c'est en théorie leur responsabilité que de mettre un peu de distance avec cette propagande, mais je ne pense choquer personne sur ce blog en disant que c'est peine perdue de nos jours en France. Cette histoire de manifs en grêce, pareil, je n'en ai entendu parler que via rezo, alors ...
Je pense qu'il ne faut pas trop présumer de l'interêt des "gens" pour ces problèmes, au contraire. Il est courant pour les journalistes de penser à la place de leurs auditeurs pour justifier les choix éditoriaux qui leurs sont imposés par leurs patrons financiers. Exemple frappant, quand les médias parlaient des salariés manifestant contre le CPE, ils nous rappelaient que (d'après eux) ces manifestants n'avaient pourtant aucun interêt à défiler ! Toute information nécessite une analyse critique et les mouvements sociaux en europe et dans le monde intéresseraient les français si on les leur délivrait de façon cohérente.
Deux questions distinctes sont soulevées, en fait. Ton billet, Swami, si je ne m'abuse, s'emportait plutôt contre l'assouplissement des conditions d'inscription au FNAEG. A ce sujet je ne puis qu'abonder dans le même sens : c'est inacceptable. Par contre dans les commentaires c'est l'importance de la fiabilité de la preuve qui est davantage discutée. Là, par contre, l'argumentation me semble plus contestable. L'identification d'un criminel par un prélèvement d'ADN n'est pas infaillible, et ne doit donc pas être utilisée comme telle. Mais je ne suis pas d'accord pour dire qu'on se fout que la probabilité d'erreur soit de 99 ou de 99.999999%. L'efficacité absolue, de la preuve comme de la démarche judiciaire dans son ensemble, est une chimère. La culpabilité d'un homme n'est, à mon sens, _jamais_ une certitude absolue. Toute condamnation repose sur un triste équilibre entre la probabilité que cet homme soit coupable, la gravité des faits qu'on lui reproche et la durée de la peine (ne pas condamner un voleur -réel- de pommes n'est pas bien grave, en revanche la condamnation d'un tueur en série s'accommode moins bien des erreurs, faux positifs comme faux négatifs). La fiabilité d'un dépistage ADN pèse dans cette balance, et le nombre de 9 que l'on peut rajouter derrière la virgule est amha susceptible de modifier certaines décisions. Enfin bref, tout ça pour dire que c'est je pense faire injure à la justice (qui ne fonctionne sans doute pas si mal dans notre pays, même si pas toujours à la bonne vitesse) que de penser qu'un individu sera condamné sur la simple foi d'une séquence d'ATCG, sans zôtres zéléments de preuve.
Mais que ca m'emmerderait d'être fiché parce que j'ai pissé sur les tuyas du voisin.
@Eric C. :
Tout-à-fait. La simple question de l'existence d'un tel fichier automatisé, en tant que tel, est déjà fort discutable, car on sait qu'un tel fichier "ambitionne naturellement" d'avaler tout ce qu'il peut. C'est une sorte de trou noir administratif comme il s'en crée spontanément (la tendance spontanée de toute administration, en l'absence de contre-pouvoir, va vers toujours plus de contrôle et toujours plus de pouvoir, je ne sais plus qui l'a dit le premier, mais ça doit bien remonter à Talleyrand ou quelque autre).
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Ce que tu relèves ici est également très important. Et aggrave le problème que constitue ce type de techniques, qui passent dans l'imaginaire populaire comme des preuves scientifiques absolues, et prétendent ainsi (avec l'aide de l'accusation) éliminer tout doute et transformer la culpabilité en certitude "vite et bien acquise"... avec tous les risques que cela comporte.
Merci à Yves pour avoir pointé les trois papiers que j'ai eu l'heur d'écrire à ce sujet; au-delà des erreurs judiciaires que j'avais pointé du doigt, il est un autre piste de réflexion, et d'investigation, qu'on ne saurait écarter :
Au Royaume-Uni, il était question il y a quelques années de ficher l'ADN de tous les policiers d'un comté; ceux-ci se sont rebiffés au motif qu'il serait dès lors trop facile aux voyous de chopper leurs mégots de cigarettes (ou autres empreintes) afin de les laisser sciemment sur des scènes de crime, et donc de les accuser non pas sans, mais "avec" preuve.
Vu sous cet angle, l'ADN apparaît, non pas comme la "Reine des preuves", mais comme une véritable petite machine à fabriquer des erreurs judiciaires... (dont se seraient d'ailleurs déjà servis des voyous, cf le témoignage d'Hervé Hamon).
J'avais lu (oh, il y a très longtemps) dans une revue scientifique un article expliquant qu'en matière de terrorisme, les aveux étaient plus fréquents lorsque les accusés étaient innocents. C'était avant Al Quaeda et le 11 septembre, l'étude portait je crois sur le terrorisme irlandais. L'explication donnée était que les terroristes étaient préparés aux interrogatoires, et avouaient beaucoup moins facilement que des innocents.
Bientôt la présence d'un ADN sur les lieux d'un crime sera un signe d'innocence.
La manipulation de l'ADN (échantillon prélevé sur la scène du crime ou celui d'un suspect) peut parfois laisser à désirer tout comme une analyse réalisée dans des conditions ou du personnel inadéquat. En 2002 un laboratoire, le Houston Police Department's crime lab, a été simplement fermé en raison du nombre d'erreurs découvertes après des condamnations prononcées sur la base de correspondance ADN. L'état de salubrité du laboratoire laissait à désirer.
Article USA Today
Moi, je dis, vu le nombre d'erreurs possibles, on ferait mieux de ne plus condamner qui que ce soit :)
Well well well well.I think this thing is going too far and I' afraid of the way THEY can use it. I'm not a fucking smuck on wheels and I do care of what i read and stuff.Fuck Man I'm not guilty you got my ADN ??? Fuck You Man leave me alone. fj
Tu dis "Le fichage au FNAEG d'une partie notable de la population constituera celle-ci en corps de suspects privilégiés permanents." Tu oublies que ces gens ont été fichés parce qu'ils étaient délinquants, ou considérés comme tels par le ministère de l'Intérieur, puisqu'ils se sont fait contrôler l'identité, ramasser dans une bagarre etc. Suis bien: si leur identitié a été contrôlée c'est qu'ils sont susceptibles de délinquer, donc autant garder leur trace. Non tout ça est très logique. C'est cher, un aller simple pour les iles Tonga?
Je partage un peu les craintes énoncées par beaucoup concernant la possibilité que la présence d'une empreinte ADN soit considérée comme une "Super-Preuve", et ait tendance à freiner les autres moyens d'enquètes.
Mais bon, il y a quand même pas mal de faits qui sont analysés lors d'une enquète policière : le mobile, la possibilité physique d'être sur les lieux du crimes, etc ... Ce n'est quand même pas parce qu'il y aura l'empreinte ADN en plus, que cessera le travail traditionnel de la police ...
Par contre, où je ne suis pas vraiment d'accord, c'est que beaucoup s'insurgent sur l'existence même de ce fichier. Il y a un autre fichier qui était précédemment utilisé, et ce depuis maintenant plus d'un siècle. C'est celui des empreintes digitales. Personne aujourd'hui ne songerait à s'insurger contre l'utilisation des empreintes. Alors pourquoi un tel ostracisme envers un nouvel outil ?
Ce n'est absolument pas une polémique, mais une interrogation sincère.
Rassurez-vous, je ne suis pas un mouton bêlant prêt à accepter toutes les formes de flicages.